- il y a 3 ans
Avec Thibaud Gibelin, spécialiste de l'Europe centrale et auteur de "Pourquoi Viktor Orbán joue et gagne" publié aux éditions Fauves.
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NewsTranscription
00:00 Sud Radio Berkhoff dans tous ses états, le face à face.
00:05 13h08 sur Sud Radio, on va parler d'Europe centrale
00:08 puisqu'aujourd'hui, André Berkhoff, vous recevez Thibaut Giblin, spécialiste de l'Europe centrale
00:12 et auteur de ce livre "Pourquoi Victor Orban joue et gagne aux éditions fauves"
00:16 et aussi préfacier sur ce livre "Comprendre la stratégie hongroise, c'est aux éditions de la nouvelle librairie".
00:22 Bonjour Thibaut Giblin.
00:23 Bonjour, merci de votre invitation.
00:25 Alors Thibaut Giblin, effectivement, en France on entend évidemment parler du cas Orban, comme vous dites, de la Hongrie
00:34 et on sait que la Hongrie, c'est le moins que l'on puisse dire, elle suit des chemins de traverse,
00:37 elle fait partie de l'Europe bien sûr, elle fait partie de l'Union Européenne,
00:41 mais elle n'a pas pour Urso Lavanderlain des yeux de Schiemann, des yeux de...
00:48 et on voudrait comprendre un peu, parce que, effectivement, Orban, d'ailleurs, se distingue depuis des années,
00:56 de plus en plus, de la doxa européenne, notamment sur le conflit Russie-Ukraine,
01:02 notamment sur les problèmes sociétaux, que ce soit démographie, etc.
01:06 Et en fait, on voudrait comprendre, Orban, qui est qualifié par certains d'extrême droite, par d'autres de dissidents,
01:15 qu'est-ce qui se passe en Hongrie, vous y vivez, donc c'est intéressant de savoir
01:20 qu'est-ce qui change, qui a changé dans ce pays qui faisait partie, il n'y a pas si longtemps, enfin ça fait 30 ans,
01:25 le pacte de Varsovie, du bloc socialiste, de l'ex-URSS, alors qu'est-ce qui se passe ?
01:31 - Eh bien, d'abord, il faudrait remettre les choses en perspective, peut-être que ce n'est pas tellement la Hongrie qui change
01:36 que l'Europe qui change, et cette Union Européenne.
01:39 Vous preniez le terme de doxa européenne, en fait c'est celle-ci qui se constitue
01:46 de manière beaucoup plus, je dirais, rapide et brutale au fur et à mesure qu'on connaît des difficultés importantes en Europe,
01:53 alors que la Hongrie, elle, et particulièrement Viktor Orban,
01:57 conserve une espèce de ligne de conduite démocrate-chrétienne, de centre droit,
02:03 qui est assez similaire à ce qu'il était il y a 25 ans.
02:07 Si jamais on prend par exemple la question de l'état de droit, qui est aujourd'hui quelque chose de décisif,
02:12 tout repose sur l'interprétation de l'article 2 du traité de l'Union Européenne,
02:19 - Rappelez-le, oui, cet article 2.
02:23 - Cet article 2 qui souligne que les valeurs de l'Union Européenne sont fondées sur l'état de droit, l'égalité, la liberté, etc.
02:30 C'est-à-dire des concepts très généraux, et là-dessus, une interprétation très politisée
02:37 permet de justifier une centralisation et un durcissement du politiquement correct européen tel qu'il n'existait pas.
02:46 Si bien qu'aujourd'hui, on condamne la Hongrie pour des griefs qui n'existaient pas du temps,
02:53 et c'est récent, du temps du traité de Lisbonne, c'est-à-dire en 2009,
02:56 quand cet ordre juridique actuel, 2007 puis 2009 pour leur entrée en vigueur définitive.
03:04 - Mais alors justement, essayons d'inventorier, en Hongrie par exemple,
03:09 qu'est-ce qui différencie aujourd'hui dans la pratique, dans le concret,
03:13 que ce soit dans le concret sociétal de la vie des gens,
03:16 que dans l'international, effectivement, par rapport à la Russie, l'Amérique,
03:23 l'Europe, enfin l'Union Européenne, ou la Commission Européenne pour être très précis,
03:28 qu'est-ce qui aujourd'hui différencie la Hongrie, en tout cas telle qu'elle est, par rapport au reste ?
03:35 - Eh bien franchement, vous allez à Budapest, il n'y a pas tellement de différence que ça, c'est pas flagrant.
03:41 On est dans des sociétés occidentales, avec une light culture partagée,
03:49 la singularité de la Hongrie, elle est grosso modo partagée avec les autres pays d'Europe centrale,
03:55 et ce sont des pays qui sont différents de l'Occident,
03:57 notamment pour avoir été dans ce qu'on appelle le réfrigérateur communiste pendant 45 ans.
04:02 - Pendant 45 ans, absolument.
04:03 - Ce qu'il y a de différent...
04:05 - Et donc ils jaillissent autrement, il y a eu deux générations pratiquement, et même plus.
04:09 - Bien sûr, il y a eu deux générations, et d'ailleurs cette différence-là elle-même,
04:11 elle vient se greffer sur le fait que la révolution industrielle, les mouvements libéraux
04:19 qui ont travaillé l'Europe occidentale dès le 18e et le 19e siècle,
04:23 ont été beaucoup moins pénétrants dans cette région d'Europe,
04:27 ce qui fait qu'on a quand même des sensibilités qui sont un peu différentes,
04:31 et des historiens hongrois ont travaillé là-dessus.
04:33 Ils parlent de cette Europe médiane, de trois Europes en fait,
04:36 une Europe occidentale, une Europe orientale, qui est le monde russe,
04:39 et au milieu cette Europe médiane, principalement constituée de la Hongrie,
04:43 de la Pologne, de la République tchèque et de la Slovaquie.
04:45 - C'est intéressant Thibault Giblin, vous dites trois Europes,
04:47 donc vous incluez la Russie dans l'Europe ?
04:49 - Bien sûr.
04:49 - Dans votre... voilà.
04:51 Sauf que, est-ce que la Russie elle-même s'inclue dans l'Europe aujourd'hui ?
04:55 Effectivement il y a eu un temps, dans les années 2000,
04:58 où Poutine avait même candidaté presque à la présidence de l'Europe,
05:04 mais plus maintenant, donc est-ce qu'il y a vraiment trois Europes ?
05:08 On peut dire deux Europes et une Russie ?
05:11 - Il faudra toujours, je pense, mettre nos appartenances communes
05:16 en rapport avec un extérieur.
05:19 C'est-à-dire qu'on a aujourd'hui un Extrême-Orient asiatique,
05:22 il y a une Chine plus puissante, un monde hindou,
05:25 on a un Occident protéiforme,
05:29 en fait qui s'est étendu à des pays non-européens,
05:32 même comme la Corée du Sud, le Japon, etc.
05:34 Donc s'il s'agit de catégoriser la Russie,
05:38 la Russie c'est des autochtones d'Europe comme nous,
05:41 et de culture chrétienne orthodoxe, comme les Européens des Balkans,
05:45 avec une trajectoire politique qui est basée,
05:49 qui est fondée sur des régimes très autoritaires,
05:52 et ça depuis le début.
05:53 - C'est ça. Alors on va en parler, justement, juste après cette petite pause,
05:57 on va faire l'inventaire un peu de la méthode Orban
06:00 et de ce qu'elle a donné jusqu'ici.
06:02 On continue de parler d'Europe et d'Hongrie sur Sud Radio,
06:05 au 0826 300 300 pour intervenir et poser vos questions
06:09 à Thibaut Giblin, 0826 300 300, à tout de suite.
06:13 - Sud Radio. - Sud Radio.
06:15 - Parlons vrai. - Parlons vrai.
06:16 - Sud Radio. - Parlons vrai.
06:17 - Ici Sud Radio.
06:21 Les Français parlent au français.
06:26 Je n'aime pas la blanquette de veau.
06:30 Je n'aime pas la blanquette de veau.
06:32 - Sud Radio Bercov dans tous ses états.
06:35 - Avec Thibaut Giblin, qui est spécialiste de l'Europe centrale,
06:39 auteur de "Pourquoi Viktor Orban joue et gagne aux éditions fauves".
06:43 Et vous avez préfacié, effectivement, de comprendre la stratégie hongroise de Balázs Orban,
06:48 qui est un livre très intéressant, comme le vôtre, pour comprendre ce qui se passe.
06:52 Alors, revenons sur Viktor Orban, parce que beaucoup d'éditeurs peut-être le connaissent,
06:56 ou pas très bien, moi non plus, il faut le dire.
06:59 Alors Orban, il est depuis 13 ans à la tête de la Hongrie.
07:02 C'est bien ça ?
07:03 - Tout à fait, depuis 13 ans, sachant qu'il avait déjà été Premier ministre
07:08 une première fois entre 1998 et 2002.
07:10 A l'époque, c'était le plus jeune Premier ministre d'Europe à l'âge de 35 ans.
07:14 Il a commencé sa carrière politique en entrant en fracas sur la scène publique en 1989,
07:20 en appelant au départ de l'armée rouge.
07:22 Et donc, ça a participé à l'effondrement du rideau de fer.
07:26 - Oui, au moment où l'URSS s'effondrait.
07:28 - Absolument, il avait 26 ans et il a rencontré, il a eu un sens des changements historiques.
07:36 Il a clamé ce que désiraient ces populations d'Europe de l'Est.
07:41 Et donc, 8 ans dans l'opposition avant de devenir Premier ministre à la tête d'une coalition de droite,
07:46 encore 8 ans dans l'opposition de 2002 à 2010.
07:50 Et c'est ce Orban-là qu'on connaît en fait.
07:54 C'est le Orban revenu au pouvoir dans la quarantaine,
07:57 avec une expérience de la défaite et aussi de l'exercice du pouvoir.
08:02 Et en 2010, il arrive au pouvoir avec une majorité considérable.
08:07 Les deux tiers des sièges à l'Assemblée, donc la possibilité de faire des réformes constitutionnelles.
08:13 - Il y avait une vraie majorité absolue forte.
08:15 - Vraie majorité forte, grand souhait de changement chez les hongrois
08:18 qui sentaient qu'ils étaient dans un inter-règne depuis tous ces régiments socialistes
08:22 qui d'ailleurs avaient très mal géré la crise de 2008.
08:24 Ce qui explique en fait cette victoire énorme de 2010.
08:28 Et là où il faut bien insister, un plébiscite démocratique renouvelé,
08:33 puisque les élections sont tous les 4 ans en Hongrie,
08:35 donc en 2014, en 2018, en 2022 encore.
08:38 - Toujours avec de grandes proportions.
08:40 - Toujours en renouvelant une majorité des deux tiers.
08:44 - Ce qui est aujourd'hui en Europe très rare.
08:47 - Ce qui est très rare et ce qui explique la ténacité de Viktor Orban
08:53 quand il défend les positions de la Hongrie à Bruxelles.
08:57 Il défend un consensus démocratique fort et donc une voie européenne pleinement légitime.
09:04 - Alors, quelle est cette voie ?
09:05 Quels sont les paramètres importants, les lignes rouges de cette voie ?
09:08 - Les paramètres importants de cette voie, fondamentalement,
09:11 c'est de considérer l'Europe comme une association d'États membres, d'États-nations.
09:18 - Pas de fédération, pas d'État européen.
09:20 Il ne veut pas que l'Europe devienne un pays.
09:22 - Il ne veut pas, parce qu'il considère que l'Europe n'est forte que de nations fortes.
09:26 Et que toutes les tendances qui justifient de coiffer les décisions nationales
09:33 par cette bureaucratisation à Bruxelles,
09:37 ça aboutit à de l'impuissance et ça aboutit à une contre-performance européenne.
09:43 Ce qu'on voit, effectivement, le poids de l'Europe diminue dans les affaires mondiales.
09:48 L'Europe est inaudible parce qu'elle n'a pas de stratégie,
09:51 tout simplement parce qu'elle n'a que la stratégie des fédéralistes obsessionnels
09:56 à la tête des institutions communautaires,
09:59 et non pas le pragmatisme, l'enracinement dans le réel de ces peuples constitutifs.
10:05 - Alors, donc ça c'est une première chose.
10:08 Donc il serait contre la Commission européenne telle qu'elle est constituée aujourd'hui ?
10:11 - C'est d'ailleurs l'objet d'une campagne d'affichage qui fait grand bruit en Hongrie.
10:16 C'est Ursula von der Leyen et Alexander Soros, le fils de George Soros,
10:20 qui sont affichés partout avec la mention "Nous ne dansons pas comme ils sifflent".
10:24 - Ah oui, à émettre Soros et von der Leyen ensemble.
10:28 - Ensemble, ce qui avait déjà été le cas pour les élections européennes de 2019.
10:33 Et là c'était Jean-Claude Juncker, le président et l'assesseur Ursula von der Leyen,
10:37 avec George Soros en l'occurrence.
10:40 - C'est le père, bien sûr, qui est toujours là.
10:42 Alors ça c'est une chose vis-à-vis de l'Europe, et c'est pour ça qu'il y a des frictions en permanence,
10:48 et on les entend et on les sent.
10:50 Est-ce que c'est aussi bien sur le plan économique que sur le plan,
10:57 par exemple on l'a vu, urbain aujourd'hui par rapport à la guerre Russie-Ukraine,
11:03 et très réticent à continuer d'aider massivement l'Ukraine ?
11:07 - Alors là, il faut bien comprendre que cette situation assez tendue entre Bruxelles et Budapest
11:14 dure depuis 13 ans, autant dire qu'il n'y a pas de guerre totale.
11:18 C'est des débats, c'est des échanges.
11:21 - Et ce n'est plus que des escarmouches quand même.
11:23 - En fait ça tend à tourner au vinaigre, parce que finalement,
11:28 il y a peut-être un phénomène de...
11:31 Chaque partie est prisonnière de son discours.
11:33 C'est-à-dire que pour l'Union Européenne, enfin pour Bruxelles,
11:36 en tant que commission, tour de contrôle, garante des traités,
11:40 tout ce qui ne va pas dans l'UE, il faut un mouton noir.
11:42 Bon, ce sera Viktor Orban.
11:44 Pour Viktor Orban, l'hostilité de la Commission européenne est un de ses carburants.
11:49 On ne peut pas comprendre son triomphe électoral en 2018 et 2022 surtout,
11:53 alors qu'il y avait de gros problèmes d'inflation etc.,
11:56 sans comprendre que l'Union Européenne est un spectre qui fait peur aux Hongrois
12:02 parce que c'est le démantèlement de la nation hongroise qui est en jeu.
12:09 - D'accord. Et ils le sentent comme ça.
12:11 - Ils le sentent comme ça.
12:13 C'est scénarisé et le scénario, parfois, commence à échapper aux scénaristes.
12:20 Et on a une pente un peu glissante.
12:24 Ceci dit, les choses sont relativement sous contrôle.
12:26 Viktor Orban était reçu à l'Elysée par Muel Macron la semaine dernière.
12:30 Le président du Conseil de lieu a fait le déplacement il y a quelques jours à Budapest
12:35 pour négocier des arrangements.
12:37 Et la Commission a annoncé qu'elle devrait demain valider le versement
12:42 de plus de 10 milliards d'euros à la Hongrie, sur les 28 milliards qui lui étaient dus,
12:47 parce que la Hongrie a rempli les conditions exigées, depuis le mois de mai d'ailleurs.
12:52 C'était en examen et la Commission doit reconnaître que ce qu'elle avait demandé à la Hongrie,
12:57 notamment en termes de libéralisation de la justice, a été acté.
13:03 - Donc on ne va pas vers un divorce, en tout cas.
13:06 - On est sur un jeu permanent d'influence et de négociation.
13:11 - Alors, parlons un peu du côté sociétal et intérieur.
13:15 Qu'est-ce qu'il y a à changer ?
13:16 Je ne dis pas qu'on n'a pas fait la révolution, mais quand même.
13:19 Qu'est-ce que Viktor Orban prône pour la société hongroise ?
13:25 Quelles sont les valeurs qu'il met en avant ?
13:27 Et quelles sont effectivement les réformes qu'il a pratiquées pour acter ces valeurs ?
13:33 - Fondamentalement, ce qui se passe en Hongrie, c'est un retour du politique.
13:37 C'est-à-dire que le peuple hongrois, par l'électorat, qui est l'organe par lequel on peut consulter le peuple,
13:46 décide souverainement. C'est lui qui vient en premier.
13:49 Ce n'est pas la justice, ce n'est pas les médias étrangers, ce n'est pas les capitaux étrangers.
13:53 Et ça, c'est possible parce qu'il y a une conscience nationale forte,
13:58 le sentiment d'une identité exceptionnelle, parce que c'est vrai que la langue hongroise est unique dans la région,
14:04 et une histoire nationale qui, depuis 500 ans, se fait face à des empires supranationaux.
14:10 L'Empire ottoman, l'Empire autrichien, les géants soviétiques...
14:14 - Pour autant, on disait "Ostro-Hongrois" !
14:15 - On disait "Ostro-Hongrois" pendant 50 ans, parce que l'Empire autrichien a été refondu en 1867,
14:21 et qu'il y a eu en effet une période, un âge d'or de la Hongrie,
14:24 où les Hongrois étaient à parité, à égalité avec les Allemands.
14:29 Ceci dit, ça se passe avec des réformes concrètes,
14:34 fondamentalement une réforme de la Constitution, en 2011, entrée en vigueur en 2012,
14:40 qui recentre le projet, ce qu'est la Hongrie, sur la famille hongroise,
14:46 sur des valeurs comme la patrie, le travail...
14:50 - Travail, famille, patrie, disons, ça ne nous évoque...
14:52 - Mais sans aucune, je dirais, gêne, parce que simplement, c'est des réalités intemporelles,
14:59 auxquelles la Hongrie ne fait même pas attention de l'enraciner dans un contexte historique particulier,
15:04 et pour elle, c'est 1100 ans d'histoire qui continuent.
15:06 - C'est ça, ce sont des valeurs qui sont millénaires et qui sont là, pour eux.
15:11 On continue à en parler, Thibaut Gilles Blain, après cette petite pause.
15:15 - Et puis avec vous, au 0826 300 300, vous nous appelez, vous nous envoyez vos commentaires
15:20 sur le Facebook de Sud Radio et sur sudradio.fr, à tout de suite !
15:24 - Sud Radio Bercov, dans tous ses états,
15:27 appelez maintenant pour réagir 0826 300 300.
15:31 - LIDL
15:32 - Ici Sud Radio, les Français parlent au français, les carottes sont cuites, les carottes sont cuites.
15:45 - Sud Radio Bercov, dans tous ses états.
15:48 - La Hongrie, la stratégie hongroise, Thibaut Gilles Blain, vous les connaissez,
15:54 vous vivez à Budapest, vous avez écrit un livre aux éditions fauves dont on parle,
16:00 vous avez préfacé le compromis de la stratégie hongroise,
16:04 mais je voudrais justement savoir, par exemple sur le plan démographie,
16:07 on était en train de parler de la situation intérieure,
16:09 de ce que le gouvernement Orban, depuis donc 2010, mais même avant, a commencé à acter.
16:17 Et on parle beaucoup de la démographie, de l'encouragement à la famille,
16:21 justement, vous parlez de la patrie, qu'est-ce qui s'est passé de ce point de vue-là,
16:26 comment c'est encouragé, comment c'est acté ?
16:30 - La Hongrie a la politique familiale la plus ambitieuse d'Europe,
16:36 et même au monde en fait.
16:38 C'est plus de 6% du PIB qui passe en dépense sociale pour les familles.
16:44 - Pour les familles, 6% ?
16:45 - 6% du PIB.
16:46 - Je crois que nous sommes loin derrière.
16:48 - Oui, et à vrai dire, l'heure est grave,
16:50 parce qu'en Hongrie, la démographie a commencé à baisser dès les années 80,
16:56 elle est passée en dessous du seuil de renouvellement,
16:57 et quand Orban est revenu au pouvoir en 2010,
17:00 c'était calamiteux, c'était 1,11% par femme.
17:03 Ils sont remontés à 1,6%, là ils se stabilisent à 1,5%,
17:08 donc les politiques sociales fonctionnent, pas suffisamment,
17:11 c'est pourquoi d'ailleurs, très récemment, cet automne,
17:14 la majorité législative a adopté un nouveau programme d'aide,
17:20 donc il s'agit de faciliter l'accès à la propriété pour les familles,
17:24 il s'agit d'avoir des prêts quand on se marie,
17:28 si on veut faire des enfants,
17:30 et on ne rembourse pas le prêt une fois qu'on a fait trois enfants.
17:33 - Les prêts ne sont pas remboursés après trois enfants ?
17:36 - C'est ça, les femmes qui font quatre enfants ou plus
17:39 ne payent pas d'impôt sur le revenu.
17:40 - Du tout ? - Du tout.
17:42 - Les familles ne payent plus d'impôt sur le revenu, ou les femmes ?
17:44 - La femme, oui.
17:45 - D'accord.
17:46 - Et on est dans cette ligne pour tout ce qui concerne la vie des ménages,
17:53 l'acquisition des voitures, l'acquisition de biens de consommation, etc.
17:57 Donc ça, c'est ce que peut faire un État
18:01 qui cependant respecte la famille comme une institution
18:04 qui préexiste à l'État,
18:05 c'est-à-dire qu'on ne peut pas forcer les gens.
18:07 Et de ce point de vue-là,
18:08 Viktor Orban considère que la nation hongroise vivra
18:11 si les femmes hongroises le décident.
18:13 Donc il y a aussi une approche culturelle
18:15 qui est de réhabiliter finalement ce statut de famille nombreuse.
18:23 - Et les femmes au foyer, parce que s'il y a quatre enfants, trois enfants,
18:27 il faut s'en occuper.
18:28 Ou alors l'homme peut s'en occuper, mais enfin c'est plutôt...
18:30 - Non mais là, le but c'est que le travail de l'homme
18:32 permette de nourrir une famille.
18:34 Notamment, il y a aussi un bouclier
18:35 pour limiter le prix de l'énergie pour les foyers,
18:40 pour que justement...
18:41 Par ailleurs, il y a énormément de propriétaires en Hongrie.
18:44 Ça, c'est hérité de la fin du communisme,
18:45 c'est que ceux qui occupaient un logement
18:47 sont devenus propriétaires.
18:49 Donc ça a facilité, évidemment, une société de propriétaires.
18:53 Si en plus, vous avez des énergies très peu chères,
18:56 pour le gaz, notamment grâce au gaz russe,
18:59 eh bien vous arrivez à limiter les dépenses incompressibles.
19:03 Et ça rend possible, en fait, d'avoir des familles nombreuses,
19:07 même si on est sur un pays à bas salaire.
19:10 - D'accord, je comprends.
19:11 Ça change effectivement les choses.
19:13 Et au-delà de la famille, sur le travail, par exemple,
19:17 sur les rapports sociaux...
19:19 - Alors sur le travail, on est sur une logique...
19:23 Viktor Orban parle non pas de "welfare state",
19:26 mais de "workfare state".
19:27 C'est une société basée sur le travail.
19:29 Entre 2010 et 2020,
19:31 le nombre de personnes qui travaillent en Hongrie
19:35 augmente de 50 %,
19:37 de 3 millions d'actifs à 4 millions d'actifs.
19:38 - 50 %, c'est énorme !
19:39 - C'est énorme !
19:40 - En 10 ans ?
19:41 - En 10 ans, le chômage est résorbé.
19:43 Et ça marche de telle façon que la Hongrie
19:47 arrive à s'émanciper de la tutelle européenne.
19:51 C'est que tous ces fonds européens qui arrivent en Hongrie
19:53 sont en fait une forme de compensation
19:55 à ce que le capital qui possède la Hongrie,
20:00 qui est largement étranger, remporte tous les ans.
20:03 Et grâce aux investissements,
20:05 notamment de Corée du Sud, de Chine,
20:08 la Hongrie arrive à mobiliser suffisamment de capitaux
20:12 pour ne pas avoir besoin des fonds européens.
20:14 C'est pour ça d'ailleurs que la Commission va valider ce plan
20:18 et va verser ses sous,
20:19 c'est précisément parce que la Hongrie n'en a pas besoin.
20:21 Parce que le but, c'était de mettre la Hongrie à genoux.
20:24 Et ils n'y ont pas réussi,
20:25 parce que la Hongrie finalement a une économie
20:29 qui est suffisamment dynamique
20:30 pour se permettre de dire non à Bruxelles.
20:34 - Donc en fait, ils récompensent un peu
20:36 les quelques gestes de bonne volonté qu'a fait Orban en l'an dernier.
20:41 - Tout à fait.
20:42 Vous avez eu plusieurs cycles comme ça.
20:44 Entre 2010 et 2014,
20:46 ça a été l'établissement de l'État hongrois actuel,
20:51 avec une nouvelle constitution, la loi sur les juges.
20:54 L'âge de départ à la retraite des juges avait été avancé de 8 ans
20:59 pour que les juges issus de la magistrature communiste
21:01 s'en aillent plus rapidement.
21:02 Ça avait été négocié finalement, revu à la baisse.
21:05 Pareil pour les médias, les lois qui encadrent les médias.
21:10 La stratégie, c'est de pas en avant à pas en arrière.
21:13 - Juste un mot, est-ce que c'est parce qu'ils sont sortis,
21:15 il vous dit, du frigidaire communiste ?
21:17 Mais franchement, est-ce que du point de vue de la liberté d'expression,
21:20 de la liberté des médias,
21:21 c'est vraiment un pays démocratique
21:23 où il y a quand même la vie du parti ?
21:26 - Bien plus qu'en France, si vous voulez.
21:28 Si vous vouliez une image,
21:31 les médias sont maintenant à peu près à parité,
21:38 bon ils sont très polarisés,
21:40 mais moitié favorables à la ligne gouvernementale,
21:43 moitié hostiles.
21:44 - Il y a des journaux d'opposition, il y a des médias d'opposition.
21:48 - Bien sûr, alors en fait, ça dépend évidemment du secteur.
21:51 C'est-à-dire que par exemple, la presse quotidienne régionale
21:53 est très clairement pro-Orban.
21:57 La presse sur Internet,
21:59 et donc tout ce qui est viral,
22:00 toutes ces informations sur lesquelles la jeunesse...
22:02 - Les réseaux sociaux, etc.
22:03 - C'est beaucoup plus dans l'opposition.
22:05 Pour les nombres de stations de radio et l'audimat que ça fait,
22:09 c'est relativement équilibré.
22:10 Pareil pour les télévisions.
22:12 En fait, il faut bien comprendre qu'en 2010,
22:13 Victor Orban était ultra minoritaire.
22:15 Enfin, les médias qui soutiennent la ligne du gouvernement conservateur
22:20 étaient très minoritaires.
22:21 Et en fait, c'est grâce à un travail d'entrepreneurs,
22:27 d'hommes d'affaires de droite,
22:30 qu'ils ont pu faire monter des médias qui portent une voix.
22:37 Par ailleurs, les médias publics, eux, c'est clair,
22:41 sont favorables à la ligne gouvernementale.
22:42 - Oui. Alors, bon, c'est un peu...
22:45 Je ne dirais pas que c'est une liberté surveillée,
22:48 mais énorme, puisque de toute façon,
22:50 il est réélu avec effectivement le poids que vous avez souligné.
22:56 - Ça l'est beaucoup moins qu'en France, d'ailleurs.
22:58 Un géant comme RTL, qui est exactement partout en Or...
23:03 Bon, c'est des capitaux étrangers,
23:05 et RTL Club est la première radio de Hongrie.
23:07 C'est...
23:10 Imaginez-vous, c'est comme si la première radio de France,
23:12 les chaînes de télé les plus suivies,
23:14 étaient des porte-voix de Marine Le Pen en France.
23:17 - Oui, je comprends.
23:18 - L'opposition en Hongrie a des relais médiatiques colossaux.
23:23 Le problème, c'est que l'opposition de gauche en Hongrie
23:27 est prisonnière de ses sponsors ouest-européens,
23:31 et occidentaux de façon générale.
23:32 Dire qu'au lieu de construire un public et des propositions
23:38 dans l'intérêt des citoyens hongrois,
23:41 et pas seulement, d'ailleurs, de la bourgeoisie de Centroville à Budapest,
23:44 ils se font l'écho des récriminations occidentales.
23:47 Et de ce fait, ils perdent en pertinence.
23:49 Et ça explique qu'en face,
23:51 Viktor Orban et le Fidesz performent très bien.
23:54 - Alors, juste un mot de ce point de vue-là.
23:56 Vous dites que le chômage a pratiquement disparu en Hongrie ?
24:00 - Oui, on est autour de 3%.
24:02 Alors que le chômage était très haut dans la foulée de la crise de 2008.
24:08 Je vous rappelle que le gouvernement socialiste d'alors
24:11 avait consenti un prêt au FMI,
24:14 et que Viktor Orban l'a remboursé de façon anticipée à l'été 2013.
24:18 - Donc il ne doit plus rien au FMI ?
24:20 - Il ne doit plus rien au FMI depuis 2013,
24:22 et nous ne ferons plus jamais appel aux institutions internationales.
24:24 - Et la tête de la Hongrie est de combien aujourd'hui ?
24:26 - Je ne sais pas.
24:28 L'équilibre budgétaire est très bien respecté,
24:30 précisément parce qu'ils sont dans cette logique
24:33 de l'interland germanique,
24:35 d'avoir une économie qui est tournée vers l'export,
24:39 avec une logique de plein emploi,
24:42 beaucoup de création industrielle,
24:43 ce qui permet de créer de la richesse.
24:45 - Je crois que nous avons une auditrice.
24:48 - Oui, qui nous appelle depuis l'île de beauté,
24:50 c'est Chantal depuis Bastia. Bonjour Chantal.
24:52 - Bonjour Chantal, toujours heureux de vous entendre.
24:55 - Merci André, moi aussi,
24:57 également, je suis toujours très heureuse quand je peux,
25:00 parce qu'en travaillant ce n'est pas évident de vous suivre.
25:02 Et je remercie votre invité, parce que c'est très intéressant.
25:06 Moi j'avais discuté avec une Hongroise justement,
25:10 et quand je lui ai écouté, moi Viktor Orban,
25:12 je trouve que ce qu'il fait sur la politique familiale,
25:14 si on faisait pareil en France,
25:16 ça serait parfait.
25:18 Elle est assez surprise, parce qu'il y a quand même
25:20 une propagande anti-Orban,
25:22 en France, qui est assez extraordinaire.
25:24 Alors, moi je voulais savoir le rapport de Viktor Orban
25:28 par rapport à l'OTAN.
25:30 - Ah oui, c'est intéressant.
25:32 - À un moment donné, il parlait même d'en sortir,
25:36 par rapport d'abord au conflit ukrainien,
25:40 enfin Ukraine-Russie, il s'était positionné plutôt neutre,
25:42 pour promouvoir plus la paix que la guerre.
25:46 Et donc je voulais savoir comment Viktor Orban
25:48 voyait les relations avec l'OTAN.
25:52 - Thibaut Giblard.
25:54 - Il n'a jamais été question de sortir de l'OTAN.
25:56 La Hongrie avait entré dans l'OTAN,
25:58 d'ailleurs sous le premier mandat de Viktor Orban,
26:00 dans un contexte international
26:02 qui à l'époque était particulièrement tragique.
26:04 C'était la guerre que l'OTAN faisait contre la Serbie,
26:08 qui est un voisin, un pays limitrophe de la Hongrie.
26:10 Donc premier élément,
26:12 l'OTAN est une puissance considérable.
26:18 Il vaut mieux être à l'intérieur qu'à l'extérieur.
26:20 Deuxième élément,
26:22 être dans l'OTAN,
26:24 c'est la garantie pour la Hongrie d'être intégrée
26:28 dans la région qui lui est chère,
26:30 qui est l'Europe centrale.
26:32 - C'est le protectorat américain,
26:34 comme tous les anciens pays communistes.
26:36 - Je ne le prendrais pas comme ça.
26:38 Les trois veulent apporter une contribution substantielle
26:40 à la sécurité de l'Europe centrale.
26:42 - Ça c'est un élément de langage,
26:44 cher Thibault Gibles.
26:46 - Je pense que la différence est notable
26:48 parce que justement, la Hongrie n'entend surtout pas
26:50 servir les intérêts américains
26:52 s'ils contreviennent à l'intérêt hongrois.
26:54 Le but c'est d'être membre d'une alliance défensive
26:58 qui défend tous ses membres.
27:00 Et on a parfois un peu rapidement confondu
27:04 l'Ukraine avec l'OTAN,
27:06 qui ne fait pas partie de l'OTAN.
27:08 - Les américains, c'est quand même
27:10 le bras armé de l'OTAN le plus important.
27:12 - Bien sûr, et de très loin.
27:14 - Et de très loin.
27:16 Donc on comprend très bien que les pays communistes,
27:18 enfin anciennement communistes,
27:20 aient voulu le bouclier de l'OTAN.
27:22 Mais il est évident qu'aujourd'hui, par exemple,
27:24 c'est très intéressant,
27:26 quand Orban adopte une politique,
27:28 on l'a vu il n'y a pas longtemps avec Poutine,
27:30 ça ne veut pas dire qu'il est devenu
27:32 le grand copain de Poutine,
27:34 mais une politique assez,
27:36 je dirais pas neutre, mais équilibrée.
27:38 Et est-ce que ça plaît à l'OTAN ou pas,
27:40 par exemple ? Est-ce qu'il n'y a pas là
27:42 quelques frictions, comme vous avez parlé de la friction
27:44 avec l'Union Européenne ?
27:46 - Le problème, c'est de confondre deux choses,
27:48 qui est une architecture
27:50 de défense en Europe,
27:52 aujourd'hui c'est l'OTAN qui le joue,
27:54 et l'OTAN, comme vous le disiez,
27:56 bras armé des Etats-Unis.
27:58 Et c'est vrai,
28:00 et là pour le coup,
28:02 c'est ce que disait Victor Orban
28:04 dans une entretien au Point, parue la semaine dernière,
28:06 il y a dans l'intérêt des Etats-Unis
28:08 une approche manichéenne de la politique,
28:12 de désigner une puissance
28:14 comme étant fondamentalement mauvaise,
28:16 un ennemi, alors que l'Europe,
28:18 qui est une terre de vieille culture,
28:20 amenée à cohabiter
28:22 avec tous ces pays du vieux monde,
28:24 du vieux continent,
28:26 connaît la complexité du monde
28:28 et ne peut pas se résoudre
28:30 à détester un voisin.
28:32 Et même si on l'aime pas,
28:34 en l'occurrence la Russie,
28:36 même si tout le monde se méfie de la Russie
28:38 en Europe centrale,
28:40 personne n'aimerait être voisin de la Russie,
28:42 d'ailleurs la Hongrie est très contente
28:44 de l'existence d'une Ukraine,
28:46 et l'Ukraine la plus grande possible,
28:48 parce que ça tient la Russie éloignée.
28:50 La question de la guerre en Ukraine
28:52 elle est fondamentale, on pourrait l'évoquer,
28:54 mais c'est que la ligne
28:56 qui est suivie depuis un an et demi
28:58 n'est pas bonne pour l'Europe,
29:00 elle n'est pas bonne pour l'Ukraine.
29:02 L'Ukraine est en train de se suicider
29:04 et l'Europe se tire une balle dans le pied.
29:06 - C'est ça, et ça c'est d'ailleurs dit
29:08 par beaucoup d'observateurs
29:10 ouest-européens, notamment français et autres.
29:12 Je crois que nous avons
29:14 Safia... - On prendra Safia
29:16 dans un instant après cette courte pause.
29:18 Reste avec nous Safia, à tout de suite.
29:21 Sud Radio Berkhoff dans tous ses états,
29:23 midi 14h.
29:25 André Berkhoff.
29:27 Ici Sud Radio.
29:30 Les français parlent au français.
29:35 Je n'aime pas la blanquette de veau.
29:38 Je n'aime pas la blanquette de veau.
29:41 Sud Radio Berkhoff dans tous ses états.
29:44 13h47 sur Sud Radio, nous sommes toujours
29:46 avec Thibaut Giblin, spécialiste de l'Europe centrale
29:48 et de la Hongrie, jusqu'à 14h.
29:50 Et nous accueillons Safia depuis la Courneuve.
29:52 Bonjour Safia. - Bonjour Safia.
29:54 - André Berkhoff ?
29:56 - Oui. - Tu savais quoi ?
29:58 - Quoi ? - Je voulais vous souhaiter de...
30:00 Enfin, vous savez que je suis
30:02 une grande autrice,
30:04 du grand journaliste que vous incarnez.
30:06 Vous êtes une figure de point pour moi.
30:08 Et je voulais vous souhaiter quand même,
30:10 avec le ressas qui se doit à votre anniversaire, d'accord ?
30:12 - Merci beaucoup Safia, c'est très gentil.
30:14 - Et vous savez ce que j'ai fait ?
30:16 Tout à l'heure j'ai bombardé à la façon israélienne
30:18 votre standard
30:20 pour avoir le cadeau pour m'offrir.
30:22 - Ah ah ah !
30:24 C'est adorable. Écoutez, déjà
30:26 ce que vous me dites me touche beaucoup
30:28 et vraiment, c'est...
30:30 - Merci de nous élever dans la qualité d'âme,
30:32 dans notre esprit critique,
30:34 et vous savez que je bosse à fond mes dossiers.
30:36 - Je sais. Alors, parlez-nous de la Hongrie.
30:38 Est-ce que vous avez bossé à fond votre dossier hongrois ?
30:40 - Eh ben il m'a illuminé
30:42 les prix, M. Thibaut Giblin.
30:44 J'étais constamment ignace,
30:46 j'avais une brutale nécessité psychique
30:48 par rapport à...
30:50 parce que j'ai pas travaillé le dossier.
30:52 Ce qui m'intrigue chez Orban,
30:54 c'est que, effectivement,
30:56 c'est la qualité des hommes forts, comme un gars
30:58 comme celui de Turquie, etc.
31:00 Et moi je ne déplaise pas ce type de
31:02 personnage, j'aime bien les personnalités.
31:04 Et donc, pour venir au sujet
31:06 du jour, moi je dis
31:08 ce qui m'intrigue, c'est cette
31:10 scission, enfin cette
31:12 rupture entre notre Europe occidentale
31:14 avec sa...
31:16 enfin avec la culture
31:18 ouak, enfin tout le pivnis, enfin tout ce bordel.
31:20 Et après de l'autre côté,
31:22 sur le plan de cette Europe
31:24 méridionale,
31:26 polonaise,
31:28 enfin l'Europe centrale dans tout, ça s'est passé
31:30 - Oui, l'Europe centrale, oui. - Ouais, parce qu'on doit
31:32 passer de 27 à 36,
31:34 apparemment, on est en train de... - Ouais, ça c'est d'autres choses,
31:36 ça encore. Et ce qui vous frappe,
31:38 c'est quoi, ça ? C'est la différence entre...
31:40 - En arrière-plan,
31:42 André, c'est que
31:44 j'ai l'impression, vous savez comment je ressens le pays,
31:46 et bien c'est qu'en arrière-plan, les valeurs
31:48 de cette Europe
31:50 soi-disant "arriérée",
31:52 avec ses valeurs
31:54 de famille, de travail,
31:56 de patrie, elles sont
31:58 quand même très...
32:00 avec le...
32:02 vous avez vu la petite marine, là, qui est en train
32:04 de faire des émissions,
32:06 pour les prochaines années, elles risquent de passer...
32:08 enfin, elles risquent de rester en Espagne.
32:10 - Mais est-ce que, Saphia, juste un mot, par rapport à
32:12 Travail Fabri, d'ailleurs, j'ai fait
32:14 la remarque à Thibaut Giblin,
32:16 mais c'est pas, est-ce que, franchement,
32:18 parce que travail, famille et patrie ont
32:20 été utilisés, on sait comment,
32:22 par un certain Maréchal Pétain, entre
32:24 40 et 44, est-ce qu'il faut dénigrer
32:26 et considérer comme obscène
32:28 la notion de travail, de famille
32:30 et de patrie ? Franchement,
32:32 est-ce que c'est pas ça le problème ? - Pas du tout !
32:34 - Je sais, c'est pas ce que vous pensez, mais...
32:36 - Pardon ? - Non, je sais que ce n'est pas
32:38 ce que vous pensez, je sais bien.
32:40 - Mais le problème, c'est qu'on est, vous
32:42 saviez qu'on est dans un tissu de
32:44 consumérisme, et où est-ce qu'on doit
32:46 complètement lobotiser,
32:48 complètement composter et compoter
32:50 l'esprit et
32:52 la puissance intellectuelle du tout
32:54 venant, hein, le chacun en prenant.
32:56 Et donc, de l'autre côté,
32:58 moi, j'aime ces civilisations
33:00 qui ont un enracinement, qui ont...
33:02 - Qui ont des valeurs. - Qui ont des valeurs,
33:04 bien sûr, parce que ce sont nos valeurs
33:06 qui font qui on est.
33:08 Bon, je vous laisse pour que je ne prenne pas
33:10 trop de place pour les autres. - Non, non, merci Safia,
33:12 mais justement, c'est intéressant, parce que
33:14 l'interrogation de Safia,
33:16 c'est effectivement comment... Alors,
33:18 je me demandais, la Hongrie, mais les pays
33:20 justement d'Europe centrale, mais la Hongrie en l'occurrence,
33:22 puisque c'est le sujet, comment
33:24 considère-t-il aujourd'hui, aujourd'hui
33:26 l'Europe occidentale ? Comment
33:28 c'est perçu, comment c'est ressenti ?
33:30 - Alors, il y a deux éléments. D'abord,
33:32 vous savez, les étoiles mortes
33:34 continuent de briller longtemps après avoir
33:36 disparu. De ce point de vue-là,
33:38 quand vous demandez à des Hongrois ou à des Polonais
33:40 ce qu'ils pensent de la France, ce qui leur vient à l'esprit,
33:42 c'est plutôt les trois Mousquetaires,
33:44 Balzac, Edith Piaf, Alain Delon,
33:46 etc. - Et Alain Delon.
33:48 - Vous avez le choc quand les gens viennent... - Je vous dis gentil,
33:50 Antimo Giblin, étoiles mortes, France étoiles mortes, bravo !
33:52 - Quand les gens viennent
33:54 dans le Paris d'Anne Hidalgo,
33:56 ce qui est peut-être le présent le plus cruel,
33:58 eh bien, évidemment, ils
34:00 déchantent. Mais je dirais que
34:02 ce n'est pas la connaissance
34:04 et l'image que les gens se font de la France
34:06 et de Paris encore aujourd'hui, largement
34:08 en Europe. - Vous voulez dire que la France a encore
34:10 un prestigieux rayonnement ? - Il y a un rayonnement évident.
34:12 Ensuite, sur le plan des
34:14 interactions politiques,
34:16 où tout le monde est très bien informé et sait de quoi il retourne,
34:18 le poids
34:20 du noyau carolingien,
34:22 France, Allemagne, Benelux, est considérable
34:24 en Europe. Il écrase tout.
34:26 Donc, on ne peut pas
34:28 faire sans. Ce que demande
34:30 l'Europe centrale, c'est de pouvoir
34:32 être différent. C'est de ne pas
34:34 se voir imposer
34:36 une mêmeté,
34:38 une copie à l'identique
34:40 de l'évolution
34:42 que connaissent depuis une quarantaine d'années
34:44 ou un demi-siècle les sociétés
34:46 d'Europe occidentale. C'est ça qui est
34:48 fondamental. Parce que
34:50 la première ambition
34:52 de la Hongrie, c'est d'abord
34:54 de sanctuariser
34:56 sa voix nationale, même si elle est
34:58 originale, et de
35:00 défendre un modus vivendi en Europe centrale.
35:02 C'est ça la priorité. Ensuite, que
35:04 à l'Ouest, on puisse
35:06 trouver
35:08 que des éléments de bon sens
35:10 ou une certaine méthode
35:12 politique qui fait ses preuves en Europe centrale
35:14 peut trouver un écho,
35:16 tant mieux. Mais, ils savent
35:18 très bien que
35:20 la Hongrie tomberait dans l'ubris
35:22 si elle pensait pouvoir
35:24 être un modèle de société.
35:26 - Oui, mais alors Thibaut Giblin, franchement, quand même,
35:28 la Hongrie n'est pas dans la fièvre consumériste
35:30 que nous avons connue, nous, depuis, évidemment,
35:32 les temps glorieux et compagnie.
35:34 Est-ce que ce n'est pas à leur tour, sortant
35:36 du frigidaire dont on a parlé
35:38 il n'y a pas si longtemps, il y a 30 ans,
35:40 est-ce qu'ils ne sont pas dans la fièvre consumériste ?
35:42 - De ce point de vue-là, aucun idéalisme
35:44 qui peut surfer, c'est évident.
35:46 D'ailleurs, le communisme
35:48 lui-même est une société matérialiste,
35:50 athée, etc. Donc,
35:52 il n'y a pas, si vous voulez,
35:54 un modèle
35:56 qui était idéal,
35:58 très loin, sans faux.
36:00 Simplement, ils ont rencontré la modernité
36:02 sous
36:04 des traits tellement brutaux
36:06 qu'on s'en méfie.
36:08 Et on s'en méfie aussi
36:10 quand elle vient d'Occident
36:12 ou d'outre-Atlantique. - Aussi bien qu'elle est venue
36:14 de Russie que d'Occident. - Absolument.
36:16 C'est le rouleau compresseur des grands empires.
36:18 Et face à ça, les Hongrois disent
36:20 "On s'est toujours organisé pour assister
36:22 aux funérailles des empires qui nous occupaient."
36:24 Mais, en revanche,
36:26 le consumérisme, c'est un problème interne.
36:28 Et on parlait
36:30 de compétition économique dans laquelle la Hongrie
36:32 obtient des bons résultats, ça se fait à un certain prix.
36:34 Qui est celui précisément
36:36 d'entrer dans cette lice, dans cette arène
36:38 de la compétition économique.
36:40 Et quand il y a une augmentation de la consommation
36:42 des ménages, qui fait une augmentation de la croissance,
36:44 on est dans les bons
36:46 indicateurs, on est dans le vert. Et de ce point de vue-là,
36:48 évidemment que la Hongrie est pris au jeu.
36:50 Mais comme tous les autres
36:52 pays, si je puis dire,
36:54 ce qui importe aujourd'hui, c'est
36:56 de ne pas prendre l'autoroute
36:58 pour l'enfer, que suit
37:00 la révolution wok, etc.
37:02 - Le wokisme
37:04 n'est pas très présent.
37:06 - La Hongrie est officiellement
37:08 un pays anti-wok.
37:10 Officiellement, dans le sens où c'est vraiment la position
37:12 d'Etat, c'est "le wokisme n'entrera pas chez nous".
37:14 - Ni l'écriture inclusive,
37:16 ni tout cela.
37:18 - Exactement. Ils veulent vraiment être en dehors de cette
37:20 espèce de lame de fond
37:22 nihiliste.
37:24 Et s'ils échappent à ça,
37:26 de toute façon, s'ils échappent à l'immigration
37:28 de peuplement, à l'immigration de masse,
37:30 - Justement, l'immigration est très limitée, comment ça se passe ?
37:32 - Alors, elle est strictement
37:34 empêchée sur ces entrées
37:36 illégales qui ont fait que la Hongrie a
37:38 construit cette barrière,
37:40 face à la frontière
37:42 serbe, c'est-à-dire pour protéger la frontière
37:44 de la Hongrie, mais aussi de l'espace Schengen,
37:46 mais aussi de l'Union Européenne.
37:48 En revanche, ça c'est un point récent,
37:50 la Hongrie fait
37:52 depuis quelques mois,
37:54 c'est très récent, ce que faisaient De Gaulle et Pompidou
37:56 dans les années 60, c'est-à-dire
37:58 une politique d'immigration de travail, avec des gens
38:00 qui viennent pour un titre de séjour, qui sont même
38:02 logés dans des résidences spéciales, tout est organisé,
38:04 pour une raison... - Une immigration choisie
38:06 de travail. - Oui, alors c'est
38:08 un jeu dangereux, parce qu'une fois qu'on a
38:10 intégré dans la masse de travail
38:12 une certaine quantité
38:14 de population immigrée, comment est-ce qu'on
38:16 fait pour ne pas devenir une société
38:18 d'immigration de fait ? - Mais le regroupement familial ?
38:20 - Alors le regroupement familial, ce n'est pas l'ordre
38:22 du jour, mais dans la mesure
38:24 où la Hongrie
38:26 est une seule juridiction de la Cour Européenne des Droits
38:28 de l'Homme, c'est un droit que peuvent invoquer
38:30 les travailleurs, simplement les
38:32 agences de recrutement qui
38:34 organisent ça, et qui sont en cheville
38:36 avec le gouvernement hongrois,
38:38 essaient pour l'instant de
38:40 marcher sur la corde raide. Il faut bien
38:42 comprendre, et là c'est un enjeu vraiment fondamental,
38:44 c'est que la Hongrie
38:46 est amenée à cela, parce
38:48 qu'elle est sous une pression financière
38:50 considérable, notamment
38:52 de Bruxelles, qui voulait la mettre à genoux.
38:54 C'était les mots de Marc Routteux,
38:56 le Premier ministre néerlandais
38:58 en 2021, "Nous voulons
39:00 mettre la Hongrie à genoux."
39:02 Et pour ne pas tomber à genoux,
39:04 la Hongrie a joué les partenariats
39:06 économiques avec des usines énormes,
39:08 notamment coréennes et chinoises,
39:10 et c'est par
39:12 cette injection de liquidité
39:14 et en jouant sur cette
39:16 multipolarité,
39:18 que la Hongrie évite d'être le cul-de-sac
39:20 de l'Occident, et d'être
39:22 soumise aux dictates
39:24 du politiquement correct bruxellois.
39:26 - Voilà pourquoi il faut lire le livre de Thibaut Giblain.
39:28 - Qu'on rappelle le livre
39:30 "Pourquoi Viktor Orban joue
39:32 et gagne", et le nouveau livre dont vous avez écrit
39:34 la préface "Comprendre la stratégie hongroise".
39:36 Merci beaucoup Thibaut Giblain
39:38 d'avoir été avec nous.
39:40 André Bercomf, on se retrouve demain pour la
39:42 dernière émission de l'année déjà, entre midi et 14h.
39:44 - Eh oui, vous savez, il faudra
39:46 aussi prendre nos vacances, j'attends le Père Noël,
39:48 je ne sais pas encore ce qu'il va m'offrir,
39:50 mais on va le voir. - Est-ce que vous avez été sage, André ?
39:52 - Ah, toujours, vous savez, moi la sagesse...
39:54 - Et tout de suite vous allez rendez-vous...
39:56 - C'est une seconde dimension. - Avec Brigitte Leh, sur Sud Radio.
39:58 A demain.
40:00 Parlons vrai.