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  • il y a 3 heures
En 1933, aux États-Unis, qui sortent à peine de la Grande Dépression de 1929, l'heure est à l'isolationnisme total : plus question de s'immiscer dans les affaires du monde, « America first ». Cependant, l'arrivée d'Hitler au pouvoir suscite rapidement un élan d'enthousiasme dans une Amérique toujours plus ségrégationniste et antisémite. De multiples individus forment des groupes politiques qui adoptent les idées d'Hitler, pendant que d'autres créent des milices paramilitaires calquées sur celles des nazis. Quel héritage ces mouvements ont-ils laissé dans la vie politique américaine ?

Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Hélène Harter, historienne des États-Unis, professeure d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et auteure de « Une très brève histoire des États-Unis » (éd. Calype) ; Romain Huret, historien des États-Unis, directeur d'études à l'EHESS et coauteur de « États-Unis : Anatomie d'une démocratie » (éd. Les Arènes) ; et Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'IRIS à New York et auteur de « Lettre ouverte à Trump d'un Américain de papier » (éd. Point Nemo).

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00:00:01Paris partyrisée, mais Paris libérée.
00:00:06Je suis un big leader.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'aurez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui sème la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:28Dans son grand discours de démoine de septembre 1941,
00:00:32il faut l'écouter, dans les mots qu'il emploie,
00:00:34qu'il y a trois ennemis aux Etats-Unis.
00:00:37C'est les industriels, c'est Roosevelt et c'est les juifs.
00:00:40Et c'est eux qui vont pousser à la guerre.
00:00:41C'est eux qui poussent l'Amérique à entrer en guerre.
00:00:44Des dizaines de milliers de sympathisants nazis
00:00:46qui avaient peut-être caché leur affinité politique avec l'Allemagne nazie
00:00:51rejoignent le mouvement America First.
00:00:53Ils étaient 800 000 Américains, officiellement membres de l'America First avant Pearl Harbor.
00:01:01Bonsoir et bienvenue dans Débat Doc sur la chaîne parlementaire avec ce soir un film fascinant,
00:01:06America First, le complot nazi réalisé par Emmanuel Amara.
00:01:11Dans l'Amérique des années 1930, l'arrivée de Hitler au pouvoir séduit bien plus qu'on ne peut le
00:01:16croire aujourd'hui.
00:01:17Milice pro-nazi élu acheté propagande sur les ondes.
00:01:20Berlin mène alors l'une des premières grandes opérations d'influence étrangère
00:01:25avec un mot d'ordre, America First, l'Amérique d'abord.
00:01:29C'est cette page oubliée de l'histoire que vous allez découvrir
00:01:31et nous en débattrons juste après avec les historiens des Etats-Unis
00:01:35Hélène Arter, Romain Huret et Romuald Ciora, chercheurs associés à l'IRIS et qui vient à New York.
00:01:42Débat Doc, c'est parti !
00:01:47L'Amérique des années 1930 et 1940 connaît une flambée du nazisme.
00:01:54Haine du juif, haine du communisme, haine de la présidence Roosevelt.
00:02:01Pendant plus de dix ans, plusieurs mouvements extrémistes tentent de renverser par les armes la démocratie américaine.
00:02:10En parallèle, l'Allemagne nazie finance une vaste opération de propagande
00:02:14visant à empêcher les Etats-Unis d'entrer en guerre.
00:02:19Des dizaines d'élus du Congrès et des figures publiques y participent.
00:02:25Comment ces mouvements ont-ils pu naître et prospérer dans la plus grande démocratie du monde ?
00:02:49Octobre 1929.
00:02:51La Grande Dépression frappe les Etats-Unis de plein fouet,
00:02:54plongeant des millions d'Américains dans la pauvreté.
00:03:02Les Etats-Unis sont plongés dans la dépression.
00:03:05Le pays est absorbé par ses propres malheurs.
00:03:10Le taux de chômage avoisine les 25%.
00:03:18On estime à 6 millions le nombre de sans-abris.
00:03:21Des camps de fortune sont installés dans les parcs des villes.
00:03:25La situation était donc désespérée.
00:03:28On pouvait s'attendre à ce que l'ensemble du système bancaire américain s'effondre.
00:03:35La peur et le désespoir s'emparent de la population.
00:03:45La plupart des Américains ne comprenaient pas les causes de la dépression économique.
00:03:50La question de l'origine de la dépression se posait donc avec acuité.
00:03:56« Et ce sont les Juifs qui sont désignés coupables.
00:04:00C'est l'explication qu'ils trouvent pour comprendre les malheurs qui touchent la nation. »
00:04:07Derrière ces accusations se profilent toutes les théories antisémites des années 30.
00:04:12Les Juifs seraient derrière la prise de pouvoir par les bolcheviques en 1917
00:04:17et les véritables dirigeants de l'URSS.
00:04:21Fantasme d'un complot juif mondial.
00:04:24Aux Etats-Unis comme en Europe, ces idées trouvent un écho grandissant.
00:04:29« Le communisme et le judaïsme sont les deux faces d'une même pièce. »
00:04:36« En fait, pour eux, la naissance du communisme en 1917 et la révolution léniniste
00:04:40étaient aussi bien une construction juive qu'une construction politique. »
00:04:48Aux Etats-Unis, un homme va bientôt cristalliser ses fantasmes,
00:04:52Franklin Delano Roosevelt.
00:05:01Démocrate élu en 1932, il met en place un ambitieux programme de relance économique
00:05:06pour sortir le pays de la crise.
00:05:09Roosevelt n'est pas juif, mais pour ses détracteurs,
00:05:12il incarne le fameux judéo-bolchévisme.
00:05:16« Roosevelt, on l'appelle Rosenfeld.
00:05:18Le New Deal, le mouvement politique et social de Roosevelt,
00:05:21on l'a appelé le Jew Deal, Jew comme juif.
00:05:25Et donc c'est ce moment-là où il y a tout à coup toute cette longue histoire
00:05:29et ce moment particulier de l'arrivée au pouvoir de Roosevelt
00:05:32avec un nombre très important de complots qui visent à renverser Roosevelt. »
00:05:38L'un des plus grands détracteurs de Roosevelt
00:05:40est un prêtre canadien installé dans une paroisse de Détroit, dans le Michigan.
00:05:45Le père Charles Coughlin est le chantre d'une Amérique blanche, nationaliste et chrétienne.
00:05:52Charismatique, il a fait de ses talents d'orateur un redoutable outil de propagande.
00:05:58« Il y a un média tout jeune à l'époque qui est la radio.
00:06:00Il va commencer à proposer des sermons à la radio avec un effet important.
00:06:04Il va être un peu pris dans son espèce d'une sorte d'hubris.
00:06:08Tout d'un coup, il a l'impression de pouvoir changer le monde. »
00:06:13« Ses 30 millions d'auditeurs représentent une audience considérable,
00:06:17car les États-Unis ne comptent alors que 120 millions d'habitants.
00:06:23C'est sans doute le plus grand média américain entre 1930 et 1938.
00:06:33Il est intouchable. »
00:06:37« À partir du moment où un père, qui avait quand même 30 millions d'auditeurs
00:06:41chaque semaine, qui est considérable, il n'y a pas tous les réseaux sociaux, etc.
00:06:45C'est-à-dire qu'on a quand même une uniformité de la source d'informations,
00:06:48et donc la même information qui est délivrée à 30 millions de personnes,
00:06:52et puis les différents relais, les obliges, etc. à Boston et compagnie.
00:06:56Donc je pense que l'impact était considérable. »
00:07:01Tous les dimanches, il prend l'antenne pour vilipender
00:07:03ceux qu'il considère comme les ennemis de l'Amérique.
00:07:29Les gens l'écoutent.
00:07:31Les gens le suivent.
00:07:33Et il suscite un mouvement rempli de colère.
00:07:37Un mouvement rempli de haine qui blâme les Juifs, les banquiers et les communistes.
00:07:46« Coughlin, qui va effectivement commencer à avoir des propos antisémites,
00:07:51considérer que Roosevelt est en train de détruire l'Amérique,
00:07:54qu'il est l'anti-Amérique, qu'il a autour de lui des gens qui n'aiment pas le pays,
00:07:58qui ne représentent pas la vérité du pays.
00:08:00On commence à appeler Rosenfeld.
00:08:01Il n'est pas juif, Roosevelt, mais il est considéré comme l'égal des Juifs.
00:08:05Et ça, c'est un discours qui va prendre énormément d'ampleur.
00:08:09Et Coughlin est une personnalité importante,
00:08:11qui est vraiment suivie par des millions et des millions de personnes.
00:08:14D'autant que les discours de Coughlin
00:08:16résonnent avec une longue tradition américaine.
00:08:21Le grand mouvement nativiste du début du 18e siècle,
00:08:25avec l'idée que les descendants des Pilgrim Fathers,
00:08:28des pèlerins qui sont les premiers à être rentrés sur le sol américain,
00:08:31comptent plus que tous les migrants qui arriveront ensuite,
00:08:34avec l'idée qu'ils sont des vrais Américains et que nous autres ne sont pas des vrais Américains.
00:08:39L'Amérique avait un système de quotas pour freiner l'immigration.
00:08:42L'Amérique a toujours été en quelque sorte anti-immigration.
00:08:46Le pays a adopté des lois dès la fin du 19e siècle,
00:08:49et les Américains ne voulaient pas laisser entrer dans leur pays
00:08:52les réfugiés d'Europe de l'Est ou les réfugiés juifs allemands.
00:08:55Je pense que cela a créé une énorme tension.
00:08:59Dans une Amérique en crise, marquée par l'antisémitisme,
00:09:03l'anticommunisme et le rejet de Roosevelt,
00:09:06les nazis trouvent un terreau fertile pour répandre leurs idées.
00:09:12À cette époque, les Américains regardent à l'étranger
00:09:15et voient d'autres pays qui semblent aller mieux,
00:09:18en particulier des pays dirigés par des dictateurs.
00:09:23La question qui se pose est alors de savoir
00:09:25quelle est la meilleure forme de gouvernement.
00:09:28Aux yeux de certains Américains,
00:09:31l'Italie de Mussolini a déjà amplement fait ses preuves.
00:09:34Il a relancé l'économie en éliminant communistes,
00:09:37parlements et partis politiques.
00:09:40Mais c'est la prise du pouvoir en Allemagne,
00:09:42par Adolf Hitler en janvier 1933,
00:09:44qui a l'impact le plus puissant aux États-Unis.
00:09:47Les nazis l'ont bien compris.
00:09:49Alors que la tension monte en Europe,
00:09:51ils rêvent de gagner un puissant allié.
00:09:53Il les active un réseau d'agents d'influence aux États-Unis.
00:09:57George Sylvester Viereck est l'un d'entre eux.
00:10:00C'est un nazi convaincu,
00:10:01qui a rencontré Hitler à de nombreuses reprises.
00:10:04Il est doté de moyens considérables
00:10:06pour diffuser les idées nazies.
00:10:11George Sylvester Viereck travaille comme une sorte d'agent de liaison
00:10:14au consulat allemand à Washington,
00:10:16où Hans Thompson est le chargé d'affaires.
00:10:24Viereck rencontre des hommes d'affaires américains
00:10:26à qui il explique.
00:10:29Vous savez, Hitler va gagner.
00:10:32Et il sera reconnaissant envers les entreprises
00:10:35qui ont contribué à entretenir de bonnes relations
00:10:38avec l'Allemagne nazie.
00:10:41Il prononce des discours devant des Américains pro-allemands
00:10:44dans lesquels il affirme qu'il est un Américain loyal,
00:10:47qui ne voit aucun conflit idéologique avec Hitler,
00:10:49bien qu'il prenne soin de préciser
00:10:51qu'il n'est pas non plus partisan d'Hitler.
00:10:53Il essaye de démontrer que l'Allemagne et les États-Unis
00:10:55ne sont pas en conflit l'un avec l'autre.
00:10:58Les nazis financent également la création aux États-Unis
00:11:01d'un groupe pro-nazi,
00:11:02l'Organisation des Amis de la Nouvelle Allemagne.
00:11:08Son objectif ?
00:11:09Propager les idées nazies sur le sol américain.
00:11:17Ce mouvement est très massivement financé
00:11:20par l'Allemagne nazie
00:11:21et il est lié à un antisémitisme profondément enraciné
00:11:24dans une nation anti-immigré
00:11:26faisant partie de notre histoire nationale.
00:11:29Et il est devenu un vaste réseau invisible
00:11:32de sympathisants pro-allemands et pro-nazis.
00:11:38L'Organisation est dissoute en 1934
00:11:41en raison de ses liens trop visibles avec le Reich.
00:11:44Elle renaît sous une nouvelle forme en 1936,
00:11:47le Bund germano-américain,
00:11:50qui s'implante et se développe
00:11:51grâce à l'importante communauté germano-américaine.
00:11:56A sa tête, sur ordre secret d'Hitler,
00:11:59Fritz Kuhn,
00:12:00un vétéran de la Première Guerre mondiale
00:12:02installé aux États-Unis depuis dix ans.
00:12:05Il établit son quartier général
00:12:06dans le nord-est de Manhattan, à New York.
00:12:09Une véritable petite Allemagne.
00:12:16L'idée du Bund au départ
00:12:18est de créer un lieu
00:12:19où les immigrés allemands aux États-Unis
00:12:20peuvent se réunir,
00:12:22parler allemand,
00:12:23boire de la bière
00:12:24et se souvenir de leur héritage culturel commun.
00:12:29C'est ainsi que le Bund se présente,
00:12:31du moins au grand public.
00:12:34Le Bund s'est aussi lancé dans les affaires.
00:12:37À New York,
00:12:38il possède un important réseau de brasseries
00:12:40où ses membres se réunissent.
00:12:57Le Bund est soucieux
00:12:59d'offrir un visage folklorique aux Américains.
00:13:02Mais derrière cette façade
00:13:04de gentille associations germaniques,
00:13:05il ne cache pas son ancrage idéologique.
00:13:24Il est très clair qu'après 1936,
00:13:27lorsque le Bund commence vraiment
00:13:28à s'appuyer sur des bases formelles,
00:13:30il a un fondement idéologique.
00:13:32Ses rassemblements sont ponctués
00:13:33de salut nazi,
00:13:35son symbolisme inclut la croix gammée.
00:13:37Son chef commence à porter des uniformes
00:13:39et à les imposer à ses partisans.
00:13:41Il rêve de devenir le chef absolu
00:13:43de cette organisation
00:13:44qui entend prendre le contrôle des États-Unis.
00:14:08Sous couvert de patriotisme,
00:14:11Kuhn présente les idées nazies
00:14:13comme la solution pour sauver l'Amérique.
00:14:17Il y a le modèle allemand,
00:14:19on va suivre le modèle allemand.
00:14:21Parce que c'est un modèle
00:14:22qui protège la race,
00:14:24c'est un modèle militariste
00:14:26qui soude un peuple
00:14:27et qui exclut des corps étrangers
00:14:30qui peuvent affaiblir ce propre corps.
00:14:33Le nazisme, en somme.
00:14:35Il est certain que les États-Unis,
00:14:37en raison de leur diversité,
00:14:39de leur héritage et de leur histoire,
00:14:41devaient l'appliquer différemment
00:14:42de ce qui se passe en Europe.
00:14:45Mais en fin de compte,
00:14:47l'objectif était de créer
00:14:49un nouvel ordre mondial,
00:14:50un ordre mondial fasciste.
00:14:55Pour ancrer ces idées
00:14:56dans le paysage politique,
00:14:58le Bund multiplie les parades publiques
00:15:00dans les grandes villes.
00:15:02Encadré par la police,
00:15:03le mouvement défile
00:15:04dans les avenues de Manhattan.
00:15:07Pour l'heure,
00:15:08les autorités américaines
00:15:09restent de marbre.
00:15:11Le premier amendement
00:15:13de la Constitution des États-Unis
00:15:14accorde aux citoyens
00:15:16une liberté d'expression totale.
00:15:18Rien ne leur interdit
00:15:19de brandir le drapeau nazi.
00:15:24C'est une organisation
00:15:26qui n'a pas peur
00:15:27de s'afficher publiquement
00:15:28comme imitant les nazis.
00:15:30Ce que beaucoup d'autres groupes
00:15:32extrémistes de cette mouvance
00:15:33n'étaient pas prêts à faire.
00:15:38Très vite,
00:15:39l'organisation prend de l'ampleur.
00:15:42Le Bund établit des antennes
00:15:44à travers tout le pays,
00:15:46divisées en trois administrations,
00:15:49strictement hiérarchisées.
00:15:56Nous pensons que le nombre de membres
00:15:58était de l'ordre
00:15:58de quelques dizaines de milliers.
00:16:00Même si Kuhn affirmait
00:16:01qu'ils étaient plus de 100 000,
00:16:03cela semble peu probable,
00:16:05compte tenu du fait
00:16:06qu'il fallait être d'origine allemande
00:16:08et avoir envie de participer
00:16:09à ce type d'événements
00:16:10pour devenir membre.
00:16:13Mais il s'agit vraiment
00:16:14d'un groupe qui avait
00:16:15beaucoup d'adeptes
00:16:16dans ses bastions de New York
00:16:17et du Mid-Ouest
00:16:18où il était principalement basé.
00:16:25Pour essaimer plus largement,
00:16:27le Bund s'appuie
00:16:29sur les communautés allemandes
00:16:30implantées sur tout le territoire.
00:16:33Il organise
00:16:34de grandes manifestations populaires
00:16:35sous forme de camps d'été
00:16:37qui remportent un immense succès.
00:16:40Le 18 juillet 1937,
00:16:43il inaugure en grande pompe
00:16:45le camp Nordland.
00:16:46les nazis germano-américains
00:16:48prennent même la peine
00:16:49de se filmer en couleurs.
00:16:52L'événement rassemble
00:16:5310 000 personnes
00:16:54et se déroule
00:16:55dans l'état du New Jersey,
00:16:57à une centaine de kilomètres
00:16:59de Manhattan.
00:17:00Fritz Kuhn
00:17:01y fait un discours retentissant.
00:17:20Le Bund développe un important portefeuille immobilier
00:17:24dans tout le pays.
00:17:26Fritz Kuhn collecte les cotisations
00:17:28et utilise cet argent
00:17:29pour acheter des terrains
00:17:30qui deviennent des camps
00:17:31où les membres peuvent se réunir,
00:17:33boire de la bière
00:17:34et célébrer ensemble
00:17:35les fêtes américaines et allemandes.
00:17:41Les enfants sont essentiels
00:17:42pour l'avenir du mouvement.
00:17:44Ils doivent être préparés physiquement
00:17:46à devenir les leaders
00:17:47de ce Reich nazi.
00:17:50Il y avait donc des camps
00:17:51dans le nord de l'état de New York,
00:17:52à Milwaukee,
00:17:53à Chicago,
00:17:54à Los Angeles,
00:17:54à San Francisco,
00:17:55dans le nord-ouest du Pacifique.
00:17:57Il y en avait dans tout le pays.
00:18:25Près de Manhattan,
00:18:25à Long Island,
00:18:27le Bund voit les choses en grand.
00:18:30Tous les vendredis,
00:18:31le Siegfried spécial
00:18:32est affrété
00:18:33pour transporter
00:18:34les sympathisants pro-nazis
00:18:35vers un camp du même nom
00:18:37qui connaît un succès fulgurant.
00:18:40Fort de cette popularité,
00:18:42le Bund acquiert des terres
00:18:44sur Long Island
00:18:45et transforme le camp
00:18:46en une colonie germano-américaine.
00:18:50Une véritable ville nazie
00:18:52baptisée German Gardens,
00:18:54les jardins allemands.
00:18:59Les maisons y sont décorées
00:19:01de la croix gammée
00:19:02et les rues portent les noms
00:19:03de Goering,
00:19:04Goebbels
00:19:05ou Adolf Hitler.
00:19:11Le Bund devient donc,
00:19:12et tous les historiens
00:19:13sont d'accord là-dessus,
00:19:15le groupe pro-nazi
00:19:15le plus important
00:19:16et le plus connu
00:19:17de cette période.
00:19:20Le nazisme reste minoritaire
00:19:22aux États-Unis,
00:19:23mais il trouve un vaste écho
00:19:25dans une société en crise.
00:19:27A l'instar du Bund,
00:19:29de nombreux groupes
00:19:30d'extrême droite
00:19:30se forment,
00:19:31s'organisent
00:19:32et se radicalisent.
00:19:35Derrière les camps d'été
00:19:36et les parades,
00:19:37une autre réalité
00:19:37plus inquiétante
00:19:38se dessine.
00:19:39Des groupes paramilitaires
00:19:41grandissent dans l'ombre.
00:19:45Au sein du Bund,
00:19:47il existe une division
00:19:48appelée Ordnansdienst,
00:19:50littéralement division de l'ordre
00:19:51calquée sur le modèle DSS.
00:19:54Pour devenir membre de l'OD,
00:19:56il fallait respecter
00:19:57une certaine période d'attente,
00:19:58être membre du Bund
00:19:59et faire une demande spéciale.
00:20:06Ce système permettait
00:20:08de montrer son engagement
00:20:09idéologique envers l'organisation.
00:20:11Ainsi, pour les hommes,
00:20:12et ce sont seulement les hommes
00:20:14qui étaient admis
00:20:14au sein de Lord Nansdienst,
00:20:16il s'agissait d'un groupe
00:20:18qui portait des armes non létales.
00:20:20Nous pensons qu'ils ne portaient
00:20:21pas d'armes à feu,
00:20:22mais ils portaient
00:20:23certainement des gourdins.
00:20:24Ils ont été vus en train
00:20:25de protéger les dirigeants
00:20:26de l'organisation.
00:20:28Ils portaient des uniformes
00:20:29très distincts.
00:20:30Il y a un aspect paramilitaire
00:20:32au sein du Bund
00:20:33et de l'OD en particulier.
00:20:35D'autres groupes
00:20:36entendent implanter le nazisme
00:20:37aux Etats-Unis
00:20:38par les armes.
00:20:41Aux Etats-Unis,
00:20:43de nombreuses organisations
00:20:45différentes
00:20:46défendent ce que nous appelons
00:20:48l'idéologie nazie.
00:20:52Elles partagent
00:20:53toutes le même objectif,
00:20:55à savoir
00:20:57tenter d'introduire
00:20:59cette idéologie
00:21:00sur la scène américaine.
00:21:03L'une de ces organisations
00:21:05est fondée
00:21:05par un ancien scénariste
00:21:07d'Hollywood,
00:21:08profondément antisémite
00:21:09et anticommuniste,
00:21:11William Dudley-Pellet.
00:21:15Dès son plus jeune âge,
00:21:17Pellet est un anticommuniste
00:21:18convaincu.
00:21:20Il part en Sibérie
00:21:21pendant la Première Guerre mondiale
00:21:22et là-bas,
00:21:23pendant la guerre civile russe,
00:21:25il est témoin
00:21:26des atrocités commises
00:21:27contre la population
00:21:28par les communistes
00:21:28qui se battent
00:21:29aux côtés de l'armée rouge.
00:21:33Pellet revient donc
00:21:34aux États-Unis
00:21:34avec un anticommunisme
00:21:36et un antisémitisme farouche.
00:21:38Il associe les Juifs
00:21:40au communisme
00:21:41et à la propagation
00:21:42du communisme.
00:21:46L'arrivée d'Hitler
00:21:47au pouvoir
00:21:48a été une révélation
00:21:49quasi divine
00:21:50pour William Pellet.
00:21:52Il affirme
00:21:53qu'à travers
00:21:53ses contacts spirituels
00:21:55en tant que mystique,
00:21:56ce qu'il est devenu
00:21:57après sa période
00:21:58de scénariste à Hollywood,
00:21:59certains prophètes
00:22:00de l'au-delà
00:22:01lui ont dit
00:22:01qu'il devait fonder
00:22:02aux États-Unis
00:22:03un mouvement similaire
00:22:04à celui qu'il voit
00:22:05dans l'Allemagne nazie.
00:22:08Dès 1933,
00:22:10Pellet fonde
00:22:11les Silver Shirts,
00:22:12les chemises d'argent.
00:22:14Il recrute des hommes
00:22:15qui l'équipent
00:22:16d'uniformes semblables
00:22:17à ceux
00:22:17des milices nazis.
00:22:19Leurs chemises grises
00:22:20sont brodées
00:22:20du L de Légion.
00:22:24Il crée un journal,
00:22:25le Silver Ranger,
00:22:26dont la propagande
00:22:27s'en prend aux Juifs
00:22:28et aux communistes.
00:22:31En parallèle,
00:22:33sa Légion,
00:22:33puissamment armée,
00:22:35s'entraîne
00:22:36en vue du Grand Soir.
00:22:39Ce qui distingue
00:22:40la Légion
00:22:41de tant de ces groupes,
00:22:42y compris
00:22:43le German-American Boone,
00:22:44c'est qu'il y a
00:22:45des membres
00:22:45de la Légion,
00:22:46souvent sans la permission
00:22:47directe de Pellet,
00:22:49qui commencent
00:22:49à s'impliquer
00:22:50dans des tentatives
00:22:51de renversement
00:22:52du gouvernement.
00:22:55Leur plan
00:22:56était d'être capable
00:22:56d'avoir un impact
00:22:57militaire conséquent
00:22:59au moment voulu.
00:23:01Et le moment voulu
00:23:02serait lorsqu'il y aurait
00:23:03un danger imminent
00:23:04d'une révolution
00:23:05communiste
00:23:06aux États-Unis.
00:23:09Alors que Roosevelt
00:23:10vient de remporter
00:23:11un deuxième mandat,
00:23:12l'opposition
00:23:13est de plus en plus radicale.
00:23:15Pour les Silver Shirts,
00:23:16mais aussi pour le père,
00:23:18Charles Koffling,
00:23:18qui fonde secrètement
00:23:20le mouvement extrémiste
00:23:21du front chrétien
00:23:21en 1938,
00:23:23l'heure de passer
00:23:24à l'action armée
00:23:24a sonné.
00:23:26Le front chrétien
00:23:27qui va se fédérer
00:23:28autour de Koffling
00:23:29par des gens
00:23:30qui ne sont pas liés
00:23:31directement à lui
00:23:31mais qui l'ont écouté
00:23:32et qui vont considérer
00:23:33qu'ils sont
00:23:34une sorte d'avant-garde
00:23:35de la défense
00:23:37de l'Amérique
00:23:38contre les Juifs,
00:23:40contre l'administration
00:23:40Roosevelt
00:23:41qui est en train
00:23:42de détruire
00:23:42les bases idéologiques
00:23:44et les bases
00:23:45presque raciales
00:23:46de ce pays.
00:23:49Le front chrétien
00:23:50recrute rapidement
00:23:51des dizaines
00:23:52de milliers
00:23:52de militants.
00:23:53À la fin des années 30,
00:23:55le FBI les estime
00:23:57à près de 30 000.
00:23:59Basé à Boston,
00:24:01le mouvement SM
00:24:02sur la côte Est,
00:24:03les militants
00:24:04mettent rapidement
00:24:04en œuvre
00:24:05la doctrine du front.
00:24:11des adeptes
00:24:12qui ont juré
00:24:12de ne jamais
00:24:13faire leurs achats
00:24:14chez les commerçants
00:24:14juifs,
00:24:15de ne jamais
00:24:16soutenir un candidat
00:24:18qui ne suivrait pas
00:24:19la foi chrétienne.
00:24:21Ils faisaient
00:24:22des descentes
00:24:23dans les rues.
00:24:23Ils avaient un journal
00:24:24appelé
00:24:25Social Justice.
00:24:27Il était rempli
00:24:29de choses
00:24:29telles que
00:24:30le protocole
00:24:30des sages de Sion.
00:24:33Il s'en prenait
00:24:34également
00:24:35aux personnes
00:24:36d'apparence juive.
00:24:45Beaucoup plus inquiétant,
00:24:47en vue de renverser
00:24:48le gouvernement
00:24:49des États-Unis,
00:24:50le front chrétien
00:24:51crée plusieurs cellules
00:24:52clandestines
00:24:53appelées
00:24:54comités d'action.
00:24:56Ils sont composés
00:24:57d'hommes jeunes
00:24:57qui ont déjà
00:24:58pour la plupart
00:24:59une expérience militaire.
00:25:04Ils utilisaient
00:25:05des mitrailleuses,
00:25:06des mitrailleuses
00:25:06semi-automatiques,
00:25:07de l'armement militaire
00:25:08pour s'entraîner
00:25:09en vue de ce
00:25:10qu'ils voyaient venir,
00:25:11c'est-à-dire
00:25:12une révolution
00:25:13communiste
00:25:13aux États-Unis
00:25:14qui serait provoquée
00:25:16par l'infiltration
00:25:17des communistes
00:25:17au sein
00:25:18de l'administration
00:25:19Roosevelt.
00:25:21Et quand ils voyaient
00:25:22des communistes,
00:25:23ils voyaient aussi
00:25:24des juifs.
00:25:25Et quand ils voyaient
00:25:26des juifs,
00:25:27ils voyaient
00:25:27des communistes.
00:25:30en 1940,
00:25:32le groupe basé
00:25:33à Brooklyn
00:25:33dans l'État
00:25:34de New York
00:25:35passe à une phase active.
00:25:41Les agents
00:25:41du front chrétien
00:25:42apprenaient
00:25:43à fabriquer
00:25:44des bombes.
00:25:44Ils fabriquaient
00:25:45des bombes
00:25:46dans les sous-sols
00:25:47de leurs appartements
00:25:48à Brooklyn
00:25:48et ils allaient
00:25:49au-delà
00:25:50de la fabrication
00:25:51artisanale
00:25:52pour passer
00:25:53à des types
00:25:53de bombes
00:25:54plus dangereuses
00:25:54en utilisant
00:25:56des obus
00:25:56d'artillerie
00:25:57de la Première Guerre mondiale.
00:26:05Ça a vraiment donné
00:26:07une image de violence
00:26:08et le risque
00:26:08de quelque chose
00:26:09de beaucoup plus important.
00:26:13Peut-être même
00:26:14un renversement violent
00:26:16du gouvernement américain.
00:26:22Face à la menace
00:26:23grandissante,
00:26:24un journal décide
00:26:26d'alerter le grand public.
00:26:28En 1937,
00:26:29le Chicago Daily Times
00:26:31envoie en immersion
00:26:32deux de ses journalistes
00:26:33au sein du Bund.
00:26:35John et James Metcalf
00:26:37sont deux frères
00:26:37nés en Allemagne,
00:26:39naturalisés américains.
00:26:41Après plusieurs mois,
00:26:42la publication
00:26:43de leur reportage
00:26:44provoque
00:26:44une immense onde
00:26:45de choc.
00:26:46En réponse,
00:26:47un comité d'enquête
00:26:49sur les activités
00:26:49anti-américaines
00:26:50est créé en 1938.
00:27:06Le Bund décide de répliquer.
00:27:09Il veut montrer
00:27:10qu'il est populaire
00:27:11et pertinent dans cette Amérique
00:27:12où ses idées
00:27:13n'ont cessé de gagner du terrain.
00:27:16Le 20 février 1939,
00:27:18il organise à New York
00:27:19un immense rassemblement
00:27:21au Madison Square Garden.
00:27:23Le maire de la ville
00:27:24l'autorise au nom
00:27:25du premier amendement
00:27:26de la Constitution
00:27:27qui garantit
00:27:28la liberté d'expression.
00:27:33New York compte pourtant
00:27:35la plus grande population
00:27:36juive des États-Unis.
00:27:38Le rassemblement
00:27:38est une véritable provocation.
00:27:41Plus de 20 000 Bundistes
00:27:43y participent.
00:27:45À l'extérieur,
00:27:46plusieurs dizaines
00:27:47de milliers de manifestants
00:27:48tentent aussi d'entrer
00:27:49dans l'immense salle
00:27:50de spectacle.
00:27:50Musique
00:27:52Musique
00:27:55Musique
00:27:58Musique
00:28:05Musique
00:28:06Sous-titrage Société Radio-Canada
00:28:50Comme c'était un événement très visible, on a pensé que les orateurs du Boon réfrénaient leurs discours les plus
00:28:58haineux, au sujet des Juifs notamment.
00:29:02Mais ce ne fut pas le cas.
00:29:11La soirée est électrique.
00:29:14Un premier incident éclate quand, au milieu de la foule, Dorothy Thompson, journaliste anti-nazi, crie sa colère.
00:29:25Son évacuation manu militari au milieu d'une foule hostile est filmée.
00:29:34Devant un public survolté, Fritz Kuhn monte enfin sur scène.
00:29:39Nous l'aimons pour les ennemis qu'il a fait.
00:29:44Mesdames et Messieurs, M. Fritz Kuhn.
00:29:56Applaudissements.
00:29:59Mesdames et Messieurs, Mesdames et Messieurs, Mesdames et Messieurs,
00:30:05si vous demandez ce qu'on nous réveille actuellement sous notre charme,
00:30:13c'est d'abord un social, juste, white, gentile qui règne les États-Unis.
00:30:21Seconde, Gentile Controlled Labour Union, free from Jewish Moscow, directed domination.
00:30:39Isidore Greenbaum, un jeune plombier juif de 26 ans, révolté par ce discours, se jette sur scène.
00:30:50La police doit intervenir pour éviter son lynchage par le service d'ordre du Bound.
00:30:59Be feeded please.
00:31:01One fanatic don't make any difference, very well, gentlemen.
00:31:18Alors que les incidents se multiplient à l'intérieur, à l'extérieur la situation vira l'émeute entre la police
00:31:24et les manifestants opposés à l'événement.
00:31:42En réponse à ces débordements, le procureur général de New York est mandaté pour s'attaquer à Kuhn.
00:31:51Ces ligniers trouvent rapidement de quoi l'incriminer.
00:32:00Kuhn a entretenu un réseau de maîtresses à travers le pays et il utilisait ses fonds pour ses dépenses personnelles,
00:32:07mais aussi pour celles de ses femmes.
00:32:11La loi de l'émeute dit qu'il serait un fureur américain sur les charges de grand larcenie et de
00:32:15forgery.
00:32:15C'est Fritz Kuhn, le leader et ami de Hitler.
00:32:19Mais maintenant, son rôle de maîtresse est d'expliquer qu'à environ 14 000 dollars, il est accusé d'obtenir
00:32:25ses followers.
00:32:28Fritz Kuhn est finalement jugé pour détournement de fonds et évasion fiscale.
00:32:33Il est condamné à deux ans d'emprisonnement.
00:32:40Alors que Kuhn est dans la prison de Sing Sing, au même moment, William Dudley Pelley, le chef de la
00:32:45Silver Légion, est confronté à de multiples accusations et ira bientôt en prison pour quelques années.
00:32:51C'est ainsi que l'on assiste à de nombreuses pressions judiciaires pour tenter de faire disparaître ses groupes.
00:32:59Pour les sympathisants du nazisme aux États-Unis, le vent s'apprête à tourner.
00:33:03De l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe a basculé.
00:33:08En septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne sont entrées en guerre contre l'Allemagne nazie.
00:33:15La crainte d'une extension du conflit gagne l'Amérique.
00:33:22Face à la menace croissante, le Congrès décide de renforcer les moyens du FBI et durcit sa législation sur les
00:33:29activités anti-américaines.
00:33:31Les pro-nazis sont dans le collimateur.
00:33:38Jusqu'alors, les autorités avaient pourtant focalisé leur attention sur le communisme.
00:33:46L'Union soviétique était considérée comme le grand ennemi.
00:33:49C'est pourquoi des gens comme Edgar Hoover, le chef du FBI, ont consacré d'énormes ressources à la traque
00:33:55des communistes.
00:33:56Et pour être honnête, les communistes n'avaient pas de base efficace en Amérique.
00:34:00L'une des raisons est qu'ils ne disposaient pas des mêmes sommes d'argent que les Allemands
00:34:03pour corrompre les gens, les influencer et les faire travailler pour eux.
00:34:19Jusqu'alors, Hoover, radicalement anticommuniste, n'avait pas saisi l'ampleur du danger nazi.
00:34:30Lorsque les États-Unis ont commencé à se rendre compte qu'il existait des liens entre ces groupes
00:34:34et les efforts de propagande politique nazie, et plus encore de sabotage potentiel et d'espionnage,
00:34:40le Congrès américain a tenté d'y remédier en adoptant une nouvelle législation.
00:34:44C'est le cas avec la loi sur l'enregistrement des agents étrangers,
00:34:50qui nous a permis de poursuivre en justice certains des dirigeants de ces groupes.
00:34:56Suite à une infiltration, le 14 janvier 1940, des dizaines d'agents du FBI font un raid
00:35:02contre la cellule du front chrétien de Brooklyn.
00:35:0517 jeunes hommes sont arrêtés.
00:35:07Les motifs de ce coup de filet sont extrêmement inquiétants.
00:35:33Il est évident que l'organisation s'armait de plus en plus et devenait de plus en plus
00:35:41dangereuse. C'est pourquoi, à mon avis, la vague d'arrestation du front chrétien
00:35:45le 14 janvier 1940 n'avait rien à voir avec des préoccupations politiques.
00:35:51C'était surtout une question de sécurité nationale.
00:36:01Le front chrétien préparait une attaque massive d'institutions sur la côte est américaine
00:36:06avec la bénédiction du père Coughlin.
00:36:09Pourtant, Coughlin, le puissant homme de Média, n'est pas inquiété.
00:36:18Pour les autorités, la situation est très complexe.
00:36:22Le père Coughlin est un prêtre et le FBI est très soucieux de ne pas bafouer les droits religieux.
00:36:33Coughlin est protégé par la Constitution, mais les 17 prévenus de Brooklyn, eux, sont accusés de sédition.
00:36:41Le ministère public espère obtenir de lourdes condamnations.
00:36:45Le procureur John Rogge, chef de la division criminelle au ministère de la Justice, est un jeune fonctionnaire à la
00:36:51réputation implacable.
00:36:55Beaucoup ont invoqué l'atteinte à leur libre expression.
00:36:57Ils disaient, ce que je fais, c'est simplement faire circuler des idées.
00:37:02Et la difficulté, c'est que dans le système américain, le procureur doit prouver l'intention.
00:37:07Est-ce qu'il voulait obtenir un soulèvement, la destruction de l'État américain ?
00:37:11Donc, c'est très compliqué de prouver l'intention.
00:37:14Or, c'est un élément important et cette intention, elle doit être prouvée.
00:37:18Et les 12 membres du jury doivent l'accepter, puisqu'il faut l'unanimité au-delà du doute raisonnable.
00:37:28Tout s'est donc effondré.
00:37:30Et ils ont tous été acquittés.
00:37:33Le chef du Front chrétien de New York a immédiatement demandé au juge s'il pouvait récupérer ses armes, ce
00:37:39qui a été accordé.
00:37:40Et il est sorti du tribunal de Brooklyn les armes à la main.
00:37:48Le procès est un échec retentissant pour le gouvernement.
00:37:51Leur tentative de coup d'État a échoué, mais les motivations des membres du Front chrétien restent intactes.
00:37:57Alors que la guerre se profile, tout doit être mis en œuvre pour faire échouer Roosevelt, qui brigue un nouveau
00:38:02mandat.
00:38:05Le monde était en feu.
00:38:06Franklin Roosevelt pensait qu'il était le mieux placé pour guider l'Amérique dans cette période difficile.
00:38:11Et c'est ce qu'il a fait. Il a été un dirigeant très efficace.
00:38:16Des millions d'Américains ont le sentiment légitime que Roosevelt pousse le pays vers la guerre.
00:38:20Il y a des groupes qui pensent que les États-Unis devraient rester en dehors de la guerre et renforcer
00:38:25ses relations avec l'Allemagne nazie.
00:38:26Ce dont beaucoup de ces groupes se rendent compte, les extrémistes, ainsi que le ministère allemand des Affaires étrangères,
00:38:32c'est qu'il s'agit vraiment de la dernière occasion de vaincre Roosevelt sur le plan politique avant l
00:38:36'entrée en guerre probable des États-Unis.
00:38:42Les membres du Front Chrétien choisissent alors de se rapprocher de l'appareil clandestin nazi aux États-Unis.
00:38:52Au printemps 1940, le mouvement du Front Chrétien en Nouvelle-Angleterre et à Philadelphie est presque directement contrôlé par des
00:39:00agents nazis,
00:39:01notamment des membres de l'état-major SS.
00:39:10Propagande pro-nazi, espionnage, sabotage, tout est mis en œuvre pour empêcher l'entrée en guerre des États-Unis et
00:39:17la réélection de Roosevelt.
00:39:22A l'été 1940, une série d'attentats secouent l'Amérique.
00:39:26Trois usines de fabrication de poudre sont détruites, réduisant d'un quart la production militaire américaine.
00:39:35Bien que le groupuscule représente une toute petite minorité aux États-Unis,
00:39:40leur opposition à Roosevelt et sa politique extérieure est largement partagée dans l'Amérique isolationniste de 1940.
00:39:54Les isolationnistes, le mouvement anti-guerre, n'était pas seulement un mouvement populaire.
00:40:00C'était aussi un mouvement politique.
00:40:03Certains de ses membres étaient de puissantes personnalités du Congrès.
00:40:07C'est un monde qui est très perméable aux idées fascistes
00:40:11parce qu'ils considèrent qu'ils partagent avec les fascistes un même système de valeurs
00:40:16qui est la défense d'une race dite nordique, pour reprendre les mots de Madison Grant,
00:40:21en tout cas une race anglo-saxonne, des valeurs civilisationnelles et un ennemi commun
00:40:25qui est le bolchévique et le juif.
00:40:28Le judéo-bolchévisme, c'est une menace qu'ils considèrent bien plus grande que quelques nazis que ce soit.
00:40:39Avec de puissants soutiens politiques et industriels, un comité est créé en septembre 1940.
00:40:45America First.
00:40:50Sous l'œil approbateur du régime nazi, ce lobby s'oppose à toute forme d'intervention américaine dans la guerre.
00:40:59Son porte-parole est un héros américain, l'aviateur Charles Lindbergh, connu dans le monde entier pour ses exploits.
00:41:10Un temps installé en Europe, il a côtoyé le régime nazi pendant toute la seconde moitié des années 30.
00:41:18Le gouvernement allemand l'invite à visiter ses installations aéronautiques.
00:41:22Göring lui remet de récompenses. Il pilote leurs meilleurs avions de combat
00:41:25et il est très vite impressionné par ce qu'il appelle le dynamisme du peuple allemand.
00:41:33Charles Lindbergh déclare même que l'Allemagne ne cherche qu'à étendre son territoire par des moyens militaires
00:41:38comme l'Angleterre et la France l'avaient fait pendant des centaines d'années auparavant.
00:41:44Lorsque Charles Lindbergh est devenu le porte-parole du mouvement America First,
00:41:49celui-ci s'est transformé en une campagne nationale très, très puissante,
00:41:54visant à maintenir les États-Unis en dehors de la guerre.
00:41:59A l'automne 1940, Roosevelt est réélu pour un troisième mandat.
00:42:04L'entrée en guerre semble imminente.
00:42:07America First dénonce l'aide fournie au Royaume-Uni pour son effort de guerre.
00:42:25Et vous commencez à le voir sortir et organiser des rassemblements massifs en 1941.
00:42:31Vous savez, 10 000, 20 000, 30 000 personnes qui remplissent le Madison Square Garden.
00:42:37Et avec ce message, de plus en plus au vitriol.
00:42:41Dans son grand discours de démoine de septembre 1941, il faut l'écouter dans les mots qu'il emploie,
00:42:46qu'il y a trois ennemis aux États-Unis, c'est les industriels, c'est Roosevelt et c'est les
00:42:51juifs.
00:42:52Et c'est eux qui vont pousser à la guerre, c'est eux qui poussent l'Amérique à entrer en
00:42:55guerre.
00:42:55Des dizaines de milliers de sympathisants nazis qui avaient peut-être caché leur affinité politique avec l'Allemagne nazie rejoignent
00:43:03le mouvement America First.
00:43:05Ils étaient 800 000 Américains officiellement membres de l'America First avant Pearl Harbor.
00:43:12Mais bien au-delà du lobbying, l'isolationnisme permet aux nazis d'infiltrer le sommet de l'appareil politique.
00:43:20C'est un accident qui révèle au public l'ampleur de l'ingérence et la campagne d'influence nazie qui
00:43:25gangrène le territoire américain.
00:43:33Le 30 août 1940, un DC-3 s'écrase près de Washington DC.
00:43:39Parmi les victimes, le sénateur républicain du Minnesota, Ernest Landin,
00:43:44accompagné de deux agents du FBI et un procureur du ministère de la Justice.
00:43:49Parmi les débris, les enquêteurs retrouvent un futur discours du sénateur.
00:43:53Un discours résolument pro-Allemagne et isolationniste.
00:43:57Son auteur n'est autre que George Silvester Wierek,
00:44:01l'agent allemand chargé par le régime nazi de diffuser ses idées aux États-Unis.
00:44:10Il avait eu cette idée et l'avait présentée à Hitler et au commandement allemand.
00:44:14L'idée était d'essayer de coopter des politiciens américains
00:44:17pour l'aider à diffuser la propagande nazie,
00:44:20tout cela sous le couvert officiel de l'État américain.
00:44:23Pour être honnête, les Allemands étaient un peu sceptiques.
00:44:25Ils ne pensaient pas vraiment qu'ils seraient capables de réussir,
00:44:28mais le succès a dépassé leurs espérances les plus folles.
00:44:36La presse commence à se rendre compte que London est plus qu'un simple isolationniste.
00:44:43C'était peut-être un agent actif pour le comte de l'Allemagne.
00:44:47On a commencé à prendre conscience qu'il existait une sorte d'ennemi intérieur clandestin.
00:44:55Un ennemi qui soutenait le mouvement isolationniste et menaçait peut-être la démocratie dans le pays.
00:45:04La trahison du sénateur London est telle que, dès le lendemain de son décès,
00:45:09son épouse se précipite à son bureau pour tenter d'éliminer les preuves.
00:45:17A sa mort, sa femme retire une grande partie de sa correspondance de son bureau au Sénat,
00:45:22probablement dans le but de dissimuler la véritable nature de ses relations avec Vierec.
00:45:26Mais ces archives sont aujourd'hui disponibles.
00:45:28Les historiens peuvent les consulter et les documents montrent très clairement
00:45:32que Vierec et London avaient des relations personnelles et professionnelles.
00:45:36Il y a des lettres dans lesquelles Vierec dit à London qu'il est prêt à écrire des articles en
00:45:40son nom
00:45:41qui seront publiés dans les principaux journaux américains.
00:45:43Ils rédigent des discours pour London.
00:45:47L'ampleur des révélations a choqué les Américains.
00:45:51Un certain nombre de personnes très connues étaient impliquées dans cette affaire.
00:45:54Et ils étaient en fin de compte environ 20 à 25 membres du Congrès et sénateurs
00:45:58qui ont volontairement travaillé avec Vierec.
00:46:04L'agent Vierec parvient à organiser la diffusion de la propagande nazie
00:46:08depuis les plus hautes sphères des institutions démocratiques américaines.
00:46:13Ce Vierec a monté une opération absolument fabuleuse.
00:46:16On ne peut que l'admirer.
00:46:19Il a fait en sorte d'avoir des liens privilégiés avec un certain nombre de membres de la Chambre des
00:46:23représentants,
00:46:24un certain nombre de sénateurs, pour qui il écrivait des discours,
00:46:28des discours pro-nazi évidemment.
00:46:29Donc ces élus faisaient leurs discours et la beauté, c'est que tous les discours sont reproduits
00:46:34dans ce qui est l'équivalent de notre journal officiel qui s'appelle le Congressional Record.
00:46:39Et ensuite, l'élu en question, on lui demandait gentiment de bien vouloir imprimer son discours
00:46:43et de l'envoyer à ses administrés.
00:46:49Ils ont donc utilisé des millions d'enveloppes gratuitement affranchies par l'État,
00:46:53remplies de propagande nazie, avec l'adresse de retour d'un membre du Congrès ou d'un sénateur du Capitole.
00:46:59Ils ont inondé l'électorat américain.
00:47:02Et bien sûr, les Américains qui recevaient ces lettres de leurs députés
00:47:05pensaient qu'il ne s'agissait que de déclarations légitimes,
00:47:08de personnes s'exprimant en pleine conscience contre la politique de Roosevelt,
00:47:12sans jamais réaliser qu'il s'agissait de propagande nazie,
00:47:15qu'il aurait été distribué à leurs propres frais.
00:47:20Mais deux événements détournent soudainement l'attention de l'opinion.
00:47:24L'attaque du Japon à Pearl Harbor, le 7 décembre 1941,
00:47:29et la déclaration de guerre de l'Allemagne à l'Amérique provoquent une onde de choc.
00:47:33Le comité America First s'autodissout.
00:47:36L'entrée en guerre de l'Amérique offre une échappatoire aux élus corrompus.
00:47:41Un homme entend les en empêcher,
00:47:44John Roggey, qui avait échoué à faire condamner le front chrétien à Brooklyn,
00:47:48bâtit un dossier solide impliquant une trentaine de pro-nazis.
00:47:52Trois ans plus tard, le 3 janvier 1944,
00:47:56s'ouvre le plus grand procès américain pour sédition.
00:48:07Une fois de plus, la machine politique prend le dessus sur la justice.
00:48:11En plus, le procès mené par le procureur Roggey est si stressant
00:48:16que le juge meurt d'une crise cardiaque en plein milieu de ce procès qui ne dure que 4 mois.
00:48:24Le procès pour sédition finit par être une véritable farce.
00:48:27L'accusation n'a même jamais pu finir de présenter ses arguments.
00:48:31Et plutôt que d'essayer de relancer le procès avec un nouveau juge,
00:48:34le ministère de la justice décide en fait d'abandonner l'affaire.
00:48:38Mais Roggey n'a pas l'intention d'abandonner.
00:48:42Il s'est rendu en urgence dans la zone libérée de l'Allemagne,
00:48:45où un officier du renseignement américain a découvert des documents hautement compromettants.
00:48:51« Roggey a accès à des centaines de milliers de communications
00:48:54entre l'ambassade d'Allemagne à Washington et Berlin,
00:48:57prouvant que ces personnes étaient impliquées, montrant le montant des sommes dépensées.
00:49:02Ce sont des millions et des millions.
00:49:04On estime que les Allemands ont dépensé 100 millions de dollars en monnaie d'aujourd'hui
00:49:07dans le cadre de cette campagne de désinformation du système américain. »
00:49:13À son retour d'Allemagne, au vu des éléments compromettants qu'il rapporte de son voyage,
00:49:18il espère faire rouvrir le procès.
00:49:26« Nous ne pouvons pas vraiment comprendre à quel point ce rapport est explosif.
00:49:30Cela équivaudrait à découvrir des choses incroyablement scandaleuses
00:49:33sur des chefs d'entreprises américains connus de tous
00:49:36et sur certains des hommes politiques les plus en vue du pays.
00:49:39Mais il ne faut pas oublier que la situation politique des États-Unis a considérablement changé.
00:49:44Au moment où John Roggey écrit son rapport en 1945,
00:49:47Franklin Roosevelt est décédé.
00:49:49Le nouveau président Harry Truman a siégé au Sénat américain peu de temps auparavant
00:49:53et il a donc des liens étroits avec certaines des personnes mentionnées dans ce rapport.
00:50:00Le sénateur Burton Wheeler le convainc de mettre fin à cette enquête.
00:50:03En 1946 et 1947, l'Amérique voulait passer autre chose.
00:50:08L'idée de savoir qui était nazi et qui recevait de l'argent des nazis n'était plus d'actualité.
00:50:13Le public américain voulait vraiment acheter sa voiture, son réfrigérateur,
00:50:18envoyer ses enfants à l'école et laisser tout cela derrière lui.
00:50:21Et c'est exactement ce qu'ils ont fait.
00:50:24Malgré des preuves accablantes, le rapport de Roggey est enterré.
00:50:28Frustré, il en dévoile une partie au grand public.
00:50:32Il l'est immédiatement licencié.
00:50:36Cela montre les problèmes liés à l'équilibre des pouvoirs,
00:50:39notamment lorsque des personnes hautement placées utilisent leurs privilèges pour contrecarrer la justice.
00:50:46Et je pense qu'aujourd'hui, nous sommes confrontés à une situation très similaire aux États-Unis,
00:50:50avec des personnes qui tentent délibérément de nuire au bon fonctionnement du système judiciaire,
00:50:56celui du processus électoral et de manière générale à celui des institutions américaines.
00:51:01Le fait de ne pas avoir purgé ce passé fait qu'on a retrouvé des traces jusqu'à aujourd'hui.
00:51:07Les mouvements fascistes aujourd'hui américains, dont certains d'ailleurs portent les mêmes noms à America First,
00:51:13le mouvement de Donald Trump est absolument indissociable du mouvement de l'entre-deux-guerres,
00:51:19s'explique précisément par un passé qui n'a jamais été purgé
00:51:22en raison de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale,
00:51:27en raison aussi certainement de cette liberté d'expression
00:51:30qui garantit aussi l'expression des pires horreurs dans ce pays.
00:51:37L'Amérique a choisi de ne pas regarder ce passé en face.
00:51:42Les conjurés, soupçonnés ou coupables d'avoir participé à différents complots pro-nazi contre les institutions,
00:51:49n'ont pas été inquiétés.
00:51:51Seules deux figures ont subi les foudres judiciaires.
00:51:55Fritz Kuhn, le patron du Bund, est condamné une seconde fois puis déchu de sa nationalité américaine
00:52:00avant d'être expulsé vers l'Allemagne.
00:52:02L'agent nazi, George Sylvester Virek, a été condamné à de la prison ferme.
00:52:09Les élus de la nation s'en sont tous sortis indemnes.
00:52:13Les responsables politiques d'après-guerre ont tourné la page,
00:52:17préférant oublier les complicités nazies qui ont révélé les fragilités de la démocratie américaine.
00:52:26Débat doc, America First, le complot nazi, un film réalisé par Emmanuel Amara dans les années 1930.
00:52:33L'Amérique a connu sa tentation fasciste, des pro-nazis en uniforme,
00:52:37un isolationnisme tenté d'antisémitisme et d'anticommunisme
00:52:41que seule l'attaque de Pearl Harbor a fini par balayer.
00:52:45Près d'un siècle plus tard, America First, l'Amérique d'abord, est devenue le slogan de Donald Trump
00:52:51avec, à l'approche des élections de mi-mandat, une démocratie américaine qui semble éprouvée.
00:52:56Alors, les États-Unis sont-ils une démocratie à bout de souffle ?
00:52:59On va en débattre avec nos invités.
00:53:01Ellen Arter, bonsoir.
00:53:03Vous êtes historienne à Paris 1, vous avez notamment écrit une très brève histoire des États-Unis aux éditions Calyp.
00:53:09Bonsoir Romain Huret. Bonsoir.
00:53:11Et bienvenue, vous êtes historien à l'EHESS.
00:53:13Vous avez publié « Etats-Unis, anatomie d'une démocratie » aux éditions des Arènes,
00:53:18écrit avec Thomas Négaroff et Romuald Siora. Bonsoir.
00:53:21Vous êtes directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l'IRIS,
00:53:26chercheur associé.
00:53:28Vous vivez à New York et vous venez de publier « Lettre ouverte à Trump »
00:53:32d'un Américain de papier aux éditions Point Nemo.
00:53:35Première question et j'aimerais qu'on entre dans le vif du sujet.
00:53:39Cette histoire-là, cette histoire de l'Amérique et des tentations fascistes,
00:53:43voire des défilés nazis en plein cœur de grandes villes américaines,
00:53:47cette Amérique des années 30, c'est une page d'histoire oubliée aux États-Unis ?
00:53:52Oui, tout à fait, parce qu'en fait, on ne retient que la séquence unitaire de Pearl Harbor et finalement
00:53:58cette cohésion nationale,
00:54:00en ayant oublié que les années 30 ont été des années de très forte division et aussi d'interrogation sur
00:54:07le positionnement des États-Unis dans les affaires du monde.
00:54:09On parle toujours d'isolationnisme, peut-être plus d'unilatéralisme d'ailleurs que d'isolationnisme et on voit bien à
00:54:16travers ce documentaire
00:54:17combien les Américains ont pu être inquiets de l'État du monde et ont pu, pour une partie d'entre
00:54:23eux,
00:54:24refuser les principes démocratiques, influencer qu'ils l'étaient par ce qui se passait dans le reste du monde et
00:54:29en Europe en particulier.
00:54:30Évidemment. Romain Huret, c'est un effet de loupe ou une véritable tendance de fond qui a traversé les États
00:54:35-Unis à cette période-là ?
00:54:36C'est une tendance de fond et on a eu tendance, comme historiennes et historiens, à oublier cette histoire-là,
00:54:43cette histoire sombre des États-Unis.
00:54:45À la fin du XXe siècle, il y a un très grand historien qui s'appelle Alan Brinkley
00:54:49et il a invité la communauté à se pencher à nouveau sur cette histoire-là, sur ces histoires-là,
00:54:55puisqu'au-delà des années 30, il y a eu d'autres moments comme ça dans l'histoire des États
00:54:59-Unis
00:55:00de grandes montées en puissance du conservatisme, parfois dans ces formes extrêmes.
00:55:04Et Alan Brinkley disait qu'on sait plein de choses sur toute l'histoire du Parti démocrate, du libéralisme au
00:55:10sens étatsunien
00:55:11et finalement, on a oublié notre part sombre.
00:55:13On n'arrive pas à expliquer un Reagan en 1980, on n'arrive pas à expliquer George Bush fils,
00:55:20et encore plus aujourd'hui, on n'arrive pas à expliquer l'arrivée de Trump au pouvoir.
00:55:23Mais si on regarde, si on change un peu les loupes, on va voir cette histoire-là et on va
00:55:29arrêter de l'oublier.
00:55:30Est-ce que c'est un épisode qui a représenté un vrai risque pour la démocratie américaine à l'époque
00:55:36?
00:55:36Tout d'abord, effectivement, c'est une lame de fond qui remonte même aux années 1830 du XIXe siècle
00:55:41avec Andrew Jackson, qui était un président populiste, adepte d'une forme d'autoritarisme.
00:55:47Et je me permettrai, avant de répondre à votre question, d'ajouter qu'on a eu un parti nazi aux
00:55:50États-Unis,
00:55:50il y en a toujours un d'ailleurs, pendant très longtemps, et qui d'ailleurs était assez influent, entre guillemets,
00:55:55évidemment,
00:55:56mais assez prominent quand même, pour un tiers parti jusqu'à la fin des années 60, début des années 70.
00:56:03Maintenant, il n'y a pas eu, à mon sens, un risque nazi à l'échelle des États-Unis.
00:56:07Un risque autoritaire, oui, mais si vous regardez la carte occidentale de l'époque,
00:56:13au-delà des pays nazis et fascistes comme les États-Unis, il y avait la plupart du temps des régimes
00:56:18autoritaires.
00:56:18Donc oui, il y a eu un risque, avec Lindbergh entre autres, on en parlera peut-être,
00:56:22d'une présidence semi-autoritaire.
00:56:24Un risque nazi, non, mais c'est une page importante et effectivement trop oubliée de l'histoire des États-Unis.
00:56:29Peut-être aussi pour nuancer, on parlait d'à peu près 1% de la population américaine
00:56:33qui se retrouvait dans ces mouvements dans les années 30.
00:56:36Il y a aussi un marqueur qui sont les élections présidentielles,
00:56:39où vous avez raison, il y a un parti nazi, il y a des candidats,
00:56:42mais qui ne représentent pas grand-chose, parce que finalement le bipartisme fait que les gens votent utiles
00:56:48pour l'un des deux partis et finalement ça n'a pas réussi à se transcrire dans les urnes de
00:56:54manière évidente.
00:56:55Pour faire justement écho à la situation actuelle, à l'Amérique de Donald Trump,
00:57:00à ce slogan America First, il est donc né il y a longtemps, au XXe siècle, avec un porte-parole.
00:57:06C'est un lobby America First ?
00:57:08Tout à fait, alors c'est un lobby qu'il faut replacer dans le contexte de l'élection présidentielle de
00:57:141940
00:57:14et de ce choix sociétal qui est demandé aux Américains.
00:57:18Roosevelt se représente et il a face à lui ?
00:57:21Il a face à lui un candidat républicain, ce qui est classique,
00:57:25mais ce qui n'est pas le plus important, ce n'est pas le candidat républicain,
00:57:27c'est les mouvements qui sont derrière, qui sont des mouvements isolationnistes
00:57:31et qui veulent empêcher le président d'apporter un concours
00:57:34à des pays qui résistent à l'Allemagne nazie et à l'Italie fasciste.
00:57:38Et America First, c'est de dire, nous, nous ne voulons pas d'un engagement,
00:57:42nous ne voulons pas d'un président qui s'engage,
00:57:45et donc nous nous mobilisons pour porter, dans le cadre de cette campagne,
00:57:48pour empêcher la réélection.
00:57:50Et c'est lui qui est le porte-parole de ce mouvement,
00:57:52c'est un véritable héros, pas simplement aux États-Unis,
00:57:55mais un héros dans le monde de l'époque, c'est Charles Lindbergh.
00:58:00Oui, et ça nous rappelle combien la médiatisation est importante dans la vie politique,
00:58:04car il faut incarner un mouvement.
00:58:06Non, il n'est pas le seul, il n'est pas forcément celui qui pense le plus,
00:58:09mais c'est une figure extrêmement connue mondialement,
00:58:13qui donne à la fois la légitimité.
00:58:13Alors rappelez-nous pourquoi, d'ailleurs, il est connu pour les moins de 20 ans ?
00:58:17Pour les moins de 20 ans, oui, c'est le premier homme
00:58:19à avoir traversé l'Atlantique en avion tout seul,
00:58:22donc c'est un personnage extrêmement populaire, sympathique,
00:58:26il a en plus un drame familial, puisque son enfant est enlevé, meurt,
00:58:30donc c'est une figure qui est extrêmement positive pour les Américains,
00:58:35et donc on mise dessus pour avoir encore plus d'adhésion à ce mouvement America First.
00:58:40Charles Lindbergh, donc, qui affronte Roosevelt,
00:58:43il y a un écrivain qui a écrit un chef-d'œuvre à propos de cette histoire-là,
00:58:48une Uchronie, et si ?
00:58:50Et si Lindbergh l'avait emporté ?
00:58:53Et si l'Amérique avait basculé, donc, dans le fascisme et le nazisme ?
00:58:56C'est Philippe Roth, c'est une histoire qui paraissait invraisemblable,
00:59:01c'est un roman, c'est une pure fiction,
00:59:02ça n'est pas l'histoire qui s'est produite.
00:59:05Malgré tout, Charles Lindbergh, il a représenté quelque chose
00:59:08dans cette séquence historique-là.
00:59:10Tout à fait, mais le livre de Roth répond à votre première question,
00:59:13c'est-à-dire, est-ce que cela représentait un danger nazi,
00:59:16cette période, pour les Etats-Unis ?
00:59:17Le livre, c'est complot contre l'Amérique.
00:59:19Exactement, mais on voit qu'il s'agit d'une présidence autoritaire,
00:59:24fascisante, mais non fasciste, avec Lindbergh,
00:59:26et qui, d'ailleurs, va laisser la place à quelque chose de plus positif vers la fin.
00:59:31Le nazisme n'aurait pas pu s'enraciner le fascisme.
00:59:34À l'époque, les choses peuvent être différentes aujourd'hui,
00:59:37mais à l'époque, n'aurait pas pu s'enraciner
00:59:39comme il s'est enraciné dans certains pays d'Europe.
00:59:42Mais oui, Lindbergh a représenté, effectivement, un danger d'autoritarisme.
00:59:46Alors, Roth, à la fin de son livre, comme je viens de le dire, est assez positif.
00:59:49Est-ce que les choses se seraient passées comme Roth l'a prévu ?
00:59:52Je pense que les États-Unis, à l'époque, auraient absorbé l'autoritarisme.
00:59:55Mais en tout cas, il y a eu un véritable danger autoritaire aux États-Unis à ce moment-là.
00:59:59Et Roosevelt, donc, est réélu, élu pour la troisième fois, donc, en 1941.
01:00:05Disons qu'il prend le pouvoir, et c'est une page d'histoire,
01:00:08qui va être fracassée de plein fouet par Pearl Harbor.
01:00:12Le 7 décembre 1941, l'armée japonaise attaque la flotte américaine basée dans le Pacifique à Pearl Harbor.
01:00:20Et là, pour le coup, est-ce qu'on peut dire que c'est toute cette histoire, justement,
01:00:25des mouvements proto-nazis, fascistes, américaines, qui est balayée d'un coup ?
01:00:30Est-ce que c'est plus compliqué ?
01:00:31C'est en partie vrai. Roosevelt gagne. Il gagne sur tous les tableaux.
01:00:34Il gagne en politique intérieure, en politique extérieure.
01:00:37Et il arrive à battre cette lame de fond.
01:00:41Parce que je pense qu'il y a un vrai risque fascisant aux États-Unis.
01:00:46Il ne faut pas oublier qu'il y a un courant antimoderne dans le pays, qui est très fort.
01:00:51Dans le documentaire, on ne voit sans doute pas assez l'incarnation la plus forte de cet antimodernisme.
01:00:56C'est le clan, le Ku Klux Klan, qui, dans les années 1920, compte 4 millions de personnes.
01:01:03Et 4 millions de personnes qui sont unies par une idée.
01:01:07La modernité est mauvaise. Elle est mauvaise pour le pays, elle est mauvaise pour le monde.
01:01:11Et il faut lutter contre tout ce qui est vu comme incarnation de la modernité.
01:01:16Les villes, New York, sont vues comme des lieux absolument...
01:01:19Ce sont des suprémacistes, blancs, chrétiens...
01:01:22Ils veulent revenir à ce qu'ils commencent à avoir comme une pureté originale.
01:01:25Ils ont la haine des minorités, à la fois les Noirs, les Juifs...
01:01:29Les Juifs et les Catholiques, pour certains.
01:01:32Donc il y a une vraie détestation de la transformation moderne du pays.
01:01:37Et ce que Roosevelt va réussir à faire gagner, dans les années 30 et dans les années 40,
01:01:44c'est cette modernité politique, culturelle, sociale, qui l'emporte,
01:01:47avec une base qui est très importante pour le Parti démocrate,
01:01:51qui est les grandes villes, les grandes villes vont voter massivement,
01:01:54ce qu'on appelle la coalition démocrate, qui est une incarnation aussi de la modernité politique.
01:01:59Il gagne, mais il aurait pu perdre.
01:02:01Et juste une chose, Roth s'inscrit aussi dans une tradition littéraire,
01:02:05Philippe Roth, dans une tradition littéraire.
01:02:07Et dans les années 30, il y a énormément d'écrivains,
01:02:09qui, comme Sinclair Lewis, qui écrivent sur cette tentation fasciste...
01:02:14Prix Nobel de littérature et qui imagine...
01:02:17Qui imagine déjà l'arrivée d'un dictateur et d'un fasciste aux Etats-Unis.
01:02:22Imaginez le pire, ça se présente aussi dans les comics, d'ailleurs,
01:02:25qui explosent au moment de la guerre.
01:02:27Il y a toute une culture américaine.
01:02:29Mais quand on voit arriver Donald Trump faire éruption sur la scène politique américaine,
01:02:35quand il utilise ce slogan « America first »,
01:02:38ce qui est, avec « Make America great again »,
01:02:41l'un de ses principaux mots d'ordre,
01:02:44est-ce que ce slogan-là, « America first »,
01:02:47fait référence à ces années-là, aux années 30 ?
01:02:50Non, ce n'est pas l'objectif de Trump en utilisant ce slogan.
01:02:54Mais de ses conseillers, de ceux qui l'entourent ?
01:02:56Alors, ça dépend.
01:02:58N'oublions pas que Trump de haut n'a rien à voir avec le premier Trump.
01:03:01En 2016, c'est un homme qui, jusqu'en 2015,
01:03:04a hésité à se présenter chez les démocrates,
01:03:06issus de la gauche, entre guillemets, américaine,
01:03:09pro-LGBT, droits des femmes, etc.
01:03:12Enfin, droits des femmes, officiellement.
01:03:14Officiellement, mais c'est un homme qui s'est inscrit toujours dans un paysage plus ou moins progressiste.
01:03:20Il est new-yorkais.
01:03:20Voilà, mais une fois encore, jusqu'en 2015, il voulait se présenter chez les démocrates.
01:03:24Les démocrates n'en ont pas voulu.
01:03:25Son électorat et le public de son chose y apprentissent.
01:03:28Donc, il va chez les républicains.
01:03:29Un homme sans colonne politique vertébrale, mal entouré, etc.
01:03:31Donc, à l'époque, oui, des conseillers, certains, Steve Bannon, etc.
01:03:35Mais il n'y a pas encore une stratégie, il n'y a pas encore une véritable idéologie.
01:03:38Trump se rapprochera de l'extrême droite américaine héritière du jacksonisme,
01:03:42dont on parlait tout à l'heure, héritière de tout ce dont on parlait.
01:03:45C'est cette tendance fasciste des années 30.
01:03:47Il s'en rapprochera durant la fin de son premier mandat.
01:03:50Elle est quatre années passées dans l'opposition.
01:03:52Et c'est avec elle qu'il arrivera aujourd'hui au pouvoir.
01:03:54Et donc, aujourd'hui, nous avons une administration beaucoup plus structurée,
01:03:58avec des idéologues, des intellectuels de haut niveau.
01:03:59Je pense à G.D. Vance, la secrétaire général à la Maison-Blanche.
01:04:02Et là, oui, ces références à America First font effectivement référence justement
01:04:07à ce dont nous sommes en train de parler.
01:04:09Je voudrais juste ajouter une petite chose.
01:04:10C'est intéressant ce que l'on disait tout à l'heure.
01:04:12On pourrait se dire que la parenthèse Roosevelt,
01:04:16puisque Roosevelt a permis à l'Amérique de prendre un autre bien,
01:04:19s'est peut-être clôturée au début des années 2000.
01:04:21– À ce point-là, vous partagez le diagnostic, Hélène Arthet ?
01:04:25– Alors, moi, peut-être pour revenir et pour compléter,
01:04:29je suis d'accord sur les deux prises de parole précédentes,
01:04:32c'est que nous lisons droite-gauche la situation américaine,
01:04:35alors que je suis totalement d'accord avec Romain Huret,
01:04:37cette question de la modernité et du conservatisme.
01:04:39Et je crois qu'il faut rappeler dans les années 30
01:04:41qu'il y avait une alliance des conservateurs qui dépassait les partis.
01:04:45Et qu'au sein même du Parti démocrate,
01:04:47une partie importante des démocrates était conservateur,
01:04:49c'est-à-dire le vote du Sud, ainsi de suite.
01:04:52Et cette question, elle glisse sur l'ensemble de la période,
01:04:56ce qui permet de comprendre les continuités.
01:04:58Et pourquoi un discours tel celui qu'on l'entend aujourd'hui
01:05:01a de la résonance ?
01:05:02Parce qu'on rejoue le combat des conservateurs et des modernistes.
01:05:05Il faut voir que les best-sellers de l'entre-deux-guerres
01:05:07ne sont pas des best-sellers forcément modernistes.
01:05:10On pense à Hemingway, mais ce n'est pas forcément ce qu'on lit.
01:05:13Et évidemment, cette question double d'une autre question
01:05:16que connaît très bien Romain Huret,
01:05:17c'est la question du rapport au gouvernement fédéral,
01:05:20aux politiques publiques,
01:05:21comment on se positionne par rapport à toutes ces questions.
01:05:23Et on voit bien comment Trump, en fait,
01:05:26capitalise sur ces forces profondes qui sont là
01:05:28et qui disent aussi ce qu'est l'Amérique.
01:05:30Mais avant de vous donner la parole,
01:05:31d'un mot, l'expression « America first »,
01:05:34donc elle a une histoire, il faut la connaître.
01:05:36Et cette histoire, on l'a vu dans le documentaire,
01:05:39elle est présente, même inconsciemment, Romain Huret.
01:05:42Consciemment, enfin, dans l'histoire personnelle de Trump,
01:05:46son père était assez proche des mouvements conservateurs.
01:05:50Ultra-conservateurs.
01:05:51Ultra-conservateurs, et donc il connaît très bien cette histoire.
01:05:54Une grande partie des Américains la connaissent aussi.
01:05:58J'évoquais au départ l'effacement,
01:06:00mais l'effacement, elle est dans les livres d'histoire.
01:06:02Elle n'est pas pour des générations entières
01:06:03qui ont des grands-parents, des arrière-grands-parents,
01:06:07voire des parents, qui ont été proches de ces mouvements.
01:06:11Je le disais, le clan, c'est 4 millions de personnes.
01:06:13C'est énorme.
01:06:13Il n'y a pas une organisation aux États-Unis
01:06:16au début du XXe siècle
01:06:19qui recense autant de militants.
01:06:22Le blockbuster du début du siècle aux États-Unis,
01:06:25c'est « Birth of a Nation » de D.W. Griffiths,
01:06:27ce grand film raciste
01:06:29qui raconte l'histoire de la nation états-unienne
01:06:31et qui la raconte sous un angle suprémaciste.
01:06:33C'est un film qui fait des millions d'entrées.
01:06:37Le président de l'époque, Woodward Wilson,
01:06:39va à la première du film.
01:06:40Tout le monde s'enthousiasme pour ce chef-d'œuvre
01:06:43et qui raconte une histoire du suprémacisme blanc
01:06:47et du risque que fait courir la population afro-américaine
01:06:51à la pureté de la race blanche.
01:06:53Donc, c'est une histoire qui est difficile à assumer,
01:06:57mais qui est très présente dans la vie quotidienne
01:06:58des millions de familles.
01:06:59Mais la résurgence de ces formes de conservatisme extrême,
01:07:04de refus du gouvernement fédéral,
01:07:07on l'a vu évidemment avec l'élection de Ronald Reagan,
01:07:11est-ce que c'est quelque chose qui a été réactivé,
01:07:13qu'on trouve sous-jacente dans les années 2000
01:07:16avec le Tea Party, par exemple ?
01:07:18Est-ce que c'est la même histoire
01:07:19qui continue de travailler de manière un peu souterraine
01:07:23la vie politique et le débat public américain ?
01:07:26Je suis toujours très prudente sur les étiquettes qu'on met,
01:07:28parce que là, on emploie le mot conservatisme pour faire simple.
01:07:31Et c'est vrai que le Tea Party a ses particularismes.
01:07:34Alors, rappelez-nous, le Tea Party, c'est...
01:07:36C'était... Alors, c'est difficile à définir,
01:07:38mais des gens qui ne se reconnaissaient pas
01:07:41dans le jeu politique traditionnel, dans les partis,
01:07:45et qui avaient là aussi un rapport au gouvernement fédéral
01:07:48très distancé, au point parfois de le refuser.
01:07:50Alors, on pourrait aller jusqu'aux libertariens,
01:07:52qui sont encore une autre catégorie.
01:07:53C'est pour ça que je pense qu'il faudrait une émission en soi
01:07:55pour vérifier tous ces concepts.
01:07:58Mais ça dit d'une inquiétude face à un monde qui change,
01:08:02aux États-Unis même, avec une immigration qui augmente
01:08:06à partir des années 1964-65,
01:08:09et puis la question majeure de la globalisation,
01:08:12qui interroge une partie des Américains,
01:08:15qui essayent de trouver des boucs émissaires,
01:08:17qui n'en sont pas les gagnants,
01:08:19et qui trouvent des solutions simples à des problèmes compliqués,
01:08:22sur lesquels certains politiciens vont capitaliser,
01:08:25d'une certaine manière.
01:08:27Et qui, évidemment, s'appuient sur une culture politique,
01:08:30avec des références partagées.
01:08:34Et je suis évidemment persuadée qu'un Américain d'aujourd'hui,
01:08:37quand on lui dit « America first »,
01:08:38il ne pense pas au débat que nous avons aujourd'hui en plateau,
01:08:42mais en même temps, ça dit d'une famille politique,
01:08:44d'une manière de penser et de refuser des grandes valeurs,
01:08:48notamment républicaines, au sens fort du terme,
01:08:50au sein d'une partie de la population.
01:08:52Alors, ces moments qui font éruption,
01:08:53est-ce que, par exemple, on peut penser au 6 janvier ?
01:08:56Le 6 janvier, pour un Américain,
01:08:58c'est l'attaque contre le Capitole, évidemment,
01:09:00à la fin du mandat de Trump.
01:09:03Il y a un écho à cette histoire-là ?
01:09:05Bien évidemment.
01:09:06Bien évidemment.
01:09:07Bien évidemment.
01:09:07Écoutez, est-ce qu'il faut qu'on m'envoie ?
01:09:08Il y a deux choses.
01:09:09Un, nous sommes dans une fin de cycle,
01:09:10ce que j'appelle la fin du cycle humaniste,
01:09:12un cycle qui a débuté à la Renaissance,
01:09:13les grandes valeurs humanistes,
01:09:14terrorisés au siècle des Lumières par les philosophes,
01:09:16mis en pratique avec les premières démocraties.
01:09:18Il y a eu un apnée en 45 avec la mise en place
01:09:21du système multilatéral,
01:09:22l'ONU, Déclaration universelle des droits de l'homme.
01:09:24Ces valeurs parlent de moins en moins
01:09:25de nombreuses populations occidentales,
01:09:27dont les Américains.
01:09:28N'oublions pas que la vie aux Etats-Unis
01:09:30est très, très difficile.
01:09:31Et ce qui vient d'être dit est juste.
01:09:33Les Américains ont énormément de préoccupations.
01:09:35Système d'éducation le plus inégalitaire
01:09:37de tous les pays de l'OCDE.
01:09:38Un système de santé.
01:09:39Je paye 2 000 dollars d'assurance santé par mois.
01:09:42Vous, vous payez 2 000 dollars d'assurance santé par mois.
01:09:45Bon, j'ai des petits problèmes de santé,
01:09:46mais quand même, plus de 30 millions d'Américains
01:09:48n'ont aucune assurance santé.
01:09:50Des emplois, on nous parle de création d'emplois,
01:09:5280% d'emplois créés chaque mois
01:09:54sont des emplois que chacun canadien ou européen voudrait.
01:09:5510-12 heures de travail par jour,
01:09:57un jour de congé par semaine,
01:09:58pas de congé pris, pas de...
01:09:59Bref.
01:09:59Donc les Américains sont évidemment tentés
01:10:01par ces voix populistes.
01:10:04Et en parallèle de la fin de ce cycle,
01:10:06nous assistons effectivement,
01:10:07comme cela a été dit,
01:10:08depuis surtout les années 90,
01:10:10à la réémergence de ces tendances
01:10:12fascisantes, ou appelons-le comme vous voudrez,
01:10:14d'une droite très radicale,
01:10:16différente du Reaganisme.
01:10:18Ronald Reagan ne s'attaquait pas
01:10:19au bastion de la démocratie.
01:10:21C'était un ultra-libéralisme
01:10:22qui, selon moi, a fait beaucoup d'hommage au pays,
01:10:24mais ce n'était pas...
01:10:25Il n'y avait pas de tendance droitière
01:10:27dans ce sens-là.
01:10:28Cette droite qui a réémergé
01:10:29dans les années 90,
01:10:31avec essentiellement Ned Guitrich,
01:10:33qui était à l'époque le speaker de la Chambre,
01:10:35qui s'est composé avec tant de vérulence
01:10:37à Clinton,
01:10:38c'est ensuite...
01:10:39Et qui a théorisé cette manière
01:10:41de faire de la politique,
01:10:42qui a radicalisé le discours conservateur.
01:10:44Exactement.
01:10:45Plus que d'ailleurs les néo-conservateurs
01:10:46de W. Bush.
01:10:47Et c'est de Guitrich
01:10:49qu'est venu le Tea Party,
01:10:50qui est effectivement une sorte
01:10:51de gloubi-boulga,
01:10:52une convergence des conservatismes,
01:10:53et de là,
01:10:54tout cela s'est plus ou moins structuré,
01:10:57et je dirais à trouver une forme
01:10:58avec cette convergence
01:10:59des différents ultra-conservatismes
01:11:03avec l'arrivée de Trump en 2025.
01:11:05Vous, vous êtes le seul américain,
01:11:07vous êtes le seul donc à voter,
01:11:08à pouvoir voter pour,
01:11:10contre Donald Trump,
01:11:11au mid-term...
01:11:12Ah pour, ça je peux vous dire tout de suite.
01:11:13Ça, on l'imagine évidemment,
01:11:15mais en l'occurrence,
01:11:16est-ce que vous avez le sentiment
01:11:17d'être citoyen d'un pays
01:11:18dont la démocratie est malade ?
01:11:20Écoutez, bien évidemment.
01:11:21Bien évidemment.
01:11:21Bien évidemment.
01:11:22Alors écoutez,
01:11:22on a une constitution extraordinaire
01:11:24depuis 250 ans,
01:11:25mais qui, dès le départ,
01:11:27avait certaines faiblesses.
01:11:28On voit aujourd'hui
01:11:30les tensions de plus en plus fortes,
01:11:32mais ça n'a pas commencé avec Trump,
01:11:33entre les États et le gouvernement fédéral.
01:11:35On a aujourd'hui une démocratie
01:11:38qui est assaillie de toutes parts.
01:11:40Ce n'est pas pour autant
01:11:40qu'elle ne tiendra pas.
01:11:41Parce que je voudrais juste conclure,
01:11:42cette vague, cette droite,
01:11:44est là pour rester,
01:11:45peut-être pas au pouvoir,
01:11:46mais dans le paysage politique.
01:11:48Démocratie malade ?
01:11:49On ne pourrait pas dire le contraire.
01:11:50Moi, je pense qu'il y a aussi
01:11:51un élément qu'on n'a pas encore abordé,
01:11:53c'est la question du fédéralisme
01:11:54et l'importance du local.
01:11:56C'est-à-dire que là,
01:11:56on est sur une échelle du pays.
01:11:58Je crois qu'il faut aller regarder
01:11:59aussi précisément
01:12:00ce qui peut se passer.
01:12:01New York est beaucoup plus pluraliste
01:12:03et ouvert que d'autres territoires.
01:12:06Si on prenait la focale de la Californie,
01:12:09on verrait d'autres mouvements à l'œuvre.
01:12:10Donc c'est à la fois une démocratie fragile,
01:12:13mais c'est aussi une démocratie...
01:12:13Fragile ?
01:12:14Fragile.
01:12:15Vous diriez même que les institutions,
01:12:17les contre-pouvoirs,
01:12:18ce qu'on appelle les check and balances,
01:12:20fonctionnent au plus ?
01:12:20Elle est fragile,
01:12:21parce qu'on a un président des États-Unis
01:12:23qui est le président qu'on connaît,
01:12:26mais il y a des contre-pouvoirs,
01:12:27et notamment au niveau local,
01:12:29de gens qui ne veulent pas de ça.
01:12:30Et c'est vrai que pour les Américains,
01:12:32jusqu'à présent,
01:12:33la manière de faire des choix,
01:12:35ça reste les élections,
01:12:37la présidentielle et les mid-terms,
01:12:39qui sont le moment où on exprime
01:12:41de manière claire
01:12:42les choix de société qu'on veut.
01:12:43Alors, quel type de maladie
01:12:46frappent les États-Unis ?
01:12:47C'est une maladie du refus démocratique.
01:12:50Du refus démocratique ?
01:12:51La comparaison avec les années 30
01:12:52est très intéressante.
01:12:54Dans les années 30,
01:12:55Roosevelt est notoirement détesté,
01:12:57on le voit bien dans le documentaire.
01:12:58Oui, il est...
01:12:58Il y a une haine de Roosevelt.
01:12:59En fait, on raconte que dans les dîners en ville,
01:13:02les hommes d'affaires renoncent...
01:13:03Les anti-Mosémi disent Rosenfeld.
01:13:06Rosenfeld, mais aussi on prend...
01:13:07Le New Deal devient le Due Deal.
01:13:09C'est le nom en haie.
01:13:10On ne parle pas de ce monsieur
01:13:13qui a pris le pouvoir à Washington,
01:13:14qui a une détestation gigantesque dans le pays,
01:13:17mais en 1932, 1936, 1940,
01:13:21personne ne conteste les résultats.
01:13:22Et on voit qu'en 1940,
01:13:23l'élection est violente.
01:13:25Oui.
01:13:25Et le documentaire le montre pas.
01:13:26En 1940, donc, Roosevelt-Kinberg.
01:13:29Avec America First,
01:13:30il y a une opposition virulente,
01:13:32il y a une opposition paramilitaire dans les rues.
01:13:341936, l'élection est...
01:13:36C'est l'élection la plus classe-contre-classe aux États-Unis.
01:13:38Les discours de Roosevelt sont extrêmement virulents
01:13:41contre les plus riches,
01:13:42contre les millionnaires,
01:13:43contre les hommes d'affaires.
01:13:45Néanmoins, tout le monde accepte
01:13:47le résultat de l'élection.
01:13:48Là, ce qui s'est passé en janvier,
01:13:49c'est qu'il y a un refus de la transition démocratique.
01:13:52C'est en cela qu'il y a une maladie.
01:13:53Bientôt les midterms,
01:13:54et nous ne pouvons pas dire avec certitude
01:13:56que le camp républicain acceptera
01:13:58le résultat de l'élection
01:13:59en cas d'une défaite majeure.
01:14:01Et c'est cela qui est inquiétant.
01:14:02Moi, je trouve ça plutôt sain
01:14:03que dans une démocratie,
01:14:04il y ait des conflits,
01:14:06il y ait des oppositions sur plein de sujets.
01:14:08Ça fait partie du jeu démocratique.
01:14:10Il ne faut surtout pas que les voix
01:14:12s'auto-censurent
01:14:13ou qu'un camp impose à l'autre
01:14:16sa vision du monde.
01:14:17Donc c'est une bonne chose
01:14:18qu'il y ait des débats,
01:14:19mais ce qui tranche le débat,
01:14:20c'est l'élection.
01:14:21Et le problème de la démocratie
01:14:23aux États-Unis aujourd'hui,
01:14:24c'est qu'il y a un parti
01:14:25qui n'accepte pas
01:14:26les résultats de l'élection.
01:14:27Et ça, c'est très dangereux.
01:14:28C'est tout à fait juste,
01:14:29pardon, ce qui vient d'être redit.
01:14:30C'est tout à fait juste.
01:14:31Et ce qui nous démontre
01:14:32que l'Amérique et la démocratie américaine
01:14:34n'est plus que malade,
01:14:35c'est tout simplement ce plateau
01:14:36et tous les autres
01:14:37qui portent sur ce sujet.
01:14:39En tant qu'Américain,
01:14:40je sais très bien
01:14:40qu'il y aura contestation.
01:14:41La question est,
01:14:43sera-t-elle virulente
01:14:44ou style 2020 ?
01:14:46Est-ce que ça se terminera
01:14:47par quelque chose
01:14:48de plus ou moins similaire
01:14:49au 6 janvier 2021 ?
01:14:50Ou est-ce que le président
01:14:51finira par s'asseoir
01:14:53sur les résultats ?
01:14:54Mais rien que de parler de cela,
01:14:55rien que ce débat
01:14:56nous démontre
01:14:57que la démocratie américaine
01:14:58aujourd'hui est malade.
01:15:00Hélène Larteur.
01:15:01Et je rajouterai
01:15:01dans une longue continuité
01:15:02parce qu'on évoquait
01:15:04Newt Gingrich,
01:15:05l'élection de 92,
01:15:06le contrat pour l'Amérique.
01:15:07On voit bien
01:15:07que c'est à partir de là
01:15:08qu'il y a un raidissement
01:15:10des positions,
01:15:11un congrès qui est bloqué.
01:15:12On n'a pas parlé du congrès
01:15:13mais ce congrès est bloqué.
01:15:15Et finalement,
01:15:16cette nouveauté
01:15:17de la non-acceptation
01:15:19de l'alternance
01:15:19est du résultat
01:15:21des élections.
01:15:22Donc là,
01:15:23on est quand même
01:15:23dans une configuration
01:15:24qu'à nos âges respectifs,
01:15:26nous n'avons jamais connue
01:15:28et jamais envisagée.
01:15:29Là, on est face
01:15:29à de l'inédit.
01:15:30Complètement.
01:15:31J'ai le souvenir
01:15:31de quand le livre de Rose
01:15:33est sorti,
01:15:34c'était une chronie.
01:15:35On ne s'est jamais dit
01:15:36en le lisant
01:15:37mais ça pourrait arriver.
01:15:38Enfin, je ne sais pas.
01:15:39Moi, quand je l'ai lu,
01:15:40je ne pensais pas
01:15:42qu'un jour,
01:15:42on pourrait avoir
01:15:43ce genre de débat
01:15:44sur les États-Unis.
01:15:45Donc, on est quand même
01:15:46dans un moment exceptionnel
01:15:47de l'histoire étatsunienne.
01:15:49Un moment exceptionnel,
01:15:50vous aussi ?
01:15:50Vous partagez le diagnostic ?
01:15:52Absolument exceptionnel.
01:15:53Parce que quand on est historien,
01:15:54en général,
01:15:55on trouve toujours
01:15:55des références dans le passé
01:15:56qui expliquent le présent.
01:15:58Là, il y a de l'inédit
01:15:59à quelque chose
01:16:00qui défie
01:16:00les catégories habituelles.
01:16:02Ça fait 30 ans
01:16:03que je travaille
01:16:03sur les États-Unis.
01:16:05Tous mes cadres de pensée
01:16:07ont été bouleversées
01:16:08depuis ce qui s'est passé
01:16:09depuis 10 ans.
01:16:10Mais pourtant,
01:16:11il y a deux Amériques
01:16:11qui sont réconciliables.
01:16:12C'est l'histoire américaine.
01:16:14La guerre de sécession,
01:16:16c'est un pays
01:16:16qui a connu
01:16:17l'une des pires guerres civiles
01:16:18de mon membre.
01:16:18On se demandait d'ailleurs
01:16:19est-ce que Lincoln a eu raison
01:16:21de voir que conserver
01:16:23le Sud dans l'Union ?
01:16:24Bien évidemment,
01:16:24il a eu raison
01:16:25rien que pour l'esclavage.
01:16:26Mais effectivement,
01:16:28le ultraconservatisme sudiste
01:16:30aujourd'hui gangrène,
01:16:32je dirais,
01:16:32une grande partie
01:16:34du Sud-Est des États-Unis
01:16:36et même de l'entièreté
01:16:37de la nation.
01:16:37Mais effectivement,
01:16:38nous sommes aujourd'hui,
01:16:39c'est une Amérique
01:16:40que l'on n'aurait pas pu imaginer.
01:16:41Ce que nous sommes en train de dire
01:16:42nous aurait paru surréel
01:16:44il y a 10 ans.
01:16:45Enfin, écoutez, regardez,
01:16:46prérogative du Congrès
01:16:47confisquée au profit de la Maison Blanche
01:16:48bien souvent.
01:16:50Agence mise au pas.
01:16:52Université sous tutelle.
01:16:53Écoutez, je travaille avec Columbia
01:16:54qui vient de publier mon dernier livre.
01:16:55Il y a quand même
01:16:55des départements sous tutelle.
01:16:56On ne peut plus aujourd'hui
01:16:57enseigner à Columbia.
01:16:59Columbia, à New York.
01:17:00New York, on en pense que l'on veut.
01:17:01Mais la théorie critique de la race
01:17:03ou la théorie du genre,
01:17:05c'est quand même une université
01:17:06de décider ce qu'elle enseigne
01:17:07surtout lorsqu'elle est privée.
01:17:09ICE, qui est quand même
01:17:10devenue une police politique.
01:17:11La garde nationale déployée
01:17:12bien souvent illégalement.
01:17:13J'en passe.
01:17:15ICE.
01:17:15La police de l'immigration.
01:17:16La polarisation aussi
01:17:17du débat public
01:17:18en des termes
01:17:19qui sont absolument
01:17:20Et le culte de la personnalité.
01:17:22J'ajouterais,
01:17:23pour conclure un détail,
01:17:25j'étais à Washington
01:17:25il y a quelques semaines.
01:17:27Je n'y avais pas été
01:17:28depuis le printemps.
01:17:29J'ai été estomaqué.
01:17:31Promenez-vous dans Washington.
01:17:32Vous avez des panneaux
01:17:33de 10 ou 8 ou 10 mètres
01:17:35de haut,
01:17:35je ne blague pas,
01:17:36de Donald Trump
01:17:36sur des buildings,
01:17:37sur une grande place.
01:17:38Vous avez un portrait géant
01:17:39de Trump
01:17:39à côté d'un portrait géant
01:17:41de Washington.
01:17:42On en est quand même là
01:17:43aujourd'hui aux Etats-Unis.
01:17:45Comment est-ce qu'on peut
01:17:46imaginer la suite ?
01:17:48Est-ce que les démocrates,
01:17:49par exemple,
01:17:49s'ils l'emportent
01:17:50au midterms,
01:17:51pourraient réorienter
01:17:53cette histoire-là,
01:17:55retrouver l'Amérique
01:17:56du Yes Weekend
01:17:57de Barack Obama
01:17:58ou une autre Amérique
01:18:00peut-être plus ouverte,
01:18:02plus conforme
01:18:03aux valeurs
01:18:04de ses pères fondateurs ?
01:18:05Je vais voter en touche
01:18:06parce que les historiens
01:18:07et historiennes
01:18:08ne font pas de la prospective.
01:18:09Non, justement.
01:18:10Mais je crois que quand même,
01:18:11derrière,
01:18:12il y a des choses
01:18:13qui dépassent très largement
01:18:14la figure de Donald Trump
01:18:16et de son entourage.
01:18:16Il y a des éléments sociétaux.
01:18:19Il y a quand même eu
01:18:20des dizaines de millions
01:18:21d'Américains
01:18:22qui ont voté
01:18:22pour Donald Trump.
01:18:23Donc c'est que quand même,
01:18:24ils se reconnaissent
01:18:25dans ce qu'il est,
01:18:26dans sa manière
01:18:27de faire de la politique.
01:18:29Et ce ne sont certainement
01:18:31pas les midterms
01:18:31toutes seules
01:18:32qui permettront
01:18:33de faire évoluer les choses.
01:18:35Alors très certainement,
01:18:36si le Parti démocrate
01:18:37l'emporte,
01:18:38il y aura des inflexions
01:18:39au niveau du Congrès.
01:18:41Mais le grand sujet,
01:18:43c'est qu'est-ce qui se passe
01:18:43dans deux ans ?
01:18:44Et aussi,
01:18:45on n'en a pas parlé,
01:18:46des partis,
01:18:47c'est-à-dire le Parti républicain
01:18:48qui a laissé les clés
01:18:49à Trump et à ses amis.
01:18:51Est-ce que ce Parti républicain
01:18:52est capable
01:18:52de se réinventer ?
01:18:54Voir peut-être,
01:18:55comme dans les années 1850,
01:18:57l'invention d'un nouveau parti
01:18:59parce qu'on acte le fait
01:19:00que démocrate républicain
01:19:02tel que c'est,
01:19:03ça ne fonctionne plus.
01:19:04Donc je n'ai pas la réponse.
01:19:05Un dernier mot ?
01:19:06Il faut espérer
01:19:07que comme dans le passé,
01:19:08les États-Unis
01:19:09arrivent à surmonter
01:19:10leur crise.
01:19:11C'est une leçon
01:19:11que nous apprenaient
01:19:12les politistes
01:19:13quand j'étais plus jeune
01:19:14en disant que
01:19:15la plasticité
01:19:16de la Constitution
01:19:17des États-Unis,
01:19:19la force
01:19:20du tissu associatif,
01:19:22du tissu
01:19:23dans les États
01:19:23avait toujours permis
01:19:25au pays
01:19:25de surmonter
01:19:26des crises majeures
01:19:27comme la guerre civile.
01:19:28C'est une république
01:19:29qui a connu une guerre civile
01:19:30et qui a survécu
01:19:31à la guerre civile
01:19:32et qui a réussi
01:19:33malgré tout
01:19:34à se reconstruire
01:19:34et à faire tenir l'Union.
01:19:36Bon alors,
01:19:37une petite lueur d'espoir
01:19:38donc pour terminer.
01:19:40Il en faut.
01:19:40En tout cas,
01:19:41c'était passionnant.
01:19:42Merci infiniment
01:19:43à tous les trois.
01:19:43Hélène Arter,
01:19:44Romain Huret,
01:19:45Romuald Siora.
01:19:46Écoutez,
01:19:47bon vote.
01:19:48Merci infiniment
01:19:48à tous les trois
01:19:49d'avoir participé
01:19:50à Débat Doc
01:19:51et quant à moi,
01:19:52je vous retrouve très vite
01:19:52sur l'antenne de LCP.
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