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00:00Bonjour Hélène, vous n'êtes pas venue seule ce matin, vous avez un prestigieux amour.
00:04Voilà, je suis venue avec Qaïs Ben Yahya qui vient de publier son premier roman et ça s'appelle Le
00:10Pain et le Verbe.
00:12Dans ce roman, Qaïs Ben Yahya nous invite à découvrir le parcours de son père, Mohamed Ben Yahya,
00:18Tanjaoui, poète, journaliste et homme de radio.
00:21Et à travers ce récit intime, c'est aussi une époque, une ville et un héritage intellectuel qui reprennent vie.
00:28Qaïs Ben Yahya, bonjour, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
00:32Peut-être une première question, à quel moment vous avez ressenti le besoin de raconter l'histoire de votre père
00:38?
00:38Le besoin, il a toujours existé, il n'y a pas de moment particulier qui se privilégie par rapport à
00:43un autre.
00:43C'est surtout ce besoin de parler plutôt de Mohamed Tanjaoui que de mon père,
00:48parce que mon père, je l'ai porté sur mon cœur et parler de Mohamed Tanjaoui est un exercice qui
00:53s'imposait
00:54parce que je me suis rendu compte après son départ, après son décès,
00:58qu'il y avait beaucoup de choses que je connaissais étant petit, sur lesquelles je n'avais pas placé de
01:03mots
01:03et que j'avais ce besoin d'y mettre des mots et d'expliquer pour le partager ce qu'était
01:07Mohamed Tanjaoui, mon père,
01:10ce qu'il a porté comme valeur, ce qu'il a transmis comme valeur,
01:14que j'ai comme mission aujourd'hui de transmettre au mien aussi.
01:16Et c'est à ce moment-là que je me suis dit que j'étais dans l'obligation de faire
01:22cet exercice
01:23et de dire les silences que lui n'a pas dit et de dire les choses, les fragilités que lui
01:29a portées
01:30que moi, je n'ai pas pu expliquer par ce temps et de le partager avec mon prochain.
01:36Alors, quand on raconte son père Serré, vous le dites, c'est un roman, mais c'est bien l'histoire.
01:40Mais bien évidemment, vous êtes dans la tête de votre papa petit, quand il a grandi, quand il a voyagé,
01:46quand il est parti en exil. Comment vous avez justement trouvé la juste distance entre le fils et l'écrivain
01:53?
01:53Ça n'a pas été facile, tu sais bien, il aime, surtout quand on parle de son papa,
01:56il faut se dégager de l'émotion de l'écriture, il faut éviter de juger parce que sinon on fausse
02:02le roman.
02:03Mais le plus important, c'est que j'ai pu profiter finalement d'un patrimoine sonore formidable
02:09qu'il nous a légué à travers une émission radiophonique qu'il avait réalisée à Tangier,
02:14ici même, je veux citer un grand tonne de la radio qui lui a permis de raconter ses mémoires sur
02:2142 épisodes.
02:22Et ce fond sonore m'a permis effectivement de reconstituer le fil de sa vie
02:27et de pouvoir y rajouter ces moments de silence encore une fois
02:30et ces moments de fragilité qu'il n'a pas dites pour que son récit puisse être romancé
02:35et porter un peu plus loin que dans la collectivité familiale et proche de ses amis.
02:40Voilà.
02:41Alors, dans ce roman, c'est plusieurs récits, l'histoire de votre famille, de votre papa,
02:47Tétouan, Khazar, Rabat, Lecaire, mais je retiens-moi Tétouan, dans ce récit,
02:53au-delà de l'histoire, au-delà de l'histoire du Maroc, c'est vraiment un très bel hommage à
02:58cette ville.
02:58Mais bien sûr, c'est le deuxième héros, j'allais dire, si ce n'est le premier héros du roman,
03:02parce que Tétouan, quelque part, a été fondamental dans la constitution de la personnalité
03:07qu'a été mon père, qu'a été Mohamed Tanjaoui.
03:10Le titre lui-même le dit très bien, parce que c'est à Tétouan qu'il a vécu le pain,
03:14et c'est à Tétouan qu'il a vécu le verbe.
03:16C'est là où il a constitué, j'allais dire, son lien avec la vie, avec ses proches, avec ses
03:21amis.
03:22Et c'est là où il a commencé à se libérer, justement, de tout le poids de l'environnement
03:26pour pouvoir développer son verbe et développer sa personnalité.
03:30Et Tétouan a été pour beaucoup, parce qu'elle a été porteuse de ces belles valeurs d'une ville conservatrice,
03:36mais aussi ces belles valeurs d'ouverture à une modernité qu'elle a connue particulièrement
03:41et qu'aujourd'hui, à travers ce roman, j'essaie de rapporter aussi, de transmettre,
03:45pour expliquer ce que cette ville a été porteuse comme belles valeurs modernes, mais aussi conservatrices.
03:51On est vraiment ému, on s'émeut en lisant un peu vos textes concernant votre père.
03:58Bon, je n'ai pas eu la chance de le connaître, mais j'avais quand même assisté à un des
04:02hommages
04:02qui avait été rendu ici à Tangier.
04:06Mais on découvre un homme qui s'est façonné par les mots, par les msides, par le Coran, par le
04:12Savoie.
04:13Et surtout, il avait une soif.
04:15On ne sait pas d'où lui est venue cette soif des livres.
04:19Et le fait quand même, cette histoire, d'avoir échangé le fameux volume de l'Bouhari contre Swahani,
04:26des livres, on va dire, c'est vraiment un moment...
04:31Et ce que j'explique aussi dans le roman, c'est qu'il n'a pas échangé le livre quelque
04:35part.
04:36Mais je dis qu'à travers ce troc, entre guillemets, à travers le Bouhari, il a eu accès à la
04:42poésie.
04:43Et c'est le Bouhari qui lui a permis effectivement de devenir poète.
04:49Il tenait bien, il tenait beaucoup aux valeurs effectivement religieuses et au contenu Bouhari.
04:54Mais par ce biais, il a eu aussi l'occasion, la possibilité d'avoir accès à la poésie,
05:01au livre de l'Aranie et de l'Asfahani, qui raconte l'histoire de tous les poètes arabes.
05:05Et c'est ça qui lui a donné la clé pour devenir le poète qu'il a été.
05:08Et aussi pour que moi-même, je puisse en profiter et devenir le poète que je suis aujourd'hui.
05:12Oui, c'est fondamental dans l'histoire.
05:14Vous me précédez, mais je vais quand même poser une autre question.
05:17C'est par rapport justement à ce roman.
05:19Il y a l'histoire de votre père, il y a l'histoire du Maroc.
05:22Mais quelque part, les deux sont liés.
05:26C'est lié.
05:26Le Maroc, c'est aussi l'histoire de tous ces hommes et femmes.
05:29Et parfois, on ne les raconte pas suffisamment.
05:32Et moi, je me suis dit, il y a une obligation au fait de raconter et l'histoire de mon
05:35père,
05:35et l'histoire de Tétouane, et l'histoire du Maroc à travers ces deux personnages fondamentaux,
05:40qui ont porté chacun à sa manière.
05:42Le Maroc ouvert, le Maroc très fort de ses valeurs ancestrales.
05:46Le Maroc qui est aujourd'hui, s'insère dans une modernité formidable,
05:50qui donne l'exemple d'un Maroc attaché à la paix, aux valeurs de solidarité,
05:55à toutes ces valeurs que nous connaissons, à Tamrabit, que nous avons aujourd'hui.
05:58Et le roman, justement, le rapporte, tant bien que mal, en tout cas,
06:02j'ai essayé de le rapporter à travers ce récit de Tétouane et de l'Oualid Laramou.
06:07– Mohamed Anjaoui a croisé beaucoup de personnes.
06:10Donc, Feu, Hassad II, Torres, Abdrahman Yousfi, Bessri, Abdelkrim, Al-Khtabi.
06:17Vous ne nous avez pas tout dit, bien évidemment.
06:19On est certain que vous ne l'avez pas tout dit dans ce roman.
06:22Mais comment ces personnages ont finalement façonné cet homme qui était votre père ?
06:28– Ils l'ont façonné d'une manière assez, j'allais dire,
06:32ils ont brodé la belle toile qu'ils portaient.
06:35Et à chaque fois, chaque lien, chaque expérience,
06:37il rajoutait un plus dans sa compréhension de la vie.
06:40Mais il était attaché totalement à sa liberté et son indépendance.
06:46Ça veut dire que malgré toutes les influences qu'il a pu côtoyer,
06:49il a toujours été le Mohamed Anjaoui, l'écrivain et le poète,
06:52avant d'être quoi que ce soit.
06:54Et ça lui a permis de garder encore une fois ce verbe libre
06:56et cette capacité de porter les valeurs initiales qu'il avait
07:02en toute liberté et en toute, j'allais dire, disponibilité par rapport à l'autre.
07:08Il avait cette force de se regarder dans l'autre, d'être proche de l'autre,
07:13indépendamment de ce que représentait l'autre en tant que statut,
07:16mais en tant que personnage.
07:17Et il en a profité pleinement.
07:20Alors, Mohamed Benihia Tanjaoui était un homme de poésie,
07:23était un journaliste, était un homme de radio,
07:26parce que c'était vraiment, on va dire, ses premiers amours.
07:30Que vous a-t-il transmis justement par rapport à la culture,
07:33par rapport aux mots ?
07:34Tout.
07:35Tout.
07:36Parce que, moi je vous rappelle, on a grandi dans ce milieu.
07:38Quand on était jeune, je le dis toujours, à la maison,
07:42la poésie, la musique étaient toujours présentes.
07:44Et dès notre jeune âge, nous, Anwar, Ashraf et moi-même,
07:49on me baignait dans ce milieu.
07:50Et c'était tout à fait naturel d'écouter le beau mot, le verbe,
07:55dans sa valeur esthétique la plus sublime et de le considérer comme normal.
08:02Et c'est ça qui nous a donné, au fait, cet accès à ce verbe
08:04d'une manière assez spontanée, assez naturelle.
08:07Et quand on a grandi, on a compris que la transmission
08:09que nous a assurée Feuillement Père Laramon
08:12n'était pas une transmission pédagogique,
08:14c'était une transmission par l'exemple.
08:17Cette transmission, c'est pour ça qu'aujourd'hui,
08:19je continue à lire des choses que je n'avais pas comprises à l'époque,
08:22qui ont aujourd'hui davantage de sens qu'à l'époque.
08:26Donc, c'est l'exemple du poète qui le vivait pleinement.
08:30D'ailleurs, quand on se rencontrait, l'ouaïd et moi-même,
08:36spontanément, il avait cette expression qui me revient toujours à l'oreille,
08:39au téléphone, quand on se voyait,
08:41« aqaysa ara ».
08:42Et ça, « aqaysa ara », ça fait partie de toute l'histoire.
08:46Il y a le « qaysu leila ».
08:47Donc, il était poète dans tous ses détails.
08:51Et le fait d'être poète dans les actions de tous les jours
08:54vous rend nécessairement poète, vous aussi.
08:57Et j'en suis heureux aujourd'hui.
08:59En tout cas, on le sent.
09:00Je vous le disais tout à l'heure, je comprends mieux aujourd'hui
09:03parce que pratiquement, vous écrivez des textes tous les jours.
09:07Un dernier, peut-être une dernière question.
09:08Par rapport à votre fils, Jed, aujourd'hui,
09:12Jed, je l'ai connu au rappeur.
09:14Il a fait une petite pause.
09:15Mais quel rapport, lui, il a par rapport au mot ?
09:19Exactement le même.
09:20Exactement le même.
09:21Et je sais qu'il est porteur de cette flamme qui est très forte.
09:24Que viendra le temps où il va s'éclater aussi.
09:28Il va avoir cette capacité éruptive que nous avons,
09:31héritée de Femm en Père.
09:34Et que lui-même viendra le moment où il va se libérer encore une fois.
09:37Il va avoir ce verbe libre.
09:38Et je suis convaincu qu'il portera haut la poésie que nous portons en famille.
09:42Kays Mlehia, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
09:46Je rappelle que votre premier roman, Le Pain et le Verbe, vient de sortir chez vos éditions Soche-Tresse.
09:53Et bien évidemment, vous le présentez demain à 18h à l'espace de la CDG à Rabat.
09:58Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
09:59Merci beaucoup.
10:01Merci d'être venu sur le plateau pour présenter ce magnifique ouvrage que je remontre aux téléspectateurs.
10:08Vraiment, imprimez bien la couverture parce que vous pouvez l'acheter.
10:12Il coûte 120 dirhams.
10:13C'est rien pour tous ces mots qui sont contenus dans ce bel ouvrage.
10:19Merci à la Chine.
10:20Allez, traditionnellement, on termine en musique.
10:24On vous invite à y participer.
10:25Donc on ne change pas de registre.
10:28J'ai choisi une femme qui, elle aussi, a choisi des mots.
10:30Elle est saoudienne.
10:31Elle s'appelle Jara.
10:32Elle est née à Jada.
10:33Et à 19 ans, elle quitte l'Arabie Saoudite pour la Suède afin d'étudier les relations internationales et la
10:37psychologie.
10:38Sa décision de poursuivre la musique à temps plein et née pas après son déménagement.
10:43Elle fait aujourd'hui partie du programme Sochi chez Spotify.
10:47On écoute Jara.
10:50On écoute Jara.
11:20On écoute Jada.
11:21On écoute Jada.
11:40On écoute Jada.
11:51On écoute Jada.