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  • il y a 3 ans
En France, le changement climatique a de graves conséquences sur la production de fruits. AXA Climate et la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits dévoilent les résultats de leur étude. Antoine Denoix, PDG d’AXA Climate et Françoise Roch, présidente de la fédération sont les invités du 5/7.

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Transcription
00:00 Il est 6h20, la situation est grave mais pas désespérée sur le front du réchauffement
00:04 climatique, c'est ce que disent les experts du GIEC dans leur dernière synthèse publiée
00:07 hier.
00:08 Ils estiment qu'il existe encore une petite chance de limiter la hausse des températures
00:12 à un niveau supportable, même si une partie de l'humanité en subira d'importantes
00:16 voire de graves conséquences.
00:17 Exemple en France sur la production de fruits.
00:20 Bonjour Françoise Roch.
00:21 Oui, bonjour.
00:22 Vous êtes la présidente de la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits.
00:26 Avec nous également Antoine Denoy.
00:27 Bonjour.
00:28 Bonjour.
00:29 La Fédération Nationale des Producteurs de Fruits, la FDI, c'est une branche de l'assureur
00:31 AXA qui conseille les entreprises et les institutions publiques face aux changements climatiques.
00:35 C'est à vous que les producteurs de fruits ont demandé une étude d'impact du dérèglement
00:39 climatique sur leur production.
00:40 Étude que vous dévoilez ce matin sur France Inter et je vous en remercie.
00:44 Votre étude porte sur 16 cultures, des pommes, des poires, des abricots, des cerises, des
00:48 noix, des myrtilles et j'en passe, dans les 25 principaux départements producteurs.
00:53 Et la première des conclusions, la plus grave, c'est le manque d'eau.
00:57 Oui, tout à fait.
00:58 Alors qu'est-ce qu'on a fait parler ? On a fait parler nos scientifiques pour de manière
01:01 locale préciser quel va être le climat à 2030 dans ces zones de production fruitière.
01:05 Et donc en effet, ce qu'on constate, c'est que la réalité est très locale.
01:08 Il faut se méfier des moyennes nationales.
01:10 On voit en effet qu'il va y avoir un stress hydrique, donc un besoin d'eau qui va se
01:14 faire ressentir avec une déficience hydrique de 38% sur l'ensemble du territoire et jusqu'à
01:19 47% dans le Tarn.
01:20 Donc il y a en effet un problème d'eau.
01:22 Il y a aussi également un problème de sécheresse l'été puisque les températures vont s'accroître
01:26 de manière significative.
01:27 Qui dit sécheresse, Françoise vous le dira, dit coup de chaleur et risque de grillure
01:31 pour le fruit.
01:32 Et puis aussi également une réalité très différenciée l'hiver puisque malheureusement
01:36 les températures minimales en hiver ne m'ont pas augmenté significativement, assez significativement,
01:41 pour éviter le risque de gel qui va être aussi très important.
01:43 Donc pour résumer là ce matin pour les auditeurs, vous allez avoir deux fois plus de zones
01:48 de production fruitière sévèrement impactées par le climat en 2030 qu'aujourd'hui.
01:52 Françoise Roch, est-ce que vous en voyez déjà les conséquences sur les productions
01:56 hivernales de ce manque d'eau et de cette sécheresse ?
01:58 Donc oui, on commence à voir effectivement des conséquences.
02:05 On se prépare depuis déjà un moment, même si on essaye d'alerter au niveau politique
02:14 pour justement le stockage de l'eau.
02:16 Ça fait quelques années qu'on répète qu'il faut absolument stocker l'eau puisque
02:21 des conditions extrêmes peuvent arriver avec des précipitations très importantes sur
02:26 l'hiver et le printemps.
02:27 Et pour essayer d'avoir de l'eau l'été, essayer de la stocker.
02:32 Donc c'est quelque chose qui est très important pour nous.
02:35 Mais juste Françoise Roch, pour en revenir à ma question sur les fruits qui sont généralement
02:40 récoltés l'hiver, est-ce que vous avez une moindre production ? Est-ce que les fruits
02:44 sont de plus petite taille ? Est-ce que ça vous le voyez ou pas encore ?
02:46 Alors on l'a eu l'année dernière, en 2022, où effectivement l'été était extrêmement
02:52 chaud.
02:53 Au contraire de 2021 où ça s'était vraiment très très bien passé.
02:57 Mais le fait d'apprendre, puisque aujourd'hui on ne fait plus de fruits sans eau, donc on
03:06 apprend à maîtriser l'irrigation le mieux possible à travers du goutte à goutte, des
03:11 sondes pour mesurer les besoins de l'arbre et bien suivre les besoins pour mettre de
03:17 l'eau ni trop ni trop peu.
03:19 Antoine Denoy, l'autre point que met en avant votre étude et qui risque d'être actualité
03:23 dans les prochains jours, aux prochaines semaines, ce sont les gelées printanières.
03:27 Alors ça, ça a toujours existé.
03:28 Mais d'après votre étude, elles vont se faire davantage sentir.
03:31 Alors en tout cas, elles ne vont pas se réduire.
03:32 Ce qui peut paraître paradoxal parce qu'on est dans un climat qui se réchauffe.
03:35 Et ça, c'est le grand message.
03:36 C'est pour ça qu'il faut faire parler les scientifiques à une maille très très locale
03:39 de quelques kilomètres à 2030, parce que la réalité, c'est que en hiver, l'hiver
03:44 va moins se réchauffer que l'été.
03:45 Et donc, paradoxalement, un hiver qui se réchauffe moins, ça veut dire un hiver qui va continuer
03:50 à porter des risques de gel printanier.
03:52 Et donc, 86% des productions de fruits vont rester exposées au gel printanier.
03:56 Comme elles le sont actuellement, ça ne va pas se réduire.
03:58 Et ça, c'est tout l'enjeu pour l'agriculture.
04:00 L'agriculture contemporaine s'est construite sur un climat stable.
04:03 Elle doit maintenant s'adapter à un climat qui bouge.
04:05 Et pour ça, elle doit absolument faire appel à la science pour, sur l'ensemble de nos
04:09 coopératives, l'ensemble de nos territoires agricoles français, décliner ce climat
04:13 à une maille très fine pour déclencher des actions d'adaptation.
04:16 Et tout ça, votre étude, vous l'avez faite avec quels scénarios ? Plutôt pessimiste,
04:20 optimiste ?
04:21 Alors malheureusement, les deux, mon capitaine, puisque le sort est déjà joué en termes
04:24 de climat, quels que soient les scénarios, à 2030, à 2040, le climat est une réalité
04:29 et changera assez peu en fonction de ce qu'on fera en termes de décarbonisation.
04:32 Ce que le GIEC a dit hier, 1,5 de toute façon, on va l'atteindre, on ne pourra pas aller
04:37 en dessous, ce sera sans doute plutôt 2 à la fin du siècle, ou davantage.
04:40 Malheureusement, dans cette étude, on dit que ce sera 1,7 degré l'été en France,
04:45 dès 2030, donc dans 7 ans.
04:46 D'accord, dès 2030.
04:47 C'est quand même un chiffre important.
04:49 Et donc nous, ce qu'on fait par rapport à ça, c'est simplement qu'on fait parler
04:53 nos scientifiques pour déclencher des réflexes d'adaptation.
04:55 On parle du secteur agricole, il y a le secteur du tourisme, le secteur du transport.
04:59 Tous les secteurs vont être touchés par ce climat qui bouge.
05:02 Et plus l'adaptation est précoce, plus elle sera positive.
05:05 Et elle sera finalement moins coûteuse pour les acteurs économiques.
05:08 Et donc si j'ai un message à faire passer à l'auditoire ce matin sur le sujet de l'adaptation,
05:13 c'est que nous n'avons pas d'excuses, nous les acteurs économiques, publics, à
05:17 ne pas connaître le climat à 2030.
05:18 Les chiffres existent, vous avez parlé du GIEC, on peut les décliner à une maille
05:21 très fine et locale, à quelques mètres, à quelques kilomètres.
05:24 Comme on connaît le climat, comme on connaît la météo du jour, il faut que collectivement
05:28 on connaisse le climat qui nous attend à l'horizon de quelques années.
05:30 Et pour rendre encore cette étude plus concrète, vous avez vraiment détaillé fruit par fruit,
05:35 quels sont les fruits les plus fragiles ?
05:36 Alors, l'écart, le grand écart, il est entre l'abricot et la pomme.
05:40 20% des zones de production de pommes seront sévèrement touchées par le climat, 60%
05:45 pour les abricots.
05:46 Donc je ne veux pas évidemment stigmatiser l'abricot et Françoise aura raison de nous
05:50 dire qu'il y a des pratiques et des changements de pratiques très spécifiques à chaque
05:54 fruit.
05:55 On voit en effet des écarts entre les fruits, en l'occurrence la pomme et l'abricot.
05:58 Et des pommes, vous en cultivez, Françoise Roch, des prunes également à Moissac dans
06:02 le Tarn-et-Garonne.
06:03 Antoine Denon a évoqué des changements de pratiques, il disait qu'il fallait s'adapter.
06:07 Est-ce que les producteurs ont commencé à changer les méthodes, voire à changer les
06:12 cultures, à se dire il faut trouver peut-être d'autres variétés de fruits plus résistants
06:17 au changement climatique ?
06:20 Alors oui, l'intérêt d'AXA Climate pour nous c'est de pouvoir se projeter le plus
06:27 possible parce que quand on plante, on plante pour 20 ou 30 ans et la recherche de nouvelles
06:33 variétés ou changer vers de nouvelles espèces, c'est très important pour nous si vous voulez
06:40 cette perspective, enfin de se donner de la perspective, d'anticiper les risques parce
06:46 que planter une nouvelle espèce, il faut faire très attention sur nos fermes de ne
06:51 pas se mettre en danger économique.
06:53 Il faut que l'espèce, bien sûr, soit adaptée au climat mais aussi puisse être adaptée
06:59 à la demande du consommateur et que économiquement le producteur puisse en vivre.
07:04 Quand vous dites changer d'espèce, ça veut dire par exemple qu'un producteur de prunes
07:07 il va essayer de trouver une variété de prunes plus résistante ou carrément passer à autre
07:11 chose et cultiver des fruits tropicaux ?
07:12 Les deux, c'est-à-dire qu'on essaye tout doucement, par exemple dans le sud-est de
07:19 la France, il y a des producteurs qui ont commencé à essayer du kaki, à essayer de
07:24 la grenade, à essayer de la pistache pour essayer de voir effectivement de nouvelles
07:30 espèces et aussi dans les espèces, donc de nouvelles prunes, de nouvelles pommes,
07:36 de voir de nouveaux systèmes, ce qu'on appelle nous les porte-grèves, c'est-à-dire le système
07:42 racinaire de l'arbre pour qu'il soit plus résilient à la sécheresse.
07:46 Et c'est des essais que l'on met en place sur nos exploitations pour essayer d'anticiper.
07:52 Françoise Roch, présidente de la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits et Antoine
07:57 Denoy, PDG d'AXA Climate, merci à tous les deux d'être venus ce matin sur France Inter
08:02 pour dévoiler cette étude.
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