00:00 Il est 7h48 et en l'absence de Léa Salamé qui présente ce soir avec Michel Cymes sur
00:05 France 2 une grande soirée spéciale « Santé en France, l'état d'urgence », c'est
00:09 vous Yael Ghos qui recevez ce matin le ministre des Transports.
00:13 Bonjour Clément Beaune.
00:14 Bonjour Yael Ghos.
00:15 Nous on va interroger la santé du gouvernement.
00:16 A neuf voix près vous êtes toujours ministre, à neuf voix près il n'y avait plus de
00:21 gouvernement et plus de réforme.
00:22 Je lisais une des Pech Reuters tout à l'heure qui titrait « Le gouvernement survit à
00:27 la motion de censure ». Pas en vie, en survie.
00:29 Est-ce que vous êtes en survie ? Non, écoutez, le sort personnel n'est pas très important,
00:33 le sujet c'est la situation politique, la situation sociale.
00:36 Il y a, avec des procédures démocratiques, j'insiste parce qu'il y a beaucoup de
00:41 confusion dans les propos des uns et des autres, des responsables politiques ces derniers
00:44 jours, une réforme des retraites qui a été hier adoptée au Parlement à l'issue de
00:50 ce vote, parce que la motion de censure étant rejetée, la réforme est adoptée.
00:54 Je crois qu'il y aurait deux erreurs qu'il ne faut pas commettre.
00:57 D'abord, justifier, parce qu'on l'a vu encore cette nuit, des violences, des violences
01:02 dans les actes, des violences parfois dans les mots politiques.
01:05 Quand j'entends parler d'insurrection, quand j'entends Mathilde Panot comparer
01:08 le président de la République à Caligula, un despot sanguinaire, franchement, je crois
01:13 qu'on perd la boussole et qu'on perd les repères.
01:14 Et puis, il ne faudrait aussi pas commettre l'erreur de faire comme si de rien n'était.
01:18 Il y a eu des mobilisations importantes, responsables, respectueuses, menées par Laurent Berger,
01:25 par d'autres responsables syndicaux notamment.
01:27 Et ça, je crois qu'il faut les entendre aussi sur beaucoup de sujets sociaux.
01:31 Est-ce que c'est à droit de la part de la première ministre de dire, comme elle
01:34 l'a fait hier soir, qu'elle a le sentiment du devoir accompli ?
01:36 La première ministre a mené une réforme qui était proposée par le président de
01:40 la République à ciel ouvert au moment de l'élection présidentielle, qui a été
01:44 ensuite proposée par elle-même et tous ceux qui, comme moi, sont présentés aux élections
01:48 législatives dans la majorité, qui est aujourd'hui la première force politique de l'Assemblée
01:52 nationale.
01:53 Et elle l'a conduite comme chef de gouvernement avec beaucoup de courage.
01:57 On aime ou on n'aime pas cette réforme, ça c'est la démocratie.
01:59 Mais je pense, et moi je le dis, que la première ministre a fait preuve à la fois d'ouverture
02:03 et de courage dans ce moment.
02:05 Donc oui, je pense que ce sont les bons mots.
02:07 Elle a fait cette réforme avec un sentiment de devoir et la volonté d'avancer.
02:12 Et elle veut continuer, elle l'a dit, à porter avec son gouvernement les transformations
02:15 nécessaires au pays.
02:17 Donc rien ne change, elle reste à Matignon.
02:18 Écoutez, ça c'est le président de la République et la première ministre qui en
02:20 discute et qui décide dans nos institutions.
02:23 Mais pour répondre très clairement, mon avis, c'est que je souhaite que la première
02:28 ministre puisse, comme elle l'a dit, continuer à porter d'autres réformes.
02:32 Parce que notre agenda politique, c'est la réforme des retraites, certes, ça n'est
02:35 pas que la réforme des retraites.
02:36 Il y a beaucoup de choses à faire dans les mois qui viennent.
02:38 La fin du cheminement démocratique, c'est les mots de l'Elysée, mais pas de la contestation
02:43 de la réforme.
02:44 Encore des dizaines de manifestations spontanées hier soir, cette nuit, un peu partout en France.
02:48 34 interpellations à Paris et puis une grève dure dans les raffineries, avec des affrontements
02:53 cette nuit à Donge, entre forces de l'ordre et des grévistes.
02:57 Des blocages en cours à Fos sur Mer.
02:59 Est-ce qu'on est reparti comme à l'automne pour un nouveau cycle de réquisitions ?
03:03 Alors, je ne confonds pas la grève et le blocage.
03:05 La grève s'est autorisée, le blocage durable, parfois violent, ça ne l'est pas.
03:11 Et on a, à certains endroits dans le pays, je pense au Bouche du Rhône en particulier,
03:15 des situations sur les carburants qui deviennent extrêmement risquées.
03:18 La moitié des stations-services à l'heure où on parle, qui dans les Bouches du Rhône
03:23 sont en difficulté, pas forcément à sec, mais en difficulté.
03:25 Et donc, oui, ce matin, de manière ciblée, des réquisitions sont en cours à Fos sur
03:31 Mer spécifiquement.
03:32 Les réquisitions, c'est toujours un dernier recours.
03:35 C'est encadré par la loi et tant mieux, parce que c'est évidemment un équilibre
03:39 avec le droit de grève.
03:40 Et donc, le gouvernement a engagé ce matin, par arrêté préfectoral, des réquisitions
03:45 très ciblées à Fos sur Mer parce que là, on est en situation extrêmement difficile.
03:49 Parce que vous tirez les leçons de l'automne quand vous aviez tardé à le faire ?
03:51 Les leçons de l'automne, il y avait eu un peu de surprise face à ce mouvement qui
03:55 avait été dur.
03:56 Effectivement, je rappelle qu'à l'automne, on peut refaire le film.
03:59 Peut-être que ça avait été trop tard, mais il y avait eu des interventions là aussi
04:03 très ciblées.
04:04 Certains disaient il faut tout réquisitionner.
04:05 Je pense que c'est jamais la bonne méthode.
04:06 D'autres disaient il ne faut rien faire.
04:08 On a réquisitionné à l'automne de manière précise, encadrée, confirmée par la justice.
04:13 A chaque fois, on applique la même méthode, c'est-à-dire l'application stricte de
04:18 la loi qui permet la réquisition dans ces cas très tendus.
04:21 Et dans les bouches du Rhône, c'est très tendu.
04:23 Chacun l'a constaté hier.
04:24 Alors, on attendait la parole du président de la République.
04:26 Ce sera le cas demain sur TF1 et France 2 à 13h.
04:29 En attendant, c'est réunionnite à tous les étages du pouvoir.
04:32 Le président consulte les chefs de la majorité ce matin à l'Elysée.
04:35 Il déjeune avec Gérard Larcher et Elbron Pivet.
04:38 Il reçoit ce soir tous les parlementaires Renaissance, Horizons, Modem.
04:41 Qu'est-ce qui se joue ? Qu'est-ce qu'ils cherchent ?
04:43 Mais c'est un moment politique important et difficile.
04:46 Après ce qui s'est passé, il ne faut pas non plus être sourd et aveugle.
04:50 Il y a eu des contestations, bien sûr.
04:51 Un processus parlementaire compliqué.
04:53 Il a été mené dans le cadre de la Constitution, mais il a été compliqué.
04:56 Quand on voit qu'un tiers du groupe Les Républicains, d'une droite qui se veut
05:01 réformatrice, n'a pas voulu soutenir la réforme et a voté même la motion de censure,
05:07 c'est qu'il y a un moment politique compliqué.
05:08 Donc, je pense que le président de la République réunisse les chefs de partie de la majorité,
05:12 les ministres qui ont porté la réforme, le président du Sénat, la présidente de l'Assemblée.
05:15 C'est normal.
05:16 On lui reprocherait sinon de ne pas consulter, de ne pas écouter.
05:18 Et je pense qu'il faut le faire dans un cadre institutionnel.
05:21 C'est-à-dire ceux qui ont porté la réforme et ceux et celles qui, au Parlement, doivent
05:26 aussi dire quelles solutions ils voient pour le président.
05:28 Il ne va pas décider tout seul.
05:30 Et donc, il s'exprimera ensuite à l'issue de ce moment de consultation.
05:33 La boîte à idées est grande ouverte.
05:36 Votre collègue Gilles Le Gendre, ancien patron du groupe En Marche à l'Assemblée,
05:40 pendant le premier quinquennat, compare la situation à 1958 et à 1968, les deux dates.
05:45 Gravité du moment, il dit, il faut que le président prenne une hauteur maximale.
05:48 Il faudrait une nouvelle feuille de route avec référendum derrière des Français.
05:51 Est-ce que vous y sous-estimez ?
05:52 Moi, je me méfie toujours des grandes comparaisons historiques.
05:55 Ce que je crois profondément, c'est qu'une nouvelle phase s'ouvre et c'est que le
05:58 président, en effet, doit prendre la parole pour indiquer ce que je disais à l'instant,
06:02 c'est-à-dire, oui, la réforme des retraites, c'était difficile.
06:04 C'est une réforme de responsabilité pour l'avenir.
06:06 Elle a suscité des incompréhensions des oppositions.
06:09 Des oppositions, je le crois profondément, pas seulement à ce sujet de l'âge, comme
06:12 on l'a entendu aussi, mais à la question du manque de service public, à la question
06:17 des salaires, à la question de l'inflation.
06:18 Si on vous suit, il est exclu de la retirer, si on vous suit, si on vous écoute.
06:21 Le Parlement l'a voté, ce serait quand même étonnant.
06:24 Vous avez plein de précédents, vous savez, de mouvements sociaux, 1984, l'École libre,
06:28 2006, CPE, où le 49-3 a été utilisé, la motion de censure a été rejetée, le mouvement
06:32 social, à la fin, fait que le président peut le dire.
06:33 Oui, vous avez aussi un certain nombre, je pense à la réforme rocaire de la CSG, de
06:37 49-3, qui ont été utilisées pour des réformes très importantes, avec des majorités plus
06:41 étroites encore et qui ont avancé.
06:43 Je crois que le sujet fondamental, c'est d'ouvrir un nouveau chapitre, notamment sur
06:46 le champ social.
06:47 On a beaucoup entendu dans les manifestations les sujets de pouvoir d'achat, les sujets
06:50 d'inflation, les sujets de service public.
06:51 Je l'ai vu dans le secteur des transports.
06:52 Moi, j'ai fait beaucoup de rencontres avec des usagers, des agents publics.
06:55 À chaque fois, le sujet premier, c'était est-ce que le service public est à la hauteur ?
07:00 Est-ce que les gens ont assez de train, assez présent, assez à l'heure ?
07:02 Est-ce qu'il y a de la présence humaine dans nos gares ?
07:04 Est-ce que c'est pareil dans nos hôpitaux ?
07:05 Dans nos écoles, je crois que c'est sur ces sujets sociaux notamment qu'il faut
07:09 entendre la mobilisation et prendre des initiatives nouvelles.
07:12 Je pense à la loi sur le travail qui sera une des lois importantes sociales de ce mandat.
07:16 Mais Laurent Berger, qui vous demande une grande conférence sociale après retrait
07:19 de la réforme, vous lui dites non.
07:21 Conférence sociale peut-être, mais pas à retrait de la réforme.
07:24 Le retrait de la réforme, je crois que ce n'est pas le sujet qui a été exprimé hier
07:27 au Parlement.
07:28 Quoi qu'on pense de la réforme ?
07:29 Conférence sociale ?
07:30 Mais ça, c'est le président qui s'exprimera demain.
07:31 Vous le souhaitez ?
07:32 Moi, je souhaite qu'il y ait un chapitre social, que tout ce qu'on a exprimé dans
07:37 cette réforme sur le travail des seniors, sur les inégalités femmes-hommes, sur la
07:40 pénibilité, sur les reconversions professionnelles, sur les carrières longues, il y a encore
07:44 du boulot.
07:45 Je pense qu'il y a encore des mesures à prendre avec concertation des syndicats.
07:48 Moi, j'ai été obsédé par une chose, dans mon secteur en particulier pendant cette
07:51 période, mais comme d'autres ministres, c'est de garder le contact pour que le
07:56 fil ne soit pas rompu dans le dialogue syndical pour l'après.
07:58 Pour qu'on puisse reprendre une discussion, ça sera difficile.
08:01 Mais avec Laurent Berger, avec d'autres, c'est indispensable en effet, je crois,
08:04 d'avoir une discussion sur tous ces sujets de conditions de travail et de rémunération
08:08 notamment.
08:09 Risques économiques et financiers trop grands, voilà pourquoi le 49-3 a été enclenché.
08:12 C'est comme ça qu'Emmanuel Macron a justifié son recours jeudi dernier, pour pouvoir
08:15 emprunter aussi sur les marchés.
08:17 Or, dans son dernier rapport, l'agence de notation Moody's, agence américaine,
08:21 estime que le 49-3 va rendre difficile l'adoption de futures réformes structurelles en France.
08:25 Est-ce que c'est l'effet inverse de celui qui était recherché ?
08:28 Le sujet, ce n'est pas honnêtement le commentaire de telle ou telle agence de notation ou de
08:32 marché financier.
08:33 Le sujet, c'est d'être responsable.
08:34 Quand on parle de risque budgétaire ou financier, ce n'est pas sale, ce n'est pas un vain mot.
08:39 C'est parce que si vous ne financez pas votre modèle social, notamment les retraites
08:42 qui sont la première dépense sociale dans la durée, vous avez un problème.
08:46 Et je pense que même si c'est difficile aujourd'hui, dans 5 ans, dans 10 ans, dans
08:50 15 ans, peut-être des gens comme moi seront encore en politique, j'en sais rien, on
08:53 nous dira "que n'avez-vous fait ?" Et donc je pense qu'il fallait aussi assumer,
08:56 mais entendre qu'il y a une colère, un message aussi d'attente sociale très forte dans ce pays.
09:02 Jeudi, j'en ai une mobilisation, avez-vous des prévisions de trafic précises ?
09:05 Alors on les aura pour jeudi, un peu plus tard, pour être précis.
09:08 Je peux vous dire qu'aujourd'hui et demain, il y a quelques perturbations dans un certain
09:11 nombre de secteurs.
09:12 Par exemple, dans l'aérien, à l'aéroport d'Orly ou de Marseille, on doit annuler 20%
09:16 de nos vols pour aujourd'hui et pour demain.
09:18 Les prévisions pour jeudi seront sans doute un peu plus dégradées et on les fera d'ici
09:22 demain pour être très précis avec ceux qui attendent trains, bus et avions.
09:25 Merci Clément Bonheur et merci à Elgo Zidane.
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