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00:07L'outre-mer français, c'est comme une femme, il faut l'aimer.
00:11Et quand on l'aime, on ne peut rien lui refuser.
00:16Ces mots d'un autre temps sont de Jacques Chirac.
00:19Ils témoignent d'une relation unique, marqueur indélébile d'une carrière politique interminable.
00:26Une histoire d'amour qui a imprimé dans nos mémoires des images d'épinales indissociables du personnage Chirac.
00:36Comme celle où, enseveli sous les fleurs et les colifichets, tel un totem, tel un pantin,
00:43le plus corrézien des parisiens se livre avec gourmandise aux jeux du folklore.
00:50La photo est celle d'un temps où la politique était reine et ses princes des figures familières et respectées.
01:01Plus qu'aucun autre, Jacques Chirac incarne cette époque révolue.
01:08De la Polynésie aux Antilles, de l'océan Indien à la Guyane,
01:14pendant 40 ans, Chirac a chevauché sans relâche les territoires d'outre-mer.
01:20Il a été le président qui s'y est rendu le plus souvent.
01:2440 ans pour nouer un lien sans égal, ardent, ambigu et profondément politique.
01:34J'ai été touché au plus profond de moi-même par la chaleur de votre hospitalité.
01:48Et si ce lien révélait tout, Chirac.
01:53Populaire, conquérant, sincère, mais aussi cynique et manipulateur.
01:59Et maintenant, les choses sérieuses, le divanche.
02:07Le monde ultramarin est un miroir grossissant
02:10où se reflète sa façon de faire de la politique
02:13avec ses amitiés inaltérables
02:15et son esprit de système au service de sa soif de pouvoir.
02:21Un miroir où se dévoilent les grandeurs, les contradictions
02:25et les renoncements d'un homme et de la République
02:28qu'il a marqué de son empreinte.
02:4624 décembre 1975.
02:49Pour sa première tournée ultramarine,
02:52le plus jeune Premier ministre depuis l'avènement de la Vème République
02:56vient réveillonner en Guyane française.
02:59C'est la première fois que Jacques Chirac, en tant que Premier ministre,
03:01participe à une émission en direct.
03:03Il a choisi de le faire depuis un département d'outre-mer.
03:06Il faut voir là un symbole.
03:09Avec Chirac, l'image de la politique change.
03:13Chemisette, clope au bec, proximité des contractés.
03:18Il a 41 ans, il bouscule les codes
03:21avec un art assumé de la mise en scène.
03:23C'est donc à Maripassoula, un village situé sur le fleuve Maroni
03:28que Jacques Chirac assistera à la messe de minuit
03:31au milieu, donc, des Indiens de Guyane.
03:34Si Chirac en fait autant,
03:36c'est qu'au mi-temps des années 70,
03:39le climat social et politique
03:41est houleux dans les dom-toms,
03:44comme on les appelle alors.
03:50Paris doit rassurer des populations
03:52amères d'être négligées,
03:54voire oubliées par le pouvoir central.
03:58Aux Antilles comme en Guyane,
04:00c'est l'agitation dans les milieux indépendantistes
04:03qui prospère sur les séquelles du passé colonial.
04:09L'outre-mer gronde
04:10et le Premier ministre pose sa méthode
04:13et fait d'annonce et promesse
04:16pour juguler les colères.
04:20Il s'agit bien entendu d'abord,
04:23je dirais avant tout,
04:24de relever ce défi
04:25qui est le sous-emploi dans ces régions,
04:27sous-emploi structurel
04:29et qui est absolument incompatible
04:31avec l'espoir que peut avoir la jeunesse
04:33de travailler, de rester,
04:35et de s'épanouir normalement.
04:36Et donc l'effort essentiel
04:38doit être celui qui consiste
04:39à créer des emplois.
04:41Avec Chirac à Matignon,
04:43c'est l'inauguration
04:44de 40 ans de discours
04:46bordés par les mots de la crise.
04:49Chômage, inflation, précarité.
04:52Mais dans la forme,
04:54le sourire est roi,
04:55en toutes circonstances.
05:08Chirac va au contact
05:09et la population se régale
05:12de sa générosité.
05:15Bain de foule,
05:17poignée de main frénétique,
05:19bisous en rafale,
05:21une recette immuable
05:23pour les décennies à venir.
05:25Je bois votre santé.
05:30Il reste que l'allégresse
05:32du premier ministre
05:33n'est pas feinte.
05:35J'ai maintenant une envie
05:36bien réelle
05:38et que je satisferai
05:39quoi qu'il arrive,
05:40c'est de revenir.
05:47Depuis l'adolescence,
05:49celui que la chronique dépeint
05:51comme le jeune loup
05:52de la politique française
05:53se passionne pour le grand large
05:55et les civilisations lointaines.
05:58Mais c'est encore un secret.
06:00L'amateur des arts
06:02qu'on n'appelle pas encore premier,
06:04le fin connaisseur
06:06de la Chine et du Japon,
06:07l'expert des Indiens Taïnos,
06:10ce Chirac-là
06:11ne s'est pas encore dévoilé
06:13au grand public.
06:15On ne prête alors
06:16à ce bulldozer de la politique
06:18qu'un goût limité
06:20pour la culture
06:21et la diversité du monde.
06:23Lui-même
06:24aime incarner
06:25jusqu'à la caricature
06:26cette pose d'un homme
06:28qui ne s'intéresserait
06:29qu'au western
06:30et à la musique militaire.
06:33J'avais énormément choqué
06:35un beau confrère,
06:36qui m'avait fait
06:37un mauvais parti.
06:38Je ne sais pas
06:38que le jour-là,
06:39il y a quelques années.
06:41Parce que m'ayant demandé
06:42quelle était la musique
06:43que je préférais,
06:43je lui avais répondu
06:44le silence.
06:45C'était le truc de Proust
06:46et quand les journalistes
06:46n'ont rien à demander,
06:47ils me demandent
06:48de faire le machin de Proust,
06:48pas la questionnaire de Proust.
06:50C'est un truc absurde.
06:52Il l'avait très mal pris.
06:53C'est un truc musicien
06:55et alors j'avais ensuite
06:55un article
06:56qui était un être complètement.
06:59Je ne comprenais rien à rien,
07:00il était sans doute
07:00une sensibilité.
07:12Si pour Chirac,
07:13l'outre-mer n'est pas
07:14une périphérie
07:15à civiliser,
07:16mais une richesse culturelle,
07:19si derrière la géographie,
07:21il voit aussi les hommes,
07:23il met avant tout
07:24ses pas dans la politique
07:25de grandeur
07:26et de puissance
07:26du général de Gaulle,
07:27sous la présidence duquel
07:29il a débuté
07:31sa carrière politique.
07:35Né à Paris,
07:37élu dans le Limousin,
07:39Chirac est un Jacobin
07:40pour qui le Zambèze
07:42doit servir la Corrèze.
07:48Il sait
07:49que les terres ultramarines
07:50permettent à la France
07:51de ne pas être seulement
07:53un pays européen.
07:58L'outre-mer,
07:59ce sont des territoires
08:00éparpillés sur quatre océans
08:02et pour la France,
08:04l'avantage d'une zone
08:05d'exclusivité maritime
08:0620 fois supérieure
08:08à sa superficie.
08:12Ces territoires sont tenus
08:14de donner à l'Hexagone
08:15le rayonnement mondial
08:17auquel il prétend.
08:18Les confettis de l'Empire
08:20doivent servir
08:21les intérêts économiques,
08:23politiques
08:23et stratégiques
08:25de la France.
08:26Comme en Guyane
08:27où la base de Kourou
08:29est devenue
08:30la tête de pont tricolore
08:32dans la course à l'espace.
08:334, 3, 2, 1, feu !
08:43Comme en Polynésie
08:44avec les campagnes
08:45d'essais nucléaires
08:46dans les atolls
08:47de Mururoa
08:48et Fangatofa.
08:57En pleine guerre froide,
08:59sous la présidence
09:00du général de Gaulle,
09:02le spatial et l'atome
09:03doivent offrir à la France
09:05les clés
09:06de son indépendance.
09:19Paris décide,
09:21la périphérie ultramarine
09:23s'exécute.
09:25Pas question pour Chirac
09:27de remettre en cause
09:28ce leg gaullien
09:29où l'outre-mer
09:31est en première ligne
09:32comme instrument
09:33de la souveraineté.
09:45Pour figer ce rapport
09:47de vassalité,
09:48il faut choyer
09:49ces territoires clés
09:50et particulièrement
09:52ceux qui en sont les maîtres.
09:54Et cela,
09:55Chirac le comprend mieux
09:56que personne.
09:58Dès le début
09:59de ses relations
10:00avec l'outre-mer,
10:02il sait y faire
10:03pour cajoler
10:03les puissants locaux
10:05et ne pas lésiner
10:06sur les aides
10:07ou subventions
10:08dont ils peuvent bénéficier.
10:11Aux Antilles,
10:12par exemple,
10:13ceux qui tiennent
10:14les rênes de l'économie
10:15sont les grands planteurs.
10:17Les descendants
10:18des colons
10:18du XVIe siècle
10:19possèdent toujours
10:2190% des terres agricoles
10:23où travaillent
10:24une main-d'oeuvre
10:25sous-payée
10:26dans la canne à sucre
10:27et dans l'exploitation
10:28des bananes raies.
10:30Héritage
10:31d'un système colonial
10:32qui perdure.
10:34Je pense que
10:34dans ce pays
10:35où nous sommes
10:36un petit peu
10:36un anachronisme,
10:37nous sommes un mal nécessaire.
10:40Je suis un colon
10:41dans le sens noble du mot.
10:43Je gratte ma terre,
10:44je la fais produire,
10:45je distribue du salaire,
10:46je fais tout ce que faisait
10:48un colon
10:48quand il est arrivé ici.
10:51Au prix d'un sous-développement
10:53et d'inégalité sociale
10:54qui ronge les îles,
10:56ce qu'on appelle
10:57les béquets
10:57et blancs créoles
10:59ont verrouillé
11:00leur emprise économique.
11:01Rien ne leur échappe.
11:03Tourisme,
11:04concessions automobiles,
11:06grandes distributions.
11:08Pour Chirac
11:10et son ministre
11:10de l'Agriculture,
11:12ils sont des interlocuteurs
11:13obligés
11:14et leur lobbying
11:15fait mouche
11:16dans les ministères.
11:19Les frais d'approche
11:20comme on vous l'a dit hier
11:21sont tellement importants
11:22dans ce département
11:23que ça vient grever
11:25considérablement
11:25les produits.
11:26Oui,
11:27ça c'est un des points.
11:28Dans quelle mesure,
11:29monsieur le ministre,
11:30peut-on compter,
11:30n'est-ce pas,
11:31sur l'aide
11:31et le soutien de l'État
11:32pour le rebroisement
11:33des berges
11:33en rivière ?
11:35Servir les intérêts
11:36économiques des béquets
11:37peut amener parfois
11:38à prendre des décisions
11:40aux conséquences irréversibles.
11:43En 1972,
11:45alors que Chirac
11:45était encore
11:46un jeune ministre
11:47de l'Agriculture,
11:48les planteurs
11:49ont harcelé
11:50ses services
11:50pour utiliser
11:51un insecticide
11:52à base
11:53de chlordécone,
11:55une molécule
11:56très efficace
11:57contre le principal
11:58parasite
11:59du bananier.
12:01L'homologation
12:02du produit
12:03avait pourtant
12:04déjà été rejetée
12:05à deux reprises
12:06car jugé
12:07trop toxique.
12:08Sauf que les béquets
12:10ont agité
12:10le chiffon rouge
12:11de la production
12:12compromise,
12:13de l'emploi
12:14en péril
12:14et de la paix sociale
12:16menacée.
12:17et Chirac
12:18a cédé
12:19sans résistance
12:20et donna
12:21son feu vert
12:22à la mise
12:22sur le marché
12:23du pesticide.
12:25Cette autorisation
12:26du chlordécone
12:27est le point
12:28de départ
12:29d'un empoisonnement
12:30massif
12:31des sols
12:32et des corps
12:32guadeloupéens
12:33et martiniquais.
12:35La tragédie
12:36sera révélée
12:3730 ans plus tard.
12:42L'épisode
12:43témoigne
12:44du travail
12:44d'influence
12:45des grandes familles
12:46béquées.
12:47La rumeur
12:48insistante
12:50fait d'ailleurs
12:51du monde bananier
12:52un généreux
12:53bailleur de fond
12:54de la droite nationale.
12:59Chirac
13:00tisse sa toile
13:00en Outre-mer.
13:02Un atout
13:03dans sa manche
13:03à l'heure
13:04où lui
13:05et son clan
13:05vont fracturer
13:07la majorité
13:08présidentielle
13:09à la fin
13:10de l'été
13:101976.
13:11Je ne dispose
13:13pas
13:14des moyens
13:17que j'estime
13:19aujourd'hui
13:20nécessaires
13:22pour assumer
13:25efficacement
13:26mes fonctions
13:29de premier ministre.
13:34et dans
13:34ces conditions
13:36j'ai décidé
13:39d'y mettre
13:40fin.
13:42Je vous remercie.
13:44Après deux ans
13:45à Matignon
13:46Chirac
13:47claque la porte.
13:48Une démission
13:49sans précédent
13:50sous la Ve République.
13:53La brutalité
13:54de l'allocution
13:55ne laisse
13:55aucun doute
13:56sur ses ambitions.
13:58Celle que nourrissent
14:00pour lui
14:00ses parrains
14:01et marraines
14:01en politique.
14:02Un duo
14:03formé par
14:04Pierre Juillet
14:05et Marie-France Garraud
14:06ancien conseiller
14:08du président
14:08Georges Pompidou.
14:10Associés
14:11à Charles Pasquois
14:12ils ont désigné
14:13leur poulain
14:14comme celui
14:15qui doit succéder
14:16à Valéry Giscard d'Estaing
14:17à l'Elysée.
14:21Et pour porter
14:22la fusée
14:23Chirac
14:23fin 1976
14:26un nouveau parti
14:27est fondé
14:28le Rassemblement
14:30pour la République.
14:33Amis et compagnons
14:35de métropole
14:36et d'outre-mer
14:37je vous salue.
14:39En invoquant
14:40l'outre-mer
14:41Chirac
14:42adresse peut-être
14:42un clin d'œil
14:43à l'un des cofondateurs
14:44du nouveau parti
14:46un élu
14:47ultramarin
14:48encore
14:48inconnu
14:49dans l'Hexagone
14:51Gaston Flos
14:52maire
14:53d'une petite ville
14:54sur l'île de Tahiti
14:55et président
14:56de l'Assemblée
14:57territoriale.
14:59Sur les fonds
15:00baptismaux
15:01du RPR
15:02se noue
15:03une amitié
15:03indéfectible
15:04entre le député
15:05de Corrèze
15:06et l'étoile
15:07montante
15:08de la politique
15:08polynésienne
15:16le début
15:17d'une bromance
15:18aux accents
15:19très politiques
15:23pour Chirac
15:24c'est l'assurance
15:26d'un agent
15:26électoral puissant
15:27et il peut compter
15:29sur Flos
15:30pour respecter
15:31le credo gaullien
15:32d'Arimage
15:33à l'Hexagone.
15:35La quasi-totalité
15:37de la population
15:37de ce territoire
15:38est opposée
15:40à l'indépendance.
15:41Notre mouvement
15:43a défendu
15:44un statut
15:45d'autonomie
15:46de gestion
15:47tout en garantissant
15:49la présence
15:51de la France
15:52dans ce territoire.
15:54Chirac devient
15:55un visiteur régulier
15:56de la Polynésie
15:57accueilli
15:59comme un chef
15:59d'Etat
16:00par Flos
16:00qui sait y faire
16:02pour rendre
16:04inoubliables
16:05les séjours
16:06de son nouveau copain.
16:18Coctels enchanteurs
16:20jolis veillinés
16:21pour les deux hommes
16:23séducteurs
16:25et bons vivants
16:25en diable
16:26la passion
16:27de la politique
16:28fait bon ménage
16:29avec les plaisirs
16:30terrestres.
16:32Une relation
16:33très particulière
16:35qui fait de Flos
16:36le proconsul
16:37du RPR
16:38dans le Pacifique.
16:39Nous avons donné
16:41à Gaston Flos
16:43une situation
16:44éminente
16:45au sein du Parlement
16:46des responsabilités
16:47exceptionnelles
16:48notamment en tant que
16:49rapporteur
16:49du budget
16:50du territoire
16:51de façon à ce
16:53que soit bien marquée
16:54la volonté unanime
16:55de notre groupe
16:56parlementaire
16:56et de notre mouvement
16:57de renforcer
16:59considérablement
16:59les liens
17:00entre la métropole
17:01et le territoire
17:02et donc de faire aboutir
17:03les réformes
17:04que propose par exemple
17:05Gaston Flos
17:06et qui sont indispensables
17:07dans un certain nombre
17:08de domaines
17:08pour améliorer...
17:09Flos, lui,
17:11a compris tout l'intérêt
17:12d'un réseau parisien
17:13pour accompagner
17:14ses propres ambitions
17:16sous les îles du vent.
17:19membres du comité central
17:21du RPR
17:22élus députés
17:23Flos
17:25sera l'un des satellites
17:26dans la galaxie
17:28que Chirac
17:28se bâtit outre-mer.
17:38Dans l'hexagone
17:39l'homme pressé
17:41de la droite
17:41insatiable
17:42continue sa course.
17:45Le RPR est à peine fondé
17:47que Chirac
17:48part à l'assaut
17:49de la mairie de Paris.
17:56Toujours aiguillé
17:57par le trio tutélaire
17:58Juillet,
18:00Garot,
18:01Pasqua,
18:02Chirac y voit
18:03une opportunité
18:03pour s'octroyer
18:05un rayonnement international
18:06mais aussi
18:08et surtout
18:08une place forte
18:09pour forger
18:10ce destin
18:11qu'il n'envisage
18:12que présidentiel.
18:14qui Moon
18:14dans le 20 h
18:15et d'autres
18:37pour une intelligente
18:38les affaires
18:39budgéri
18:39dehoo et la la匠
18:41écoutez les réflexions
18:49Je vous donne à tous les résultats définitifs sur Paris.
18:53Sur les 69 voix de la majorité, les listes d'union pour Paris, celles que je patronnais, ont 57 voix.
19:05Chirac peut s'installer dans le plus vaste bureau de la République.
19:11La droite chiracienne tient en main les clés d'une citadelle pour héberger ses grognards, récompenser les fidélités et contribuer
19:21au financement occulte du RPR, à coup de rétrocommission sur les marchés publics et l'attribution d'emplois fictifs.
19:30La mairie de Paris sera la matrice dans la course au pouvoir suprême que Chirac mène tambour battant.
19:37Sans jamais oublier, tel Janus de visage, d'afficher sa bonhomie.
19:44Vous avez une activité débordante, vous avez vraiment une énergie extraordinaire. Comment faites-vous ? Vous résistez physiquement.
19:49Je mange. Je suis gros mangeur.
19:52Parait que vous avez un solide appétit.
19:53J'ai un solide appétit. Je ne suis pas un gros dormeur, mais j'ai un solide appétit.
19:57C'est pour moi tout le monde.
20:00Eh bien, l'avenir le dira.
20:10À Paris, Chirac veut capitaliser sur ses liens affichés avec l'outre-mer.
20:16Je suis aussi le maire de la plus grande ville antillaise, de la plus grande ville martiniquaise du monde, qui
20:24est Paris.
20:25Un citoyen ultramarin sur quatre habite dans l'Hexagone, dont une écrasante majorité en région parisienne, où les opportunités de
20:33trouver du travail sont les plus nombreuses.
20:37On doit cette immigration massive à l'action du bumidome.
20:42Dans les années 60 et 70, cette antenne de l'État a organisé le départ des jeunes ultramarins qui ne
20:48trouvaient pas de travail chez eux.
20:51Rares sont les familles antillaises et réunionnaises n'ayant pas un enfant qui n'ait tenté sa chance en métropole.
20:59Arrivés à Paris, beaucoup sont devenus policiers, postiers, agents RATP, infirmiers ou encore gardiens de stade.
21:08Mais l'insertion est souvent difficile pour une communauté pas toujours considérée comme française à part entière et qui souffre
21:16du mal du pays.
21:37Dès mon arrivée à la mairie de Paris, j'ai pris une initiative pour essayer, je dirais, de leur faciliter
21:44l'insertion dans la capitale.
21:45J'ai créé un bureau spécial qui permet dès maintenant à chacune et chacun de nos compatriotes antillais de venir
21:53et de régler un certain nombre de problèmes,
21:55je dirais matériels, les problèmes d'emploi, de formation, les problèmes de logement, les problèmes de formalité administrative.
22:02Bref, tout ce qui fait des difficultés de la vie quotidienne, je considère que venant de plus loin, étant dans
22:07un climat différent, il justifie une certaine priorité.
22:11Avec Chirac, les déclarations d'amour sont souvent intéressées.
22:15À la mairie, il a les moyens de distribuer les emplois.
22:20Mais ce sont aussi, évidemment, les suffrages des 300 000 parisiens originaires des îles que Turbo Chirac veut sécuriser.
22:33Un as du double jeu, cynique et manipulateur, selon ses détracteurs.
22:39Il fustige aussi, derrière l'éternel sourire de circonstance, ce regard autoritaire, ses rictus crispés et ses idées martiales qui
22:50le désignent comme le visage de la droite dure.
22:55Et si cet énarque, technocrate à valeur de dossier, était surtout un bonimenteur hors pair, capable d'aligner telle une
23:05machine les mêmes éléments de langage anesthésiant et les mêmes ritournelles de promesse,
23:11lors de chacun de ses déplacements dans les Outre-mer.
23:21Je salue la Réunion, votre département, à l'honneur de porter le drapeau français au milieu d'un océan convoité
23:33où notre pays donne l'image de la liberté, de la paix et du progrès.
23:41La République française doit assurer à ses départements antillais la paix et la sécurité dans l'unité de la nation.
23:51Des principes que le général de Gaulle avait conçus et dans cet esprit que j'ai proposé de relancer une
23:59grande réforme régionale.
24:01La départementalisation, le chemin, le changement, le progrès, l'inflation, l'assistance, la stabilité, la rigueur.
24:07Je savais qu'ici, on savait recevoir en amis ceux qui venaient, notamment de la métropole.
24:16Finalement, à l'aube de l'élection présidentielle de 1981, qui est ce candidat sans véritable colonne vertébrale ?
24:24Qui, un jour, vante les mérites d'un travaillisme à la française et qui, alors que l'ancien acteur Ronald
24:32Reagan vient d'être élu aux Etats-Unis, se rêve en épigone français de Gary Cooper.
24:38« Oui, nous allons gagner ! »
24:48Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand sont qualifiés pour le deuxième tour. Ils se retrouvent en finaliste comme en
24:531974.
24:54En Outre-mer, comme en métropole, Chirac est battu, relégué à la troisième place. Mais il prend date pour l
25:02'avenir.
25:04« Plus de 5 millions de Françaises et de Français m'ont apporté aujourd'hui leur suffrage pour continuer à
25:12défendre les idées auxquelles je crois et qui, un jour, je le sais, l'emporteront. »
25:20« Monsieur Jacques Chirac, monsieur Chirac, je ne sais pas si vous nous entendez, monsieur Chirac, c'est dommage. »
25:28Mitterrand est élu président, en partie grâce à Chirac, qui a contribué à mettre Giscard en jeu.
25:35Le maire de Paris est désormais le seul patron de la droite, avec en point de mire les élections législatives
25:425 ans plus tard.
25:55« 5 ans pendant lesquelles cet homme, qui ne semble heureux qu'en mouvement, enchaîne les voyages vers les territoires
26:05de l'océan Indien, Pacifique et Atlantique. »
26:10« Plus que quiconque, il va draguer les votants sur place. Il continue de construire son image de fiancé de
26:16l'outre-mer. »
26:17« Et le charme au père, tant Chirac affectionne d'être là où le soleil tape plus fort, là où
26:25les couleurs sont plus vives. »
26:28« Mais en tant que président de la République, en tant que président de l'assistance publique... »
26:35« Quand je suis en Martinique, je me sens tellement bien que je vois toujours loin. »
26:43« La sincérité n'est jamais très loin de la stratégie politique. En embrassant à la pelle, en serrant des
26:49louches par centaines, jusqu'à devoir poser des pansements sur ses doigts, Chirac cultive sa popularité auprès du plus grand
26:57nombre. »
27:31« Ce compagnon le plus proche et le plus fidèle du général de Gaulle, qui est Jacques Faucard, et dont
27:37chacun connaît les racines antillaises. »
28:11« Avocate, ancienne membre du PS, cette élue locale à Poignes, est une figure de la politique antillaise, depuis qu
28:20'elle a conquis à la Hussarde la présidence du Conseil général. »
28:25« Avec Chirac, c'est le coup de foudre. Jacques a reconnu en Lucette une bête politique. Son tempérament rablaisien
28:39s'accorde à merveille avec celle qui, en retour, s'enthousiasme devant ce Parisien qui aime tant le ponche, le
28:46boudin, le piment et les marinades. »
28:52« Doudou, c'est un terme qui explique une très grande affectivité. Est-ce que tu as le sang, mon
28:59Doudou ? Rien ne pourra le faire. »
29:06« Certains iront jusqu'à leur prêter une idylle. Chirac et l'Outre-mer, ce sont aussi des rumeurs et
29:12des fables. Mais il est une réalité tangible.
29:15Cette constellation d'allégeances, à l'image de ce pacte indéfectible conclu avec Michaud-Chevry, en Guadeloupe, ou Flos, en
29:24Polynésie.
29:25Les barons de la Chirac-Y sont en place dans les territoires ultramarins. »
29:31« En mars 1986, la victoire de la droite aux élections législatives porte Chirac pour la seconde fois à Matignon,
29:44pour une cohabitation inédite avec le président Mitterrand.
29:51Le Premier ministre n'a pas oublié de récompenser ses affidés d'Outre-mer.
29:58Lucette Michaud-Chevry est nommée secrétaire d'État à la francophonie,
30:02tandis que Gaston Flos, toujours prompt à coller au basque de son mentor pour être bien placé sur la photo,
30:11hérite d'un secrétariat d'État au Pacifique Sud.
30:23« Quand on arrive à Polynésie, on a le cœur qui bat un peu plus vite et un peu plus
30:28fort.
30:30Et on a un peu d'eau du cœur qui vous monte aux yeux.
30:33Pourquoi ? Parce que c'est ici probablement l'un des plus merveilleux pays du monde. »
30:39Celui dont Chirac déclare à l'envie qu'il le considère comme son frère a aussi pris une nouvelle dimension
30:46en Polynésie.
30:48Les lois de décentralisation lui ont donné des pouvoirs exécutifs élargis.
30:53Il est désormais président d'un territoire doté d'un hymne et d'un drapeau.
30:59De quoi gonfler l'égo et ouvrir les vannes à des pratiques qui singent, voire dépassent le système Chirac à
31:06Paris.
31:08Clientélisme, corruption et intimidation.
31:12Des méthodes qui feront de Flos, quelques années plus tard, l'élu le plus condamné de France.
31:2610 ans après le premier mandat de Chirac à Matignon, les mêmes tourments affectent des territoires ultramarins,
31:33souvent en déshérence, minés par les inégalités et le chômage.
31:39Pour affronter une situation potentiellement explosive, Chirac a choisi pour ministre des Dom-Toms un poids lourd de la droite.
31:48Bernard Ponce, un vieux briscard du RPR qu'il côtoie depuis 20 ans.
31:55Pour attirer les investisseurs et doper l'activité économique, Ponce dégaine sa solution.
32:02Une loi qui défiscalise les investissements réalisés sur place.
32:07Mais, loin de créer de l'emploi, la défisque, comme on dit dans les îles,
32:13sert très vite de niche fiscale pour des grosses fortunes hexagonales
32:17qui veulent placer leur argent dans l'immobilier ou dans de luxueux bateaux de plaisance.
32:25La loi Ponce ne sera pas la martingale attendue.
32:33Elle va même devenir un symbole de la primauté des intérêts de la métropole,
32:37sur les besoins ultramarins.
32:43Les promesses non tenues sont le moteur d'un désenchantement
32:47qui place l'outre-mer au cœur de l'agenda du premier ministre Chirac.
32:58Pendant la présidentielle de 1981,
33:02le candidat François Mitterrand avait ouvert la voie
33:04à l'autodétermination des peuples ultramarins.
33:09Mais l'amertume a succédé à l'espoir pour les militants indépendantistes.
33:14Et la violence s'installe.
33:22D'abord en Guadeloupe,
33:24où une quirielle d'attentats à la bombe font des dizaines de blessés.
33:29Des nuits bleues revendiquées par l'alliance révolutionnaire caraïbe.
33:36C'est dans le Pacifique que la situation est la plus critique.
33:41Une quasi-guerre civile consomme la Nouvelle-Calédonie.
33:46Elle oppose les Canaques,
33:48population autochtone mélanésienne,
33:51aux Kaldosh,
33:52descendants des colons européens
33:54arrivés au 19e siècle.
33:59Le cri identitaire des Canaques,
34:02c'est aussi l'expression d'un ras-le-bol
34:04devant un statu quo colonial
34:06qui fait fi de leurs aspirations à l'égalité.
34:09La différence qu'il y a entre nous,
34:12c'est qu'un colomb,
34:15un seul européen,
34:18a droit à 1000 ou 2000 états,
34:21et puis nous,
34:23200 ou 260 familles,
34:25nous avons droit à 80 hectares seulement.
34:29Et tout ça, c'est dans les terres ambrites et tout.
34:31Il n'y a aucune terre plate.
34:40Aucune négociation ne s'avère possible
34:42avec les militants du FLNKS.
34:44Dans le nord,
34:45Kaldosh et Canaques s'affrontent au fusil.
34:52Les Kaldosh fuient en emportant
34:55que le strict nécessaire.
34:58La haine s'est installée
34:59en Nouvelle-Calédonie.
35:04Qu'est-ce que vous allez devenir ?
35:06En ce moment, je veux tuer du Canaques.
35:07C'est tout ce que je veux devenir.
35:09On va tuer au moins un,
35:10on va en barrer d'ici.
35:12C'est le devenir de tous les Kaldoniens.
35:14On va en tuer un, on va en barrer.
35:22Face aux revendications
35:23du FLNKS,
35:25le Front de Libération Nationale
35:27Canaques et Socialistes,
35:29Chirac Ponce
35:30et le ministre de l'Intérieur Pascua
35:32ont opté pour une ligne
35:34sans équivoque.
35:35Pas question d'entendre parler d'indépendance.
35:38Depuis le début des violences,
35:40ils apportent un soutien
35:42sans faille à Jacques Lafleur,
35:44le leader politique
35:46de la communauté Kaldos.
35:48Un baron lui aussi,
35:50mais d'une autre nature.
35:54Héritier de mine de nickel,
35:57Lafleur a bâti
35:58un prospère groupe industriel,
36:01diversifié dans l'immobilier,
36:02la brasserie
36:03ou la presse locale.
36:06Il a fondé quelques années plus tôt
36:07le RPCR,
36:09cousin calédonien
36:11du parti chiracien.
36:13Le premier ministre Chirac
36:15peut s'appuyer sur Lafleur
36:16pour appeler au maintien
36:18de l'archipel
36:19dans la République française.
36:21Mais les manœuvres politiques
36:23ne résistent pas
36:25à l'escalade
36:25dans la violence.
36:42L'irréparable
36:43survient à quelques jours
36:46du premier tour
36:46de l'élection présidentielle
36:48de 1988.
36:50Le 22 avril,
36:52des militants du FLNKS
36:54attaquent la gendarmerie
36:56de Fayahoué
36:57sur l'île d'Ouvéa.
37:01Quatre gendarmes sont tués
37:03et 27 autres sont kidnappés
37:05puis séquestrés
37:06dans une grotte.
37:08Les ravisseurs
37:09réclament au gouvernement français
37:11l'annulation
37:12des élections régionales,
37:14le retrait des forces
37:15de l'ordre de l'île
37:16et la nomination
37:17d'un médiateur.
37:20En pleine prise d'otages,
37:22la Nouvelle-Calédonie
37:23s'invite dans le débat
37:25entre les candidats
37:26du second tour
37:27de la présidentielle.
37:28Ce qui compte,
37:29c'est le dialogue.
37:31Or, le gouvernement
37:33a choisi
37:34la brutalité,
37:37a choisi
37:38d'ignorer
37:40la moitié
37:41à peu près
37:41de la population.
37:43Vous savez,
37:44je connais bien
37:45la Calédonie
37:45et c'est un pays
37:46que j'aime.
37:47J'y suis allé
37:4811 fois.
37:51Ce qui me donne
37:51une certaine supériorité
37:52par rapport à ceux
37:53qui ne connaissent pas
37:54cette terre,
37:55ces hommes,
37:56quelle que soit
37:57leur origine ethnique.
37:59Dire que l'on fait
38:01une politique
38:01contre la moitié
38:02de cette population,
38:04la moitié mélanésienne,
38:06c'est faire preuve
38:06d'une méconnaissance
38:07totale
38:08de ce dossier.
38:09Pour Chirac,
38:11Mitterrand
38:11joue cyniquement
38:12la carte du désordre.
38:14tandis que le président
38:15sortant
38:16accuse son premier ministre
38:17de nourrir
38:18la guerre civile
38:19en ignorant
38:20les revendications
38:21des Canaques.
38:22Nous assistons
38:23actuellement
38:24et c'est dramatique
38:25à l'échec absolu
38:27de votre politique.
38:28Lorsque vous avez
38:29pris le pouvoir
38:30en 1981,
38:32la Calédonie
38:33était totalement calme.
38:34Pour l'ensemble
38:35du territoire,
38:36il y avait un escadron
38:37et demi de gendarmerie
38:38pour assurer l'ordre.
38:39C'est tout.
38:40Il faut conclure
38:40sur la Nouvelle-Calédonie.
38:41Et par hasard,
38:42comme par hasard,
38:43c'est à la veille
38:44de nos élections
38:45qu'une opération
38:46dont le FLNKS
38:47nous dit aujourd'hui
38:48qu'elle a été préparée
38:50de longue main
38:50que cette opération
38:51intervient.
38:52La façon dont vous me disiez
38:53l'ordre règne
38:55me faisait penser
38:56à une phrase fameuse
38:57mais il s'agissait
38:58de Varsovie,
38:59je m'arrête là.
39:00Monsieur,
39:00c'est un sujet important
39:03qui intéresse aujourd'hui
39:04tous les...
39:05Mais alors nous sommes
39:05obligés de faire
39:06un deuxième débat.
39:06Eh bien,
39:07un deuxième débat,
39:07je m'en réjouis à l'avance.
39:13Le 5 mai 1988,
39:15deux jours avant
39:16le second tour
39:17de l'élection présidentielle,
39:19Chirac ordonne
39:20l'assaut
39:20de la grotte
39:21d'Ouvéa.
39:22L'opération
39:24tourne au massacre.
39:2519 militants indépendantistes
39:27et deux militaires
39:29sont tués.
39:31L'opinion publique
39:33dans l'Hexagone
39:33est choquée.
39:35La négociation
39:36n'aurait-elle pas pu
39:37sauver toutes ses vies ?
39:43Chirac a-t-il voulu
39:44faire un coup
39:45pour renverser la vapeur
39:46dans son duel
39:48mal embarqué
39:48contre François Mitterrand ?
39:51Ce dernier
39:52a-t-il donné
39:53son feu vert
39:54à l'assaut meurtrier ?
39:55Ce meurtre
39:56des gendarmes,
39:57cette prise d'otages,
39:59l'assaut
39:59contre la grotte,
40:01les 19 morts
40:02d'Ouvéa
40:02et ceux
40:03des forces
40:03de l'ordre
40:04laisseront
40:05pour longtemps
40:05des traces profondes
40:06dans l'histoire
40:07de la Nouvelle-Calédonie.
40:10Le désastre
40:11scelle peut-être
40:12définitivement
40:13le sort
40:14du candidat Chirac.
40:16Sa défaite
40:17face à Mitterrand
40:18est cuisante
40:18et comme
40:20à la présidentielle
40:21de 1981,
40:22en dépit
40:23de son implication,
40:24Chirac
40:25est encore
40:25battu
40:26en Outre-mer,
40:27laminé même.
40:34Sauf
40:35en Nouvelle-Calédonie.
40:38Il a fait
40:38le plein
40:39des voix
40:39caldoches
40:40tandis que
40:41les canaques
40:41révoltés
40:42par les morts
40:42d'Ouvéa
40:43ont totalement
40:44boycotté
40:45le scrutin.
40:55décidément,
40:56les Français
40:57n'aiment pas
40:57mon mari,
40:58déplore
40:59son épouse
40:59Bernadette.
41:01Un constat
41:02plus charitable
41:03que celui
41:04que lui avait
41:05réservé
41:05son ancienne
41:06maître à pensée,
41:07Marie-France Garraud.
41:09Je croyais
41:10que Chirac
41:10était du marbre
41:11dont on fait
41:12les statues.
41:13En réalité,
41:14il est de la faïence
41:15dont on fait
41:16les bidets.
41:21Pour Chirac,
41:23c'est un nouveau
41:24chapitre
41:24de sa vie politique
41:25qui s'ouvre.
41:28C'est incertain
41:29que d'aucuns
41:30le disent
41:31fini.
41:37Et pourtant...
41:38On a gagné !
41:39On a gagné !
41:41On a gagné !
41:43Le nouveau président
41:44de la République
41:45est donc
41:45M. Jacques Chirac,
41:46élu avec 52%
41:48des voix.
41:49Après 30 ans
41:50de course
41:50vers son destin,
41:52Jacques Chirac
41:53est élu président
41:53de la République
41:54en 1995.
41:56à sa troisième tentative.
41:59Un retournement
42:00spectaculaire
42:01pour une ambition
42:02que l'on pensait
42:03éteinte
42:03sous le poids
42:04des défaites.
42:06La volte-face
42:07d'une trajectoire
42:08que l'on imaginait
42:10brisée
42:10par le fiel
42:12de la trahison.
42:17Après la défaite
42:18de 1988,
42:20le candidat éternel
42:21s'était retrouvé
42:22bien isolé
42:23au fil des ans.
42:24seuls les barons
42:25d'outre-mer
42:26ou presque
42:26croyaient encore
42:27en son étoile
42:28à l'image
42:29de Lucette
42:30Michaud-Chevry,
42:31chauffeuse de salles
42:32et passionnariat
42:34du chiracisme.
42:35Voilà,
42:35repartis au combat !
42:37Compagnons,
42:39mettez-nous
42:40debout !
42:41Debout,
42:42je vous ai dit !
42:43Debout,
42:43vous,
42:44Jacques Chirac !
42:45Écrions ensemble
42:47Chirac !
42:49Chirac !
42:50Et lorsqu'en 1994,
42:53son ami de 30 ans,
42:55Édouard Balladur,
42:56se prit à rêver
42:57de l'Elysée
42:58et embarqua
42:59dans le sillage
43:00de sa candidature
43:01la quasi-totalité
43:02de la droite,
43:04Chirac put encore
43:05compter sur Michaud-Chevry
43:07pour mordre
43:08les mollets
43:09du favori
43:09des sondages.
43:10Je ne veux pas
43:12que M. Balladur
43:14caricature
43:15l'outre-mer
43:16comme il l'a fait
43:17l'autre jour !
43:20Allez !
43:21Et maintenant,
43:21les choses sérieuses,
43:23le diponche !
43:24Chirac Balladur,
43:26deux salles,
43:27deux ambiances,
43:29assurément
43:29deux manières
43:30de faire campagne.
43:33Merci de votre accueil,
43:35c'est très émouvant
43:36et un très bel accueil.
43:37Vive Chirac !
43:40Je m'en favec !
43:41Je m'en favec !
43:42Je m'en favec !
43:44Un contraste
43:45qui n'a peut-être
43:45pas été étranger
43:46au croisement
43:48des courbes
43:48de popularité
43:49à quelques semaines
43:50du scrutin.
43:51Président !
43:52Chirac !
43:56La méthode Chirac
43:57a payé,
43:58il revient de loin.
44:00Même si,
44:01une fois encore,
44:02les résultats
44:03sont mitigés
44:04en Outre-mer.
44:05Contre toute attente
44:06et en dépit
44:07de l'abattage
44:08de Michaud-Chevry
44:09et d'autres,
44:10les Antilles,
44:10comme La Réunion,
44:12lui ont préféré
44:13son adversaire
44:14Lionel Jospin.
44:19Le jour
44:20de son investiture,
44:21devant un baladur
44:22sommé
44:23de boire
44:23le calice
44:24de la débâcle
44:24jusqu'à la Lille,
44:27Chirac peut savourer
44:29le plus grand
44:30comeback
44:30de la Ve République.
44:38Et c'est au monde
44:39ultramarin
44:40qu'il va réserver
44:41la première grande
44:43décision
44:43de son septennat
44:44en rompant
44:46avec le moratoire
44:46sur les essais nucléaires
44:48qu'avait instauré
44:49François Mitterrand.
44:51Naturellement,
44:52nous préférerions tous
44:55ne pas avoir
44:56à reprendre
44:57d'essais nucléaires.
45:00Malheureusement,
45:02nous les avons arrêtés
45:03un peu trop tôt,
45:06en avril 92.
45:08Donc,
45:09après
45:09mûre réflexion,
45:12j'ai pris la décision,
45:13parce que je la considérais
45:15nécessaire
45:16aux intérêts supérieurs
45:18de notre nation
45:19d'autoriser
45:21la fin
45:23de cette campagne
45:24d'essai
45:25et cette décision
45:27est naturellement
45:28irrévocable.
45:37en Polynésie,
45:38ça ne passe pas.
45:39Des émeutes
45:40éclatent.
45:41L'aéroport
45:42de Papé-Été
45:42est incendié
45:43et saccagé.
45:45le résultat
45:46de Chirac,
45:47ça.
45:47C'est à faute.
45:48C'est le paradis.
45:50Pourquoi il vient
45:50de faire la bombe
45:51de l'étoile ?
45:51On les dit
45:52en France.
45:52Chirac veut de la violence.
45:54Il va l'avoir.
45:56En plein 50e anniversaire
45:58des bombardements atomiques
45:59d'Hiroshima
46:00et Nagasaki,
46:02la réprobation
46:03est mondiale.
46:04Les produits français
46:06sont boycottés
46:07pendant plusieurs mois.
46:09Mais Chirac
46:10n'en a cure
46:11et balaye d'un revers
46:13de main
46:13les dégâts écologiques.
46:15Avec cette décision
46:17historique,
46:18il rappelle
46:19combien les territoires
46:20ultramarins
46:21doivent servir
46:22les ambitions
46:23stratégiques
46:24de la France.
46:24Les aberrations
46:25d'appel.
46:26Le personnel
46:27rejoint
46:28son lieu
46:28de regroupement.
46:38Il a dans sa main
46:39un atout maître
46:40en la personne
46:42de son vrai
46:43ami de 20 ans.
46:45Gaston Floss.
46:46Je ferai tout
46:47pour aider
46:48Jacques Chirac
46:49à réussir.
46:50Je suis responsable
46:51de la santé
46:52des 220 000
46:53Polynésiens.
46:54J'ai moi-même
46:55une famille,
46:558 enfants,
46:56j'ai 10 petits-enfants.
46:58Écoutez,
46:58imaginez-vous
46:59un moment
46:59que je puisse laisser
47:01cette population
47:02en danger.
47:04Floss garantit l'ordre
47:05et fait passer
47:05la pilule atomique.
47:06en fin tacticien,
47:09il a perçu
47:09tout l'intérêt
47:10qu'il pouvait tirer
47:11de cette ultime
47:12campagne
47:12de 6 tirs
47:13souterrains
47:13avant l'arrêt
47:15complet et définitif
47:16des essais nucléaires.
47:18Essayons donc
47:19à partir de là
47:21de retirer
47:23pour le territoire
47:24un maximum
47:25davantage
47:26pour l'avenir.
47:27Pour la Polynésie,
47:29c'est le jackpot.
47:31L'État lui accorde
47:32une compensation financière
47:33de 150 millions
47:35d'euros par an
47:36en reconnaissance
47:37de sa dette nucléaire.
47:39Une rente
47:40bientôt sanctuarisée
47:41sans limitation
47:42dans le temps
47:43et à l'usage
47:44discrétionnaire
47:46de celui
47:46qui a aussi négocié
47:48un nouveau changement
47:48de statut
47:49vers encore plus
47:51d'autonomie
47:51pour la Polynésie.
47:56Bingo.
47:58La reprise des essais
48:00a fait basculer
48:01la vie de Papa Flos
48:02comme on le surnomme.
48:05L'homme
48:05qui s'exprime
48:06toujours mieux
48:07en thaïtien
48:07qu'en français
48:09détient
48:09tous les leviers
48:11d'un pouvoir absolu.
48:14Gaston Ier
48:15va régner
48:16sur les cinq
48:16archipels polynésiens
48:18tel un potentat
48:20de république bananière.
48:24Flos
48:25à la folie
48:25des grandeurs
48:26il s'est perdue
48:27pour payer un palais
48:28présidentiel
48:29à ses démesures.
48:32...
48:41En point d'orgue
48:42de son règne
48:43il régale
48:4413 000 convives
48:45d'une grande messe
48:46fastueuse
48:47pour la visite
48:48en 2003
48:49de celui
48:50qui est aussi
48:50le parrain
48:51d'un de ses fils
48:52également prénommé
48:53Jacques.
49:01Toujours aux frais
49:02du contribuable
49:03Flos
49:04a même acheté
49:05un atoll
49:05proche de Bora Bora
49:06pour abriter
49:07ses week-ends
49:08et accueillir
49:09les ministres
49:10de passage.
49:12L'endroit
49:12est si luxueusement
49:13aménagé
49:14que Claude Chirac
49:16par crainte
49:16du scandale
49:17interdira
49:18à son père
49:19de s'y rendre.
49:23Flos roule
49:23sur l'or
49:25mais à la fin
49:26de son règne
49:26en 2004
49:27un quart
49:28de la population
49:29vit encore
49:30sous le seuil
49:30de pauvreté
49:32et l'espérance
49:33de vie
49:33était de 10 ans
49:34inférieure
49:35à la moyenne nationale.
49:37Il y a aussi
49:38l'héritage
49:39empoisonné
49:39des essais nucléaires
49:40dont l'impact
49:41sur la santé
49:42des Polynésiens
49:43peut se manifester
49:45des dizaines
49:45d'années plus tard
49:48mais pour garder
49:49la Polynésie
49:50sous sa coupe
49:50Paris ferme
49:52les yeux.
49:53Chirac a l'amour
49:55sincère
49:55pour le monde
49:56ultramarin
49:57mais la réelle
49:59politique
49:59l'emporte
50:00sur toute autre
50:02considération.
50:11Est-ce là
50:12la source
50:13du paradoxe
50:13Chirac
50:14fruit
50:15de ses propres
50:16contradictions ?
50:18L'homme
50:18est aimé
50:19pour sa bonhomie
50:20son humanité
50:21et son respect
50:22des cultures locales
50:23mais dans les urnes
50:25c'est une autre histoire.
50:27Il reste
50:28en grande mesure
50:29associé
50:30à la seule image
50:31d'une droite
50:32conservatrice
50:33et paternaliste
50:34que les lecteurs
50:35ultramarins
50:36sanctionnent
50:37pour n'avoir
50:38pas plus que les autres
50:39su résoudre
50:40les problèmes
50:41structurels
50:42qui minent
50:43l'outre-mer.
50:44vie chère
50:45chômage de masse
50:47dépendance
50:48organisée
50:49à l'hexagone
50:50et ce sentiment
50:52persistant
50:52d'être des français
50:54de seconde zone.
51:01Monsieur le Président
51:02comme d'habitude
51:02on vous accuse
51:03de démagogie
51:04après votre séjour
51:04dans les dom-toms
51:05Quoi ?
51:06Ben oui
51:07vous avez encore
51:07promis n'importe quoi
51:08pour faire le malin
51:09Qu'est-ce que vous racontez ?
51:10J'adore les îles
51:11Arrêtez
51:17Quand je m'énerve
51:18je parle ma langue natale
51:19Votre quoi ?
51:21Ma langue natale
51:22le créole
51:27Arrêtez
51:27vous êtes né en Corrèze
51:31Je suis né dans les îles
51:32d'abord
51:33Moi garçon des îles
51:34enfin
51:34c'est n'importe quoi
51:36Les gens ne le savent pas
51:37d'avant
51:38mais jusqu'à l'âge
51:38de 15 ans
51:39j'étais noir
51:40Hein ?
51:41Ben oui
51:42Seulement en arrivant en France
51:43je me suis plié
51:44aux coutumes de la métropole
51:45j'ai blanchi
51:46Vous espérez vraiment
51:47qu'on va avaler ça
51:48que vous êtes noir ?
51:49Ben franchement oui
51:50Les français ont déjà
51:52gobé la fracture sociale
51:53Ils ont avalé
51:54que j'étais écolo
51:55que je m'intéressais
51:56à internet
51:57et il y en a même
51:58qui croient
51:59que je suis président
52:01Bien
52:03Alors on me dit
52:04qu'il y a un petit problème
52:05Mise en examen
52:07de Jacques Chirac
52:08pour détournement de fond
52:09Lucette Michaud-Chevry
52:10actuel sénateur de Guadeloupe
52:11Elle était mise en examen
52:13pour escroquerie
52:14Première nuit en prison
52:15pour Gaston Floss
52:16Le sénateur a été placé
52:18en détention provisoire
52:19à Tahiti
52:19Tant à la Martinique
52:20un autre proche
52:21de Jacques Chirac
52:22est lui aussi
52:22en détention provisoire
52:23Léon Bertrand
52:25ancien ministre du tourisme
52:26L'élu Guyanais
52:27est mis en examen
52:28pour favoritisme
52:29Abus de confiance
52:31Pau de vin
52:32Marché truqué
52:33Détournement de fond
52:35Les mots-clés des affaires
52:37envahissent les gazettes
52:38à compter de la fin
52:40des années 1990
52:42Jacques Chirac
52:43est cerné
52:44par les accusations
52:45liées au financement
52:47illégal du RPR
52:49Dossier des HLM de Paris
52:50des lycées d'Ile-de-France
52:52la fameuse cassette mairie
52:55les emplois fictifs
52:57ou les frais de bouche
52:58à l'hôtel de ville
53:02Je suis indigné
53:04Aujourd'hui on rapporte
53:05une histoire
53:06abracadabrantesque
53:09A Tahiti
53:10le dévoiement
53:11des valeurs républicaines
53:12par Gaston Flos
53:14ne s'est pas arrêté
53:15à son enrichissement personnel
53:16Il a créé
53:18une garde prétorienne
53:19à sa solde
53:21aux fins d'espionnage
53:22de manipulation
53:24et d'intimidation
53:25des rivaux politiques
53:27Des gros bras
53:29de cette milice privée
53:30sont suspectés
53:32d'avoir torturé
53:33et assassiné
53:34un journaliste
53:35d'investigation locale
53:36Jean-Pascal Courreau
53:40JPK
53:41documentait et dénoncé
53:43le système Flos
53:44depuis des années
53:4730 ans après sa disparition
53:48son corps
53:50n'a jamais été retrouvé
53:51et la justice
53:53n'est toujours pas passée
53:59Flos
54:00Michaud-Chevry
54:01Bertrand
54:02tous ont joui
54:03d'une incroyable impunité
54:05grâce aux parapluies
54:07que leur a offert
54:08leur mentor
54:08et des magistrats
54:10pront à ralentir
54:11voire enterrer
54:12les enquêtes
54:18comme si le système
54:20RPR
54:21avait prospéré
54:22hors l'hexagone
54:23comme si le modèle
54:25mis en place
54:26par Chirac
54:26à la mairie de Paris
54:27avec ses mallettes
54:29d'argent occulte
54:30et l'impunité
54:31pour valeur cardinale
54:32avait été transposée
54:34sous les tropiques
54:36après avoir été protégé
54:38par l'armure juridique
54:39de l'immunité présidentielle
54:41Chirac
54:42sera en 2011
54:44le premier président
54:45de la 5ème république
54:46à être condamné
54:48par la justice française
54:50le monde ultramarin
54:52attendra la fin
54:53de son mandat
54:54pour que les langues
54:55se dénouent
54:56et que certaines
54:57condamnations tombent
54:58enfin
55:01autant d'épilogues judiciaires
55:03qui ternissent
55:04une relation unique
55:05et toxique
55:06entre l'outre-mer
55:08et ce président
55:08qui à son crépuscule
55:11politique
55:11n'aura de cesse
55:12de vouloir en contrepoint
55:14témoigner de son attachement
55:16charnel
55:17à ses peuples
55:18du bout du monde
55:25la grandeur
55:26d'un pays
55:27c'est d'assumer
55:29d'assumer
55:30toute son histoire
55:31avec ses pages glorieuses
55:34mais aussi
55:36avec sa part d'ombre
55:39avec ces mots
55:40Jacques Chirac
55:41pointe une souillure
55:42de l'histoire de France
55:43il est le premier président
55:45à commémorer
55:47l'abolition
55:47de l'esclavage
55:48désormais
55:49célébré chaque année
55:50le 10 mai
55:52ce jour-là
55:53c'est l'humaniste
55:55qui rassemble
55:55et qui parle
55:57au-delà de son camp
55:58c'est l'homme politique
55:59souvent moqué
56:01pour son inconstance
56:02voire la vacuité
56:04de ses idées
56:04qui se campent
56:05sur des repères essentiels
56:07forgés de longue date
56:10à l'heure des bilans
56:12quand la nostalgie s'installe
56:14Chirac veut sans doute
56:15signer un dernier acte
56:16pour laisser une trace
56:18comme avec ce musée parisien
56:20du Quai Branly
56:21qu'il inaugure
56:22à la fin de son septennat
56:25sans doute
56:26l'amateur des arts premiers
56:27le contempteur
56:28du choc des civilisations
56:30tient-il absolument
56:31à célébrer le dialogue
56:32entre les cultures
56:34dans cette manière
56:35d'embrasser le monde
56:36dans toutes ses dimensions
56:37sans hiérarchie
56:40comment ne pas y voir aussi
56:41l'amour sincère
56:43qu'il porte aux populations
56:44d'outre-mer
56:45bien évidemment
56:47il n'oublie pas
56:48de les saluer
56:49dans son ultime message
56:50présidentiel aux français
56:54mes chers compatriotes
56:55de métropole
56:57d'outre-mer
56:58de l'étranger
57:00ce soir
57:01c'est avec au coeur
57:03l'amour
57:05un dernier discours
57:06restez dans les mémoires
57:08pour une dernière exhortation
57:10ne composez jamais
57:12avec l'extrémisme
57:14le racisme
57:15l'antisémitisme
57:17ou le rejet
57:17de l'autre
57:19dans notre histoire
57:21l'extrémisme
57:22a déjà failli
57:23nous conduire
57:24à l'abîme
57:25c'est un poison
57:27il divise
57:29il pervertit
57:30il détruit
57:31tout
57:32dans l'âme
57:33de la France
57:34dit non
57:35à l'extrémisme
57:40ce soir-là
57:41l'homme
57:42jamais avare
57:43d'ambiguïté
57:44qui savait
57:45si bien user
57:46du clair-obscur
57:46nous laissait
57:48en héritage
57:48d'une voix
57:49ferme et limpide
57:51des mots
57:51qui 20 ans plus tard
57:53gardent
57:54tout leur relief
57:54à l'extrémisme
58:44sur France Télé