- il y a 1 jour
Cécile Ollivier reçoit Youssef Badr, Premier vice-président adjoint du tribunal de Bobigny, il a été porte-parole du ministère de la Justice sous Nicole Belloubet lors du premier quinquennat d'Emmanuel Macron et crée l'association Courte Échelle pour accompagner des étudiants en droit.
Des bancs de l'université à Villetaneuse, en survêtement, aux portes de l'École nationale de la magistrature à Bordeaux, Youssef Badr est un modèle de réussite. Cet hyperanxieux a été confronté aux discriminations et à l'exigence humaine du tribunal de Bobigny. Lorsqu'il devient porte-parole du ministère de la Justice, il prend conscience d'être un modèle inspirant pour d'autres étudiants issus de l'immigration qu'il veut alors aider. Victime d'une vague de harcèlement suis à une décision de justice concernant un média il explique qu'à travers lui, c'est l'institution et la réussite républicaine qui sont attaquées. « J'incarnais tout ce qu'une partie de la classe politique déteste. »
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
Des bancs de l'université à Villetaneuse, en survêtement, aux portes de l'École nationale de la magistrature à Bordeaux, Youssef Badr est un modèle de réussite. Cet hyperanxieux a été confronté aux discriminations et à l'exigence humaine du tribunal de Bobigny. Lorsqu'il devient porte-parole du ministère de la Justice, il prend conscience d'être un modèle inspirant pour d'autres étudiants issus de l'immigration qu'il veut alors aider. Victime d'une vague de harcèlement suis à une décision de justice concernant un média il explique qu'à travers lui, c'est l'institution et la réussite républicaine qui sont attaquées. « J'incarnais tout ce qu'une partie de la classe politique déteste. »
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
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00:03Musique
00:18Bonjour Youssef Badr, merci d'embarquer avec nous, bienvenue à bord.
00:23Vous êtes magistrat depuis 18 ans, vous êtes premier vice-président adjoint au tribunal de Bobigny en Seine-Saint-Denis.
00:32Vous êtes aussi passé par la section anti-criminalité organisée à Paris, vous avez été porte-parole du ministère de
00:39la Justice.
00:40Et vous avez aussi fondé une association qui s'appelle la Courte-Echelle, qui aide les étudiants en droit d
00:47'origine modeste à devenir magistrat.
00:49Et d'ailleurs, pour ça, vous avez été décoré chevalier de l'ordre national du mérite.
00:54Donc, beau parcours.
00:55Et pourtant, à l'origine, vous avez dû un peu sauter dans le train.
01:01Vous dites que vous êtes arrivé là par accident.
01:04Oui, je suis arrivé par accident parce que je pense que quelqu'un qui, et encore plus aujourd'hui d
01:12'ailleurs, je pense,
01:12quelqu'un qui a mon nom, mon prénom et mes origines n'a pas du tout vocation au départ à
01:19intégrer ou à réussir un concours aussi sélectif
01:22que celui de l'entrée à l'École nationale de la magistrature.
01:26C'est une évidence.
01:28Je suis toujours étonné de constater, quand je discute avec les centaines, il ne faut pas dire les milliers d
01:33'étudiants chaque année,
01:34que l'association accompagne, je suis toujours étonné de voir en stage des jeunes qui ont des idées arrêtées sur
01:42leur projet
01:43et qui me disent, moi, c'est la magistrature, ils sont en première année ou même parfois quand je vais
01:46dans des lycées,
01:48certains établissements scolaires.
01:50Moi, si vous voulez, en fin de quatrième année de droit, je n'avais aucune idée de ce que je
01:54voulais faire.
01:55C'est vraiment un professeur, comme il y en a un peu partout en France,
02:01ces professeurs un peu géniaux qui sortent du lot et qui vous disent, tiens, toi, qui es bon en droit,
02:08tu t'exprimes bien et tout,
02:09est-ce que ça ne t'intéresserait pas de passer les concours de la magistrature et d'aller pousser un
02:15peu tes limites,
02:16voir de quoi tu es capable ?
02:18Moi, si tu veux, je peux t'accompagner, donc oui, c'est vraiment par accident.
02:21Vous disiez, ce n'est pas pour moi.
02:22Non, oui, ce n'est pas pour moi parce que, je ne sais pas, il faut vraiment imaginer 20 ans
02:29en arrière.
02:31Moi, je suis allé à l'université en survête.
02:34Je veux dire, ça peut paraître idiot, mais c'est le type que vous allez croiser dans le RER ou
02:38peut-être regarder de travers.
02:39Très, je ne vous imagine pas en survie.
02:40Oui, pourtant, j'adore ça.
02:42Et j'étais franchement, j'allais dans ma fac de banlieue, j'étais à mille lieux d'imaginer en 2004
02:49que trois ans après, j'allais pousser les portes de l'ONM.
02:53Et si on n'en parle pas, en fait, c'est un truc inaccessible.
02:56Ça a été dur pour vous ?
02:57Moi, je suis un hyper anxieux, hyper anxieux, voilà, depuis toujours et je le suis aujourd'hui encore.
03:03Je suis toujours à tout vérifier, dans le boulot, dans la vie en général.
03:06Il va se passer une situation, je vais d'abord penser au négatif avant de penser au positif.
03:10J'ai été élevé comme ça parce que comme mon amant qui est de beaucoup de choses et notamment d
03:13'argent,
03:14du coup, on a grandi un peu dans un climat de tension.
03:17Donc ça, je l'ai gardé.
03:18Parce que votre maman était femme de ménage.
03:20Mon père a travaillé très tard pour être femme de ménage et mon père a été ouvré dans le bâtiment
03:23et on était cinq enfants.
03:25Donc on a eu très peu de choses, mais du coup, ça m'a donné la valeur des choses.
03:28Mais par contre, ça m'a donné un côté anxieux.
03:31Et pourquoi je vous disais ?
03:32Parce que le concours, quand je le passais secrètement, secrètement, je me disais
03:36si je ne l'ai pas, je reste dans ma zone de confort quelque part, vous voyez.
03:40Mais quand je l'ai eu, c'était une immense fierté, une immense fierté,
03:43mais je savais que c'était un saut dans l'inconnu assez dingue.
03:47Et oui, l'ENF, quand je suis arrivé là-bas, oui, je me suis dit, au début, j'étais en
03:50panique
03:51parce que je me disais, est-ce que je vais me faire des amis ?
03:53Alors que j'avais 25 ans, mais est-ce que je vais me faire des amis ?
03:55Est-ce que je vais avoir des affinités avec certains ?
03:58J'avais des camarades qui étaient venus avec leurs parents.
04:01Moi, si vous voulez, c'est ma voisine qui m'a payé mon billet de train pour aller à Bordeaux.
04:04Et donc pendant qu'on faisait des inscriptions administratives,
04:07leurs parents cherchent des appartements.
04:08Donc c'est vrai que moi, je suis arrivé un peu en...
04:12Ouais, un peu solitaire.
04:13Et je me disais, pourvu que je survive, au début, c'était vraiment ça.
04:15Ça, ça peut paraître idiot, mais c'était vraiment ça.
04:17Vous découvrez un autre milieu social aussi ?
04:19Ouais, je découvre un autre milieu social et tout.
04:20Mais vous voyez, dans tout ça, je découvre aussi des gens de la promo au-dessus
04:24et des camarades de promo hyper bienveillants.
04:28C'est marrant parce que c'est ma voisine de bureau aujourd'hui à Bobigny
04:30qui m'avait laissé son appartement.
04:32Elle partait en stage et elle m'avait dit,
04:34viens, si tu veux le visiter, je te passe les clés.
04:37Et je vois avec la Proprio qui était une dame très âgée, hyper gentille.
04:41Et voilà, donc oui, quelque part, j'ai quand même eu bénéficier de bonnes étoiles toujours.
04:45Et vous avez réussi du coup le parcours du combattant.
04:49Vous passez un jour la robe de magistrat.
04:53Mais à ce moment-là, vous dites qu'on vous fait sentir parfois que vous êtes différent.
04:58Concrètement, comment ça s'est passé ?
05:00Ça s'est manifesté dans les deux sens, dans le sens positif et dans le sens négatif.
05:04Il y a des profs qui m'ont encouragé en me disant que,
05:06et notamment une d'ailleurs qui m'a écrit encore cet été,
05:10une prof exceptionnelle et qui me disait, tu sais, il ne faut pas que tu rougisses de l'endroit,
05:14le milieu d'où tu viens et tout.
05:15Je pense que par ton parcours, par les difficultés que tu as rencontrées,
05:19tu ne t'en rends pas compte, mais tu t'en rendras compte plus tard.
05:21Mais tu as souvent 10 ans d'avance sur tes camarades.
05:23Et de l'autre côté, j'avais des profs qui étaient tout saufs bienveillants.
05:26Par exemple, j'étais plus quelqu'un qui avait de la tchatche à l'oral
05:29et qui était très à l'aise plutôt que l'écrit.
05:33Évidemment, il faut être hyper bon à l'écrit pour réussir ce concours.
05:36Mais par exemple, elle me reprenait.
05:38Je voyais bien qu'elle était hyper dure avec moi et elle était beaucoup moins avec d'autres.
05:41Et quand je suis arrivé comme auditeur de justice en stage découverte à Pontoise,
05:45on m'a pris pour un mineur qui était convoqué pour...
05:48Je l'ai dit des tonnes de fois, mais c'est vrai, on m'a pris pour un mineur.
05:51Aujourd'hui, je vais vous dire, je prends des stagiaires aujourd'hui
05:54quand ils sont noirs, par exemple de peau, on les prend pour des prévenus.
05:59Donc on en a rigolé encore avec un stagiaire au printemps dernier.
06:02On en rigolait lui et moi.
06:03Ça vous est arrivé ?
06:04Parce que je lui disais, mais tu te rends compte, 20 ans ont passé
06:06et c'est toujours les mêmes...
06:08Parce qu'en fait, c'est un réflexe.
06:10Je ne sais même pas.
06:10Honnêtement, on m'a souvent reproché le fait de ne pas être capable de mettre des...
06:13Quand je vais, quand je me déplace et tout, on me dit souvent, mais c'est dommage.
06:16Vous ne dites pas qu'il y a un racisme systémique et tout,
06:18parce que ce n'est pas forcément ce que je pense.
06:20Je ne sais même pas si c'est du racisme, sincèrement.
06:22Je ne sais pas si juste ce n'est pas un réflexe qui fait qu'en fait,
06:24on met aujourd'hui les gens dans des cases.
06:26Et en fait, on se dit, lui, dans un tribunal,
06:30s'il est noir ou maghrébin, c'est forcément imprévenu.
06:32Oui, c'est comme ça.
06:34Et alors, en 2017, vous devenez porte-parole du ministère de la Justice.
06:40À l'époque, c'est Nicole Belloubet qui est ministre.
06:42La justice veut communiquer.
06:43Et on vous voit beaucoup à la télévision.
06:46On vous envoie un petit peu au front,
06:48notamment dans les chaînes d'infos en continu.
06:51Vous êtes très médiatisé à ce moment-là.
06:53Comment vous le vivez ? Comment ça se passe ?
06:57Moi, j'étais au parquet de Paris, à la GIRS,
06:59donc à la Juridiction Interagionale Spécialisée,
07:01que j'avais demandé et que j'avais obtenu.
07:03Donc, moi, j'étais parti pour rester là pendant des années,
07:06surtout que j'avais un beau cabinet au parquet
07:08et avec des dossiers hyper intéressants,
07:11qu'en plus, quelques mois auparavant,
07:12avant le gang des barbares,
07:14avant l'enlèvement d'Ilan Halimi,
07:15il y avait tout le volet tentative d'extorsion
07:17de l'époque de Yusuf Oufana qui a été condamné.
07:19Donc, on m'avait confié notamment aussi ce dossier-là,
07:21sur lequel j'étais allé et tout.
07:22Donc, j'étais très content.
07:23Quand on m'a appelé en septembre 2017,
07:26sur le cabinet de Nicole Belloubet,
07:27pour être parfaitement honnête,
07:28je pensais que c'était un collègue
07:30qui me faisait une blague au téléphone, un canular,
07:32parce que quand j'étais au parquet de Paris,
07:34j'étais catalogué comme étant un peu naïf.
07:36Et en fait, souvent, on me piégeait au téléphone.
07:38Il m'est arrivé plein de fois de me faire piéger
07:39à la permanence par des collègues qui étaient...
07:41Vous faisiez des blagues.
07:42Voilà.
07:42Et j'étais sûr que c'était un collègue.
07:43Donc, au départ, j'allais lui dire
07:44« Ah, très drôle ! » et tout.
07:46Et en fait, je ne savais même pas que le poste existait.
07:48Sincèrement, je n'en avais jamais entendu parler.
07:50Et donc, du coup, je vais très vite au cabinet
07:53rencontrer une des conseillères
07:54et le directeur de cabinet.
07:55Je n'ai jamais rencontré Nicole Belloubet à ce moment-là.
07:58Et ils me disent « En fait, on cherche, oui,
08:00quelqu'un qui est capable, en début de quinquennat,
08:02de faire l'interface entre la presse
08:04et les projets du ministère. »
08:06Je t'avoue que c'est très risqué.
08:08Comme moi, je n'avais jamais fait de communication.
08:12Oui, j'aime bien l'expression morale et tout,
08:15mais je n'avais jamais fait.
08:15Donc, j'ai pris deux paramètres.
08:17La première, c'est est-ce que c'était susceptible
08:19de m'apporter quelque chose sur le plan professionnel ?
08:21Je pense que oui.
08:22Et la deuxième, je ne voulais pas m'engager
08:24parce que j'ai toujours pris soin
08:26de mettre ces choses-là à distance,
08:27la politique à distance.
08:28Je ne voulais pas m'engager avec quelqu'un
08:30d'étiqueter politiquement,
08:32de trop étiqueter politiquement.
08:34Nicole Belloubet, c'était une ancienne rectrice
08:36d'université ou d'académie.
08:38Elle n'était pas étiquetée,
08:40elle ne faisait pas partie du CIRA.
08:41D'ailleurs, on ne l'a plus jamais revue
08:43après son passage à l'éducation.
08:45Donc, je me suis dit « Pourquoi pas ? »
08:46Et donc, j'y suis allé.
08:47Pour vous répondre de manière très claire,
08:48j'ai adoré le poste.
08:49Voilà, j'ai adoré le poste.
08:50Mais vous, cette médiatisation,
08:52comment réagissent les gens ?
08:53Comment réagissent les gens ?
08:54En fait, ce qui est particulier,
08:56c'est que du jour au lendemain,
08:57les gens qui me connaissent,
08:58me voient, alors que c'est une profession discrète
09:01la magistrature,
09:02donc les gens vous voient à la télé.
09:04Mais en fait, c'est un poste
09:04qui volontairement voulait être confié à un magistrat
09:07parce que qui mieux qu'un magistrat
09:08peut expliquer le fonctionnement
09:10d'une juridiction,
09:11des difficultés, des projets de loi,
09:12d'impact que ça peut avoir
09:13et puis la direction.
09:14Sur le plan des connaissances,
09:16moi, ça m'a permis de découvrir
09:16l'administration centrale.
09:17C'était génial parce que je ne connaissais pas du tout.
09:19En fait, ce qui est fou,
09:21c'est que c'est à ce moment-là
09:23qu'en fait, sans que je le sache,
09:25l'idée de la courte échelle est née dans ma tête
09:28alors tu dois être sur Twitter,
09:29c'est l'administrat qui me dit ça,
09:30enfin le cabinet,
09:31donc ok, j'y vais,
09:32je crée un compte,
09:33je n'avais pas eu tout ce que c'était.
09:34Je regarde, j'arrive à résister sur Facebook.
09:37Heureusement, je ne suis pas allé.
09:38Je n'ai jamais eu de compte là-dessus.
09:41Et en fait, plein de gens m'écrivent
09:43pour me dire,
09:44mais vous êtes magistrat, vous ?
09:46Je dis oui.
09:47Et les gens me disent,
09:47mais je ne savais pas
09:48qu'on pouvait s'appeler Youssef Badr
09:52et être magistrat en France.
09:53Et je me dis,
09:54mais comment c'est possible ?
09:55En 2017,
09:57c'est sûr que j'avais réussi le concours
09:57dix ans avant moi,
09:58en décembre 2007.
09:59Je me dis,
10:00mais comment c'est possible ?
10:01Et ce n'est pas une ou deux personnes,
10:03c'est des dizaines et des dizaines de messages
10:05par mois d'étudiants
10:07qui me disent,
10:08bonjour, je ne réagise pas,
10:09je ne sais pas si vous me répondrez,
10:10mais dans le...
10:11Est-ce que vous pouvez me dire
10:11comment vous avez fait ?
10:12Mes parents vous ont vu ?
10:14Je ne sais plus sur quelle chaîne et tout.
10:16Ils m'ont dit,
10:16mais regarde, il est juge,
10:18il s'appelle Youssef,
10:19lui, je ne sais pas,
10:19il s'appelait Hakim,
10:20il s'appelait Sarah,
10:21ou d'autres.
10:22Les gens hallucinent quoi.
10:23en 2017.
10:24En 2017,
10:24c'est là où je me dis,
10:25il y a quand même un problème,
10:27il y a quand même un sujet là.
10:28Et quand vous avez quitté
10:29et que les gens ne vous voyaient plus
10:30à la télé,
10:31ils s'étonnaient dans l'autre sens.
10:33En fait,
10:33les gens m'avaient demandé
10:34pourquoi j'étais parti.
10:35Oui.
10:35Quelqu'un, un jour,
10:36m'a demandé une personne dans la rue,
10:39puis une autre personne et tout.
10:40Et je leur dis,
10:41je suis parti parce que ça faisait deux ans,
10:43que le poste était trois ans
10:44et que le deal,
10:46en vrai,
10:47la vraie raison,
10:48c'est que je suis très...
10:51Enfin, comme n'importe qui,
10:52j'imagine, j'imagine,
10:53mais ma famille,
10:55c'est ce qu'il y a de plus important.
10:57Et ma femme a des énormes responsabilités
11:01professionnelles.
11:02Il va de soi que quand on s'engage là-dedans,
11:03c'est forcément un sacrifice
11:04pour l'autre personne.
11:06Et donc du coup,
11:07la première personne à qui j'en ai parlé,
11:08c'est à elle.
11:09Et elle m'avait dit,
11:10vas-y,
11:11parce que si ça t'intéresse,
11:12parce que c'est difficile
11:13de refuser une opportunité comme celle-ci.
11:15Mais elle m'avait dit,
11:16le jour où ça devient trop compliqué et tout,
11:18voilà,
11:18si je te demande de partir,
11:19il faut que tu puisses partir.
11:21Au bout de deux ans,
11:21ça devenait très compliqué.
11:22C'était 7 jours sur 7,
11:2424 heures sur 24.
11:25Voilà,
11:26donc moi j'adorais ça.
11:27Mais pour elle,
11:28c'était compliqué,
11:28donc j'ai demandé à partir.
11:29Et en fait,
11:30les gens m'ont demandé
11:30pourquoi j'étais partie.
11:32Et ils m'ont demandé
11:33si je m'étais fait virer.
11:35Voilà, c'est ça.
11:35Ouais.
11:36Et je lui ai dit,
11:36ben non,
11:36je suis partie
11:37parce qu'en fait,
11:38je voulais partir et tout.
11:39Ils m'ont dit,
11:40mais il fallait rester en fait.
11:41Vous étiez sous les dorures
11:42de la République et tout.
11:43Ben oui,
11:43je lui ai dit,
11:44oui,
11:44je serais bien resté.
11:45Mais d'ailleurs,
11:45la ministre
11:46m'a voulu absolument
11:47que je reste.
11:48Mais je,
11:49voilà,
11:49je pouvais pas,
11:51enfin sur le plan personnel,
11:52je ne pouvais pas rester.
11:53Je suis partie à regret.
11:54Honnêtement,
11:54je suis partie à regret.
11:55J'étais triste de partir.
11:56Mais il le fallait.
11:57Voilà.
11:57Et alors justement,
11:58après les ors,
11:59parquet moulure cheminée
12:01de la place Vendôme,
12:02alors vous faites un petit passage
12:03par l'école nationale
12:05de la magistrature.
12:06Et puis,
12:08vous revenez au tribunal
12:09de Bobigny,
12:10en Seine-Saint-Denis.
12:11Bob,
12:12comme disent les habitués.
12:14Pourquoi ce choix ?
12:16Vendôme,
12:16Bobigny.
12:17Alors pourquoi ce choix ?
12:18Parce que je voulais exercer
12:19des fonctions au siège
12:20et que le...
12:22C'est une discussion
12:23à l'école nationale
12:24de la magistrature
12:24avec l'ancien président.
12:26Voilà,
12:26Pemane Galé-Marsman
12:27que je connais,
12:28c'est bien depuis
12:29le parquet de Paris
12:29et qui m'a dit
12:31est-ce que ça t'intéresserait
12:32de revenir à Bobigny ?
12:33J'ai eu l'édiction
12:33que tu connais
12:34pour être passé au parquet
12:36et il m'a dit
12:36qu'il cherchait
12:37à faire venir
12:38des présidents jeunes
12:40et qui veulent
12:41s'investir au siège.
12:42C'est comme ça
12:43que ça s'est fait.
12:44Je n'ai pas réfléchi
12:44très longtemps,
12:45j'ai dit OK.
12:46Et voilà,
12:47je vous avoue
12:47que s'il ne m'avait pas proposé,
12:48je ne serais pas allé à Bob,
12:49je pense.
12:49Je serais partenu à Bobigny
12:51parce que je connaissais
12:52déjà la juridiction,
12:53je connaissais ses difficultés,
12:54je sais à quel point
12:55elle consomme
12:56et à quel point
12:56elle est très exigeante
12:58avec les gens
12:58qui la servent.
12:59Et voilà, mais...
13:01C'est difficile
13:01d'être juge à Bobigny,
13:03c'est chaotique ?
13:04Je ne sais pas
13:04si c'est chaotique,
13:05c'est difficile
13:06sur le plan psychique,
13:08c'est difficile humainement.
13:09C'est...
13:09Moi, je ne suis pas là
13:10pour me plaindre
13:11ou quoi que ce soit,
13:11mais qu'on ne me dise pas
13:13qu'il n'y a pas
13:13une énorme charge mentale.
13:14La charge mentale,
13:15elle est colossale.
13:16Voilà.
13:16Mais n'importe quel professionnel
13:18au défi de venir
13:19à la 14e chambre
13:20le mercredi après-midi
13:22qui siège de 13h
13:23jusqu'à parfois
13:2423h au minuit
13:24et de voir s'il sort
13:26dans le même état
13:26dans lequel il est rentré.
13:28Voilà.
13:29C'est très dur
13:29parce que ça...
13:30En fait, c'est très difficile
13:31parce que...
13:33Déjà, rendre la justice,
13:34c'est compliqué.
13:35C'est compliqué
13:36parce qu'il ne faut pas se tromper.
13:37C'est compliqué
13:37parce qu'il faut que les gens
13:39la rendent au nom du peuple français
13:40donc il faut que les gens
13:41ils aient confiance en nous
13:42donc il faut déployer
13:43des trésors de pédagogie
13:45pour expliquer les faits,
13:47pour questionner les gens
13:48et pour les juger
13:50comme ils doivent être jugés.
13:52C'est compliqué
13:52parce que vous êtes scrutés
13:53et ça, c'est absolument normal.
13:54Les salles d'audience
13:55sont blindées chaque jour
13:56et c'est très bien.
13:57Et c'est ce que je dis toujours
13:58à mes assesseurs,
13:59je leur dis toujours
13:59posez-vous toujours la question
14:00de comment les gens
14:02le soir,
14:02ils vont rentrer chez eux,
14:03ils vont se dire
14:03est-ce qu'on a été...
14:05est-ce qu'ils sont rassurés
14:06de ce qu'ils ont vu ?
14:06Et ensuite, c'est difficile
14:07parce que quand vous avez
14:09une gamine qui vient devant vous
14:11qui a été prostituée
14:14pendant des années
14:14qui est compliquée
14:15en hôpital psychiatrique
14:17qui se scarifie les bras
14:19dont l'expert psy
14:20vous dit que vous êtes
14:21on ne sait même pas
14:22si dans six mois
14:22elle sera toujours
14:23en état de tenir
14:24et qu'elle ne mettra pas
14:25fin à ses jours et tout
14:26et qu'en face de ça
14:27vous avez des prévenus
14:28qui ont une vingtaine d'années
14:30dont l'avenir
14:31va probablement s'obscurcir
14:33pour les prochaines années
14:33s'ils sont déclarés coupables
14:34et tout
14:35bien sûr, c'est hyper dur
14:36c'est hyper dur
14:37quand vous avez
14:37des femmes seules
14:38parfois handicapées
14:40qui élèvent leurs enfants seules
14:41qui viennent au tribunal
14:42qui on a forcé
14:43parfois en les menaçant
14:45en dégradant leur bien
14:47ou en menaçant leurs enfants
14:48de faire la nourrice
14:49en gardant de l'héroïne
14:50chez eux
14:50sinon
14:51ils font leur bien d'enfer
14:52bien sûr que c'est compliqué
14:53quand vous avez
14:55un type lynché
14:56pour une raison
14:57totalement ubuesque
14:59parce qu'on le soupçonne
15:00d'être une balance
15:01dans le quartier
15:01ou parce qu'on le soupçonne
15:03d'être homosexuel
15:04mais évidemment
15:04que c'est hyper dur
15:05c'est hyper dur
15:06c'est un département
15:07qui est très jeune
15:08qui est très attachant
15:09mais qui est très violent
15:10qui est très violent
15:11et donc du coup
15:12on dit souvent
15:13que les années à Bobigny
15:14comptent double
15:15et en même temps
15:16on dit souvent
15:16il y a un proverbe
15:17qui est purement balbinien
15:19inventé par
15:20des magistrats de Bobigny
15:21repris par des magistrats de Bobigny
15:23et adopté par tout le monde
15:24on dit souvent
15:25on pleure deux fois Bobigny
15:26quand on arrive
15:27et quand on repart
15:27et c'est vrai
15:28on pleure
15:29parce qu'on comprend
15:30la violence du département
15:31dans lequel on a mis les pieds
15:33et à quel point
15:34il va falloir physiquement
15:35être solide
15:36et on pleure quand on part
15:37parce qu'on se rend compte
15:38qu'une parenthèse
15:39de notre vie professionnelle
15:41hors du commun
15:41va se refermer
15:42peut-être ne plus s'ouvrir
15:44et on se dit
15:45on se dit
15:46je serais peut-être
15:47bien resté un peu plus
15:49alors il y a peu de temps
15:50cette étiquette
15:52dont on parlait
15:53au début
15:54vous êtes revenu
15:56un peu
15:56en pleine figure
15:57en fait
15:58le tribunal de Bobigny
15:59a condamné
16:01Eric Trainière
16:02qui est le directeur
16:03du média identitaire frontière
16:04à six mois de prison
16:06avec sursis
16:06et 10 000 euros d'amende
16:07pour doxing
16:09c'est-à-dire
16:10qu'ils avaient divulgué
16:11les coordonnées personnelles
16:12d'avocats spécialisés
16:13en droit des étrangers
16:15c'était une décision collégiale
16:17c'était trois juges
16:18comme d'habitude
16:19qui avaient pris cette décision
16:20mais c'est votre nom
16:22qui a été divulgué
16:23et c'est vous
16:24qui avez été victime
16:26d'une vague
16:27de cyberharcèlement
16:29est-ce que vous pouvez
16:30nous raconter
16:31ce qui s'est passé
16:32ce que vous avez vécu
16:33alors sur le procès
16:34en lui-même
16:35juste sur l'aspect
16:38pratique
16:39sur l'aspect
16:40organisation judiciaire
16:41je vais vous dire
16:41parce que sur le fond
16:42Eric Tegner
16:43qui est d'ailleurs
16:43son droit le plus absolu
16:44interjeté appel
16:45la cour d'appel
16:45tranchera
16:47comme elle le souhaite
16:49juridiquement
16:50dans les prochains mois
16:51je pense
16:52ce que j'ai
16:55difficilement accepté
16:56ce que j'accepte difficilement
16:57ma composition et moi
16:58puisqu'on est trois
16:59encore une fois
16:59et moi je préside
17:00peut-être la chambre
17:01mais les voix
17:02de mes assesseurs
17:03ont la même importance
17:04que la mienne
17:05c'est que
17:06pour un certain nombre
17:08de dossiers
17:10lorsque la durée
17:12dépasse
17:12la durée
17:13d'audience
17:13la durée de jugement
17:14d'un dossier classique
17:15on fait ce qu'on appelle
17:16des audiences de fixation
17:17c'est à dire qu'en fait
17:18on se réunit plusieurs fois
17:19dans l'année
17:20pour déterminer le calendrier
17:21et pour tenir compte
17:22des contraintes
17:26des prévenus
17:26et également
17:27des victimes
17:28là il y avait
17:29en partie civile
17:30des dizaines d'avocats
17:31et toutes les organisations
17:32syndicales françaises
17:33y compris des barreaux
17:34de province
17:35de Paris
17:35donc ça se chiffrait
17:37à on dirait
17:38peut-être une trentaine
17:39une vingtaine
17:40ou une trentaine
17:40d'avocats
17:40donc c'était important
17:41donc on a fait
17:42une des audiences de fixation
17:43d'abord plusieurs fois
17:44le temps de vérifier
17:45les consignations
17:46et tout ça
17:46avec un des conseils
17:48d'Eric Teckner
17:50c'est à ma demande
17:51à la demande du tribunal
17:52qu'on a fait
17:53une journée d'audience
17:54parce que je voulais
17:55qu'il puisse venir
17:56je voulais qu'il puisse exprimer
17:57parce que c'est pas n'importe qui
17:58c'est un journaliste
17:59et qu'il faut
18:00il faut
18:01il faut être certain
18:02de la décision qu'on va rendre
18:03nous il faut qu'on soit
18:04certain de cette décision
18:05on a fait une journée d'audience
18:06le 16 avril
18:07et on a mis
18:08ce que je n'ai jamais fait
18:09de ma vie professionnelle
18:10on a mis deux mois
18:11à en délibérer
18:12c'est à dire que la décision
18:13rendue deux mois après
18:13parce qu'il fallait nous laisser
18:14du temps pour tout reprendre
18:16le jugement
18:17on l'a rédigé
18:18à six mains
18:19avec mes deux assesseurs
18:20c'est à dire que
18:21on s'est d'abord réunis
18:22pendant près d'une semaine
18:24pour délibérer sur le fond
18:26délibéré qui est couvert
18:27par le secret
18:28une fois qu'on s'est
18:28mis d'accord
18:30entre nous
18:31ensuite la décision
18:32on l'a rédigé
18:32et ensuite on a demandé
18:33à deux assistantes de justice
18:35de faire des recherches
18:36sur les travaux parlementaires
18:39de l'infraction de doxing
18:40parce qu'on voulait savoir
18:40c'était quoi l'esprit
18:41du législateur
18:43j'étais à mille lieux
18:45honnêtement
18:45et mes deux assesseurs aussi
18:47à mille lieux
18:48d'imaginer
18:49ce qui se passerait
18:50par la suite
18:51parce que j'ai difficilement
18:52accepté
18:53évidemment
18:53outre les menaces
18:54les insultes
18:55c'est la remise en cause
18:56de notre professionnalisme
18:58et de notre impartialité
18:59ça je ne peux pas l'accepter
19:01je ne peux pas l'accepter
19:01dans la mesure où
19:04la décision
19:05elle est motivée
19:06sur 30 pages
19:06je veux dire
19:07qui peut imaginer
19:0820 secondes
19:09même une demi-seconde
19:11qu'un magistrat
19:12va rendre une décision
19:14en réglant
19:14des comptes
19:15avec un prévenu
19:16mais c'est surtout
19:17pourquoi en fait
19:18pourquoi le tribunal
19:20ferait un truc aussi
19:21absurde en fait
19:23en fait nous on est protégé
19:24c'est ce qu'on m'a toujours dit
19:25à la fac
19:25je suis protégé par le droit
19:27et c'est vrai
19:27le droit vous ne pouvez pas
19:28lui faire dire n'importe quoi
19:29à partir d'une situation factuelle
19:31vous allez appliquer
19:32un texte
19:33si le texte ne s'applique pas
19:34si l'infraction n'est pas établie
19:35en l'espèce
19:36vous relaxez la personne
19:37c'est réglé
19:38si l'infraction est établie
19:39et bien à ce moment là
19:40une fois que vous déclarez
19:41la personne coupable
19:42et bien à ce moment là
19:42vous devez déterminer
19:43et alors vous avez été victime
19:44d'une vague de cyberharcèlement
19:45très très violente
19:46d'insultes
19:47mais surtout d'exagérer
19:49c'est un truc totalement exagéré
19:50enfin bon
19:51je vous passe évidemment
19:52sur le fait
19:53d'être membre du Hamas
19:55d'être un juge rouge
19:56je ne sais pas ce que ça veut dire
19:58d'être un juge
19:59d'extrême gauche
20:00d'être un juge militant
20:01d'être un juge proche
20:03des frères musulmans
20:03j'aurais fait des conférences
20:05par exemple avec le rappeur Médine
20:06que je ne connais même pas
20:06par ailleurs
20:07qui est probablement très sympathique
20:08mais que je ne connais pas
20:09que des trucs comme ça
20:11pourquoi ?
20:11parce que j'ai une association bénévole
20:13qui aide des étudiants
20:15en droit
20:15issus de milieux modestes
20:16qui viennent de provinces
20:17ou de banlieues
20:18et tout
20:18franchement
20:19il faut qu'on m'explique
20:20le lien avec le dossier
20:22je vous dis
20:22ce que je n'ai pas accepté
20:23c'est qu'on puisse remettre
20:25en cause notre professionnalisme
20:26mais justement
20:27vous avez été cyber harcelé
20:29vous n'êtes pas le seul
20:30maintenant
20:30qu'est-ce que ça dit
20:31de notre société
20:32en fait
20:32parce que de plus en plus
20:34quand il y a une décision
20:35des juges comme ça
20:37il y a une réaction violente
20:38où on va le cibler
20:39le juge
20:40en tant que personne
20:40mais c'est plus profond
20:42et plus ancien que ça
20:43c'est en fait
20:43c'est une remise en cause
20:44en fait de l'état de droit
20:45c'est à dire qu'en fait
20:46les fourments même
20:46de la république
20:48ce qui fait qu'on fait société
20:49en fait
20:50ça ne s'applique plus
20:52en fait
20:52ça ne s'applique plus
20:53pour
20:53attention
20:54une catégorie de citoyens
20:55ceux qui ont la possibilité
20:57par exemple
20:57de relayer médiatiquement
20:59d'en parler médiatiquement
21:00et d'avoir une caisse de résonance
21:02et du coup
21:03une caisse de nuisance
21:04en fait
21:05pour la personne
21:05et en fait
21:06ça dit quoi ?
21:07ça dit qu'en fait
21:08là pour le coup
21:08il y a une justice
21:10à deux vitesses
21:10parce qu'en fait
21:12qu'est-ce que vous dites
21:12à tous les prévenus
21:13tous les jours
21:14qui prennent leur peine
21:15qui sont condamnés
21:16et qui nous disent
21:17rarement merci
21:18mais est-ce que vous les retrouvez
21:19sur des chaînes d'info
21:20en continu
21:20à remettre en cause
21:22ou à faire des tribunes
21:23et tout
21:23et je vous dis ça
21:26à l'heure où on se parle aujourd'hui
21:27ça fait plusieurs mois
21:28qu'on a rendu nos décisions
21:29collégialement
21:29je continue moi
21:30à l'être
21:31je continue moi
21:32à l'être
21:33c'est-à-dire que
21:34le média contre lequel
21:35j'ai rendu
21:35la décision
21:36a écrit au tribunal
21:38a écrit à l'accueil du tribunal
21:39m'a écrit
21:40une avalanche de mails
21:42a appelé à l'accueil du tribunal
21:44pour me parler
21:45en fait
21:45c'est une manière
21:46de déstabiliser
21:47la personne du magistrat
21:49je pense aussi
21:51et l'institution
21:51bien sûr
21:52qu'à travers moi
21:52c'est l'institution
21:53mais en fait
21:54à travers ma personne
21:55il y a l'institution
21:56qui est visée
21:57et il y a aussi
21:58la réussite
21:59en fait républicaine
22:00en fait
22:00moi je l'ai découvert là
22:02vraiment
22:03mais peut-être
22:04que je suis naïf
22:04en fait
22:05mais je l'ai découvert là
22:06j'ai découvert
22:07que j'incarnais
22:09à regret
22:10en fait
22:10tout ce qu'une partie
22:12oui
22:12de la classe politique
22:14déteste
22:15en fait
22:15déteste
22:16c'est-à-dire
22:16la réussite par l'école
22:18pour un gamin
22:19issu de l'immigration
22:20en fait
22:21moi quand on m'écrit
22:23par centaines
22:24depuis quand
22:25lui il est juge
22:25alors qu'il s'appelle Youssef
22:26écoutez
22:27je ne peux pas
22:27le prendre différemment
22:29je veux dire
22:29ça veut dire
22:30ce que ça veut dire
22:30en fait
22:31et alors cet été
22:32quand c'est vraiment
22:33au creux de la vague
22:34que vous êtes
22:34le plus cyber harcelé
22:36il y a quelqu'un
22:37qui va vous redonner
22:37le moral
22:38c'est Kylian Mbappé
22:40capitaine de l'équipe
22:41de France
22:42bah ouais
22:42je vois
22:45déjà je suis fan
22:45de l'équipe de France
22:46je suis fan
22:47de ce joueur
22:48évidemment
22:48et je vois
22:49qu'il se fait allumer
22:50par une députée
22:52ou sénatrice paraguayenne
22:53sénatrice
22:53voilà
22:54il se fait allumer
22:55et il est en plein mondial
22:58et en fait
22:58il lui répond
23:00et en fait
23:00je me dis
23:01c'est lui qui a raison
23:02en fait
23:03quand on est victime
23:04de ça
23:04on a tendance
23:05à se terrer
23:06et à se dire
23:07qu'est-ce que j'ai fait de mal
23:08vous savez
23:09le syndrome de l'anxieux
23:10il ressurgit
23:11là
23:12il ressurgit immédiatement
23:13et moi
23:14je me suis d'abord remis en cause
23:15ça Kélian
23:16je me suis d'abord remis en cause
23:17en me disant
23:18qu'est-ce que j'ai mal fait
23:19qu'est-ce que j'ai pas fait
23:19qu'est-ce que j'aurais dû faire
23:20qu'est-ce que j'aurais pas dû faire
23:21et tout
23:23cet été
23:23l'avantage des vacances
23:24et de plus avoir d'audience
23:25c'est que je me suis rendu compte
23:26à retourner dans le truc
23:26dans tous les sens
23:27je me dis
23:27je vois pas ce que j'ai mal fait
23:35on est derrière toi
23:35et je me dis
23:36en fait c'est lui qui a raison
23:37c'est lui qui a raison
23:38vous vous rendez compte
23:39que c'est un délit
23:41et en fait c'est nous
23:41qui avons honte
23:43donc en fait
23:43c'est qu'il y a un problème
23:44et je me dis en fait
23:45ce type il a 28 ans
23:46je pourrais être son grand frère
23:49paradoxalement
23:49à Kylian Mbappé
23:51et on a presque la même histoire
23:53même pour pas dire
23:53la même histoire
23:54puisque mes parents sont marocains
23:55sa mère est algérienne
23:56son père est camerounais
23:58j'ai grandi à Sergi
23:59il a grandi à Bondi
23:59et je me dis
24:00c'est lui
24:01qui est plus jeune que moi
24:02qui me montre l'exemple à suivre
24:05j'avais une dernière question
24:06à propos de votre association
24:08la courte échelle
24:09on en a parlé
24:10de ces étudiants
24:11que vous aidez
24:12qui sont brillants
24:13qui ont parfois du mal
24:14à trouver des stages
24:16vous dites qu'il y a
24:17beaucoup de mains
24:17qui se sont tendues
24:18mais pas tellement
24:19des politiques
24:21oui c'est vrai
24:21en fait c'est vrai
24:22oui c'est vrai
24:23c'est vrai
24:24en fait l'assaut
24:25la plus grosse fierté
24:26que j'ai aujourd'hui
24:27et encore plus
24:27après ce que je viens de traverser
24:29c'est en fait d'avoir
24:31pu aider
24:32un peu plus de 15 000 étudiants
24:33en droit en 5 ans
24:34d'avoir envoyé
24:36des jeunes
24:36qui avaient du mal
24:37certains qui déjeunaient pas le midi
24:39à l'ENM
24:40à l'école des avocats
24:41à l'école des douanes
24:43d'avoir pu trouver
24:44des milliers de stages
24:45à des étudiants
24:45et de ne pas avoir touché
24:47un euro de subvention publique
24:48c'est la
24:48ma plus grande
24:50notre plus grande fierté
24:51aux 5 bénévoles
24:51et à moi
24:52c'est celle-ci
24:53en fait
24:53aujourd'hui quand je vois
24:55ce qu'on a fait
24:55avec les milliers de professionnels
24:56du droit
24:57que je remercie
24:57notamment les centaines
24:58et centaines de collègues
25:00magistrats
25:01qui nous aide
25:01depuis maintenant 2021
25:03depuis l'année 2021
25:05finalement c'est très bien
25:06comme ça
25:06en fait c'est très bien
25:07comme ça
25:07voilà
25:07il y a des gens
25:08qui nous ont donné
25:09des coups de bouche
25:10ça se compte même
25:11je vais vous dire
25:12ça se compte sur un doigt
25:12en réalité
25:14mais oui
25:14c'est très bien comme ça
25:16en vrai c'est très bien
25:17comme ça
25:18parce que vous voyez
25:19le côté apolitique
25:19de cette association
25:21elle est née apolitique
25:23et en fait
25:23elle le demeure aujourd'hui
25:24on ne doit rien à personne
25:25ce qu'on a fait
25:26on l'a fait nous
25:26avec le cœur
25:27parce qu'on voulait
25:27aider ces étudiants-là
25:29et voilà
25:30je suis content
25:30heureux de signer
25:31des partenariats
25:33avec la RATP
25:33avec Google
25:35avec la Cour de cassation
25:36je suis content
25:37que ça soit resté
25:37au stade du milieu du droit
25:39donc c'est très bien comme ça
25:40merci beaucoup
25:41Youssef Badr
25:42pas bonne route
25:44bonne fin de voyage
25:45Merci à vous
25:55Merci à vous