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  • il y a 3 ans
Après l'adoption de la réforme des retraites par l'article 49.3 et le rejet de deux motions de censure du gouvernement, Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, est l'invité de 7h50. Face au blocage au dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer il annonce des "réquisitions ciblées".

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Transcription
00:00 Il est 7h48 et en l'absence de Léa Salamé qui présente ce soir avec Michel Cymes sur
00:05 France 2 une grande soirée spéciale « Santé en France, l'état d'urgence », c'est
00:09 vous Yael Ghos qui recevez ce matin le ministre des Transports.
00:13 Bonjour Clément Beaune.
00:14 Bonjour Yael Ghos.
00:15 Nous on va interroger la santé du gouvernement.
00:16 A neuf voix près vous êtes toujours ministre, à neuf voix près il n'y avait plus de
00:21 gouvernement et plus de réforme.
00:22 Je lisais une des Pech Reuters tout à l'heure qui titrait « Le gouvernement survit à
00:27 la motion de censure ». Pas en vie, en survie.
00:29 Est-ce que vous êtes en survie ? Non, écoutez, le sort personnel n'est pas très important,
00:33 le sujet c'est la situation politique, la situation sociale.
00:36 Il y a, avec des procédures démocratiques, j'insiste parce qu'il y a beaucoup de
00:41 confusion dans les propos des uns et des autres, des responsables politiques ces derniers
00:44 jours, une réforme des retraites qui a été hier adoptée au Parlement à l'issue de
00:50 ce vote, parce que la motion de censure étant rejetée, la réforme est adoptée.
00:54 Je crois qu'il y aurait deux erreurs qu'il ne faut pas commettre.
00:57 D'abord, justifier, parce qu'on l'a vu encore cette nuit, des violences, des violences
01:02 dans les actes, des violences parfois dans les mots politiques.
01:05 Quand j'entends parler d'insurrection, quand j'entends Mathilde Panot comparer
01:08 le président de la République à Caligula, un despot sanguinaire, franchement, je crois
01:13 qu'on perd la boussole et qu'on perd les repères.
01:14 Et puis, il ne faudrait aussi pas commettre l'erreur de faire comme si de rien n'était.
01:18 Il y a eu des mobilisations importantes, responsables, respectueuses, menées par Laurent Berger,
01:25 par d'autres responsables syndicaux notamment.
01:27 Et ça, je crois qu'il faut les entendre aussi sur beaucoup de sujets sociaux.
01:31 Est-ce que c'est à droit de la part de la première ministre de dire, comme elle
01:34 l'a fait hier soir, qu'elle a le sentiment du devoir accompli ?
01:36 La première ministre a mené une réforme qui était proposée par le président de
01:40 la République à ciel ouvert au moment de l'élection présidentielle, qui a été
01:44 ensuite proposée par elle-même et tous ceux qui, comme moi, sont présentés aux élections
01:48 législatives dans la majorité, qui est aujourd'hui la première force politique de l'Assemblée
01:52 nationale.
01:53 Et elle l'a conduite comme chef de gouvernement avec beaucoup de courage.
01:57 On aime ou on n'aime pas cette réforme, ça c'est la démocratie.
01:59 Mais je pense, et moi je le dis, que la première ministre a fait preuve à la fois d'ouverture
02:03 et de courage dans ce moment.
02:05 Donc oui, je pense que ce sont les bons mots.
02:07 Elle a fait cette réforme avec un sentiment de devoir et la volonté d'avancer.
02:12 Et elle veut continuer, elle l'a dit, à porter avec son gouvernement les transformations
02:15 nécessaires au pays.
02:17 Donc rien ne change, elle reste à Matignon.
02:18 Écoutez, ça c'est le président de la République et la première ministre qui en
02:20 discute et qui décide dans nos institutions.
02:23 Mais pour répondre très clairement, mon avis, c'est que je souhaite que la première
02:28 ministre puisse, comme elle l'a dit, continuer à porter d'autres réformes.
02:32 Parce que notre agenda politique, c'est la réforme des retraites, certes, ça n'est
02:35 pas que la réforme des retraites.
02:36 Il y a beaucoup de choses à faire dans les mois qui viennent.
02:38 La fin du cheminement démocratique, c'est les mots de l'Elysée, mais pas de la contestation
02:43 de la réforme.
02:44 Encore des dizaines de manifestations spontanées hier soir, cette nuit, un peu partout en France.
02:48 34 interpellations à Paris et puis une grève dure dans les raffineries, avec des affrontements
02:53 cette nuit à Donge, entre forces de l'ordre et des grévistes.
02:57 Des blocages en cours à Fos sur Mer.
02:59 Est-ce qu'on est reparti comme à l'automne pour un nouveau cycle de réquisitions ?
03:03 Alors, je ne confonds pas la grève et le blocage.
03:05 La grève s'est autorisée, le blocage durable, parfois violent, ça ne l'est pas.
03:11 Et on a, à certains endroits dans le pays, je pense au Bouche du Rhône en particulier,
03:15 des situations sur les carburants qui deviennent extrêmement risquées.
03:18 La moitié des stations-services à l'heure où on parle, qui dans les Bouches du Rhône
03:23 sont en difficulté, pas forcément à sec, mais en difficulté.
03:25 Et donc, oui, ce matin, de manière ciblée, des réquisitions sont en cours à Fos sur
03:31 Mer spécifiquement.
03:32 Les réquisitions, c'est toujours un dernier recours.
03:35 C'est encadré par la loi et tant mieux, parce que c'est évidemment un équilibre
03:39 avec le droit de grève.
03:40 Et donc, le gouvernement a engagé ce matin, par arrêté préfectoral, des réquisitions
03:45 très ciblées à Fos sur Mer parce que là, on est en situation extrêmement difficile.
03:49 Parce que vous tirez les leçons de l'automne quand vous aviez tardé à le faire ?
03:51 Les leçons de l'automne, il y avait eu un peu de surprise face à ce mouvement qui
03:55 avait été dur.
03:56 Effectivement, je rappelle qu'à l'automne, on peut refaire le film.
03:59 Peut-être que ça avait été trop tard, mais il y avait eu des interventions là aussi
04:03 très ciblées.
04:04 Certains disaient il faut tout réquisitionner.
04:05 Je pense que c'est jamais la bonne méthode.
04:06 D'autres disaient il ne faut rien faire.
04:08 On a réquisitionné à l'automne de manière précise, encadrée, confirmée par la justice.
04:13 A chaque fois, on applique la même méthode, c'est-à-dire l'application stricte de
04:18 la loi qui permet la réquisition dans ces cas très tendus.
04:21 Et dans les bouches du Rhône, c'est très tendu.
04:23 Chacun l'a constaté hier.
04:24 Alors, on attendait la parole du président de la République.
04:26 Ce sera le cas demain sur TF1 et France 2 à 13h.
04:29 En attendant, c'est réunionnite à tous les étages du pouvoir.
04:32 Le président consulte les chefs de la majorité ce matin à l'Elysée.
04:35 Il déjeune avec Gérard Larcher et Elbron Pivet.
04:38 Il reçoit ce soir tous les parlementaires Renaissance, Horizons, Modem.
04:41 Qu'est-ce qui se joue ? Qu'est-ce qu'ils cherchent ?
04:43 Mais c'est un moment politique important et difficile.
04:46 Après ce qui s'est passé, il ne faut pas non plus être sourd et aveugle.
04:50 Il y a eu des contestations, bien sûr.
04:51 Un processus parlementaire compliqué.
04:53 Il a été mené dans le cadre de la Constitution, mais il a été compliqué.
04:56 Quand on voit qu'un tiers du groupe Les Républicains, d'une droite qui se veut
05:01 réformatrice, n'a pas voulu soutenir la réforme et a voté même la motion de censure,
05:07 c'est qu'il y a un moment politique compliqué.
05:08 Donc, je pense que le président de la République réunisse les chefs de partie de la majorité,
05:12 les ministres qui ont porté la réforme, le président du Sénat, la présidente de l'Assemblée.
05:15 C'est normal.
05:16 On lui reprocherait sinon de ne pas consulter, de ne pas écouter.
05:18 Et je pense qu'il faut le faire dans un cadre institutionnel.
05:21 C'est-à-dire ceux qui ont porté la réforme et ceux et celles qui, au Parlement, doivent
05:26 aussi dire quelles solutions ils voient pour le président.
05:28 Il ne va pas décider tout seul.
05:30 Et donc, il s'exprimera ensuite à l'issue de ce moment de consultation.
05:33 La boîte à idées est grande ouverte.
05:36 Votre collègue Gilles Le Gendre, ancien patron du groupe En Marche à l'Assemblée,
05:40 pendant le premier quinquennat, compare la situation à 1958 et à 1968, les deux dates.
05:45 Gravité du moment, il dit, il faut que le président prenne une hauteur maximale.
05:48 Il faudrait une nouvelle feuille de route avec référendum derrière des Français.
05:51 Est-ce que vous y sous-estimez ?
05:52 Moi, je me méfie toujours des grandes comparaisons historiques.
05:55 Ce que je crois profondément, c'est qu'une nouvelle phase s'ouvre et c'est que le
05:58 président, en effet, doit prendre la parole pour indiquer ce que je disais à l'instant,
06:02 c'est-à-dire, oui, la réforme des retraites, c'était difficile.
06:04 C'est une réforme de responsabilité pour l'avenir.
06:06 Elle a suscité des incompréhensions des oppositions.
06:09 Des oppositions, je le crois profondément, pas seulement à ce sujet de l'âge, comme
06:12 on l'a entendu aussi, mais à la question du manque de service public, à la question
06:17 des salaires, à la question de l'inflation.
06:18 Si on vous suit, il est exclu de la retirer, si on vous suit, si on vous écoute.
06:21 Le Parlement l'a voté, ce serait quand même étonnant.
06:24 Vous avez plein de précédents, vous savez, de mouvements sociaux, 1984, l'École libre,
06:28 2006, CPE, où le 49-3 a été utilisé, la motion de censure a été rejetée, le mouvement
06:32 social, à la fin, fait que le président peut le dire.
06:33 Oui, vous avez aussi un certain nombre, je pense à la réforme rocaire de la CSG, de
06:37 49-3, qui ont été utilisées pour des réformes très importantes, avec des majorités plus
06:41 étroites encore et qui ont avancé.
06:43 Je crois que le sujet fondamental, c'est d'ouvrir un nouveau chapitre, notamment sur
06:46 le champ social.
06:47 On a beaucoup entendu dans les manifestations les sujets de pouvoir d'achat, les sujets
06:50 d'inflation, les sujets de service public.
06:51 Je l'ai vu dans le secteur des transports.
06:52 Moi, j'ai fait beaucoup de rencontres avec des usagers, des agents publics.
06:55 À chaque fois, le sujet premier, c'était est-ce que le service public est à la hauteur ?
07:00 Est-ce que les gens ont assez de train, assez présent, assez à l'heure ?
07:02 Est-ce qu'il y a de la présence humaine dans nos gares ?
07:04 Est-ce que c'est pareil dans nos hôpitaux ?
07:05 Dans nos écoles, je crois que c'est sur ces sujets sociaux notamment qu'il faut
07:09 entendre la mobilisation et prendre des initiatives nouvelles.
07:12 Je pense à la loi sur le travail qui sera une des lois importantes sociales de ce mandat.
07:16 Mais Laurent Berger, qui vous demande une grande conférence sociale après retrait
07:19 de la réforme, vous lui dites non.
07:21 Conférence sociale peut-être, mais pas à retrait de la réforme.
07:24 Le retrait de la réforme, je crois que ce n'est pas le sujet qui a été exprimé hier
07:27 au Parlement.
07:28 Quoi qu'on pense de la réforme ?
07:29 Conférence sociale ?
07:30 Mais ça, c'est le président qui s'exprimera demain.
07:31 Vous le souhaitez ?
07:32 Moi, je souhaite qu'il y ait un chapitre social, que tout ce qu'on a exprimé dans
07:37 cette réforme sur le travail des seniors, sur les inégalités femmes-hommes, sur la
07:40 pénibilité, sur les reconversions professionnelles, sur les carrières longues, il y a encore
07:44 du boulot.
07:45 Je pense qu'il y a encore des mesures à prendre avec concertation des syndicats.
07:48 Moi, j'ai été obsédé par une chose, dans mon secteur en particulier pendant cette
07:51 période, mais comme d'autres ministres, c'est de garder le contact pour que le
07:56 fil ne soit pas rompu dans le dialogue syndical pour l'après.
07:58 Pour qu'on puisse reprendre une discussion, ça sera difficile.
08:01 Mais avec Laurent Berger, avec d'autres, c'est indispensable en effet, je crois,
08:04 d'avoir une discussion sur tous ces sujets de conditions de travail et de rémunération
08:08 notamment.
08:09 Risques économiques et financiers trop grands, voilà pourquoi le 49-3 a été enclenché.
08:12 C'est comme ça qu'Emmanuel Macron a justifié son recours jeudi dernier, pour pouvoir
08:15 emprunter aussi sur les marchés.
08:17 Or, dans son dernier rapport, l'agence de notation Moody's, agence américaine,
08:21 estime que le 49-3 va rendre difficile l'adoption de futures réformes structurelles en France.
08:25 Est-ce que c'est l'effet inverse de celui qui était recherché ?
08:28 Le sujet, ce n'est pas honnêtement le commentaire de telle ou telle agence de notation ou de
08:32 marché financier.
08:33 Le sujet, c'est d'être responsable.
08:34 Quand on parle de risque budgétaire ou financier, ce n'est pas sale, ce n'est pas un vain mot.
08:39 C'est parce que si vous ne financez pas votre modèle social, notamment les retraites
08:42 qui sont la première dépense sociale dans la durée, vous avez un problème.
08:46 Et je pense que même si c'est difficile aujourd'hui, dans 5 ans, dans 10 ans, dans
08:50 15 ans, peut-être des gens comme moi seront encore en politique, j'en sais rien, on
08:53 nous dira "que n'avez-vous fait ?" Et donc je pense qu'il fallait aussi assumer,
08:56 mais entendre qu'il y a une colère, un message aussi d'attente sociale très forte dans ce pays.
09:02 Jeudi, j'en ai une mobilisation, avez-vous des prévisions de trafic précises ?
09:05 Alors on les aura pour jeudi, un peu plus tard, pour être précis.
09:08 Je peux vous dire qu'aujourd'hui et demain, il y a quelques perturbations dans un certain
09:11 nombre de secteurs.
09:12 Par exemple, dans l'aérien, à l'aéroport d'Orly ou de Marseille, on doit annuler 20%
09:16 de nos vols pour aujourd'hui et pour demain.
09:18 Les prévisions pour jeudi seront sans doute un peu plus dégradées et on les fera d'ici
09:22 demain pour être très précis avec ceux qui attendent trains, bus et avions.
09:25 Merci Clément Bonheur et merci à Elgo Zidane.
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