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  • il y a 43 minutes
Dans cet entretien, le journaliste et écrivain Traoré Moussa, auteur de l’ouvrage « Félix Houphouët-Boigny, la face méconnue », revient sur des aspects parfois peu explorés de la personnalité et du parcours du premier président de la Côte d’Ivoire.

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Transcription
00:11La basilique a été construite à une époque où la Côte d'Ivoire vivait une crise économique
00:19et il était nombreux, les personnes opposées à la construction de cette œuvre majeure.
00:25Mais le président Fouboné s'est entêté. Et parmi ces personnes-là, et non des moines, il y avait le
00:31cardinal Iago et Bernardin Gantin,
00:35qui était le chef de la curie romaine, l'un des ministres du pape, Jean-Paul II, il était quand
00:41même celui qui s'occupait de la nomination des guides religieux dans les pays africains.
00:50Il était vraiment très incontournable. Et ce monsieur, il estimait que la construction de la basilique était une opportune dans
00:58un pays
01:01qui connaissait des difficultés financières.
01:04Mais de tout le président Fouboné s'est entêté et il a construit la basilique.
01:07Et vous allez voir que dans l'œuvre, il y a une anecdote qui concerne ce jour, justement, le jour
01:12de l'inauguration.
01:13Le jour de l'inauguration, le pape était dans son véhicule qu'on appelle la papa mobile.
01:18Le cardinal Iago, vu l'effervescence, s'est levé également dans la même voiture pour essayer de saluer la population,
01:25comme le faisait le pape Jean-Paul II.
01:28Et il y avait quelques guides proches du Fouboné qui étaient dans la papa mobile également,
01:33qui ont tiré sur sa soutane pour qu'il s'asseye, puisqu'il était opposé à la construction de la
01:37basilique.
01:38Donc, les partisans Fouboné qui étaient dans la voiture étaient contre le fait qu'ils puissent jouir,
01:42puissent bénéficier de l'aura, du prestige de la journée.
01:52Au-delà de toutes les leçons qu'il nous a inculquées, toutes les leçons,
01:58je pense que la basilique est vraiment son œuvre majeure.
02:01A l'occasion de ces obsèques, tout le monde a vu le déferlement humain.
02:08Et si ce n'était pas la basilique, où a lieu cette messe ?
02:12Avec ce nombre impressionnant des chefs d'État et des chefs de gouvernement qui étaient là.
02:17Cette basilique aujourd'hui, je pense que c'est la plus grande basilique du monde.
02:22C'est vérifiable.
02:25Il a eu donc raison de construire cette œuvre et aujourd'hui, on peut s'enorgueiller.
02:36Ce qu'il faut retenir comme leçon, c'est que quand on a une vision,
02:44il faut se battre pour la mettre en œuvre.
02:48Le président a rêvé la basilique.
02:52Il s'est donné les moyens de la bâtir.
02:58Les gens ont fait des critiques, mais il s'est entêté.
03:03Il a regardé l'intérêt supérieur de la Côte d'Ivoire.
03:05Il a fait une projection.
03:07Il a 30 ans, 50 ans, c'est ce qu'on appelle la vision.
03:10Quand on gouverne, il faut voir loin.
03:14Aujourd'hui, tout visiteur qui arrive en Côte d'Ivoire est fasciné par cette basilique.
03:21Il sont nombreux les gens qui payent des pieds d'avion pour quitter aux États-Unis, en Europe, partout, pour
03:26venir voir cette basilique.
03:32Il faut être médecin.
03:34Il faut être médecin parce que le niveau qu'il avait, c'est le niveau des médecins actuels.
03:39On dit qu'il est infirmier. Il n'est pas infirmier.
03:41Il faut être médecin à Guiglo, à Banguru, partout où il était, à Dimbokro, il était le médecin.
03:47Il n'y avait pas quelqu'un au-dessus de lui dans toutes ces localités où il était.
03:52Dans l'œuvre, vous allez voir qu'il y a une dame qui avait un enfant qui était très malade.
04:02Et il est venu voir Fouboigny pour qu'on puisse l'aider à soigner cet enfant.
04:09Et quand il est venu, Fouboigny dit que l'enfant a une maladie qu'on appelle l'anorexie.
04:14Je doute que beaucoup d'Ivoiriens connaissent ce mot-là.
04:17Et donc, l'anorexie, c'est quand un enfant naît et au moment de l'accouchement, il manque d'oxygène.
04:24Et Fouboigny a préconisé le traitement.
04:26Ils ont pris l'enfant, il a payé les frais, et l'enfant a été évacué en Europe.
04:32Il a été soigné et il est revenu.
04:34Très peu d'infirmiers peuvent soigner l'anorexie, cette maladie-là.
04:38C'est pour dire que le niveau qu'il avait, ce n'était pas un niveau scolaire.
04:43Il a passé assez d'années à Dakar pour se former.
04:48Dans l'esprit de l'administration coloniale, le président Fouboigny ne pouvait pas être un médecin.
04:52Mais nous, nous savons qu'il est médecin.
04:54Regardez un peu ses collègues, il se disait que c'était un vrai médecin.
04:57Je vous donne tout à l'exemple de cette maladie.
05:00Le président Fouboigny, c'était vraiment, sur le plan de la santé,
05:07c'était quelqu'un qui connaissait assez.
05:09Vous allez voir encore quelque part dans l'œuvre, où il avait le chef de Ngokro, qui était malade.
05:16Le chef de Ngokro voulait absolument être évacué en Europe pour se faire soigner.
05:21Et le président Fouboigny lui a dit, la maladie que tu as là,
05:25si un autre médecin pouvait te soigner, je serais le premier à t'avoir envoyé en Europe.
05:30Si je ne t'avais pas en Europe, c'est parce qu'aucun médecin ne peut te soigner.
05:32En tant que moi-même, homme de la médecine, je peux te dire qu'aucun médecin au monde ne peut
05:38te soigner.
05:43Bon, il faut...
05:46Quand vous allez lire cette rive, vous allez vous régaler.
05:50Parce que j'ai interrogé nos anciens, Eugène Kaku, Ibrahim Koune,
05:57Denis Messa, Emmanuel Kofi.
06:00J'ai interrogé nos anciens et grâce à eux, je voyais un peu le rapport que le président Fouboigny entretien
06:10à la presse.
06:11Il faut se suiter dans le contexte d'abord.
06:13Parce que si vous nous éloignez du contexte, vous aurez du mal à comprendre ce que je vous explique.
06:19On était dans le parti unique.
06:22Le parti unique, c'était le PDCRDA.
06:25Et c'était un peu la pensée unique.
06:27Le président était le grand Manitou comme Mobutu, comme Yadema, comme Segoutouré.
06:34Et donc, la contradiction n'était pas évidente.
06:39Mais le président Fouboigny était démocrate.
06:43Regardez, par exemple, il y a des journalistes qui ont été internés après la grève.
06:49Ils ont été envoyés à Segula, les jeunes Kaku et autres.
06:51Mais quand ils sont sortis de prison, le président leur a fait le rappel.
06:56Il a fait le rappel de leur salaire.
07:02Tout ce qu'ils ont perdu en étant en prison,
07:05quand ils sont ressortis, le président leur a reversé tout cet argent.
07:08Et grâce à cet argent-là, certains sont devenus propriétaires des maisons.
07:11Donc, les rapports du président avec la presse étaient des rapports...
07:15Avec la presse et les journalistes étaient des rapports cordiaux.
07:18Des journalistes comme George Taïb Benson avaient accès à la chambre du président.
07:25Voyez-vous, superposer le temps et faire des analyses.
07:30Combien de journalistes aujourd'hui ont accès à la chambre de nos présidents ?
07:34Pour comprendre quel était le rapport que les présidents avaient à la presse.
07:36Vous savez que c'est un passionné de boxe.
07:38Les gens comme Emmanuel Koufi m'ont expliqué que quand, au temps du Parti unique,
07:47l'antenne s'arrêtait à minuit.
07:50Vous savez qu'à l'époque, c'était le coup d'État partout autour de la Côte d'Ivoire.
07:54Et donc, à minuit, on coupait l'antenne de la Côte d'Ivoire.
07:57Mais quand il y avait le combat de boxe retransmis, le président de la République lui-même, il prend le
08:03téléphone et il appelle à la radio.
08:06Et il dit, ne coupez pas l'antenne.
08:09Continuez la retransmission.
08:10Je vais suivre le combat.
08:12Le combat vedette.
08:13En général, le combat vedette était le dernier combat.
08:15Il arrive dès minuit où on a coupé l'antenne.
08:18Le combat vedette.
08:20Le combat avait pas encore lieu.
08:24Et le président appelait lui-même à la radio pour donner des instructions.
08:34Écrire sur Foubouni, c'est pas facile.
08:36Quand j'ai fini d'écrire, j'ai donné le livre à plusieurs personnes pour lire.
08:41Et parmi les personnes qui ont lu le livre, à la secrétaire de Foubouni,
08:44Mme Alexis Gougoué, LRSO, Palais Présidentiel, de 1965 jusqu'à 1993, au décès de Foubouni.
08:52Toute l'histoire du président Foubouni est connue.
08:54C'est-à-dire que l'aventure 46, le PDCRDA, la décolonisation, tout ça était connu.
09:02Mais ce qu'on ne connaissait pas, c'est comment Foubouni vivait avec les siens.
09:08Quel conseil il donnait aux enfants ?
09:10Quel conseil il donnait aux neveux ?
09:12Comment il se comportait avec le personnel de maison ?
09:17Et c'est là, c'est cette dimension,
09:21est méconnue là, que j'ai mis en œuvre dans cette œuvre.
09:24C'est-à-dire que le commun des mortels ne connaissait pas celui de l'homme.
09:28C'est-à-dire que comment, dans son univers familial,
09:31comment il se comportait, en tout cas vraiment,
09:34et je ne voulais pas d'extraire aventure racontée par des gens qui n'ont pas vécu les faits.
09:38C'est ça la particularité de cette œuvre que j'ai écrite.
09:40Donc j'ai mis dix ans, c'est dix ans de recherche.
09:43Il ne faut pas vous lever un matin comme ça pour écrire sur Foubouni.
09:46Pour écrire sur Foubouni, il faut lire ce que les autres ont écrit.
09:48Et parmi ces personnes qui ont écrit, je pense que Frédéric Gramelle a fait un travail d'assette,
09:54un travail d'orfèbre qu'il faut lire absolument.
09:57Il faut lire ce qu'il a écrit.
09:58Il a fait des recherches.
10:00Il ne fait pas que flagonner le président.
10:02Il montre les limites.
10:03Il sont nombreux qui ont écrit sur Foubouni.
10:06Et je pense que je n'ai pas terminé,
10:07parce que depuis l'apparition de cette œuvre,
10:10j'ai beaucoup de personnes qui m'apportent des témoignages au quotidien.
10:13Donc bientôt, il y aura un tome 2 sur la face de me connaître du président Foubouni.
10:16Et j'ai rencontré vraiment des personnes qui, au départ, ne croyaient pas à mon projet,
10:21comme je lui ai décidé de parler à la lumière de ce qu'ils ont entre les mains.
10:24Et donc bientôt, il y aura un tome 2 de ce livre,
10:27parce que c'est le livre événement de l'année 2026, comme je le dis.
10:31On a vraiment fait des recherches.
10:33Et moi, j'encourage les humains à le lire.
10:41Foubouni, c'était un visionnaire.
10:45Foubouni pensait à ce qu'il allait faire dans 50, dans 100 ans.
10:49Vous voyez même la ville d'Abidjan.
10:50Vous voyez les rues qui sortent partout.
10:52Mais c'est déjà dessiné.
10:53Ce n'est pas fait, mais c'est dessiné.
10:56Toutes ces rues que vous voyez actuellement à Abidjan, qu'on invente,
10:59mais c'est déjà écrit.
11:01Le président a déjà réfléchi pour 50, 100 ans.
11:05Les projets sont là.
11:06Il s'agit simplement de le dépoussiérer.
11:07Le président Foubouni avait une vision.
11:09Et ça, il faut louer cela.
11:12En tout cas, moi, je suis fasciné par l'homme.
11:15Je continue de lire.
11:17Je continue de découvrir les ouvrages.
11:19J'ai même découvert récemment un ouvrage qu'il a écrit,
11:22qui n'a jamais été distribué.
11:24Oui, qui n'a jamais été distribué,
11:26mais qui est entre les mains de ces petits nouveaux
11:29qui n'ont jamais été distribués,
11:31un nouveau qui n'a pas connu de publicité.
11:34Ce pour dire qu'il y a encore des choses à connaître sur le président Foubouni.
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