00:00 *Générique*
00:05 Bonsoir à toutes et à tous, on va parler de géo-énergie.
00:08 Ce soir, cette énergie contenue dans le sous-sol de la Terre et qui peut chauffer ou refroidir les bâtiments.
00:14 Une énergie sous-exploitée en France.
00:17 Bonsoir Alice Chounier.
00:18 Bonsoir Isabel.
00:19 Vous êtes ingénieure de formation, co-fondatrice et présidente de l'entreprise Géosophie.
00:24 Hier, le Sénat a adopté le projet de loi sur l'accélération des énergies renouvelables.
00:29 Ce texte prévoit d'analyser systématiquement le sous-sol avant la construction ou la rénovation de bâtiments
00:37 pour voir si on peut prévoir des installations géo-énergétiques.
00:41 C'est votre métier précisément.
00:42 Est-ce que vous pensez que ça va accélérer le développement de cette filière qui est pour l'instant, je l'ai dit, totalement sous-exploitée ?
00:48 Absolument.
00:49 Donc aujourd'hui, de quoi parle-t-on quand on parle de géo-énergie ?
00:52 Il s'agit bien d'aller dans le sol quelques mètres sous terre.
00:55 Pour la même raison que les animaux font des terriers parce qu'ils vont y chercher en hiver de la chaleur et en été de la fraîcheur.
01:02 Nous, on ne va pas les vivre dans des terriers, on va faire circuler de l'eau dans le sol.
01:05 Cette technologie aujourd'hui représente 1% du chauffage et du rafraîchissement en France.
01:10 Elle a le potentiel de couvrir 50% des besoins.
01:12 Le plan géothermique qui a été annoncé la semaine dernière prévoit qu'on va aller à 20%, c'est-à-dire 100 TWh d'ici 15 ans.
01:20 Avec cette loi, c'est un...
01:21 Et 100 TWh, d'après ce que j'ai compris, ça permet de remplacer le gaz russe qu'on importait en 2022 avant la guerre en Ukraine.
01:28 C'est énorme.
01:29 Absolument. On ne parle pas du tout d'une niche.
01:31 Et de ce point de vue-là, la loi que vous venez de mentionner, c'est vraiment un pas en avant,
01:36 puisqu'on sort de l'anonymat de cette énergie renouvelable que personne ne connaissait, vers quelque chose qui va être systématisé.
01:43 Et de ce point de vue-là, il s'agit maintenant d'apporter l'expertise,
01:46 ce que précisément on cherche à faire avec Géosophie et nos outils qui analysent ce potentiel automatiquement.
01:51 Et alors, ça veut dire qu'une fois qu'on aura la cartographie précise, on pourra installer de la géoénergie partout en France ?
01:58 C'est possible partout ?
01:59 Alors, partout, partout, non.
02:00 De toute façon, il n'y a pas de solution miracle.
02:02 Mais c'est possible sur 90% du territoire, si on regarde déjà les risques géologiques.
02:07 Donc, il y a des endroits où, effectivement, ça concerne 10% du territoire.
02:11 Il y a soit des roches qui gonflent, qui se dissolvent, de la pollution, ou au contraire de l'eau potable.
02:14 Et on est très content d'être en France et dans ces zones d'eau potable qui sont protégées.
02:18 Donc, on exclut ces zones-là, qui représentent 10%.
02:21 Il nous reste 90% comme terrain de jeu.
02:23 Alors, après, on ne va pas pouvoir en faire partout.
02:25 Pourquoi ? C'est quoi ? C'est trop cher ? Ça coûte cher ?
02:28 Alors, il va y avoir effectivement des arbitrages financiers à faire.
02:32 Donc, le trop cher, il dépend du prix de l'énergie.
02:36 Donc, ce trop cher ne veut pas dire grand-chose.
02:38 Il est toujours à comparer avec une source.
02:40 Ça va dépendre aussi du type de bâtiment, de son usage.
02:44 Et d'ailleurs, on ne va pas faire toujours la même chose.
02:47 Si on s'adresse à une maison individuelle, on ne va pas faire des forages.
02:50 On va faire plutôt des tranchées dans le sol et venir placer des dispositifs fabriqués en usine,
02:54 qu'on appelle des dispositifs compacts à 5 mètres sous la terre.
02:57 Si on parle maintenant d'un gros bâtiment, à l'extrême, on va même pouvoir aller, cette fois-ci,
03:01 chercher de l'eau souterraine qui, en s'écoulant tout doucement dans le sol,
03:05 prend la fraîcheur ou la chaleur.
03:08 Et on va la remonter à l'aide de deux forages, deux qui peuvent faire jusqu'à 50 et même jusqu'à 200 mètres de profondeur.
03:14 Mais quand je vous écoute, ça correspond quand même à des investissements lourds, des investissements importants.
03:19 En fait, ce qu'il faut dire, c'est que ça permet à terme d'économiser de l'énergie.
03:23 Mais à l'origine, ça coûte cher.
03:25 Donc, c'est un investissement qui est hyper variable en fonction des usages et des besoins,
03:29 qui se rentabilise de façon très variable.
03:31 Mais effectivement, une fois qu'on va chercher cette eau souterraine,
03:35 ou qu'on la fait circuler dans le sol si on ne la sort pas directement du sol,
03:39 on n'a quasiment plus de coût d'exploitation.
03:42 C'est-à-dire que l'investissement de départ, c'est un investissement pour une source qui va durer 50 ans
03:46 et qui va être produite ensuite de façon gratuite.
03:49 Et c'est une source décarbonée, renouvelable et locale.
03:53 Est-ce que ça permet de se passer totalement d'énergie fossile par la suite
03:58 ou est-ce qu'il faudra quand même un petit chauffage d'appoint, j'allais dire ?
04:01 Parce que j'ai compris que ça permet de maintenir une température constante d'environ 15 degrés.
04:05 15 degrés, ça fait froid quand même.
04:07 Oui, donc la température qu'on va chercher, effectivement, c'est 15 degrés.
04:10 15 degrés, ça peut suffire directement à rafraîchir un bâtiment.
04:13 On n'en parle peut-être pas assez, mais on va en avoir de plus en plus besoin avec les canicules.
04:17 Et là, c'est direct, il n'y a pas besoin d'autre chose.
04:19 Ça peut servir au chauffage, genre pas avec du gaz.
04:22 En fait, en général, c'est avec une pompe à chaleur.
04:24 C'est une pompe à chaleur qu'on va utiliser pour amener ces 15 degrés vers la température
04:28 qui réchauffe le bâtiment.
04:29 Donc, en fonction des émetteurs, ça va de 40 degrés jusqu'à 50, 60 degrés.
04:35 Et cette variation faite grâce à la pompe à chaleur,
04:39 elle va nécessiter beaucoup moins d'énergie que si on utilisait cette pompe à chaleur avec de l'air extérieur.
04:45 Donc typiquement, entre 30 et 50% de consommation électrique en moins
04:50 par rapport à une pompe à chaleur aérothermique.
04:53 Donc, quand vous allez voir vos clients potentiels, vous leur dites à terme,
04:57 vous pouvez économiser entre 30 et 50% de votre facture d'énergie.
05:01 Alors, même là, on comparait une pompe à chaleur aérothermique avec une pompe à chaleur géothermique.
05:05 Si on compare au gaz, c'est même plus que ça.
05:07 En fait, on peut diviser jusqu'à parfois par 5 la consommation, par 10 les émissions de CO2.
05:12 Donc, avoir un impact extrêmement important.
05:15 Aujourd'hui, qui sont vos clients actuels et vos clients potentiels demain ?
05:18 Alors aujourd'hui, nos clients, c'est principalement...
05:20 On imagine que ce n'est pas le particulier.
05:21 Alors aujourd'hui, non.
05:22 Aujourd'hui, on s'adresse principalement à des sociétés foncières
05:25 qui ont des patrimoines immobiliers importants.
05:28 On travaille principalement sur des bâtiments de grande taille.
05:31 Mais c'est parce que c'est notre positionnement en tant qu'entreprise.
05:35 Ça ne veut pas du tout dire, c'est ce que j'exprimais tout à l'heure,
05:38 que cette technologie ne s'applique pas à d'autres typologies.
05:40 Nous, on a fait ce choix plutôt d'un point de vue commercial
05:43 parce que ça nous permet d'avoir un impact fort rapidement.
05:47 Et vous pensez qu'avec ces deux dispositifs, avec ce projet de loi qui vient d'être adopté
05:53 et avec le plan géothermique qui a été annoncé la semaine dernière par le gouvernement,
05:57 cela pourrait permettre à la France de rattraper le retard qu'elle a accumulé
06:01 par rapport à la Suède ou à la Suisse, par exemple ?
06:03 Oui, absolument.
06:04 Donc vous mentionnez d'autres pays européens qui se sont équipés.
06:07 Alors par exemple, la Suède, dès les années 70.
06:09 Aujourd'hui, effectivement, c'est 20% de leurs bâtiments qui sont déjà équipés.
06:13 Nous, notre objectif, c'est de faire ça en 15 ans.
06:16 Donc beaucoup plus rapidement que ce qu'ils ont fait eux
06:19 parce qu'on n'a pas les moyens d'attendre si longtemps.
06:21 Et ce sont des mesures absolument clés et phares qui vont nous permettre d'atteindre ça.
06:26 Donc vous pensez qu'on va pouvoir atteindre cet objectif ?
06:28 Alors évidemment. Ce qu'on propose nous en tant qu'entreprise,
06:33 c'est déjà de démocratiser l'accès, de faciliter la compréhension
06:37 et le fait de se projeter pour un propriétaire.
06:40 Parce qu'il va savoir très vite avec nous combien ça coûte
06:44 et combien d'énergie on peut aller chercher.
06:46 Et ensuite, il y a toute la filière avec laquelle on travaille
06:48 qui est également en pleine croissance et en plein essor.
06:51 On parle notamment des foreurs.
06:53 Une école de foreurs vient d'être ouverte dans le sud de la France.
06:56 En 11 semaines, on forme un foreur aujourd'hui.
06:59 Et donc il s'agit maintenant de motiver tout un...
07:03 Pour le développement de la filière.
07:05 Voilà, c'est ça, de faire la transition.
07:06 Merci beaucoup Alice Chounié, cofondatrice présidente de Géosophie.
07:09 Invité Echo de France Info ce soir.