00:00Vous étiez à Lille et à Roubaix mardi, hier à Dunkerque et à Saint-Omer.
00:04Vous serez ce soir en meeting à Valenciennes.
00:06Avant cela, vous allez manifester ce matin à Valenciennes.
00:10Les revendications de cette journée de mobilisation sont multiples.
00:13Ça va du pouvoir d'achat, la justice fiscale, la revalorisation des aides sociales.
00:19Quelle est, selon vous, la priorité absolue à défendre ?
00:23La priorité, c'est évidemment le pouvoir d'achat.
00:25Le pouvoir d'achat, c'est simplement révoltant de voir que des millions de femmes et d'hommes
00:31qui triment durent, qui font tourner la société, vivent de plus en plus mal
00:34quand une poignée de parasites richissimes ramasse la mise.
00:39Voilà, aujourd'hui, tout le monde fait ses comptes.
00:42On sait que le gazole a augmenté de 44%, l'essence, c'est 26%, le gaz, 19% en un
00:49an,
00:50les produits alimentaires aussi.
00:53Et aucun salaire n'a augmenté dans ces proportions-là, aucune pension de retraite.
00:58Donc, en fait, quel que soit le niveau de notre paye, on est tous en train de nous appauvrir
01:03à une vitesse accélérée.
01:05Et à un moment donné, il faut dire que ça suffit.
01:07Justement, le gouvernement réfléchit à un coup de pouce sur le SMIC avec un petit peu d'avance.
01:13Un coup de pouce, ça veut dire qu'on irait un petit peu au-delà de l'indexation sur l
01:17'inflation.
01:18Vous, vous demandez un SMIC à 2200 euros nets par mois.
01:23Est-ce que c'est possible ? Est-ce que c'est faisable ?
01:25Mais c'est nécessaire.
01:28C'est quand même absolument...
01:30C'est inacceptable que des femmes et des hommes,
01:33qui sont les indispensables, qui sont les chevilles ouvrières de la société,
01:37n'aient droit qu'à une vie indigne.
01:39Et quand on touche, effectivement, moins de 2200 euros,
01:43en réalité, on bosse du matin au soir, et on a peur.
01:48On vit avec la peur au ventre, la peur d'avoir un souci de santé,
01:52la peur d'avoir sa voiture qui tombe en panne,
01:54la peur de ne pas pouvoir payer ses études à ses enfants.
01:56C'est ça.
01:57C'est ça le sort du monde du travail.
01:59Et c'est absolument révoltant.
02:01Donc nous, nous disons qu'il faut arrêter de se faire petit.
02:04Oui, le monde du travail est vraiment la base de la société.
02:08Il doit revendiquer son dû.
02:09Et il faut regarder, effectivement, l'argent qu'il y a dans la société,
02:12parce que là, on est en train de nous expliquer qu'il n'y a pas d'argent,
02:14que tout ça, ce n'est pas possible, etc.
02:16Mais ce n'est pas vrai.
02:17C'est possible.
02:17C'est ce que vous nous dites ce matin.
02:20Parmi les revendications, les manifestants, aujourd'hui,
02:22il y aura bien évidemment des lycéens, des étudiants,
02:25avec ce mouvement qui touche en ce moment la jeunesse.
02:30Quel regard portez-vous sur cette colère de la jeunesse aujourd'hui ?
02:34Elle est mille fois légitime.
02:35Et c'est lié, en réalité.
02:38C'est qu'en fait, effectivement, les richesses qui existent dans la société
02:42ne servent plus à ce qui est vital et à ce qui est essentiel à la population.
02:46Qu'est-ce qui est vital ? L'éducation ?
02:48L'éducation, la santé aussi.
02:50La santé, le logement.
02:51C'est un grave problème, le logement.
02:53Vous vous rendez compte qu'aujourd'hui, on n'arrive même pas à se loger.
02:56Je sais qu'en plus, avec ce racket à la pompe à essence,
03:01il y a de plus en plus de travailleurs, de jeunes, d'intérimaires
03:04qui dorment sur le parking de leur entreprise.
03:07Mais on est où, là ?
03:08Donc, ce qu'on voit, c'est que, finalement, ce qui nous est nécessaire et indispensable,
03:13il n'y a jamais d'argent.
03:14Mais par contre, il y a de l'argent.
03:15Alors là, pour enrichir des dynasties capitalistes,
03:19pour les grandes fortunes, pour la guerre aussi.
03:21Ah là, il y a de l'argent.
03:22Là, on trouve des milliards.
03:23Donc, voilà.
03:24Il faut absolument que le monde du travail dise,
03:25ben non, nous, on n'est pas d'accord avec ça.
03:27Et on veut que la société, elle soit organisée autrement.
03:30La meilleure des choses, c'est en effet que nous nous battions
03:32et que nous décidions de nous en mêler.
03:35Il est 7h46, c'est Nathalie Arthaud,
03:37porte-parole de Lutte Ouvrière,
03:39candidate à l'élection présidentielle,
03:40qui est notre invitée ce matin sur ICI Nord.
03:42Alors, l'élection présidentielle, justement,
03:44c'est dans moins de six mois maintenant,
03:45avec cette colère qui émerge aujourd'hui.
03:48Que faire de cette colère à moins de six mois de l'élection ?
03:52Comment la transformer ?
03:53Alors, moi, je suis convaincu qu'il faut que cette colère,
03:56elle rentre dans le monde du travail,
03:59qu'elle s'approfondisse encore,
04:00parce qu'on a en effet à inverser le rapport de force
04:04vis-à-vis d'un grand patronat qui se permet tout, en fait.
04:07J'ai appris ce matin par votre radio
04:10qu'il y avait 119 suppressions d'emploi chez Valourec.
04:13J'ai appris aussi qu'il y avait un problème au CHR de Lille,
04:17avec deux jours de congés qui vont être repris.
04:20Mais encore une fois, on ne cesse de reculer le grand patronat,
04:25le gouvernement ne cesse de nous attaquer.
04:28Et en fait, notre seul moyen de défense,
04:29c'est la mobilisation, c'est la grève,
04:31c'est ce qu'on fait aujourd'hui.
04:33Donc moi, je dis surtout à tous ceux
04:35qui se posent la question aujourd'hui
04:36de s'engager auprès de la jeunesse,
04:37qui a déjà un peu secoué justement tout ça,
04:41eh bien que c'est le bon chemin.
04:43Mais est-ce que c'est possible aujourd'hui ?
04:45On sait, l'élection présidentielle, c'est dans six mois.
04:47On se doute bien qu'il n'y aura pas de grandes mesures.
04:49Le gouvernement ne peut pas faire des promesses
04:51qu'il ne pourra pas tenir derrière.
04:53Alors comment garder cette colère,
04:56comme vous le dites,
04:58et comment la traduire concrètement ?
05:00Parce que cette colère,
05:01elle doit aussi être dirigée vis-à-vis du grand patronat,
05:04vis-à-vis de cette classe capitaliste.
05:06C'est-à-dire pas seulement le gouvernement,
05:07mais plutôt le patronat.
05:08Mais bien sûr, qui est-ce qui écrase les salaires ?
05:10Qui est-ce qui fait reculer les conditions de travail ?
05:13Qui deviennent de plus en plus brutales, en fait.
05:15C'est de plus en plus dur, aujourd'hui, au boulot.
05:18Les cadences, les horaires,
05:20les sanctions qui tombent, mais pour rien.
05:23Donc, notre colère, elle doit aussi,
05:25et je dirais avant tout,
05:27être dirigée contre le grand patronat.
05:29Et là, vous savez, une élection,
05:30ça ne le permet pas.
05:31Donc moi, si je suis candidate,
05:33c'est précisément pour dire,
05:34le camp des travailleurs,
05:35il doit s'exprimer,
05:36il doit s'exprimer avec la force qu'il a dans les entreprises.
05:39C'est absolument inadmissible de savoir que nous faisons tout,
05:42nous ne décidons de rien.
05:44Et bien là, c'est le moment, justement,
05:45de dire ce dont on a besoin
05:47et de chercher à décider,
05:50avoir un pouvoir sur les choses.
05:51Vous l'avez rappelé, vous êtes candidate,
05:53ce sera votre quatrième candidature à la présidentielle.
05:56Aujourd'hui, certains militants se posent la question,
05:59quel sens de cette candidature face à un Jean-Luc Mélenchon,
06:03évidemment bien mieux placé ?
06:05Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui se posent cette question ?
06:07C'est qu'il ne faut pas seulement viser le pouvoir de l'Elysée,
06:10il faut viser le pouvoir patronal.
06:12Et c'est précisément cela que Jean-Luc Mélenchon ne dit pas
06:16et il ne propose rien aux travailleurs pour ça.
06:19Et nous, nous disons que c'est ça, pourtant, l'essentiel.
06:21Parce qu'au-dessus du président de la République,
06:23il y a ceux qui tiennent les cordons de la bourse,
06:26il y a les financiers,
06:27il y a le grand patronat,
06:28il y a cette dynastie capitaliste,
06:30et vous savez qu'entre eux,
06:31il n'y a que la force du travail mobilisé, en fait.
06:33Je leur dis qu'il n'y a jamais rien eu de plus utile
06:36pour les travailleuses et les travailleurs
06:37que de se battre,
06:38de renouer avec les luttes collectives.
06:40Et c'est au travers de ces mobilisations de masse
06:43qu'on a effectivement arrachées
06:45de meilleures conditions de vie.