00:00 En fait, il manque de tout. Il manque du carburant pour faire fonctionner les groupes électrogènes
00:04 parce que l'électricité du circuit général ne fonctionne plus.
00:07 Donc ça veut dire que les blocs opératoires ne sont plus fonctionnels.
00:10 On l'a vu, les collègues chirurgiens opèrent avec la lumière des téléphones portables lorsqu'ils ont pu les recharger.
00:15 Les respirateurs électriques ne fonctionnent plus, les machines radialisent non plus, la réanimation on oublie.
00:23 Et puis on le voit avec le blocus dans le blocus, notamment la partie nord de Gaza qui est encerclée,
00:30 l'aide ne rentre pratiquement pas, elle ne rentre pas, elle ne rentre très peu dans le sud et elle ne rentre pas dans le nord.
00:36 Ça veut dire qu'il n'y a plus de médicaments aussi.
00:39 Et on voit dans nos images ce que nous décrivent nos équipes, les équipes de nos collègues d'autres ONG,
00:45 à savoir beaucoup d'enfants, de femmes, des adultes jeunes, qui nous renvoient cette image
00:54 qui est que la majeure partie de la population au début du blocus n'a pas pu s'échapper,
00:58 comme on peut le voir dans d'autres zones de conflit, comme on a pu le voir à Mariupol ou ailleurs.
01:02 Et que donc vous avez ces gamins qui, il y a un mois et demi, étaient encore à l'école,
01:05 qui aujourd'hui se retrouvent bombardés en rupture de soins et des équipes soignants qui ne peuvent pas répondre aux besoins.
01:14 Et qui là ne peuvent plus fuir.
01:16 Là aujourd'hui, la plupart de ceux qui peuvent fuir le font sur des fenêtres temporelles très brèves.
01:22 De quatre heures ?
01:23 Mais ce qu'il faut dire c'est qu'évacuer des blessés comme ça en statut clinique très instables,
01:29 des malades qui aujourd'hui vont mourir ou meurent déjà d'insuffisance rénale,
01:34 d'incapacité à avoir de l'insuline ou de traiter une simple césarienne qui est problématique,
01:43 ces patients-là ne sont pas transportables.
01:45 C'est pour ça que les organisations médicales comme la mienne, les médecins et les urgentistes que nous sommes,
01:51 nous disons que cette idée d'avoir des fenêtres temporelles de quatre heures pour transporter des malades où on n'a pas de fuel,
01:57 où les ambulances ne sont plus fonctionnelles, où il y a des bombardements permanents, c'est une vue de l'esprit.
02:01 Donc aujourd'hui, vous avez deux millions de personnes qui en sont en plus assoiffées, affamées.
02:06 Donc lorsqu'on ne mange pas à sa faim, lorsqu'on ne boit pas de l'eau propre, on altère la capacité de se restaurer lorsqu'on est malade
02:14 et de pouvoir guérir plus vite. Donc on est dans une situation où vous avez deux millions de personnes qui sont assoiffées, affamées,
02:21 qui ont un défaut d'accès aux soins. On meurt sous les bombes, mais on meurt aussi de défaut d'accès à des soins basiques
02:26 et de maladies dont on connaît les traitements. C'est beaucoup d'enfants, vous l'avez dit, on meurt par défaut d'accès à la nourriture,
02:32 à défaut d'accès à de l'eau potable. C'est des civils, c'est des aidants, on meurt par dizaines, voire centaines de soignants et d'humanitaires.
02:40 C'est plus de 100 personnes des Nations Unies qui sont mortes.
02:42 - Chez vous ? - Un médecin la semaine dernière qui est mort chez lui, sous les bombes, avec toute sa famille.
02:47 Ces gens-là n'ont rien à voir avec des boucliers humains.
02:49 - L'ONU dit que les opérations humanitaires cesseront sous 48 heures, faute de carburant.
02:53 - Oui, je termine sur ça. En 48 heures, ils ne pourront plus travailler. Ça veut dire que c'est des centaines de milliers de personnes
02:59 qui n'auront plus accès à l'eau et à la nourriture. On est dans une situation, et je le redis, où on passe une prison à ciel ouvert,
03:04 un charnier à ciel ouvert, et tous les codes aujourd'hui de la guerre volent en éclats.
03:09 On bombarde les écoles, des hôpitaux, des centres de soins. On est dans une crise humanitaire qui est en train de devenir une crise d'humanité.