00:00 Il est 6h20, la situation est grave mais pas désespérée sur le front du réchauffement
00:04 climatique, c'est ce que disent les experts du GIEC dans leur dernière synthèse publiée
00:07 hier.
00:08 Ils estiment qu'il existe encore une petite chance de limiter la hausse des températures
00:12 à un niveau supportable, même si une partie de l'humanité en subira d'importantes
00:16 voire de graves conséquences.
00:17 Exemple en France sur la production de fruits.
00:20 Bonjour Françoise Roch.
00:21 Oui, bonjour.
00:22 Vous êtes la présidente de la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits.
00:26 Avec nous également Antoine Denoy.
00:27 Bonjour.
00:28 Bonjour.
00:29 La Fédération Nationale des Producteurs de Fruits, la FDI, c'est une branche de l'assureur
00:31 AXA qui conseille les entreprises et les institutions publiques face aux changements climatiques.
00:35 C'est à vous que les producteurs de fruits ont demandé une étude d'impact du dérèglement
00:39 climatique sur leur production.
00:40 Étude que vous dévoilez ce matin sur France Inter et je vous en remercie.
00:44 Votre étude porte sur 16 cultures, des pommes, des poires, des abricots, des cerises, des
00:48 noix, des myrtilles et j'en passe, dans les 25 principaux départements producteurs.
00:53 Et la première des conclusions, la plus grave, c'est le manque d'eau.
00:57 Oui, tout à fait.
00:58 Alors qu'est-ce qu'on a fait parler ? On a fait parler nos scientifiques pour de manière
01:01 locale préciser quel va être le climat à 2030 dans ces zones de production fruitière.
01:05 Et donc en effet, ce qu'on constate, c'est que la réalité est très locale.
01:08 Il faut se méfier des moyennes nationales.
01:10 On voit en effet qu'il va y avoir un stress hydrique, donc un besoin d'eau qui va se
01:14 faire ressentir avec une déficience hydrique de 38% sur l'ensemble du territoire et jusqu'à
01:19 47% dans le Tarn.
01:20 Donc il y a en effet un problème d'eau.
01:22 Il y a aussi également un problème de sécheresse l'été puisque les températures vont s'accroître
01:26 de manière significative.
01:27 Qui dit sécheresse, Françoise vous le dira, dit coup de chaleur et risque de grillure
01:31 pour le fruit.
01:32 Et puis aussi également une réalité très différenciée l'hiver puisque malheureusement
01:36 les températures minimales en hiver ne m'ont pas augmenté significativement, assez significativement,
01:41 pour éviter le risque de gel qui va être aussi très important.
01:43 Donc pour résumer là ce matin pour les auditeurs, vous allez avoir deux fois plus de zones
01:48 de production fruitière sévèrement impactées par le climat en 2030 qu'aujourd'hui.
01:52 Françoise Roch, est-ce que vous en voyez déjà les conséquences sur les productions
01:56 hivernales de ce manque d'eau et de cette sécheresse ?
01:58 Donc oui, on commence à voir effectivement des conséquences.
02:05 On se prépare depuis déjà un moment, même si on essaye d'alerter au niveau politique
02:14 pour justement le stockage de l'eau.
02:16 Ça fait quelques années qu'on répète qu'il faut absolument stocker l'eau puisque
02:21 des conditions extrêmes peuvent arriver avec des précipitations très importantes sur
02:26 l'hiver et le printemps.
02:27 Et pour essayer d'avoir de l'eau l'été, essayer de la stocker.
02:32 Donc c'est quelque chose qui est très important pour nous.
02:35 Mais juste Françoise Roch, pour en revenir à ma question sur les fruits qui sont généralement
02:40 récoltés l'hiver, est-ce que vous avez une moindre production ? Est-ce que les fruits
02:44 sont de plus petite taille ? Est-ce que ça vous le voyez ou pas encore ?
02:46 Alors on l'a eu l'année dernière, en 2022, où effectivement l'été était extrêmement
02:52 chaud.
02:53 Au contraire de 2021 où ça s'était vraiment très très bien passé.
02:57 Mais le fait d'apprendre, puisque aujourd'hui on ne fait plus de fruits sans eau, donc on
03:06 apprend à maîtriser l'irrigation le mieux possible à travers du goutte à goutte, des
03:11 sondes pour mesurer les besoins de l'arbre et bien suivre les besoins pour mettre de
03:17 l'eau ni trop ni trop peu.
03:19 Antoine Denoy, l'autre point que met en avant votre étude et qui risque d'être actualité
03:23 dans les prochains jours, aux prochaines semaines, ce sont les gelées printanières.
03:27 Alors ça, ça a toujours existé.
03:28 Mais d'après votre étude, elles vont se faire davantage sentir.
03:31 Alors en tout cas, elles ne vont pas se réduire.
03:32 Ce qui peut paraître paradoxal parce qu'on est dans un climat qui se réchauffe.
03:35 Et ça, c'est le grand message.
03:36 C'est pour ça qu'il faut faire parler les scientifiques à une maille très très locale
03:39 de quelques kilomètres à 2030, parce que la réalité, c'est que en hiver, l'hiver
03:44 va moins se réchauffer que l'été.
03:45 Et donc, paradoxalement, un hiver qui se réchauffe moins, ça veut dire un hiver qui va continuer
03:50 à porter des risques de gel printanier.
03:52 Et donc, 86% des productions de fruits vont rester exposées au gel printanier.
03:56 Comme elles le sont actuellement, ça ne va pas se réduire.
03:58 Et ça, c'est tout l'enjeu pour l'agriculture.
04:00 L'agriculture contemporaine s'est construite sur un climat stable.
04:03 Elle doit maintenant s'adapter à un climat qui bouge.
04:05 Et pour ça, elle doit absolument faire appel à la science pour, sur l'ensemble de nos
04:09 coopératives, l'ensemble de nos territoires agricoles français, décliner ce climat
04:13 à une maille très fine pour déclencher des actions d'adaptation.
04:16 Et tout ça, votre étude, vous l'avez faite avec quels scénarios ? Plutôt pessimiste,
04:20 optimiste ?
04:21 Alors malheureusement, les deux, mon capitaine, puisque le sort est déjà joué en termes
04:24 de climat, quels que soient les scénarios, à 2030, à 2040, le climat est une réalité
04:29 et changera assez peu en fonction de ce qu'on fera en termes de décarbonisation.
04:32 Ce que le GIEC a dit hier, 1,5 de toute façon, on va l'atteindre, on ne pourra pas aller
04:37 en dessous, ce sera sans doute plutôt 2 à la fin du siècle, ou davantage.
04:40 Malheureusement, dans cette étude, on dit que ce sera 1,7 degré l'été en France,
04:45 dès 2030, donc dans 7 ans.
04:46 D'accord, dès 2030.
04:47 C'est quand même un chiffre important.
04:49 Et donc nous, ce qu'on fait par rapport à ça, c'est simplement qu'on fait parler
04:53 nos scientifiques pour déclencher des réflexes d'adaptation.
04:55 On parle du secteur agricole, il y a le secteur du tourisme, le secteur du transport.
04:59 Tous les secteurs vont être touchés par ce climat qui bouge.
05:02 Et plus l'adaptation est précoce, plus elle sera positive.
05:05 Et elle sera finalement moins coûteuse pour les acteurs économiques.
05:08 Et donc si j'ai un message à faire passer à l'auditoire ce matin sur le sujet de l'adaptation,
05:13 c'est que nous n'avons pas d'excuses, nous les acteurs économiques, publics, à
05:17 ne pas connaître le climat à 2030.
05:18 Les chiffres existent, vous avez parlé du GIEC, on peut les décliner à une maille
05:21 très fine et locale, à quelques mètres, à quelques kilomètres.
05:24 Comme on connaît le climat, comme on connaît la météo du jour, il faut que collectivement
05:28 on connaisse le climat qui nous attend à l'horizon de quelques années.
05:30 Et pour rendre encore cette étude plus concrète, vous avez vraiment détaillé fruit par fruit,
05:35 quels sont les fruits les plus fragiles ?
05:36 Alors, l'écart, le grand écart, il est entre l'abricot et la pomme.
05:40 20% des zones de production de pommes seront sévèrement touchées par le climat, 60%
05:45 pour les abricots.
05:46 Donc je ne veux pas évidemment stigmatiser l'abricot et Françoise aura raison de nous
05:50 dire qu'il y a des pratiques et des changements de pratiques très spécifiques à chaque
05:54 fruit.
05:55 On voit en effet des écarts entre les fruits, en l'occurrence la pomme et l'abricot.
05:58 Et des pommes, vous en cultivez, Françoise Roch, des prunes également à Moissac dans
06:02 le Tarn-et-Garonne.
06:03 Antoine Denon a évoqué des changements de pratiques, il disait qu'il fallait s'adapter.
06:07 Est-ce que les producteurs ont commencé à changer les méthodes, voire à changer les
06:12 cultures, à se dire il faut trouver peut-être d'autres variétés de fruits plus résistants
06:17 au changement climatique ?
06:20 Alors oui, l'intérêt d'AXA Climate pour nous c'est de pouvoir se projeter le plus
06:27 possible parce que quand on plante, on plante pour 20 ou 30 ans et la recherche de nouvelles
06:33 variétés ou changer vers de nouvelles espèces, c'est très important pour nous si vous voulez
06:40 cette perspective, enfin de se donner de la perspective, d'anticiper les risques parce
06:46 que planter une nouvelle espèce, il faut faire très attention sur nos fermes de ne
06:51 pas se mettre en danger économique.
06:53 Il faut que l'espèce, bien sûr, soit adaptée au climat mais aussi puisse être adaptée
06:59 à la demande du consommateur et que économiquement le producteur puisse en vivre.
07:04 Quand vous dites changer d'espèce, ça veut dire par exemple qu'un producteur de prunes
07:07 il va essayer de trouver une variété de prunes plus résistante ou carrément passer à autre
07:11 chose et cultiver des fruits tropicaux ?
07:12 Les deux, c'est-à-dire qu'on essaye tout doucement, par exemple dans le sud-est de
07:19 la France, il y a des producteurs qui ont commencé à essayer du kaki, à essayer de
07:24 la grenade, à essayer de la pistache pour essayer de voir effectivement de nouvelles
07:30 espèces et aussi dans les espèces, donc de nouvelles prunes, de nouvelles pommes,
07:36 de voir de nouveaux systèmes, ce qu'on appelle nous les porte-grèves, c'est-à-dire le système
07:42 racinaire de l'arbre pour qu'il soit plus résilient à la sécheresse.
07:46 Et c'est des essais que l'on met en place sur nos exploitations pour essayer d'anticiper.
07:52 Françoise Roch, présidente de la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits et Antoine
07:57 Denoy, PDG d'AXA Climate, merci à tous les deux d'être venus ce matin sur France Inter
08:02 pour dévoiler cette étude.
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