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  • il y a 3 ans
Xerfi Canal a reçu Elise Goiseau, professeure assistante à Excelia Groupet Docteure en sciences de gestion de l’université Dauphine PSL et PhD de l’université Macquarie (Sydney), pour parler de l'éthique et la recherche en France.
Une interview menée par Jean-Philippe Denis.

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Transcription
00:00 Bonjour Élise Goiseau. Bonjour Jean-Philippe Denis.
00:10 Élise Goiseau, vous êtes professeure assistante à Excelia Group.
00:13 Oui.
00:13 Élise Goiseau, co-autrice avec Johan Bazin d'un article dans la revue française de gestion,
00:19 vers un modèle alternatif des comités d'éthique de la recherche qui est l'équilibre entre
00:23 procédure et réflexivité. C'est dans le numéro 308.
00:26 Oui.
00:26 Alors première question Élise Goiseau, pourquoi il y a un sujet autour des comités d'éthique
00:31 de la recherche ? D'où il nous vient ce sujet ?
00:33 Alors il vient d'intérêts à la base plutôt personnels. Moi je les ai rencontrés pendant
00:39 ma quotidienne entre Paris et Sydney en Australie. J'ai dû présenter mon projet
00:43 thèse à l'un de ces comités. Par la suite j'ai échangé avec des chercheurs en France,
00:47 Julienne Brabet notamment et Johan Bazin qui m'ont invité pour partager cette expérience
00:50 lors d'une table ronde de la Société française de management en 2019. Et en parallèle on commençait
00:56 à voir un peu petit à petit des institutions qui pensaient en sciences de gestion, qui
01:00 commençaient à réfléchir à la mise en place de ces comités ou qui les avaient déjà
01:03 mis en place. Donc c'est comme ça qu'on a décidé de travailler sur le sujet notamment
01:07 avec Johan.
01:08 Bien. Alors pourquoi ils font débat ces comités d'éthique ? Si on prend notamment le cas
01:13 australien, qui nous donne un bon point de référence, pourquoi ça fait débat le fait
01:17 que ça arrive en France ?
01:18 Alors je vais déjà peut-être décrire un peu le cas australien qui peut se rapprocher
01:23 peut-être des cas canadiens, états-uniens, etc. En fait c'est une obligation qui est
01:27 inscrite dans la loi australienne. C'est-à-dire qu'à part toute recherche incluant des
01:30 êtres humains, doit obligatoirement recevoir la validation d'un comité d'éthique.
01:36 Alors ça veut dire quoi un comité, un projet risqué ?
01:38 Alors un projet risqué, c'est une bonne question. C'est le risque que ça ferait
01:42 vivre aux participants. Alors est-ce que c'est un risque émotionnel, peut-être
01:48 auprès de l'entreprise, quelqu'un qui va être anonyme. C'est assez vaste et
01:52 en fait ça laisse un peu à la... c'est des membres du comité qui jugent ce qui
01:56 est risqué ou non.
01:57 Et puis c'est le risque juridique aussi quand même.
01:59 Oui, tout à fait.
02:00 Alors pourquoi ça fait problème ?
02:02 Pourquoi ça fait problème ? On aperçoit dans la littérature quatre grands types de
02:07 critiques. La première c'est auto-censure et standardisation des recherches. Typiquement
02:12 ce qui s'est passé dans mon cas, c'est contrainte temporelle et financière sur
02:16 les doctorats. Donc il fallait que j'obtienne le plus vite possible cette fameuse approbation.
02:20 Donc on m'a fortement conseillé d'abandonner l'observation au profit des traditionnels
02:24 entretiens. On m'a conseillé d'enlever le mot culture de ma problématique parce
02:27 que ça pourrait faire tomber la recherche dans le périmètre des recherches sensibles.
02:30 Donc en fait censure des chercheurs, je ne vais pas me lancer dans des projets qui peuvent
02:33 être assez intéressants ou même utiliser certaines méthodologies et en fait standardisation
02:39 parce que tout le monde se lancera plutôt dans les questionnaires, les entretiens et
02:41 voilà.
02:42 Un deuxième volet de critique c'est sur les stratégies en fait que mettent en place
02:47 les chercheurs anglo-saxons face à ces comités et des stratégies finalement qui viennent
02:53 in fine éloignées d'une réflexion éthique. Donc il y a la rouge en 2019 qui met quatre
02:57 ans avant la capitulation, j'abandonne des projets. L'adaptation, donc c'est l'hyperconformisme,
03:02 je ne questionne même plus le comité. Ce qui est la stratégie la plus utilisée c'est
03:06 la résistance stratégique. Donc je vous mets des informations que je présente au comité
03:10 et en fait je lui montre ce qu'il a envie de voir. Puis une dernière ce sera plutôt
03:13 l'approche réformiste, on essaye de saisir des instances qui régulent les comités pour
03:17 les faire changer.
03:18 On voit bien les grands risques, ça veut dire déjà qu'il faut être parfaitement
03:21 au clair sur tout ce qu'on va faire. Donc ça veut dire plus de place à la sérendipité,
03:24 à l'apprentissage, etc. qu'on pourra découvrir en cours de route.
03:27 Oui, exactement.
03:28 Voilà, tout ce qui porte là-dessus c'est non.
03:30 Oui.
03:31 Quand même une logique de soupçon.
03:32 Oui, oui tout à fait.
03:33 Le contrôle est de soupçon, ça c'est très clair aussi. Et la question évidemment
03:36 qui fâche, on en est en France.
03:38 Alors en France, aujourd'hui ce n'est pas du tout comme en Australie, ce n'est
03:43 pas une obligation légale, les seules obligations légales c'est plutôt pour le médical,
03:46 la psychologie. Cependant on voit la mise en place, arriver de comités d'éthique,
03:51 les SEER, mais qui n'ont pas du tout une vocation, dans les universités, qui n'ont
03:55 pas du tout une vocation à être, voilà, il faut passer c'est obligatoire, c'est
03:57 on peut y mettre un avis consultatif, c'est sur la base du volontariat. On a fait passer
04:02 grâce à l'AFNEJ et aux associations scientifiques un questionnaire avec Johan Bazin à plusieurs
04:08 chercheurs en sciences de gestion, 200 réponses environ. Sur les 200 réponses, il y en a
04:12 quand même 30% environ qui nous disent qu'il y a des comités au sein de leurs institutions.
04:15 Donc c'est déjà là.
04:16 C'est là, mais après ça diffère dans les pratiques, ce n'est pas du tout standardisé,
04:20 c'est très tâtonnant, c'est le début.
04:22 Une des grandes critiques que vous formulez aussi, c'est que c'est payant.
04:25 Alors ça c'est un cas particulier, c'est un cas particulier qui est, ça c'est vraiment
04:30 une des dérives assez terribles qui est en train de se passer aux Etats-Unis. Un livre
04:34 écrit par Sarabab en 2020, en fait, elle nous explique qu'il commence à externaliser
04:39 les comités d'éthique et donc il facture à la décision et au forfait. Donc on est
04:44 aux Etats-Unis et c'est pour l'instant surtout sur l'expérimentation sur les médicaments
04:47 et les dispositifs médicaux, mais c'est l'une des dérives potentielles terribles.
04:52 Ça devient un business.
04:53 Oui, exactement.
04:54 Concrètement, vos recommandations, grandes recommandations, surtout il faut éviter le
04:58 mimétisme.
04:59 Alors oui, éviter le mimétisme à tout prix et en fait se saisir de cette contente.
05:02 Ne vous en faites pas tranquille parce qu'en ce domaine comme en d'autres, on a plutôt
05:05 tendance à plonger tête baissée dans le mimétisme que de résister.
05:08 Oui, d'autant plus que nos collègues, en fait, ça fait des vingt ans qu'ils sont
05:11 en train de dire, enfin là, c'est terrible ce qui est en train de se passer, donc il
05:14 ne faut pas qu'on fasse pareil. Et en fait, éviter à tout prix l'outil de contrôle
05:18 bureaucratique. Il faut vraiment laisser de la confiance aux chercheurs et favoriser
05:21 la réflexion parce que dans tout ce qu'on a dit là, on ne répond pas aux questions
05:24 de c'est quoi l'éthique en science de gestion. Et en fait, il y a cette émergence
05:28 d'une éthique universaliste plus que particulariste. Je suis en finance, en RH, en marketing,
05:32 je suis constructiviste, positiviste, même d'un individu à l'autre. En fait, mon approche
05:35 de l'éthique ne va pas être la même. Le tout, c'est de respecter ça, de réussir
05:38 à négocier ces différences. Mais voilà, plutôt de la réflexion que du contrôle.
05:43 Merci à vous, Élise.
05:44 Merci beaucoup.
05:46 [Musique]

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