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  • il y a 14 ans
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Transcription
00:18Je m'appelle Daniel Beretta
00:20et je double en l'occurrence Arnold Schwarzenegger depuis 1987.
00:28Car il adore s'éclater dans la jungle, pas vrai ?
00:31C'était une journée de 1987 donc et j'étais dans un studio qui s'appelle SIS
00:36et je dis au revoir à un pote qui était avec une dame.
00:40Je dis salut Max, au revoir madame, comme ça normalement.
00:44Et la dame c'était Jacqueline Porrel, c'est une grande dame du doublage.
00:48Je me dis attendez, attendez, est-ce que vous pouvez m'appeler demain matin,
00:5111h précise, prenez la voix la plus grave possible avec un accent russe.
00:55Vous savez le faire ?
00:56J'ai dit oui, bien sûr, je ne l'avais jamais fait de ma vie.
01:00Et donc à 11h le lendemain matin, le téléphone dit,
01:03Allô, je voudrais parler madame Jacqueline Porrel, s'il vous plaît.
01:05Ah, Arnold, Arnold, arrêtez, recommencez, recommencez.
01:08J'entends qu'on met le haut-parleur dans la salle,
01:11je recommence, je dis quelques mots et j'entends derrière,
01:13He got the job !
01:15Si on allait dîner ?
01:17Ouais, quand ?
01:18Dans un millier d'années.
01:19Donc je sais que Schwarzenegger demandait à ce que je le double,
01:22partout, même dans les interviews.
01:25C'était pas en libre, c'était pas doublé, c'était en voix off.
01:29C'est-à-dire, on l'entend lui, et moi je parle un petit peu après pour la traduction.
01:32Il a voulu que je fasse tout, sauf les discours politiques.
01:36Donc il y a eu beaucoup de choses.
01:37Même depuis qu'il est gouverneur, il s'est passé plein de choses avec sa voix.
01:41C'est quoi son problème ?
01:42Il veut devenir président.
01:45Je m'appelle Patrick Poivet, j'ai l'honneur d'être la voix française de Bruce Willis.
01:53Voyons qui veut cette mission.
01:55Vous connaissez une île qui s'appelle Vilena ?
01:57En général, on va chercher une voix qui correspond un peu au regard.
02:00C'est pas obligatoirement des voix similaires,
02:04mais tous les grands acteurs ont un regard extraordinaire en général.
02:08C'est ce qui fait la personnalité.
02:11Donc on va chercher une voix qui remplit le personnage qui est à l'écran.
02:15Et nous, on essaye de s'approcher le plus possible par rapport aux déplacements.
02:20Et on est dirigé, heureusement, un directeur artistique.
02:22Et quand on a eu la chance d'avoir un grand adaptateur,
02:27alors vous avez un bon adaptateur, un bon directeur artistique,
02:31il faut d'abord un bon film,
02:33un bon acteur, un génial,
02:35et puis après vous avez un bon ingénieur du son,
02:38des bons studios, là où nous sommes,
02:41et à ce moment-là, vous avez essayé d'abîmer le moins possible le film.
02:59C'est un travail de comédien, c'est une facette totalement différente,
03:03mais c'est un travail de comédien.
03:06J'aurais tendance à dire que ça demande un petit peu plus, peut-être, de technique,
03:11encore qu'au théâtre ou au tournage, il en faut beaucoup.
03:15Disons que la technique n'est pas la même.
03:17Wow ! Tu sais quoi ?
03:20Pour toi, j'ai une super idée.
03:22On a l'impression de le connaître un peu.
03:26Quand on le voit en interview à la télévision,
03:32les gens que je double, quand je les vois comme ça,
03:35j'ai toujours l'impression de les connaître et de voir un ami à l'écran.
03:41On se ressemble beaucoup, lui.
03:43On a beaucoup, beaucoup de points communs.
03:45D'abord, il aime les Harley Davidson, moi aussi.
03:47Une certaine traversée du désert.
03:51Et puis, je le trouve prodigieux.
03:55Y compris dans les mauvais, enfin, entre guillemets,
04:00j'aime pas dire ce mot, mais dans les films de second ordre
04:04qu'il a pu tourner justement pendant sa traversée du désert,
04:08il a toujours quelque chose d'étonnant.
04:10Il est, comment dire, j'ai pas écrit avec l'écran.
04:13Il est présent.
04:15C'est tout simplement très bien.
04:17Tu sais apprécier les bonnes lames.
04:18Je m'appelle Luc Bernard et je double Dolph Lundgren.
04:22Life's a joke, shit burn !
04:25Si tu veux pas que le méchant te défonce,
04:27qu'il te sert à mâcher tes chewing-gums,
04:29écrase et fais preuve d'un peu de respect !
04:31Moi, je suis là pour qu'une fois qu'on va entendre le doublage en français,
04:35ce soit cohérent,
04:37et que quand les gens regardent le film,
04:39il n'y a pas quelque chose qui les choque.
04:40On n'est pas là au doublage pour refaire les films.
04:43On n'est pas réalisateurs, on n'est pas...
04:45On est juste là pour transmettre ce que les gens ont fait en anglais ou une autre langue,
04:50et le mettre en français.
04:51Donc l'idée, c'est d'aller vers ce que font les acteurs.
04:53Alors, on y apporte évidemment quelque chose.
04:56On y apporte l'écoute qu'on a eue.
04:58C'est-à-dire que deux acteurs ne vont peut-être pas entendre une scène de la même manière.
05:01C'est ça qui va faire la différence entre deux acteurs.
05:03Parce que vous pouvez avoir plusieurs acteurs qui sont aussi bons,
05:07qui sont aussi synchrones,
05:08qui ont des belles voix,
05:10il n'y a pas de problème.
05:11Ce qui va faire la différence après,
05:12c'est ce qu'on y apporte, notre propre histoire,
05:15notre émotion, notre sensibilité.
05:17C'est surtout là-dessus.
05:18Ce qui est intéressant,
05:20c'est qu'avec le temps, en connaissant un acteur,
05:23il y a peut-être une sorte de complicité à sens unique,
05:25parce que ce n'est pas lui qui est complice avec vous.
05:28Mais au niveau de sa façon de jouer certaines scènes,
05:32au niveau de la façon dont il fait passer les choses,
05:35c'est un petit plus de connaître un acteur
05:38et de l'oublier depuis longtemps.
05:39Mais ce n'est pas important, je suis là pour toi,
05:41c'est ça qui est important.
05:42Je m'appelle Boris Rélanger,
05:43et dans le film, je double Jason Statham.
05:47Qu'est-ce que tu veux ?
05:50Ta vie.
05:52Quelle est-ce que j'aime les grands espaces ?
05:56La prison, ce n'est pas trop mon truc.
05:58Déjà, si on vous choisit vous,
06:01c'est d'une part que vous avez une voix qui peut être assez raccord,
06:04on sait que vous pouvez la voir,
06:07et aussi avec le tempérament d'acteur que vous êtes, d'énergie,
06:10parce qu'on s'investit physiquement.
06:13Moi, je ne peux pas jouer si physiquement, je ne bouge pas,
06:16comme ça, accroché à la barre.
06:18Il y a un rythme physique derrière une barre.
06:21Si le personnage arrive, sort un flingue,
06:23je vais faire semblant de le faire,
06:25parce qu'en faisant le geste,
06:27on ne va pas avoir la même respiration que si on est tranquille comme ça.
06:29Comme dans la vie, vous n'avez pas la même respiration,
06:31si vous courez, si vous êtes ému,
06:33si vous êtes en train de discuter comme ça.
06:37Un peu comme si on tournait la scène,
06:38sauf qu'on est juste derrière une barre et qu'on ne peut pas trop bouger,
06:40parce qu'il y a le micro.
06:41Oui, exactement, c'est comme si je tournais la scène.
06:44Mais c'est moins fatigant, d'ailleurs.
06:46Je te pardonne.
06:48Ok.
06:49Enfin, jamais, j'aurais gagné.
06:51Mon nom est Pierre-François Pistorio,
06:53et je double Jet Li.
06:55Je travaille plus plus que le reste.
06:56Non, vous ne le faites pas.
06:57Oui, je le fais.
06:58Parce qu'ils sont plus hauts.
07:00Alors, tout est plus dur pour moi.
07:02Quand je suis blessé, la blessure est plus grande.
07:04On se rend compte très souvent que tel personnage a telle voix,
07:06et que ça correspond quand même à une morphologie.
07:09Avec un système de résonateur,
07:10un Africain n'a rien à voir avec un Asiatique,
07:12l'émission de la voix n'est pas la même.
07:14Alors évidemment, pour prétendre faire un espèce de travail dans le naturalisme,
07:16dans le réalisme, on aurait tendance à dire
07:18qu'on va prendre des Asiatiques pour faire des Asiatiques.
07:19Sauf que notre métier à nous, c'est un peu comme les marionnettistes,
07:22c'est qu'on a un instrument qui est vocal dans le cas présent,
07:25et on peut quand même moduler pour en tirer certains aspects,
07:28ou mettre en avant des caractères de la voix, etc.
07:31C'est vrai que la tentation, si on double un personnage asiatique,
07:33c'est de faire monter la voix dans les aigus,
07:34et presque de prendre un accent.
07:36À éviter.
07:37Ça devient très vite péjoratif ou caricatural.
07:40Ce n'est pas drôle.
07:41Je pense qu'on a un timbre de voix.
07:43J'ai un timbre de voix qui n'est pas très éloigné du sien.
07:45J'ai plus de basse, en bonne occidentale,
07:48à la fois légère et en même temps avec des résonateurs qui sont proches.
07:51Il y a une vraie proximité.
07:52C'est ça qui détermine le fait qu'on accroche à un rôle ou pas.
07:57Il ne faut pas déborder l'image, comme on dit.
07:58Il ne faut pas en faire plus que ce qui est dans l'image.
08:00Il ne faut pas non plus en faire moins.
08:02Mais c'est vrai que s'il y a une glotte qui bouge,
08:03et on sent que le personnage est exorbité,
08:05il faut le suivre.
08:07Il faut être très disponible et être capable de retenir
08:09autant que d'en rajouter.
08:11On est vraiment à la disposition de quelqu'un.
08:13Il ne s'agit pas pour nous d'aller vers l'imitation de ce qu'ils ont fait,
08:16mais de donner une équivalence.
08:17Donc ça reste de l'interprétation, même si on est copiste.
08:21Dernière chance, laissez les otages partir,
08:24ou vous mourrez.
08:25Je m'appelle Alain Dorval, je suis comédien,
08:27je double Sylvester Stallone depuis...
08:30On évitera de préciser.
08:32Enfin, depuis le premier Rocky.
08:33Tu me souviens.
08:34Hein ?
08:35Pour une fois dans ta misérable existence.
08:40Alors fais-moi enterrer.
08:43Accordé.
08:43On m'a toujours dit qu'on me reconnaissait ma voix entre X,
08:46je ne vais pas dire entre mille, mais enfin bon.
08:50Et je me souviens d'avoir participé à une émission de télé.
08:53On était plusieurs comédiens qui doublions des comédiens américains,
08:58entre autres, et personne ne m'a reconnu.
09:01Quand je parle comme ça, il était naturel.
09:03Si on ne sait pas que je fais ça, je ne pense pas qu'on me reconnaisse.
09:06Je n'en sais rien.
09:07Quand il y a l'image, c'est totalement différent, mais...
09:10Vous savez, dans tous les Rocky, il y a un personnage que je trouve très savoureux
09:13qui s'appelle Pauly, qui est son beau frère.
09:16Bon, et malheureusement, le comédien qui l'a toujours doublé
09:20n'est plus là aujourd'hui.
09:21Il s'appelle Serge Sauvion, il a beaucoup de talent.
09:24Et Serge, c'était la voix de Columbo.
09:26Et quand vous voyez un Rocky, je pense que personne ne dit que
09:30l'affreux Jojo, qui s'appelle Pauly, est doublé par Columbo.
09:35Donc, je crois qu'on a l'habitude de mettre les gens dans des petites boîtes.
09:40Il y a un manque d'imagination qui fait que
09:42quand on vous met dans une boîte, on ne pense pas que vous pouvez en sortir.
09:45De même, beaucoup de gens m'ont souvent dit qu'au guignol,
09:48ils m'avaient entendu parce qu'ils entendent mon grand copain Yves Lecoq
09:53être la voix de Sylvestre.
09:54Ça n'a jamais été moi, c'est Yves.
09:57Je pense effectivement en doublage qu'on a...
09:59Je crois que j'ai une voix autre que celle que j'ai quand je vous parle.
10:04Mais je n'appuie pas sur un bouton.
10:06Mais il y a une image, il y a un comédien, il y a un personnage aussi
10:11qui est dans certaines situations.
10:15Il est rare qu'il soit dans une situation telle que celle
10:17dans laquelle on est en ce moment en train de discuter
10:20au coin du feu, tranquillement.
10:23Donc c'est très souvent l'action.
10:28Donc ce qui fait qu'on est différent, je veux dire,
10:30puis malgré tout la caractéristique pour moi du fait d'être comédien,
10:35c'est d'être autre chose que soi-même, sinon ce n'est pas la peine.
10:37Sous-titrage Société Radio-Canada

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