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De "Louxor, j’adore" à "Planète Bleue", son nouvel album, Philippe Katerine revient sur son parcours, ses inspirations et son goût pour l’absurde.

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Transcription
00:00Philippe Catherine, tu es avec nous pour la sortie de cet album Planète Bleue.
00:04Il y a un morceau qu'on joue d'ailleurs, qui s'appelle « Je te donnerai » dans lequel
00:09tu parles de bonheur.
00:11C'est une notion qui est évoquée dans ce morceau.
00:14Je me suis posé cette question très simple, est-ce que tu dirais que tu es heureux aujourd'hui,
00:18au moment où on se parle, en octobre 2026 ?
00:21J'ai presque honte de le dire dans ce monde.
00:26Mais puisque tu me poses la question, je suis obligé de répondre.
00:28Je te la pose oui.
00:29Je te dirais que oui.
00:30Ok.
00:30C'est terrible à dire.
00:32Non, pas forcément.
00:32Non, mais que j'ai honte.
00:34C'est terrible.
00:34Oui, c'est révélateur en tout cas.
00:36C'est révélateur.
00:37Mais en tout cas, c'est intéressant d'avoir que tu…
00:38Moi je me demande toujours, est-ce qu'on peut se sentir heureux ou est-ce que c'est
00:42un peu une forme d'objectif ? Est-ce qu'on peut être heureux de manière permanente ou
00:47est-ce que c'est des moments ?
00:48Oui, c'est des moments.
00:49Mais globalement quand même, franchement, je suis bien, je vis une bonne période, je
00:57me mets pas la pression, rien ne m'accule.
01:01Donc tout va bien en ce moment.
01:03Je touche du bois là, il y en a pas mal.
01:05Il y a pas mal.
01:06Il y a du bois.
01:27Il y a presque envie d'arrêter.
01:28Qu'est-ce qui t'a redonné envie de ressortir un album et de te remettre dans cette espèce
01:33de frénésie créative ?
01:36En fait, on ne contrôle pas ce genre de choses.
01:39Moi je pensais que j'allais prendre du temps sur un banc justement.
01:44On m'a enlevé le banc.
01:45C'est ce que tu racontes dans une chanson.
01:47C'est ça.
01:48Donc on ne choisit pas son emploi du temps.
01:52C'est pas possible.
01:53Donc moi ça m'est arrivé comme ça.
01:55C'est pas une maladie donc tout va bien.
01:58Donc quand ça arrive, c'est en matière de quasiment de kilos qu'on prend.
02:03Moi je parle de gonfler même.
02:05J'étais en train de gonfler.
02:06C'est-à-dire physiquement ou psychologiquement ?
02:08En tous les sens du terme mais surtout physiquement.
02:12Et c'est pas bon ça.
02:13Il faut crever l'abcès.
02:15Donc ça s'est imposé à moi.
02:17Bon, ça a été une salve comme ça de, je dirais, un mois et demi à peu près
02:22sur les instrus de NKF.
02:24Oui.
02:25Et ça m'a fait beaucoup de bien.
02:27Voilà.
02:27Il fallait que ça sorte.
02:28NKF, tu le cites effectivement, c'est un ingé son et producteur
02:32qu'on a, que moi comme beaucoup je crois, j'ai découvert dans le rap.
02:35Notamment à l'époque via PNL.
02:37Même si il a produit pour énormément de personnes dans le rap
02:40et qu'on aussi beaucoup avec Damso par exemple.
02:42Enfin, on ne pourra même pas citer toutes les personnes avec lesquelles il a travaillé.
02:45Mais c'est une des têtes pensantes de quelques-uns des albums quand même très marquants de rap
02:49des dix dernières années.
02:51Et évidemment, il est associé à la révolution musicale qui a été PNL.
02:56Je crois savoir que tu es un fidèle auditeur aussi de PNL.
03:00À quel moment vous vous rencontrez et surtout pourquoi c'était important pour toi de connecter avec ce gars-là
03:06?
03:06Parce que je crois aussi qu'il y a d'autres interviews dans lesquelles tu as été assez dithyrambique
03:09sur même son apport à la musique française.
03:13Qu'est-ce que tu as vu, qu'est-ce que tu as entendu plus tôt chez lui qui t
03:16'a donné vraiment envie de faire ce disque ?
03:18C'est un architecte de son très très brillant qui refuse les a priori des réflexes qu'on pourrait avoir.
03:29Il se contente. Moi, quand je suis allé dans son studio, je n'en revenais pas.
03:31C'était une table de, je ne sais pas moi…
03:34C'était assez modeste.
03:34C'était très modeste, oui.
03:36Enfin, au niveau du matos.
03:38Oui, bien sûr.
03:38J'entends pas du tout d'analogie.
03:40Bien sûr.
03:40Donc, c'est un mec qui a réinventé le sauvage par PNL surtout.
03:45Et donc, là, c'est pareil.
03:48J'ai pas trop choisi…
03:50Enfin si, évidemment, j'ai choisi qu'il mixe le précédent disque.
03:54Oui.
03:54On s'est rencontrés à Montréal et c'est vrai qu'on a passé une soirée merveilleuse.
03:59On s'est bien aperçu qu'on n'était pas du tout de la même culture, de la même provenance.
04:05Et c'est ça qui a matché entre nous.
04:07On a bien rigolé tout de suite.
04:08Puis, on est tombé d'accord sur bien des sujets.
04:11Qu'est-ce qui t'a autant marqué dans PNL ?
04:15Ben, c'est-à-dire que c'est la réinvention d'un son.
04:19Il y a la suite, aujourd'hui, c'est la réinvention d'un son, disons, planant.
04:25Oui.
04:25On a beaucoup parlé de ça.
04:27Même du fameux cloud rap, le rap dans les nuages, pour traduire un peu vulgairement.
04:32Mais eux sont les apôtres de ça, en fait.
04:35Absolument.
04:35Et donc, c'est surtout aussi la collision entre ce son-là et le texte,
04:42que moi, je saisis pas toujours parce que…
04:45Oui, il y a des expressions.
04:46Des expressions, aussi des top-lines vraiment nouvelles,
04:52qu'on n'avait jamais vraiment entendues.
04:55Donc, ça a été une révolution pour beaucoup de gens,
04:58et pour moi aussi, de toute façon.
05:01Je suis même, justement, parlé d'Ino Casablanca en off.
05:05Il y a un peu de la suite.
05:07Lui-même, d'ailleurs, raconte qu'il y a un avant et un après dans sa vie,
05:11quand il a écouté PNL, qu'Ademo est son artiste préféré.
05:15Oui.
05:16Il y a plein de petits-enfants.
05:18Moa MMZ ou Milan.
05:21Exactement.
05:22Il y en a plein.
05:23T'es très branché, quand même, sur la scène rap.
05:25J'écoute absolument tout.
05:27Non, pas absolument tout.
05:28J'ai beaucoup de lacunes, mais j'ai des obsessions.
05:31Mais j'écoute beaucoup ce qui sort.
05:33Ça m'intéresse au point.
05:34J'aime la musique, en général.
05:36Est-ce que tu te considères, même toi, comme un rappeur, finalement ?
05:39Au sens où, aujourd'hui, on voit le rap.
05:40Parce que tu dis, on parait d'Ino.
05:41Ino, il rappe, mais pas que.
05:44Théodora, elle vient du rap, mais en fait, elle fait plein d'autres choses.
05:47Et aujourd'hui, quand on écoute ta musique,
05:48on pourrait se dire que, finalement, t'es pas si éloigné du pris.
05:52Même si tu ne viens pas du rap, en l'occurrence.
05:54Mais qu'aujourd'hui, il y a plein de morceaux, le fait que tu travailles avec NKF,
05:57il y a des flots, même parfois des flots qui ne sont pas assez donnés que ça,
06:01de certains artistes qu'on va plus facilement estampiller rap.
06:04Oui, moi, je ne me considère pas du tout dans le game.
06:08Pas dans le game.
06:09Non, pas du tout.
06:10Puis en plus, tu sais, bon, je suis né à la fin des sixties.
06:15Les Beatles, ils faisaient encore des disques.
06:17C'est vrai.
06:18Je l'ai réalisé l'autre jour.
06:19C'est vrai.
06:20Je ne revenais pas.
06:21Ils faisaient encore des disques.
06:22Donc, je viens essentiellement d'une culture vraiment pop.
06:27Oui.
06:28D'ailleurs, sur un album, il y a un moment où tu cites plusieurs artistes.
06:32Et c'est intéressant parce que tu cites, je crois, les Beatles,
06:35mais aussi les Bee Gees, Rosalia Inno Casablanca,
06:38Dixis et Theodora, donc leurs morceaux mélodrama,
06:40mais aussi Eric Satie,
06:42vous le dit,
06:43ou Mickey.
06:44Anna Kamoura, je crois que je l'ai déjà cité.
06:46C'est une chanson, je t'interromps, mais une chanson…
06:48Interrompons autant que tu veux.
06:50Vraiment.
06:50Une chanson de la jeune fille au père qui habitait à la maison,
06:54qui vient de Chicago.
06:55On écoute de la musique, Philippe.
06:57Je n'arrive pas à son accent.
06:59Mais c'est une chanson qui vient de…
07:00J'ai lu l'historique que j'avais.
07:02La voix qu'on entend au début du morceau, c'est la jeune fille au père.
07:07C'est la jeune fille au père de Chicago.
07:09Le morceau qui s'appelle « Regardez passer les anges ».
07:11J'ouvre mon historique dans une plateforme que je ne nommerai pas.
07:17Tu peux si tu veux, mais c'est toi qui décides.
07:19Et c'est une liste qui m'apparaît, c'est ce que j'écoutais à ce moment-là.
07:24Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a des époques différentes,
07:26mais aussi des genres différents.
07:28Et on a un peu le sentiment, parce que tu peux aussi bien citer
07:32Niki de Saint-Fal, qu'Yann Bappé.
07:35Que tout ça, pour toi, c'est ta culture et qu'il n'y a pas de hiérarchisation.
07:39Alors, il y a des choses que je n'aime pas.
07:41Oui, mais en tout cas, peu importe d'où elles viennent.
07:43Ah oui, oui, complètement.
07:45Il n'y a pas de…
07:47Les origines ne sont pas du tout en question.
07:52C'est vrai.
07:53Donc, tout est un peu mélangé.
07:54C'est ma culture, c'est vrai, tout simplement.
07:57Quand tu cites au premier moment des joueurs de foot,
07:59et tu cites Bappé en premier.
08:00Si tu le rappelais, Zidane, etc.
08:03Pourquoi ?
08:04Est-ce qu'il y a une raison ?
08:04Ou c'est juste que ça t'est venu comme ça ?
08:05Oui, il y a une vraie raison, figurez-vous.
08:07Même si…
08:08Bon, j'écris vite, mais quand même…
08:10Après, je me rends compte pourquoi.
08:12Mbappé, parce que tout simplement, c'est lui qui me fait rêver quand il est sur le terrain.
08:18Pour moi, on n'est plus tout à fait dans le football.
08:21Après, il y a aussi des joueurs très passionnants.
08:26Bien sûr.
08:26Lamin Yamal ou d'autres.
08:27Oui, oui.
08:28Mais c'est celui qui me fait rêver, quoi.
08:31Je trouve que quand il est sur le terrain et tout d'un coup il sort pour une raison ou
08:37une autre,
08:37je me désintéresse un peu du match, j'avoue.
08:39Tu allumes ta télé pour Mbappé.
08:41Ah oui.
08:42C'est le genre de joueur pour lesquels on allume sa télé.
08:44J'aime le foot, de toute façon, mais…
08:47Mbappé, vraiment, c'est passionnant.
08:50Je me permets de digresser un petit peu, parce que ça me passionne aussi.
08:53Est-ce que pour toi, Kylian, aujourd'hui, en termes de ce qu'il représente dans l'équipe de France,
08:57il est au niveau, voire au-dessus de Zidane et Platini ?
09:03Que j'ai adoré aussi en leur temps, bien sûr.
09:06Là, qu'est-ce qu'on n'est pas là ?
09:07Oui, mais si je te réponds honnêtement, je te dirais oui.
09:12Il est au-dessus parce que, physiquement, il est là, il a une aura aussi.
09:19Zidane, de son temps de joueur, n'avait peut-être pas une aura dans le vestiaire à ce point-là.
09:23C'est ce que je pourrais dire.
09:26Et Mbappé impressionne parce qu'il est plus jeune, il va plus vite.
09:31Et puis, il a cette faculté de diviser, comme tous les génies.
09:36Ceux qui réinventent une activité, il y en a que ça fait chier.
09:42Donc, on le voit bien, il y a des gens qui le détestent.
09:44Oui, complètement.
09:45Donc, c'est le signe que là, on a affaire à du Einstein.
09:51Mbappé, il a joué longtemps à Paris.
09:52Et tu as un morceau qui s'appelle Paris 2025 sur cet album.
09:57Et c'est intéressant parce qu'il y a des personnes qui pensent que tu es un Parisien.
10:03Parce que tu incarnes peut-être quelque chose dans cette ville.
10:06Il y a évidemment eu la cérémonie des Jeux de Paris.
10:09Mais tu ne viens pas de Paris.
10:11Toi, à la base, ce n'est pas du tout ton origine.
10:13Pour le coup, on parlait d'origine.
10:14C'est quoi ton rapport avec cette ville ?
10:16Parce que tu...
10:16On sent qu'il y a...
10:17J'ai l'impression qu'il y a une forme de tendresse pour cette ville qui t'est chère.
10:21Bien sûr.
10:21Et en même temps, tu n'es peut-être pas complètement chez toi.
10:24Tu n'es peut-être pas complètement un Parisien.
10:26Oui, je reste toujours un touriste.
10:28Et je compte bien le rester.
10:30D'ailleurs, je le reste, je le vois bien.
10:32Donc, je suis vendéen à l'origine.
10:34Donc, là, on est encore sur autre chose.
10:37Je viens, enfin, je veux dire, d'un milieu rural.
10:42C'est très net.
10:43C'est très net.
10:44Et donc, Paris reste la ville des Lumières.
10:50Entachée selon mon humeur, selon aussi ce qui s'y passe.
10:53Ce n'est pas toujours beau entre les promesses tenues et ce qu'on voit dans la ville.
10:59Notamment beaucoup de gens qui dorment dehors.
11:00Bien sûr.
11:00Tu en parles dans la chanson.
11:01Je dois en parler dans la...
11:03Oui, j'en parle dans la chanson.
11:05Voilà.
11:05Mais c'est une ville qui est toujours fascinante, bien sûr.
11:10Est-ce que c'est presque obligatoire d'y vivre quand on a la vie que tu as ?
11:14Est-ce que ce serait trop compliqué de vivre loin, justement, de vivre à la campagne, par exemple ?
11:19Non, c'est certainement tout à fait envisageable.
11:21Oui.
11:21Mais oui.
11:22Moi, il ne me faut pas grand-chose.
11:24Moi, il me faut une guitare, papier, crayon.
11:28Je dessine aussi beaucoup.
11:29Oui.
11:30Il me faut vraiment très peu pour vivre.
11:35Justement parce que tu parlais tout à l'heure du banc.
11:37Et le banc, on peut imaginer qu'il y a quelque chose, tu sais, de presque une ode à la
11:40oisiveté, de se dire voilà, j'aime être sur un banc, etc.
11:43Mais moi, je n'ai pas l'impression, j'ai quand même l'impression que tu es tout le temps
11:46en train de faire quelque chose.
11:47Est-ce que tu, même quand tu parles de dessiner, etc.
11:50Ou de créer, est-ce que c'est faire quelque chose ?
11:52Est-ce que ça t'arrive de ne rien faire ?
11:54Ben, c'est très rare.
11:54C'est pour ça que j'ai une chanson qui s'appelle mode avion à la fin du disque.
11:57Oui, à la fin du dernier morceau.
11:58Où c'est vrai que j'ai réussi à un moment donné à ne rien faire.
12:00Mais c'est beaucoup de travail à ne rien faire.
12:02Alors ça, je peux le foutre.
12:04Pour moi, c'est vraiment des efforts inouïs.
12:07Parce que j'ai pris l'habitude, pour calmer mes nerves, de créer chaque jour quelque chose.
12:15Alors ça peut être un petit dessin, ça peut être un son, une petite vidéo.
12:18C'est presque une mission que tu t'es donnée ?
12:20Non, c'est devenu ma nourriture terrestre.
12:23C'est comme ça que je fonctionne maintenant.
12:26Alors ça remplit mes poubelles, bien sûr.
12:28Oui, ce n'est pas forcément des choses que le monde va voir.
12:31Est-ce que quand tu fais un disque comme celui-ci, il y a aussi des morceaux que tu jettes
12:35?
12:35Ah ben là, c'est NKF qui a tout manigancé.
12:38C'est-à-dire qu'il m'avait envoyé pas mal d'instrus.
12:43J'en ai fait, j'ai fait une vingtaine de chansons sur ces instruments.
12:46En tout cas, et d'ailleurs tu disais même dans les discussions que tu as pu avoir autour du disque,
12:51qu'il a été même assez autoritaire.
12:54Voilà, c'est ce que je voulais en venir là, c'est que je lui ai demandé autorité,
12:58et je me suis soumis à lui volontairement et avec délectation,
13:04parce qu'il est drôle quand il est autoritaire.
13:06Puis il m'a reçu avec son t-shirt, t-shirt OLB.
13:11Oui, qu'on trouve chez PNL, on les baise.
13:16Alors après, moi je me suis fait un t-shirt, je me suis fait OMB, on me baise.
13:23Moi ça me convient mieux.
13:25Très bien, tu vas les vendre, c'est du merch qui va être vendu ou pas ?
13:28Mais pourquoi pas, c'est intéressant.
13:29Mais c'est intéressant parce que toi tu as bossé aussi avec d'autres réalisateurs slash producteurs dans ta carrière.
13:35On pense évidemment à Chili Gonzalez, Renaud Létang.
13:38Est-ce que tu avais déjà ce rapport presque, pardon je reprends tes termes, de soumission avec eux ?
13:44Ou c'est vraiment quelque chose qui s'est produit maintenant ?
13:46Non, je lui ai demandé vraiment ce rapport, tout de suite.
13:51J'avais envie de ça, j'avais envie qu'on me dirige complètement, qu'on me dise…
13:55Il n'hésite pas dans les mots, il trange vraiment.
13:57Écoute ça, ça ne m'intéresse pas du tout.
13:59Et puis ça par contre, je vais le garder.
14:01J'avais mon appartement qui était en dessous de son studio.
14:05Quand il me disait de refaire un texte ou une…
14:07Je redescendais, puis je remontais.
14:09Et puis je frappais à sa porte, vous voyez bien me recevoir maître.
14:14Est-ce que si, quand on fait de la musique depuis longtemps,
14:17c'est presque un besoin à un moment de, entre guillemets, de laisser quelqu'un d'autre décider
14:22pour te permettre peut-être d'avoir les idées un peu plus claires aussi ?
14:24J'ai voulu ça.
14:25J'ai voulu tenter cette expérience.
14:27C'était vraiment une première pour moi parce que ça ne souffrait d'aucune discussion.
14:30Est-ce que déjà tu réécoutes tes albums ?
14:33Ça fait peut-être longtemps que tu ne l'as pas réécouté.
14:34Est-ce que tu te reconnais ?
14:37Non.
14:38Parce que moi, oui.
14:39Moi, je ne connaissais pas cet album.
14:40Et en fait, j'ai quand même l'impression de te retrouver.
14:43Toi, non, c'est quelque chose qui te semble beaucoup trop loin ?
14:45Oui, j'ai l'impression que je suis une autre personne.
14:47Vous savez, quand… je ne sais pas, moi…
14:51C'est comme les septuagénaires…
14:54Enfin, je ne suis pas septuagénaire encore.
14:55Oui, pas encore.
14:56Mais pas loin d'être sexable.
14:58Oui.
14:59Ça, c'est vrai, pour le coup.
15:01Pas loin.
15:03Chauve.
15:04Enfin, quasiment.
15:06Quasiment chauve.
15:07Un peu dans l'embonpoint.
15:10Eh bien, c'est comme si on regardait une photo de la même personne à 20 ans.
15:16Parce que j'avais cet âge-là.
15:18Donc, c'est pourtant la même personne.
15:20Et bravo pour m'avoir reconnu.
15:23Pour le parcours, aussi.
15:24Pour t'avoir reconnu.
15:25Non, mais je pense que…
15:26Après, moi, j'avais une antisèche.
15:27Il y avait ton nom écrit à côté du morceau.
15:29Donc, c'était un peu plus facile.
15:30Oui, mais je faisais ça dans ma chambre sans accorder ma guitare.
15:33Je ne savais pas du tout comment on s'y prenait.
15:35J'avais mon quatre pistes.
15:36Et je faisais ça vraiment sans…
15:40Je veux dire, pour moi.
15:42Je le faisais pour moi comme je le fais aujourd'hui.
15:44Oui, oui.
15:45Mais je ne pensais faire qu'un disque dans ma life.
15:48C'est tout.
15:49Mais c'est intéressant parce que tu as longtemps, pendant quelques années,
15:51été associé à une scène française assez confidentielle en réalité.
15:55Et puis, à un moment, tu as connu le succès qui t'a…
15:58D'ailleurs, évidemment, Louxor, j'adore, etc.
16:00Et puis, qui a fait toi une personnalité publique.
16:03C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui, je pense que dans tous les albums que tu as sortis,
16:05il y en a qui ont fonctionné, d'autres un peu moins.
16:07Mais ce n'est pas grave, en fait.
16:08Aujourd'hui, il y a aussi le cinéma.
16:09Bien sûr, tu es une personnalité publique et célèbre.
16:13Est-ce que, à cette époque-là, tu dis que tu faisais pour toi,
16:17est-ce qu'il y avait quand même cette envie-là ?
16:20Ou tu n'as jamais eu ça en toi ?
16:22Ah, je n'ai jamais eu ce genre de rêve.
16:23Je n'ai jamais eu de rêve tout court.
16:25C'est vrai ?
16:26Non, parce que les perspectives d'avenir sont très, très limitées chez moi.
16:30D'où tu viens, oui.
16:31Non, mais je veux dire, je n'avais pas de notion.
16:33Ok.
16:34Donc, je faisais les choses comme elles venaient encore aujourd'hui.
16:37C'est empirique.
16:39Chaque…
16:39Bon, je fais…
16:40C'est un dossier qui remplace un autre.
16:42mais je n'ai pas de rêve particulier.
16:45Ok.
16:46Et puis, je suis très content maintenant
16:48parce que les gens, la plupart du temps, ils sourient dans la rue.
16:53Donc, je suis heureux d'avoir une place maintenant.
16:56Oui, parce qu'on me confie une place quelque part.
16:58Oui, complètement.
16:59Mais c'est-à-dire que même gamin, tu n'avais pas de rêve ?
17:02Ah, pas du tout.
17:03Ok.
17:04Non, non.
17:04Tu ne voulais pas être…
17:06Pas moi.
17:07Ni astronaute…
17:08Ni archéologue comme Indiana Jones…
17:10Archéologue.
17:10J'avais beaucoup d'intérêt.
17:11Je faisais des cartes de géographie.
17:13J'adore le faire.
17:14Mais je ne pensais même pas être géographe.
17:16Ok.
17:16Non, non.
17:17Je n'avais pas d'ambition de métier particulier.
17:20À quel moment tu commences à faire de la musique sérieusement ?
17:22Si tant est que tu aies pris la musique au sérieux,
17:24est-ce qu'il y a un moment en tout cas où tu t'es dit
17:26« ça peut être ça en fait ma vie » ?
17:29Assez tardivement, bien après le premier disque,
17:32je dirais au 5-6ème où j'ai commencé à prendre très au sérieux…
17:37Parce que j'adore faire des disques.
17:40J'adore aller sur scène.
17:42Donc, j'ai commencé à prendre très au sérieux la production,
17:45tous les corps de métier de la musique, la pochette,
17:48comment tu te pointes sur scène ?
17:50Dans quel habit ?
17:52Tout ça a commencé à m'intéresser.
17:54Mais très tardivement, j'avais fait au moins 5-6 albums.
17:58Donc, c'est pareil empiriquement.
18:00Moi, mon premier disque qu'on vient d'écouter,
18:02qui s'appelle « Comme Jani Longo »,
18:03il n'y avait pas de contrat.
18:05Oui, il n'y avait pas de contrat.
18:07Et c'est toujours avec la même personne qui s'appelle Alan Gak,
18:11avec qui je travaille toujours aujourd'hui,
18:1330 ans, 35 ans après.
18:14Tu parles de réfléchir aux concerts, aux tenues,
18:18aux pochettes, etc.
18:19Est-ce que tu te considères comme une popstar ?
18:23Je considère que maintenant,
18:25comme la chanson que vous avez passée tout à l'heure,
18:27je dois donner.
18:28Voilà.
18:29Je me dois d'être généreux.
18:31Je ne dois pas garder pour moi.
18:33Donc, pour moi, c'est donner son corps.
18:36Jusqu'à brûler la rétine.
18:38Comme je le disais, oui.
18:40Comme Bappé le dit.
18:41C'est lui qui a dit ça.
18:42Brûler la rétine.
18:42Oui.
18:43Eh bien, je considère qu'il faut que je donne.
18:47Ce qui n'était pas le cas, forcément.
18:49Mais je l'ai compris petit à petit.
18:51Ça peut être dangereux, ça, pour toi.
18:53De donner.
18:53Enfin, je dirais, à un moment, ici, il n'y a pas de limite.
18:55Ça peut te faire...
18:56Ça peut être douloureux, en tout cas.
18:57Plus que dangereux.
18:58Moi, je dois rester vigilant.
19:00Oui.
19:00Tout de même.
19:01Mais pourquoi tu dois donner ?
19:02Parce que les gens attendent ça de toi ?
19:04Parce que je pense que j'ai une éducation catholique.
19:08Et Jésus, c'est le don de soi.
19:12C'est le don du corps.
19:14Donc, une pop star, si tu veux, admettons que je sois dans ces eaux-là,
19:20elle se doit de donner son corps.
19:22D'où, bon, je me mets nu plus facilement, c'est vrai,
19:25quand il y a des projos, des photographes, des caméras, tout ça.
19:28C'est vrai.
19:29Donc, je dois faire un lien avec ça, un lien un peu bizarre.
19:33Avec Jésus, en fait.
19:34Avec Jésus, oui.
19:35Qui était un de tes premiers héros, en fait.
19:37Ah oui, complètement.
19:39Toujours.
19:39Est-ce qu'il y a des pop stars qui sont non pas des héros ou héroïnes,
19:45mais qui ont pu t'influencer là-dessus, en tout cas,
19:46que tu vois un peu en exemple sur ce don de soi ?
19:51Le don de soi, je dirais, par exemple, quelqu'un qui est très exposé,
19:55je dirais Kanye West.
19:57Que tu cites dans l'album, d'ailleurs.
19:59Oui, même s'il est trop à l'Ouest.
20:01Exactement.
20:02Mais lui, par exemple, c'est un gars qui se donne entièrement jusqu'à la crucifixion.
20:11Oui.
20:12On n'est quand même pas loin de cette idée.
20:15Il y a quelqu'un qui a du génie.
20:17Bien sûr.
20:17Mais qui est encore peut-être puéril par rapport à ça.
20:25Et quand on est très exposé et encore un peu enfant, ça peut mal tourner.
20:28Et c'est ce qui est en train de se passer.
20:30Même les derniers disques restent excellents.
20:33Tu arrives à couper le cordon avec des artistes importants comme ça, même quand ils sont trop à l'Ouest
20:38justement ?
20:38Ou c'est trop compliqué ?
20:40Je ne pourrai jamais m'empêcher d'écouter ces disques.
20:43Ok.
20:44J'ai l'impression que tu n'es pas le seul.
20:46Oui.
20:48J'aurais peut-être du mal à aller le voir en concert, mais j'ai vu quand même sa scénographie
20:54en concert.
20:55Une espèce de sphère là.
20:57C'est fabuleux.
20:57Oui.
20:58Ça a l'air incroyable.
20:59Clairement.
21:00Je le dis en murmurant.
21:01Oui, mais bien sûr.
21:03On n'aurait pas pris les billets, mais…
21:05Et toi, tu n'es pas allé le voir ?
21:06Je ne sais pas.
21:06Le concert a été annulé.
21:08Ce qui devait jouer à Marseille.
21:09Il y avait une date au Vélodrome qui finalement a été annulée.
21:13Je crois que la mairie ne voulait pas qu'il y ait un lieu externe.
21:15Tu serais allé ?
21:15Comment ça serait passé ?
21:16Je ne répondrai pas à cette question.
21:18Bien sûr.
21:18Ça n'est pas à moi d'en poser.
21:20Exactement.
21:21Mais j'étais très tenté moi aussi.
21:24Je comprends.
21:25Il y a un moment, en tout cas, je pense, qui est constitutif, non pas de ta carrière,
21:29mais de ton rapport, en tout cas, avec le rap.
21:31Et peut-être aussi avec une partie de la nouvelle scène et d'un nouveau public.
21:35C'est un freestyle.
21:40Absolument légendaire.
21:41Freestyle plus ou moins improvisé, je ne sais pas.
21:44On te voit toi et Al Capote.
21:45C'est une rencontre.
21:45D'ailleurs, vous avez fait un morceau après.
21:48Et ça permet aussi de parler de toi et de ton rapport.
21:50On a déjà un peu parlé avec le rap.
21:51Mais avec aussi, j'ai le sentiment, la nouvelle génération.
21:55En fait, de tout le temps être alerte sur ce qu'il se passe, pour rester pertinent aussi.
22:03Parce que ça m'intéresse.
22:04C'est surtout ça.
22:05Oui.
22:06Il n'y a pas de but.
22:08Là, c'était une invitation de l'homme pâle.
22:10Alors, je me suis retrouvé avec Al Capote.
22:11Oui.
22:12Que je connaissais à peine, par contre.
22:14Oui, oui, oui.
22:14Alors, qui...
22:15Ça se voit, vous vous découvrez.
22:16Oui, on s'est découvert.
22:18Il y a eu des splashes sur mes parcs.
22:22Donc, j'ai découvert ce personnage.
22:24Après, on est allé en studio.
22:25Après, on a fait quelques...
22:27Bah, une chanson qui s'appelle comment ?
22:29L'amour.
22:30L'amour.
22:30Et qu'on écoutera après.
22:31Ah bon, d'accord.
22:32Exactement.
22:33Et donc, c'était un grand moment pour moi.
22:38Est-ce que ça arrive souvent ?
22:40Parce que moi, j'ai eu l'impression qu'on voyait une rencontre entre deux artistes opposés
22:44et qu'on avait là la chance d'y assister.
22:46Est-ce que ça t'arrive souvent quand tu collabores avec des artistes ?
22:49D'abord, des moments un peu de magie comme ça, où en fait, on n'a pas grand-chose en
22:53commun,
22:53mais on était un peu fait pour se rencontrer, en tout cas à ce moment-là.
22:57Ça t'est souvent arrivé ?
22:58Ça ne m'est pas si souvent que ça arrivé, parce que je collabore aussi avec des gens
23:02où on est né un peu à la même époque, si je pense à Dominica, où on travaille
23:07des fois ensemble.
23:08Mais là, c'est vrai qu'incontestablement à le Capote, on ne vient pas du tout du même
23:12endroit.
23:13Par contre, c'est vrai qu'en dehors, après du truc où on a appris un petit peu à se
23:18connaître, on a quand même les mêmes passions.
23:19Le fromage.
23:20C'est vrai.
23:21Le vin.
23:21C'est vrai.
23:22Il aime tout ça.
23:23Absolument.
23:24Il s'en est jamais caché.
23:25Il s'en est jamais caché.
23:26Maître Fromager.
23:27Oui, bien sûr.
23:29C'est un être tout à fait délicieux dans la vie.
23:33Très doux.
23:34Aussi doux qu'un petit nid d'oiseaux.
23:37C'est comme ça que tu décrirais le Capote.
23:39On a envie de s'y blottir.
23:42Je viens de citer Dominique A.
23:44Il y a aussi l'album, mais il y a aussi la création « Manque moi moins » avec Dominique
23:47A, qui est un ami de plus de 30 ans.
23:51Oui.
23:53Et comment...
23:54Parce que là, c'est donc une création dans laquelle vous chantez les morceaux de l'autre.
23:58Est-ce que c'est compliqué de maintenir une relation amicale dans ce milieu-là ?
24:04Oui.
24:05Ok.
24:06Je suppose que oui.
24:07Comment vous avez réussi ?
24:08Nous, c'est-à-dire qu'on se voit régulièrement.
24:13Il me fait des pâtes.
24:14On boit du vin.
24:17On passe des très bons moments.
24:18On parle très peu de musique.
24:20On en écoute.
24:22Oui.
24:22Mais on n'en parle pas vraiment.
24:25Donc, peut-être que c'est aussi la clé.
24:27Peut-être.
24:28De ne pas...
24:29Pas forcément que ce soit le sujet.
24:30Oui.
24:31Voilà.
24:32Et on a une...
24:34Enfin, moi j'ai beaucoup de tendresse pour lui.
24:36C'est quelque chose qui est agrandi même avec le temps.
24:40Qu'est-ce que ça a fait de voir quelques-uns de ces morceaux chanter par un ami comme
24:44ça ?
24:45Est-ce qu'il y a un morceau qui te procure plus d'émotion qu'un autre quand il est
24:49chanté
24:49par lui ?
24:49Il y a une chanson qui s'appelle Mon Bel Andalou que j'avais faite genre en 1994.
24:55Oui.
24:55Ça remonte.
24:56Et de le voir chanter par lui, c'est vrai que ça me rend douche rose.
24:59Ok.
25:00Et puis ça transforme la chanson.
25:01On n'est plus du tout dans le même...
25:02Bien sûr.
25:02Les chansons, c'est comme ça.
25:04C'est un peu...
25:06Ça dépend qui les chante.
25:07Ça dépend avec qui on les écoute.
25:09C'est-à-dire qu'une même chanson, vous êtes avec votre cousin ou votre maman,
25:13c'est plus du tout la même chanson.
25:14C'est vrai.
25:15Donc, c'est ça qui est intéressant dans le son.
25:17C'est quoi la chanson de Philippe Catherine dont on te parle le plus ?
25:21Dont les gens te parlent le plus ?
25:23La banane certainement.
25:24Non mais laissez-moi manger ma banane.
25:26Ouais.
25:27Ouais.
25:28J'adore aussi, bien sûr.
25:30Ça revient.
25:31Le duo avec Al Capote.
25:33Ok.
25:34Souvent.
25:34Et puis la chanson Nue, celle qui était jouée aux Jeux Olympiques, Brûlage de Rétine.
25:40Brûlage de Rétine.
25:42Quand on...
25:43Tu sais, c'est intéressant parce que ces morceaux-là, tu sais, je pense qu'il y a beaucoup de
25:46personnes
25:47qui peuvent parfois s'arrêter aux pochettes, qui peuvent parfois sembler drôles ou en tout cas...
25:53Ou en tant qu'ils vont bousculer parfois un peu justement la personne qui ne va pas creuser.
25:59Parfois, on met les titres de morceaux.
26:00La banane.
26:00Il y a un morceau qui s'appelle Doudoune, qui est un des morceaux préférés sur cet album.
26:04Et quand on l'écoute comme ça d'une manière un peu distraite, on peut penser que c'est juste
26:08rigolo, en fait.
26:09Et je pense d'ailleurs que moi, c'est un peu un drame souvent pour les artistes qui mettent de
26:12l'humour
26:12parce que parfois, ils peuvent être vite catalogués comme juste des gens qu'on invite parce que c'est des
26:16bons clients
26:16ou parce qu'ils sont marrants, etc.
26:18Et je pense qu'on sera d'accord pour dire que l'humour, ça fait partie de toi et que
26:22tu aimes bien faire des blagues
26:23et que ça existe dans ta musique.
26:25Mais il n'y a vraiment pas que ça, en fait.
26:27Est-ce que parfois, ça peut être frustrant ou est-ce qu'on a peur d'être, tu sais, invité
26:32pour les mauvaises raisons parfois
26:33dans les médias ou ne pas être complètement compris ?
26:37On ne sera jamais totalement compris.
26:38Ce serait un leurre de le croire.
26:41C'est toujours des malentendus.
26:42Moi, je préfère quand même être retenu pour quelqu'un de curieux ou drôle plutôt que de sinistre.
26:52Je préfère donner le sourire.
26:54Je préfère ça à autre chose.
26:56Et puis après, moi, mes chansons ne sont pas du tout drôles pour moi.
27:01Je prends mes chansons au premier degré.
27:02Souvent, ça part d'angoisse terrible.
27:04La doudoune que tu cites.
27:06Bon, la doudoune, je me suis aperçu qu'au fond, c'était pour me rassurer.
27:11C'était d'abord pour calmer une angoisse.
27:13La doudoune qu'on voit partout sur le corps des gens.
27:18Mes chansons viennent toujours d'angoisse.
27:20Alors que si ça donne le sourire, moi, je dis tant mieux.
27:24Pour moi, à chaque fois, c'est du premier degré.
27:26C'est des sentiments qui sont profonds en moi et que j'essaye de mettre en scène de façon intéressante.
27:33Oui, c'est jamais… Tu prends ça très au sérieux, en fait.
27:36Oui, ça vient de moi et c'est pas…
27:39Mais j'essaye de mettre en scène…
27:42Il ne faut pas que les gens s'ennuient, quoi.
27:44Oui, c'est ça.
27:44J'ai l'impression que tu as quand même toujours ce souci-là.
27:47Tu n'as pas envie d'emmerder les gens.
27:48Je n'ai pas envie de m'emmerder moi-même avec mes propres problèmes, déjà.
27:52Justement, parce que tu parles d'angoisse, il y a aussi…
27:56D'ailleurs, le mot d'avion, on parle un peu de…
27:59Enfin, tu dis « dire qu'on va tous mourir ».
28:01En fait, il y a toujours évidemment cette angoisse qui, je crois, est souvent assez commune.
28:04C'est celle de la mort.
28:07Tu es comment avec ça en ce moment ?
28:09Est-ce que ça va mieux avec cette peur-là ?
28:11Oh, ben…
28:12C'est-à-dire que ce n'est même pas une peur.
28:14Oui, c'est une certitude.
28:15Ça va arriver.
28:15C'est une certitude.
28:17Ça va tous nous arriver.
28:17Moi, j'y pense tous les jours de ma vie.
28:20Ok.
28:21Ça fait partie de mon décor.
28:22J'ai vu un peu la mort quand j'étais opéré du cœur à 8 ans.
28:25À 8 ans, oui.
28:25J'ai vu des choses très intéressantes et même assez attirantes.
28:30À 8 ans ?
28:30À 8 ans parce que…
28:32Oui, oui.
28:33J'ai vu des choses.
28:33J'ai ouvert la porte, oui.
28:35Une porte s'est ouverte puis elle s'est refermée assez vite.
28:37C'est-à-dire qu'en fait, tu as vraiment…
28:39Tu aurais pu évidemment littéralement mourir l'opération que tu as subie à 8 ans.
28:42Tu as même raconté à plusieurs reprises que c'était presque miraculeux que tu sois encore là.
28:46Donc, à ce moment-là, tu as pensé que tu partais.
28:49Ah oui, j'ai vu.
28:51Ok.
28:51Je me rappelle, d'après ce que j'ai compris, une mort imminente.
28:53Oui.
28:54Effectivement, une expérience de mort imminente.
28:55Oui, absolument.
28:56Mais j'ai vu beaucoup de couleurs, splendides.
28:58Bon, bref.
28:59Je ne voudrais pas tenter les gens.
29:02Soyez patient, ça viendra.
29:03De toute façon, voilà, exactement.
29:05Vous allez les voir.
29:05Oui.
29:06Et donc, c'est vrai que toutes mes chansons, je le vois bien, je le sens, je le sais bien.
29:12Toutes mes chansons parlent de ça.
29:13Oui.
29:14Il y a toujours ça en filigrane.
29:16Tout le temps.
29:16Oui.
29:17Comment on arrive justement à être un peu plus à l'aise avec ça, avec cette certitude-là ?
29:25Il faut l'appréhender, il faut l'apprivoiser.
29:28Mais vous voyez bien ma pochette, comment elle est.
29:30Oui.
29:31Bon, je suis avec mon cadavre.
29:34Oui, c'est ça.
29:35Donc…
29:35On voit un Philippe Catherine jovial et resplendissant.
29:39Oui.
29:40Et puis le même, dans le même habit, qui a l'air…
29:43Décédé, on peut dire.
29:44Décédé, ou en tout cas bien amoché.
29:46Voilà.
29:46Bon, pour moi, c'est une métaphore de la création.
29:49Après, je pense que la bonne méthode, que je dirais, pour appréhender le décès, c'est
29:55de prévoir son enterrement.
29:56Alors, vous construisez une petite maison, un monument funéraire, vous pouvez penser
30:00à des choses…
30:01Je pense que c'est…
30:02Parce que ce qui fout les jetons, vraiment, c'est de rien savoir.
30:05On parle tout le temps de la mort, mais en fait, on n'en sait jamais rien.
30:08Personne n'en sait rien.
30:09Donc, c'est peut-être bien de se prévoir un petit plan, une petite maison, un monument
30:14funéraire.
30:15Qu'est-ce que vous voulez comme musique ?
30:17Pour que ça ne soit pas dans un trou noir tout ça, vaut mieux pas.
30:20Tu me fais une transition parfaite parce que tu as collaboré avec Oxmo Puccino sur
30:24un morceau qui s'appelle La Clé.
30:25Oxmo Puccino, sur son deuxième album qui s'appelle L'Amour est mort, avait un morceau
30:29en collaboration avec Danny Dan, qui a donné le nom de cette émission à la régulière.
30:33Bref, c'est trop long.
30:34Il y avait un morceau qui s'appelle À ton enterrement.
30:36Tu aimerais qu'on joue quoi comme chanson à ton enterrement ?
30:43Question délicate, mais j'irais vers Charles Trenet, qui est ma base.
30:48Oui, on sait que c'est une de tes références depuis ton enfance.
30:51Voilà.
30:53J'irais vers Charles Trenet, vers Il y a de la joie.
30:56Parce que tu penses qu'on peut aussi… ou même qu'il faut sourire dans ces moments-là ?
31:00Il faut célébrer.
31:01Il faut célébrer.
31:03La personne qui s'en va en fait.
31:05Ah oui.
31:06Donc c'est ce que je souhaiterais à mes contemporains.
31:08C'est parti.
31:09C'est parti.

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