00:02Bonjour à tous, bienvenue dans les cas de vérité. Mon invité aujourd'hui est Sophie Binet, secrétaire générale de la
00:06CGT.
00:07Bonjour Sophie Binet, à l'aube d'une semaine qui s'annonce cruciale sur le front social.
00:11Ça commence par un premier test, les lycéens et les étudiants reprendrent-ils le chemin des cours ce matin ?
00:15Il y a déjà des blocages un petit peu partout à Paris, à Lille, à Toulouse.
00:19Vous-même, vous avez suivi ce qui s'est passé ces derniers jours autour des étudiants et des lycéens
00:23avec le gouvernement qui annonce par exemple revoir Parcoursup, limiter 28 élèves par classe par exemple.
00:30Considérez-vous qu'il y a des avancées là ?
00:32C'est une décision qui appartient aux lycéens et aux étudiants.
00:36Je pense qu'ils demandent une seule chose, pouvoir étudier dans de bonnes conditions.
00:40Le gouvernement a fait de premières annonces, il commence à reculer sur un certain nombre de dispositions,
00:45notamment Parcoursup, mais ce que disent les lycéens et les étudiants, c'est que le compte n'y est pas
00:50et qu'ils attendent des annonces beaucoup plus claires.
00:53Repousser la fin de Parcoursup à 2028 quand ce gouvernement ne sera plus là,
00:57très clairement l'engagement n'est pas sérieux.
00:59Il faut que ça soit dès 2027 et surtout que le gouvernement s'engage très clairement
01:03à dire qu'il met fin à toute sélection à l'entrée de l'université.
01:07Alors vous retrouverez probablement les lycéens et les étudiants à vos côtés dans la rue.
01:10Jeudi prochain, 5 novembre, tous les syndicats appellent à une grosse journée de mobilisation,
01:14de grève aussi autour du pouvoir d'achat, notamment de la défense des services publics.
01:18Est-ce que vous vous attendez à une grosse mobilisation ?
01:20Oui, c'est l'objectif. Le 5 novembre prochain, ça doit être une grande journée de convergence.
01:25Ça veut dire quoi ? Parce que les dernières grosses mobilisations où tous les syndicats étaient réunis,
01:28c'était par exemple les retraites en 2023, il y avait plus de 2 millions de personnes
01:31revendiquées par les syndicats dans les rues. Est-ce qu'on en sera là ?
01:34Ça, c'est les salariés qui le décideront. Ce qui est sûr, c'est que la mobilisation contre la réforme
01:37des retraites,
01:38c'était un niveau exceptionnel dans notre histoire sociale.
01:40Donc qui dit exceptionnel dit qu'on n'y arrive pas forcément tous les jours.
01:43Pour l'instant, tous les indicateurs sont au vert sur la réussite du 5 novembre.
01:47Ça sera une grande journée de convergence avec les salariés du privé qui seront présents,
01:52les fonctionnaires, les retraités, les jeunes.
01:54C'est l'ensemble des organisations syndicales qui appellent.
01:56Notre objectif est clair. Nous voulons deux choses.
01:59Un, des augmentations de salaire partout.
02:01Ça veut dire augmentation du SMIC immédiate de 10%, pas des clopinettes comme ce que nous propose le gouvernement.
02:07Augmentation du SMIC de 10%, augmentation du point d'indice des fonctionnaires
02:11qui sont très maltraités depuis 10 ans.
02:13Et puis nous voulons une révision du projet de budget du gouvernement
02:16qui en l'état est catastrophique pour le pays.
02:18Alors quand vous dites augmentation du SMIC, le ministre du Travail dit
02:21attention, si on augmente le SMIC tout de suite de 10% comme vous le réclamez,
02:24ça fera 250 000 emplois qui sont menacés.
02:27Vous ne croyez pas à ces chiffres ?
02:28Non, là aujourd'hui ce que nous constatons...
02:30C'est tant ces chiffres ?
02:31C'est très discutable.
02:32C'est très discutable.
02:33Ce que nous constatons, c'est que les licenciements s'enchaînent
02:36et que notre pays est en récession.
02:38Le PIB a reculé sur le troisième trimestre.
02:41Le ministre de l'économie le dit ?
02:42Oui, tout à fait.
02:43Il dit le pays est à l'arrêt.
02:44Ça vous inquiète ?
02:45Mais bien sûr, ça fait deux ans que la CGT tire la sonnette d'alarme.
02:49Pourquoi est-ce que le pays est à l'arrêt ?
02:50À cause de la politique de l'offre d'Emmanuel Macron
02:52qui a déversé des milliards sur les multinationales et les milliardaires
02:56mais qui a appauvri les travailleurs et les travailleuses.
02:59Pourquoi est-ce que les entreprises sont en difficulté ?
03:00Parce que les salariés ne peuvent plus consommer,
03:02ne peuvent plus bien se nourrir, ne peuvent plus partir en vacances,
03:05avoir des loisirs, augmenter les salaires.
03:07Au contraire, c'est relancer l'économie.
03:09De ce point de vue, vous êtes aussi inquiète que le ministre du Travail ou de l'économie ?
03:14Oui, sauf que justement, pour régler le problème,
03:17il faut changer de politique, ne pas faire une politique de l'offre
03:20qui nous coûte un pognon de dingue et qui sacrifie nos emplois
03:23et les travailleurs et travailleuses, mais faire une politique de la demande,
03:26augmenter les salaires pour augmenter la consommation.
03:28C'est ce qu'a fait l'Espagne, dont la croissance se porte très bien
03:31et la dette a diminué.
03:32Revenons à la journée d'action le jeudi prochain.
03:33Quel parcours de manifestation vous allez demander à Paris ?
03:37D'abord, je veux rappeler quand même que Paris, ce n'est pas la France.
03:40Il y aura dans tout le pays plus de 200 manifestations qui seront organisées
03:44et qui sont annoncées sur notre site internet cgt.fr.
03:50Quel parcours à Paris vous allez demander ?
03:51Quel parcours à Paris ?
03:52Nous avons demandé depuis une semaine un parcours simple et classique
03:56entre Bastille et la place de la Concorde.
03:59Nous attendons toujours la réponse de la préfecture.
04:01Je le dis, ce n'est pas sérieux de travailler dans ces conditions-là.
04:04On a besoin d'avoir les parcours à l'avance pour pouvoir les sécuriser,
04:07notamment avec la mairie de Paris.
04:09Et donc, il faut que la préfecture nous réponde.
04:11Vous réponde favorablement, sous-entendu.
04:13Mais ce n'est pas gagné, vous le savez bien.
04:14Vous avez vu, samedi, le parcours a changé.
04:16Oui, sauf que le gouvernement, c'est la première fois, c'est inédit,
04:19qu'on interdise les manifestations dans les centres-villes.
04:22Ce n'est pas possible.
04:22Pourquoi vous tenez tant au centre-ville que ça ?
04:24C'est une manifestation, ça doit pouvoir se voir.
04:26On ne va pas se cacher en allant manifester sur le périphérique quand même.
04:29Donc, les revendications pour le 5 novembre, elles sont très importantes.
04:33Nous voulons des augmentations de salaires partout.
04:35J'appelle tous les salariés à se réunir en Assemblée Générale sur leur lieu de travail
04:39pour décider de la grève et décider de leurs revendications.
04:41Sophie Binet, vous avez dit et redit, notamment dans ce livre,
04:44« Tout est à nous », que vous partiez en bataille contre le Rassemblement National
04:48à six mois de la présidentielle.
04:50Et vous étiez notamment à la manifestation à Arléans
04:52au moment où le RN tenait son meeting.
04:55Sébastien Chenu, en réponse, le lendemain, a dit
04:58« Si Marine Le Pen au tout pouvoir, il n'y aura plus un centime pour la CGT ».
05:02Est-ce que vous prenez cette menace au sérieux ?
05:03Ou est-ce que c'est un effet de manche en campagne électorale ?
05:06Bien sûr que nous la prenons en sérieux.
05:08Ça confirme à quel point ce parti est un danger mortel pour notre démocratie.
05:12Je rappelle au RN que dans une démocratie,
05:16le gouvernement n'a pas le droit de choisir
05:18quels sont les syndicats qui sont subventionnés ou non.
05:21Je rappelle au RN que dans une démocratie,
05:24les syndicats sont indépendants,
05:26que les syndicats ont le droit et même le devoir
05:28de critiquer les décisions des gouvernements
05:31qui sont contraires aux intérêts des travailleurs et des travailleuses.
05:34Donc vous vous dites en fait que le RN ne pourra pas faire sa loi ?
05:38Malheureusement, s'il est élu, il aura des leviers très importants.
05:41C'est pour ça que nous disons qu'il n'y a pas pire danger
05:43pour notre démocratie et pour les travailleurs et les travailleuses
05:46que l'extrême droite,
05:47parce qu'elle empêche les travailleurs et les travailleuses
05:49de s'organiser de façon indépendante.
05:51À propos de travail, une dernière question.
05:52Des commerces ont été cagés.
05:53Beaucoup de commerçants ont dû fermer leur commerce
05:55pendant certaines manifestations tendues.
05:58Des salariés ont été mis en chômage partiel
05:59et le gouvernement voudrait autoriser plus facilement
06:01le travail le dimanche pour récupérer le manque à gagner.
06:04Y êtes-vous favorable ?
06:06Non, je suis très en colère contre le gouvernement
06:08parce que c'est toujours la même chose.
06:10À la fin, c'est toujours les salariés qui payent.
06:13Vous êtes contre l'ouverture des magasins le dimanche,
06:14l'extension en tout cas ?
06:15Mais bien sûr, il y a déjà mille et une façons d'ouvrir le dimanche.
06:19Je rappelle que les salariés qui travaillent dans le secteur du commerce
06:22sont majoritairement des femmes,
06:23sont très largement soumis déjà à des horaires atypiques
06:26le soir et le week-end et sacrifient leur vie de famille.
06:29Et là, aujourd'hui, on leur imposerait en plus de travailler des dimanches.
06:32Je rappelle d'ailleurs que les mesures que le gouvernement a prises
06:35suite aux dégradations du 17 octobre,
06:37elles se tournent exclusivement vers les patrons.
06:39Il n'y a rien pour les salariés.
06:41Les salariés à qui on impose le chômage partiel
06:43perdent 40% de rémunération.
06:45C'est pour ça, s'ils pouvaient se récupérer le dimanche
06:47en travaillant le dimanche, ça pourrait être une solution.
06:48C'est franchement, déjà, on leur impose une perte de 40% de rémunération
06:53et leur imposer en plus de sacrifier leur vie de famille
06:55en travaillant le dimanche, c'est pas sérieux,
06:57c'est honteux de faire ça.
06:58Merci Sophie Binet d'être venue sur le plateau des cas de vérité
07:01aujourd'hui, à la veille ou à quelques jours
07:03d'une grosse journée de manifestation jeudi prochain
07:05où vous disiez que vous attendiez une forte mobilisation.
07:07Merci.
07:07Merci.