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Télématin reçoit Bruno Jeudy, journaliste politique et directeur délégué de la Tribune Dimanche.

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00:007h10, trois questions pour comprendre les enjeux politiques de la nouvelle journée de mobilisation prévue aujourd'hui.
00:06Bonjour Bruno Jeudy, vous êtes journaliste, directeur délégué de la Tribune Dimanche,
00:10fin analyste de notre vie politique depuis longtemps maintenant.
00:14Première question, Emmanuel Macron semble depuis plusieurs jours vouloir reprendre la main
00:18dans cette séquence de mobilisation qui s'éternise.
00:20Première question pour comprendre, est-ce qu'il a sous-estimé l'ampleur de la crise
00:24et surtout est-ce qu'il a encore quelque chose à perdre Emmanuel Macron ?
00:27Oui, il a sous-estimé l'ampleur de la crise, il le reconnaît lui-même.
00:30Il l'a dit d'ailleurs lors de son déplacement à Marseille, au maire de Marseille,
00:34que le 17 octobre, les services n'ont pas vu la masse des manifestants,
00:38ils n'ont pas vu non plus la présence en grand nombre de casseurs, de pilleurs.
00:43On a évoqué le chiffre de 10 000 sur l'ensemble de la France, 5 000 rien qu'à Paris.
00:49Et évidemment, il voulait le 24 octobre que ça se passe bien,
00:52c'est lui qui personnellement a assumé le changement de parcours de la manifestation.
00:56Vous savez que le parcours a été changé à Paris,
00:59ils ont manifesté sur les boulevards extérieurs, ce qu'on appelle.
01:01Mais même à Orléans, on l'a moins dit,
01:03le parcours avait été également repoussé du centre-ville vers l'extérieur
01:08pour justement protéger notamment les commerçants.
01:11Et il y avait encore un sujet aujourd'hui concernant ce parcours,
01:14ça c'est l'information de la matinée.
01:15Le Conseil d'État a annulé la décision du tribunal administratif de Paris.
01:19Le parcours bastination est donc interdit.
01:22Est-ce que ça c'est une petite victoire pour la préfecture de police
01:24et pour Emmanuel Macron ?
01:27En tous les cas, Emmanuel Macron voulait que ça se passe comme ça.
01:30C'est lui qui a poussé son ministre de l'Intérieur
01:32à sortir les manifestants des centres-villes
01:35pour protéger les commerçants.
01:37Vous savez, le président et cet exécutif,
01:39il est pris entre deux mots.
01:40Celui de respecter la liberté de manifester,
01:43qui est un droit inaliénable,
01:45et puis celui, le droit aussi,
01:46de protéger, enfin, assurer la protection
01:48des biens et des personnes,
01:50et notamment des commerçants,
01:51durement éprouvés le 17 octobre,
01:53et qui voient les samedis se succéder,
01:56et maintenant la perspective aussi
01:57de perdre du chiffre d'affaires
01:59et pour certains, perdre leur outil de travail
02:02si jamais il y avait à nouveau de la casse
02:04dans des manifestations à Paris ou en province.
02:07Le président de la République a appelé
02:08à la reprise des cours, à la rentrée,
02:10dès ce lundi et dans le calme.
02:12Est-ce qu'il est encore audible aujourd'hui ?
02:14Audible, je crois que c'est très difficile pour lui.
02:16Vous savez, il est à 15-16% de bonnes opinions.
02:20C'est un pouvoir finissant,
02:22un président qui va partir le 13 mai de l'Élysée.
02:27Mais ce qu'il dit en privé,
02:29c'est que d'abord, il a reçu les lycéens.
02:31Il n'a pas attendu le retour des vacances.
02:33Il l'a fait pendant les vacances scolaires,
02:35preuve de l'urgence.
02:36Deux, il a dit aux lycéens
02:38que toutes les questions posées étaient légitimes.
02:41Et il a poussé son Premier ministre
02:42à son gouvernement à renouer le dialogue.
02:45Ce qu'ils ont fait sans tarder,
02:47son expression, c'est
02:48« Et maintenant, moi, je dois essayer de réduire les colères. »
02:51Ce qu'il essaie de faire,
02:52évidemment, c'est très compliqué.
02:54Ça ne fait pas beaucoup d'illusions.
02:55Et surtout, ce qui l'a surpris
02:57quand il a reçu les lycéens,
02:58c'est que devant lui,
02:59il y a eu des personnes qui lui ont dit
03:02« Mais M. le Président,
03:03on veut faire quelque chose avec vous maintenant
03:05parce qu'après, on sait que ce ne sera pas possible. »
03:07Et donc, il y a comme une sorte d'intériorisation
03:09de la victoire du RN par une partie des lycéens,
03:13mais aussi par une partie des gens
03:14qui manifestent contre le pouvoir d'achat.
03:18Justement, c'est notre deuxième question
03:19pour comprendre dans la perspective de 2027.
03:22Deux partis semblent être en mesure
03:23de profiter de cette séquence.
03:25Et je mets beaucoup de guillemets autour de profiter
03:27parce qu'on parle du malheur des gens.
03:28Le Rassemblement National, Marine Le Pen
03:30et la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
03:33Deuxième question pour comprendre.
03:34La présidentielle de 2027 se joue-t-elle ?
03:36Dès maintenant et dans la rue.
03:38C'est la grande surprise.
03:39Peut-être qu'elle se joue dans la rue,
03:40cette présidentielle.
03:41Parce que c'est vrai que, normalement,
03:43il n'y a pas de mouvements sociaux comme ça,
03:44d'une telle puissance,
03:46six mois avant une présidence.
03:47C'est une première.
03:48Et là, oui, c'est une première
03:49puisqu'on n'a pas connu ce type de situation.
03:51Elle est déroutante.
03:52J'allais dire, elle est déroutante pour les politiques.
03:54Elle est déroutante pour les candidats.
03:56Et puis, c'est les Français
03:57qui, finalement, n'attendent pas la présidentielle.
03:59Une partie d'entre eux,
04:00c'est peut-être le cas de ceux qui descendent,
04:01se disent, de toute façon,
04:03Marine Le Pen va gagner.
04:05Donc, il faut obtenir des choses maintenant.
04:07Il y a aussi une partie de la gauche
04:09qui, peut-être, a déjà intériorisé
04:10une forme de défaite.
04:12En tous les cas, ce qui est certain,
04:13c'est qu'il y a une sorte d'étau
04:15qui est en place d'un côté Marine Le Pen
04:17qui profite, entre guillemets,
04:19de ce mouvement et de ces images de casques
04:22qui ont profondément marqué les Français.
04:24Est-ce que, justement, le RN est devenu
04:26le réceptacle naturel évident des colères ?
04:30Parce qu'on le voit,
04:30elle progresse avec cette mobilisation.
04:32Il l'était déjà avant.
04:34Il l'est pendant.
04:35Et peut-être qu'il le sera dans les urnes
04:38au mois d'avril et au mois de mai.
04:40On verra ce qu'il en est.
04:41Ce qui est certain,
04:42c'est qu'elle fait la course loin devant
04:43dans les sondages.
04:45Mais Jean-Luc Mélenchon profite aussi
04:46de cette colère moindre,
04:49de manière moindre.
04:50Mais il en profite aussi.
04:51On le voit, il a progressé.
04:51Il est maintenant installé
04:52à la deuxième place dans les sondages.
04:54Ça vaut ce que ça vaut,
04:55mais c'est un indicateur.
04:56Alors que les candidats dits du bloc central
04:59ou de la droite et du centre,
05:03ils sont en recul.
05:04Ils sont plutôt dans le doute.
05:06Et on voit bien qu'ils sont assez inaudibles.
05:08Il y a une espèce de polarisation
05:10d'un étau des extrêmes
05:13qui est assez terrible pour les Français.
05:16Parce que c'est comme s'il n'y avait plus d'autre
05:18façon de se faire entendre
05:19que d'être dans les colères.
05:21Soit les colères contre les manifestants,
05:23soit les colères des manifestants
05:24avec un pouvoir très faible
05:26qui essaie de desserrer cet étau.
05:29Ce n'est pas terminé.
05:30Aujourd'hui, 5 novembre,
05:32peut-être le 7.
05:35C'est une séquence qui s'annonce longue.
05:36La situation est assez éprouvante.
05:38Et on va y venir.
05:39Ce sera notre troisième question
05:40pour comprendre,
05:41pour exister pour ceux qui sont
05:42entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
05:45Juste avant, j'aimerais vous entendre
05:46sur l'ultra-gauche.
05:47Dans beaucoup de discours,
05:49l'effet de violence, de cassage, de pillage
05:50sont attribués à l'ultra-gauche,
05:52créant un lien plus ou moins net
05:54avec la France insoumise.
05:55Est-ce que ce lien existe vraiment d'abord ?
05:59Et qu'est-ce que l'ultra-gauche ?
06:00L'ultra-gauche, c'est un nébuleux
06:04qui existe depuis déjà des années,
06:06qui s'est fondé dans la violence
06:08et dans la radicalité.
06:10Mais la radicalité,
06:12dans une forme de nihilisme politique,
06:16ce n'est pas forcément beaucoup
06:18en termes de nombre.
06:19mais ils viennent perturber les manifestations.
06:23On le sait, depuis 2016,
06:24on date cette présence de l'ultra-gauche
06:26en masse dans les manifestations.
06:29Depuis 2016, c'était les manifs
06:30contre la loi, les lois du travail,
06:32la loi dite El Khomri.
06:33Et puis après, on les a revues
06:35Nuit debout,
06:36on les a revues à Sainte-Sauline,
06:38on les a revues à Notre-Dame-des-Landes.
06:40Quel est le lien avec LFI ?
06:42Je crois qu'il n'y a pas véritablement de lien.
06:45On attribue beaucoup ces manifestations
06:47et les filles qui, sans doute,
06:48est une inspiratrice de cette colère.
06:52Mais ce sont deux canaux de colère
06:57qui se rejoignent par moments.
06:59Il y a forcément des liens.
07:01Il y a aussi des mouvements d'extrême-gauche
07:03qui sont proches de l'ultra-gauche.
07:05Le NPA, par exemple,
07:06qui peut un peu faire le pont entre les deux.
07:08On est plutôt face à, j'allais dire,
07:11l'ultra-gauche, l'extrême-gauche,
07:12la gauche radicale,
07:16plus les casseurs d'opportunités,
07:18comme les appelle Laurent Nunez,
07:20qui se sont fondus dans le cortège,
07:23en fin de cortège,
07:24ou en début de cortège, d'ailleurs,
07:25le 17 octobre.
07:26Bruno, jeudi, entre LFI et le RN,
07:28il y a un espace politique
07:29où les candidats sont plutôt discrets.
07:32Je pense à Édouard Philippe,
07:33à Raphaël Glucksmann,
07:34qui apparaissent en retrait
07:35depuis le début de cette mobilisation.
07:37C'est le cas pour beaucoup d'autres.
07:38Troisième question, pour comprendre,
07:40comment se faire entendre
07:40pour ces candidats-là
07:42lorsque la tendance est à la radicalité ?
07:44Alors, pour ces candidats-là,
07:45d'abord, il y a un espace.
07:48Il est moins bruyant,
07:50donc on l'entend moins,
07:51mais il y a un espace.
07:52Aujourd'hui, pour ceux qui ont été
07:55membres de gouvernement d'Emmanuel Macron,
07:56c'est difficile,
07:57parce qu'évidemment,
07:58il y a une telle colère.
07:59Donc, c'est difficile pour Édouard Philippe,
08:01c'est difficile surtout pour Gabriel Attal.
08:03Dans une certaine manière,
08:05pour Bruno Rotaillot,
08:06même s'il explique qu'il a été ministre
08:08que quelques mois,
08:10c'est difficile.
08:11Mais en même temps,
08:12leur problème à eux,
08:13c'est que surtout,
08:14ils sont divisés.
08:15Et donc, la division de cet espace
08:17leur donne peu de chances
08:19d'être au second tour.
08:20Maintenant, il reste quand même
08:21encore quelques semaines,
08:22voire quelques mois
08:24pour qu'ils trouvent une solution.
08:25D'où les appels à la primaire.
08:27Je ne suis pas sûr
08:28qu'elle ait lieu.
08:30De Gabriel Attal.
08:30Oui, de Gabriel Attal.
08:32Mais il y aura peut-être
08:33une forme de responsabilisation
08:35qui va se décanter
08:38peut-être en décembre
08:40ou en janvier.
08:41Ce qui est certain,
08:42c'est que ce camp-là,
08:43aujourd'hui,
08:43est à la peine.
08:44Mais vous savez,
08:46c'est le président de la République
08:48qui dit souvent,
08:49dans la longue histoire
08:50des présidentielles,
08:52les Français achètent rarement
08:53le président d'octobre.
08:54J'ai vérifié.
08:56Sur les huit dernières présidentielles,
08:58c'est vrai une fois sur deux.
08:59Merci Bruno Jeudy
09:00pour cet éclairage
09:01et au plaisir de vous lire
09:02dans la tribune dimanche.

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