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Léa Mendoza, sa soeur, Inès Mendoza s'est donné la mort le 4 octobre lors d'une soirée entre amis après avoir travaillé pendant six mois pour un sous traitant du groupe Méta, détenteur de Facebook. Cette Iséroise avait 34 ans. Sa mère, et sa soeur Léa Mendoza ont repris son combat pour alerter sur ce métier.
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00:007h46, c'est l'invité d'ici matin. Sur les conditions de travail des modérateurs et sur les réseaux sociaux,
00:05voilà ce sur quoi nous allons revenir avec notre invité Noémie Philippot.
00:08Oui, sa soeur Inès Mendoza s'est donné la mort le 4 octobre lors d'une soirée entre amis après
00:13avoir travaillé comme modératrice pendant 6 mois pour un sous-traitant du groupe Meta, détenteur de Facebook.
00:19Cette iséroise avait 34 ans, sa mère et sa soeur Léa Mendoza ont repris son combat pour alerter sur ce
00:25métier. Bonjour Léa Mendoza.
00:27Bonjour. Votre soeur a donc travaillé comme modératrice à Barcelone fin 2022 pendant 6 mois. Elle a été exposée à
00:35des contenus très difficiles, très violents ?
00:38Oui, c'est vrai. Alors majoritairement ils sont exposés à des contenus du type commentaires racistes, homophobes, ça c'est
00:46les banalités du quotidien si je puis dire.
00:50Mais ils sont aussi exposés de manière quotidienne ou en tout cas assez régulière à des vidéos.
00:57Ça va être beaucoup de violences, de viols de femmes, d'enfants, de nourrissons, des tortures, des décapitations, profanations de
01:08cadavres, zoophilie, suicides.
01:11C'est des heures de visionnage de ces contenus extrêmement violents.
01:14C'est ça. Ce n'est pas en continu tous les jours, mais tous les jours c'est la roulotte.
01:20Il peut y avoir des vidéos comme ça. Ce n'est pas du tout marginal comme type de vidéos.
01:29Qu'elle devait donc modérer pour éviter que les usagers des réseaux sociaux soient exposés.
01:35Elle travaillait pour TELUS, un sous-traitant du groupe META. Il n'y avait pas pour elle et ses collègues
01:42d'accompagnement psychologique pour gérer cette exposition ?
01:46Alors pour moi, il y avait un simulacre d'accompagnement parce que je lui avais posé la question à ma
01:51sœur comment ça se passait chez eux.
01:53Et moi dans ma grande naïveté, je pensais qu'ils avaient des tables de ping-pong, des baby-foot, etc.
01:57Pour décompresser ?
01:58Moi je pensais que ça se passait comme ça vu que c'était un sous-traitant de META.
02:01Mais elle m'a dit mais pas du tout ma vieille.
02:04Il y avait un psychologue, une psychologue c'était une femme, une psychologue pour 500 personnes à laquelle il n
02:10'avait pas accès immédiatement.
02:13Une psychologue pour 500 personnes forcément, elle ne peut pas être là pour tout le monde.
02:16Et c'est une psychologue de META.
02:18Donc quoi qu'il arrive, il y avait un problème par rapport à l'indépendance et au secret professionnel.
02:25Est-ce que je vais aller raconter les horreurs que me fait subir mon employeur au psychologue de mon employeur
02:29?
02:29Sachant que TELUS explique dans un communiqué qu'il y avait une psychologue disponible 24h sur 24, ça ne correspond
02:36pas à ce qu'a vécu votre sœur ?
02:37Peut-être qu'elle était disponible 24h sur 24, mais une pour 500 personnes.
02:41Et puis quelqu'un aussi, de mémoire, ma sœur était allée la voir et elle n'était pas du tout
02:46au niveau de ce qu'ils vivaient.
02:49Parce que ce qu'ils vivent, en fait ils vivent des traumatismes tous les jours.
02:52Maintenant, il y a beaucoup de psychiatres qui se sont emparés de cette affaire en Espagne, notamment.
02:57Et en fait, ce qu'ils vivent, c'est gravissime.
02:59Et une psychologue pour 500 personnes, ce n'est absolument pas à la hauteur.
03:04Et après, il y avait autre chose qu'il leur avait proposé.
03:06Moi, ça me faisait doucement rigoler parce qu'avec ma sœur, on était cynique.
03:09Il leur avait proposé de mettre les vidéos en noir et blanc.
03:11Parce que voir une décapitation en noir et blanc ou un viol de bébé en noir et blanc, c'est
03:15moins pire.
03:17Votre sœur a été en arrêt de travail durant plus d'un an, puis a été licenciée par TELUS.
03:23Suite à ça, elle a rejoint un collectif de 600 anciens salariés qui avaient attaqué TELUS et META devant les
03:29prud'hommes à Barcelone.
03:31Suite à son décès, vous allez rejoindre cette procédure ?
03:34Alors, ma sœur, si elle a été placée en arrêt maladie, c'est parce que lorsqu'elle travaillait pour TELUS,
03:40fin octobre 2023,
03:41elle a fait une tentative de suicide.
03:43Une première tentative de suicide.
03:44Et elle a adressé un mail plus tard à ses avocats, une fois qu'elle les avait saisis,
03:49pour expliquer pourquoi elle avait fait ça et pour en quoi son travail était responsable.
03:56était une des causes, des grandes causes de sa tentative de suicide.
04:01Et concernant la procédure et le collectif qu'elle a rejoint après avoir été licenciée,
04:08alors il faut savoir qu'elle a été licenciée, ils ont voulu vite la dégager parce que c'était problématique.
04:12D'alerté ?
04:13C'était problématique, non, que quelqu'un ait fait une tentative de suicide.
04:17quand il y en a trop ou quand il y a trop d'arrêts maladie ou quand il y a
04:23trop de démissions, etc.
04:26Et bien, ce qu'ils font, c'est que déjà, ils les dégagent rapidement, les personnes problématiques.
04:32Donc à ma sœur, ils lui ont proposé une indemnité de 6 000 euros.
04:35C'était plus d'argent qu'elle n'avait jamais eu.
04:38Et c'était un licenciement pour insuffisance professionnelle.
04:42Je ne sais pas comment ça s'appelle en Espagne, mais grosso modo, c'est ça.
04:44Ils lui ont dit, on te fait ça.
04:45Et clause de non-recours.
04:47En contrepartie, sachant que ma sœur, elle était fragile.
04:51Elle venait de faire une tentative de suicide.
04:53Ils ont profité d'elle.
04:55Ils l'ont prise toute seule, face à face, dans un bureau.
04:58Ils lui ont dit, tiens, maintenant tu signes ça et tu t'en vas avec ça.
05:01Donc il y a ça.
05:02Et puis après...
05:03Et elle s'est lancée dans ce combat juridique.
05:06Vous souhaitez, je me permets, parce qu'on arrive au bout de cette interview,
05:11vous souhaitez aujourd'hui reprendre ce combat pour suivre ce qu'elle a tenté de faire.
05:17Mais META, leur mode opératoire, c'est que quand ils font trop de mal à leurs salariés,
05:22ils ferment les centres du jour au lendemain.
05:23Donc vous vous pointez au travail et il n'y a plus de travail.
05:25Vous n'avez plus rien, vous n'avez droit à rien.
05:27Et donc ma sœur a rejoint ce collectif.
05:30Sauf que nous, on ne peut pas reprendre les demandes de ma sœur,
05:32puisqu'elles n'existent plus.
05:34En revanche, nous, on va poursuivre la procédure
05:36pour obtenir réparation suite au décès d'Inès.
05:40Merci beaucoup Léa Mendoza d'être venue porter cette voix,
05:45faire entendre la réalité du travail des modérateurs sur les réseaux sociaux
05:49et d'avoir témoigné aujourd'hui sur Estilisère.
05:51Merci à vous.

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