00:00Ce matin, Étienne, vous nous dites que pour sortir du casse-tête budgétaire, ça ne va pas être simple.
00:04Pour vous, toutes les options qui s'offrent au gouvernement débouchent désormais sur une impasse.
00:09Céline, ça n'est plus une impasse, c'est une souricière.
00:12Et la souris se nomme Sébastien Lecornu.
00:15Oublions déjà un vote normal, personne n'y croit.
00:18La première véritable option, c'est le 49-3.
00:22Le problème, c'est qu'il y aura au moins une motion de censure en réponse.
00:26Et si la censure est votée, plus de gouvernement, mais aussi plus de budget.
00:30Il faut donc un accord de non-censure avec soit le PS, soit le RN.
00:35L'an dernier, c'est avec le PS que Sébastien Lecornu s'est mis d'accord, en échange de la
00:40suspension de la réforme des retraites.
00:42Sauf qu'il n'y a plus rien à donner au PS cette année.
00:45Les comptes sont beaucoup trop dans le rouge.
00:47Alors, côté RN, regardons, Marine Le Pen laisse la porte ouverte.
00:50Mais elle pose déjà des conditions.
00:52Or, n'oublions pas, elle avait fait exactement la même chose avec Michel Barnier,
00:57qui lui avait fait des concessions, notamment sur l'indexation des retraites.
01:01Mais à la fin, le RN l'avait censurée quand même.
01:04Bref, c'est plus que risqué.
01:06Il y a une autre option, c'est le budget par ordonnance.
01:08Oui, c'est la deuxième option.
01:09L'article 47.1 de la Constitution permet au gouvernement de passer son budget par ordonnance
01:14si rien n'est voté après 70 jours de débat.
01:18Problème, c'est obligatoirement la version initiale du budget de gouvernement.
01:23Donc, il ne pourrait pas inclure les mesures consenties, par exemple, aux agriculteurs ou aux lycéens.
01:29C'est très, très compliqué.
01:31Et puis, surtout, ce budget initial, donc, est en bonne partie caduque.
01:35Il s'appuyait déjà sur des hypothèses économiques très optimistes
01:39et qui, de toute façon, ont été balayées depuis par les prévisions de croissance de l'INSEE,
01:44révisées à la baisse, ça fait baisser les recettes,
01:46et par la hausse des taux d'intérêt qui alourdissent la charge de la dette.
01:51Bref, cette option ne permet même pas de tenir le déficit sous les 5% du PIB.
01:57Et pendant ce temps-là, les marchés nous surveillent.
01:59Et la loi spéciale, alors ?
02:00La troisième option, une loi qui reconduit le budget précédent.
02:03On a connu ça pour quelques semaines, les deux dernières années.
02:06Mais là, avec la présidentielle, le risque est que cela dure 10, voire 12 mois,
02:10car il faudrait reprendre une procédure législative après les élections législatives.
02:16Non seulement cela coûte très cher, au minimum 15 milliards,
02:19selon l'inspection des finances, entre les effets d'indexation,
02:22mais cela paralyserait les investissements publics, l'action de l'État,
02:26et surtout entraverait les premiers mois d'exercice du nouveau président,
02:30ce qui inquiète tous les candidats, y compris Marine Le Pen.
02:33Tout cela est tellement désespérant que j'ai dû m'en remettre à Émile Cioran,
02:37souvent considérée comme le pape du pessimisme,
02:40et qui nous a laissé cette sentence fataliste et paradoxalement rassurante que je vous cite,
02:45« Nous sommes tous des farceurs, nous survivons à nos problèmes. »
02:50Étienne Gernel, vous parliez.
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