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  • il y a 3 ans
Trois policiers ont été condamnés à des peines de prison avec sursis vendredi 19 janvier pour l'interpellation violente de Théo Luhaka en 2017. Sur BFMTV, le jeune homme est revenu sur le procès.

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Transcription
00:00 -Bonsoir Théodou Akka. -Bonsoir.
00:02 -Merci de nous accorder votre première interview
00:06 et votre première réaction après le verdict
00:09 et la condamnation des 3 policiers à des peines de 3 à 12 mois
00:13 de prison avec sursis suite à votre interpellation violente
00:17 en 2017, ce coup de matraque à l'anus avec une déchirure de 10 cm
00:22 qui vous a durablement handicapé. Je remercie également votre avocat,
00:27 Antoine Vey, d'être avec nous. -Bonsoir.
00:30 -On va revenir dans le détail sur la façon dont vous avez vécu
00:34 ce procès, sur votre état de santé, sur votre avenir.
00:38 Vous avez eu 29 ans il y a quelques jours.
00:41 -C'est ça. -Avant cela, une première question.
00:44 Quel est votre état d'esprit après la condamnation
00:48 de ces 3 policiers ? Est-ce que pour vous, la justice a été rendue ?
00:53 -Pour vous dire la vérité,
00:55 ma concentration, c'était plus qu'ils soient coupables
00:59 des faits qu'ils ont commis. Les peines judiciaires,
01:02 ce n'est pas mon rayon. Si les juges et les jurés
01:06 m'estimaient que j'étais quelqu'un qui méritait,
01:09 c'est mon travail de juge. Je suis content d'avoir remis
01:14 la vérité en place. Je n'ai jamais menti dans cette histoire.
01:18 Je suis très content que ça ait été entendu et qu'ils aient été punis.
01:23 -Vous êtes satisfait que la justice vous ait reconnu
01:27 un statut de victime ? -C'est ça.
01:30 Ce qui m'a porté le plus, c'était ça.
01:33 Montrer au monde que j'ai été victime de ce qui m'est arrivé.
01:37 Après les sanctions, je ne suis pas...
01:40 Je ne suis pas juge, je n'y suis pour rien.
01:44 -On va rentrer dans le détail de la peine infligée
01:47 à ces 3 policiers. Juste avant, les faits ont eu lieu en 2017.
01:52 7 ans pour que la justice passe.
01:54 Comment avez-vous vécu cette journée de vendredi
01:58 avec le verdict ? C'est la fin d'un cauchemar ?
02:01 -Exactement. C'est la fin d'un très long cauchemar.
02:06 Maintenant, c'est la famille, l'entourage,
02:10 qui nous ont soutenus depuis le début.
02:12 On est plus satisfait que ce soit fini.
02:15 C'était ce qui comptait le plus. -Une impression de soulagement.
02:20 -Maintenant, si je vois mon avocat demain,
02:23 ce ne sera pas pour ces choses-là.
02:26 C'est une chose très importante pour nous.
02:30 -Le policier responsable du coup de matraque,
02:34 a été condamné à un an de prison avec sursis.
02:38 Vous disiez tout à l'heure que la question des peines
02:42 n'est pas la question de moi, mais celle des juges, des jurés,
02:46 des avocats. Est-ce que vous considérez
02:49 que la peine suffisante est suffisante ?
02:52 -Pour vous dire la vérité,
02:55 je ne pensais même pas qu'il allait être condamné.
03:00 Ce qui s'est condamné, c'est une bonne chose.
03:03 Si les juges et jurés estiment que c'est une peine suffisante
03:07 pour les crimes qu'il a commis, ils breuillent.
03:11 Je ne suis pas là pour dire qu'il ne mérite plus.
03:14 Je suis handicapé à vie.
03:17 Ma vie, elle est déjà foutue.
03:20 Ca ne va pas me soulager.
03:22 C'est vrai.
03:23 -Vous dites "ma vie, elle est foutue".
03:26 Vous considérez que, quel que soit ce verdict,
03:30 de toute façon, ça ne changera rien à tout ça ?
03:35 -C'est un soulagement pour ma famille et mon entourage.
03:39 L'affaire s'est finie. On n'en parle plus.
03:42 On en parlera moins.
03:45 Il y a un point final.
03:47 Ma vie reste pareille.
03:49 Depuis le 2 février 2017, je suis handicapé à vie.
03:52 J'ai commencé avec une poche.
03:54 Maintenant, c'est des incontinences.
03:57 Il a pris son 100 ans, 200 ans, 20 minutes, sans arrêt.
04:00 C'est un jour d'idée pour M. Castelin
04:03 et un handicapé à vie pour moi.
04:06 C'est le résultat de cette affaire.
04:08 -M. Castelin est le policier responsable de ce coup de matraque.
04:13 Avant de vous interroger sur les propos de votre client,
04:16 je reviens sur ce qu'on a pu voir des scènes vendredi soir
04:19 après le verdict.
04:21 Au palais de justice, on a vu des militants,
04:24 des familles de victimes, des collectifs proches de vous,
04:27 des responsables politiques, sur les réseaux sociaux,
04:30 qui étaient en colère.
04:32 Ils disaient que la justice n'est pas passée.
04:35 Une fois encore, c'est la preuve que,
04:37 dans ces affaires de violences policières,
04:41 la justice n'est pas assez sévère. Vous comprenez leur colère ?
04:44 -Je peux la comprendre.
04:46 Je peux la comprendre parce que, pour vous dire,
04:49 je soutiens toutes ces personnes qui m'ont soutenu.
04:52 Maintenant, dans mon affaire,
04:54 comme m'a dit ma soeur hier, c'est l'affaire de la société.
04:57 Ca veut dire que les gens ont une justice réelle
05:01 par rapport à ce qu'ils ont vu et ce que les experts ont constaté.
05:05 Maintenant, s'ils estiment
05:08 que ça vaut trois mois de sourcil ou un an,
05:11 c'est problématique.
05:13 Je pense que si quelqu'un d'autre, quelqu'un d'normal,
05:16 leur a fait ça, le reste n'aura pas été le même.
05:20 Après, voilà, ils sont policiers, chacun dit ce qu'il a à faire,
05:25 mais pour moi, ces gens-là ne sont pas des policiers.
05:28 On aurait dû les condamner comme des gens normaux.
05:31 S'ils estimaient que ça vaut trois mois ou un an,
05:34 c'est triste, mais c'est comme ça.
05:36 -Vous considérez qu'il y a eu une forme de traitement de faveur ?
05:39 -Sûrement.
05:41 Sûrement, et...
05:42 Voilà, c'est le système qui est comme ça,
05:46 on n'a pas un choix.
05:47 -On reviendra sur les policiers.
05:49 Maître Antoine Veil, ce que met en avant la défense des policiers,
05:54 c'est que Marc-Antoine Cé, responsable de ce coup de matraque,
05:57 a été reconnu coupable de violences volontaires,
06:00 mais pas d'avoir créé une infirmité permanente,
06:04 ce qui fait dire à votre confrère, Maître Thibaud de Montbrial,
06:07 que ce policier n'est pas un criminel,
06:10 qu'il n'a pas violé Théo Loaca.
06:12 Qu'est-ce que vous lui répondez ?
06:14 Il se satisfait aussi du verdict rendu par la Cour d'assises.
06:18 -Je lui réponds qu'il y a plusieurs mondes.
06:21 Le monde de la justice, le monde de la communication,
06:24 et le monde de la communication judiciaire.
06:27 Chacun essaie de tirer quelque chose de positif
06:30 par rapport au résultat obtenu, sinon il en fait appel.
06:34 Moi, depuis le début de la procédure,
06:36 j'explique à Théo et à sa famille
06:40 que le droit, c'est une qualification de fait qu'il faut établir.
06:44 Vous voyez, dans le début de la procédure,
06:48 on en a beaucoup parlé, il y avait cette qualification de viol.
06:51 C'était pas fantaisiste, c'est une question qu'on s'est posée
06:55 au regard des blessures infligées du contexte.
06:58 Après, elle a été modifiée.
07:00 Dans la communication, pour que les gens commentent,
07:03 on dit que c'est pas un viol, c'est moins grave.
07:06 Là, on essaie de faire passer quelque chose qui est une condamnation
07:11 pour quelque chose qui est positif.
07:13 Les gens qui nous écoutent comprennent une chose,
07:16 on sait de quel côté étaient les délinquants.
07:19 Dans le cadre de la communication judiciaire,
07:22 un autre point très important à rappeler,
07:25 c'est que la Cour d'assises a très clairement dit
07:28 que Théo n'était pas un délinquant, que c'est une victime,
07:32 que ce jour-là, il n'y avait aucune raison
07:34 qu'il subisse ce contrôle dans ces conditions-là,
07:37 et que les violences contre lui sont illégitimes.
07:40 Donc, en ce sens, finalement, comme Théo le dit,
07:45 ça n'apporte rien aux victimes de savoir
07:47 si c'est plus un criminel ou un délictueux.
07:51 Ce que ça apporte aux victimes, c'est que leur parole a été entendue,
07:55 que ce qu'ils ont soutenu pendant sept ans était la vérité,
07:59 et qu'il est in fine que les gens qui lui ont fait ça ont été condamnés,
08:03 en dépit de toutes les difficultés de cette procédure,
08:06 de changement de qualification, et du fait que ça a mis très longtemps
08:10 à éclore cette décision de justice.
08:12 – Théo Louacar, sur cette qualification de viol
08:16 qui n'a pas été retenue, donc pas eu de condamnation de ce fait,
08:21 est-ce que vous en prenez acte,
08:23 ou est-ce que vous continuez à considérer que ça y ressemblait,
08:26 comme vous l'avez dit, après ce qui est arrivé,
08:29 en début février 2017, est-ce que désormais,
08:32 vous prenez acte que ce n'a pas été un viol,
08:34 ou vous considérez toujours avoir été violé par ces policiers ?
08:37 – Je vais répéter une chose qui a été dite durant ce procès,
08:40 je n'ai jamais parlé de viol,
08:42 c'est l'IGPN qui m'a dit que ce qu'ils m'ont fait, c'est un viol.
08:47 S'ils m'avaient dit que ce qu'ils m'ont fait, ça s'appelle fenêtre,
08:49 je me rappelais ça fenêtre, c'est le nom qu'ils m'ont donné.
08:53 Par conséquent, j'ai utilisé le nom que l'IGPN m'a dit,
08:57 mais en vrai, j'ai toujours dit la même chose,
08:59 ils m'ont mis une matraque dans les fesses, c'est tout.
09:02 Après, vous pouvez appeler ça comme vous voulez, ce n'est pas mon problème.
09:05 Moi, aujourd'hui, tout ce que je sais, c'est que je suis handicapé à vie,
09:07 après l'acte que j'ai subi.
09:09 Après, ils appellent ça comme ils veulent, mais les faits sont là.
09:13 – On reviendra dans un instant sur ce handicap,
09:15 et sur, évidemment, la façon dont vous le vivez dans votre chair au quotidien,
09:19 mais Marc-Antoine C, à l'audience, a expliqué,
09:23 "Regretter ce geste, j'y pense tous les jours", a-t-il dit,
09:26 "c'est quelque chose qui me hante".
09:28 Est-ce que vous lui avez pardonné ?
09:30 – Pour vous dire, je ne l'en ai jamais voulu, moi.
09:33 Je suis un croyant, et c'est des épreuves qui m'ont sur moi,
09:37 les épreuves qui viennent sur moi, je les prends comme elles viennent,
09:40 et j'essaie de les affronter.
09:42 Maintenant, comme je vous ai déjà dit, moi, je me considère comme mort,
09:45 donc je suis mort, pardon, je fais de l'eau ou pas, ça ne change pas.
09:49 En vrai, moi, je ne suis plus dans ce monde-là.
09:51 Donc ça veut dire que c'est lui, que c'est regret, et son cœur,
09:55 qui vit sa vie.
09:56 Je ne sais pas s'il regrette vraiment ce qu'il a fait,
09:58 s'il y pense vraiment tous les jours, je ne pense pas.
10:01 Et voilà, moi, je n'en veux pas, en tout cas,
10:05 que sa vie continue, lui, il n'est pas handicapé à vivre,
10:08 il est tranquille.
10:10 – Vous venez de nous dire ce que vous aviez dit au procès,
10:13 "pour moi, je suis mort".
10:17 Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
10:19 Que l'ancien Théo est mort depuis février 2017,
10:22 que de toute façon, quel que soit ce verdict, ça ne changera rien ?
10:27 – Ce que je veux dire, c'est que quoi qu'il se passe aujourd'hui,
10:30 demain, dans 50 ans,
10:32 les Théo, l'UAK, d'avant février 2017, n'existent plus.
10:38 Aujourd'hui, vous aurez forcément un autre Théo,
10:42 même s'il faut se relever, il faut essayer de faire des choses,
10:46 c'est vrai, mais je ne serai plus jamais comme avant.
10:48 Je ne pourrai plus jouer au foot,
10:50 ton sourire ne sera plus à moi entier,
10:52 parce qu'il y a toujours une partie de toi
10:55 qui est concernée par cette histoire-là,
10:56 qui est touchée par cette histoire-là,
10:58 et c'est quotidiennement, contrairement à moi, M. Castaner,
11:01 moi, c'est tous les jours que je suis handicapé à vie.
11:04 À chaque moment de la journée.
11:07 – Vous faites bien sûr référence à votre handicap, qui est lourd,
11:13 vous souffrez d'incontinence, vous l'avez dit encore tout à l'heure,
11:16 aujourd'hui, comment allez-vous ?
11:18 Quelles séquelles est-ce que vous gardez de ce qui s'est passé
11:22 en ce 2 février 2017 ?
11:24 Ça impacte évidemment votre vie quotidienne,
11:27 comment est-ce que vous allez, physiquement, psychologiquement ?
11:31 – On ne peut pas aller mieux,
11:33 parce qu'à chaque fois qu'on se réveille le matin,
11:37 on est dans la maladie.
11:39 À chaque fois qu'on sort dehors, je suis dans la maladie,
11:41 à aucun moment où je ne suis pas malade.
11:43 Et psychologiquement, ça détruit.
11:47 Ça veut dire que même si on va essayer de se relancer,
11:50 ta maladie, tes incontinences te rappellent que tu es handicapé,
11:53 mon ami, fais attention.
11:55 Tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas faire ci.
11:57 Là, par exemple, pour venir ici, je n'ai pas mangé.
12:00 Pour ne pas avoir de risque de fuite ou quoi d'autre.
12:03 Chaque chose que tu fais, tu réfléchis,
12:05 on ne peut plus rien faire spontanément.
12:07 À partir de ce moment-là, tu n'as plus de vie.
12:09 Et même ton entourage le sait.
12:11 On va dire "attéo", non, on ne peut pas le dire.
12:13 Parce que lui, ça, parce que lui, si.
12:15 Même pour les gens, je suis un boulet.
12:18 C'est le terme exact.
12:19 C'est ça le plus gros problème.
12:23 -On vous sent très ému.
12:25 J'ai lu des déclarations de vous où vous disiez
12:29 que ce qui était difficile, c'était aussi ce que vous mettiez en avant
12:32 comme un sentiment d'humiliation.
12:34 C'est aussi ce qui conduit à cette difficulté au quotidien.
12:38 Vous dites un boulet pour votre famille,
12:40 en même temps, votre famille est là, on l'entend,
12:43 elle vous soutient, mais c'est difficile comme ça
12:48 d'avoir le sentiment d'être une charge pour votre entourage ?
12:53 -C'est difficile.
12:56 C'est sûr que c'est difficile.
12:57 Parce qu'eux aussi, ils sont conditionnés.
13:01 Ça veut dire que oui, il y a "attéo",
13:04 mais ce n'est pas "attéo" normal.
13:07 Ce n'est pas "attéo" à qui on ne peut "ne pas faire attention".
13:11 A chaque fois que je sors d'heure, ils vont être inquiets.
13:13 Parce que c'est la police qui m'a fait ça,
13:15 donc par conséquent, s'il y a un contrôle qui se passe mal,
13:18 patati, patata, c'est tout à fait normal.
13:20 Mais le plus dur, c'est de vivre avec ça.
13:22 C'est ça, le plus dur.
13:24 C'est ça, la réalité qui est la mienne aujourd'hui.
13:28 Parce qu'avant, quand je sortais, c'était "toi, il va jouer au foot,
13:30 toi, il va manger".
13:32 Maintenant, c'est "toi, il va où ?"
13:34 Donc en fait, je sors plus, c'est mieux.
13:36 Comme ça, pas de risque.
13:38 Parce que j'ai pas envie de s'inquiéter encore plus qu'ils le sont déjà.
13:41 Même si on reste fort, on reste...
13:43 On essaie, mais la réalité, c'est autre chose.
13:47 C'est ça, le truc.
13:48 -Comment est-ce que vous vivez le fait
13:51 que votre infirmité permanente n'ait pas été reconnue ?
13:55 La cour d'assises a mis en avant
13:59 le fait que vous n'aviez pas voulu vous soigner.
14:02 Est-ce que ça, c'est quelque chose qui vous a touché ?
14:07 -Ça m'a beaucoup touché.
14:08 Parce que malheureusement,
14:10 mon quotidien me rappelle constamment que je suis handicapé à vie.
14:14 Et tous les experts ont été formés là-dessus,
14:17 qu'il pouvait y avoir une amélioration sur les incontinences,
14:19 mais pas sur les gaz.
14:20 Ça veut dire que les experts t'ont dit qu'il y a un muscle
14:25 qui est foutu, irréparable, quoi qu'on fasse.
14:28 Malgré ça, on dit que t'es pas handicapé à vie,
14:30 alors que toi, tu sais que t'es handicapé à vie, tous les jours.
14:33 Et que les soins qu'on te reproche de ne pas avoir fait
14:38 ne sont même pas sûrs de te réparer à 100 %.
14:41 Ça veut dire que c'est très triste
14:44 de voir que malgré 10 jours d'assises,
14:48 les experts qui sont passés là-bas pour vous répéter
14:50 que quoi qu'ils fassent, la tueuse, c'est foutu.
14:52 La plénarie de mes avocats qui leur ont dit que quoi qu'ils fassent, c'est foutu.
14:56 L'avocat général qui leur a réussi à rappeler que quoi qu'ils fassent, c'est foutu.
15:00 Mais non, on dit non.
15:02 Donc...
15:03 -Pourquoi continuer à...
15:05 Peut-être pour ceux qui nous regardent,
15:07 pourquoi ne pas vouloir faire ses soins ?
15:10 -Vous savez, les soins, c'est pas des soins d'un mot.
15:14 Fais pas croire que c'est des soins où tu vas,
15:16 où t'as soin, où t'embrasses.
15:17 Non, tu mets des trucs dans les fesses.
15:19 Ça veut dire que tu revis la scène qui t'a mis dans cet état-là,
15:22 et en plus, on te dit que c'est pas sûr que t'es guéri à la fin.
15:25 Donc, il se peut que je fasse tout ça pendant 4 mois, 5 mois, un an,
15:29 et qu'on ait le même résultat qu'aujourd'hui.
15:31 C'est ça, la réalité de ces soins-là.
15:33 Parce que quand ils vous disent qu'ils peuvent se soigner,
15:35 mais non, c'est de la vérité.
15:37 Ils peuvent se soigner, mais on n'est sûr de rien à la fin.
15:40 Donc, tu veux que je me fasse encore opérer
15:42 pour qu'à la fin, tu me dises qu'on a essayé, mais on a raté.
15:45 C'est ça, le gros risque qu'il y a, en fait, dans ces soins.
15:47 -Antoine Veil, sur cet argument-là,
15:49 qui a été soulevé par la Cour d'assises,
15:53 il y a donc cette infirmité permanente,
15:55 pour reprendre le terme de droit, qui n'a pas été retenue.
15:58 Est-ce que ça, c'est quelque chose qui vous choque,
16:00 ou est-ce qu'au fond, c'est la logique de droit
16:04 consistant à dire qu'à partir du moment où les soins ne sont pas suivis,
16:08 on ne peut pas établir avec certitude
16:09 que c'est une infirmité permanente ?
16:11 -Je ne suis pas sûr que ce soit exactement le cheminement
16:13 qui a suivi la Cour.
16:15 D'abord, ça ne me choque pas, parce que ça montre aussi
16:17 que les policiers ont été jugés avec une certaine clémence.
16:20 C'est évident.
16:22 Et qu'on a aussi entendu certains autres arguments
16:24 que ceux qui ont été véhiculés par Théo.
16:27 Et donc, en ce sens-là, la décision doit être acceptée
16:30 et retenue. On peut comprendre qu'il y a aussi des débats
16:33 et qu'il a fallu que ces débats aillent à leur terme
16:35 pour rendre la décision.
16:36 Après, sur le fond du sujet, je crois qu'en fait,
16:40 il y a une différence.
16:41 Et qu'est-ce qui a été retenu ?
16:43 C'est qu'il a une incapacité permanente.
16:46 Mais je crois aussi que les jurés et les juges
16:48 ont été très attentifs à un argument,
16:51 qui était d'envoyer le signal à Théo
16:53 que s'il arrivait à reprendre le fil d'une vie,
16:56 et ça, les médecins et les experts l'ont dit,
16:57 alors ces conditions de santé physiologiques
17:00 vont s'améliorer.
17:01 Et je crois qu'une grande partie des débats
17:04 ont été sur l'articulation entre le fait
17:06 que quand on est marqué dans son corps à ce niveau-là,
17:09 son esprit a du mal à se soigner.
17:11 C'est l'incurie, ça s'appelle.
17:13 Il pense qu'il ne pourra pas retrouver sa vie d'avant.
17:16 Je crois qu'il vous l'exprime très clairement.
17:18 Mais après, tout autour, on est plus optimiste.
17:20 Et je pense que la Cour a aussi voulu lui dire
17:23 "Vous pouvez retrouver votre vie d'avant."
17:25 Donc, d'une certaine façon, vous voyez, ça, c'est de la communication.
17:28 Moi, j'y vois quelque chose de plutôt positif.
17:30 Personne n'a envie d'avoir une infirmité permanente.
17:32 Et peut-être aussi que la Cour et les jurés
17:33 ont voulu lui dire par ce jugement
17:35 "Avec une nouvelle vie, des nouveaux projets,
17:38 ton état de santé va s'améliorer."
17:40 -Je voudrais qu'on revienne sur, au fond, l'impact symbolique
17:46 qu'a eu votre affaire, également ce procès.
17:49 Vous êtes devenu le symbole de ce que certains appellent
17:52 les violences policières, et pourtant, vous avez toujours
17:54 veillé à faire la différence entre ce qui vous était arrivé
17:58 ce 2 février 2017 et la police en général.
18:01 D'ailleurs, maître Antoine Veuve, vous l'avez aussi rappelé,
18:04 c'est toujours votre état d'esprit de faire un distinguo
18:07 entre ce qu'on a appelé l'affaire Théo et la police en général ?
18:11 -Moi, vous savez, depuis toujours, je suis quelqu'un de super optimiste.
18:16 Et ma scène préférée, c'est Monk.
18:18 Mais un jour, je sais qu'il y aura un policier comme Monk
18:22 qui va venir dans la police et qui va rendre tout le monde intègre.
18:26 Il y a des mauvais policiers, il y a des bons policiers.
18:28 Malheureusement, c'est juste que les mauvais policiers
18:30 font plus de bruit.
18:31 Mais il y a des bons policiers tous les jours.
18:33 Parce que quand on a des problèmes, on est bien content
18:35 qu'ils viennent nous sauver.
18:36 Et quand on est à l'autre côté, c'est triste, mais c'est comme ça.
18:40 Donc un jour, il y aura des policiers intègres
18:42 qui vont se mettre en place et il y aura un nouveau système.
18:45 J'espère, en tout cas.
18:46 Après, mon affaire, malheureusement, il y avait tout qui était réuni
18:51 pour avoir un "système anti-intègre".
18:57 Je ne sais pas si tout le monde est content du résultat.
18:59 Il y en a qui sont mécontents, je les comprends.
19:02 Il y en a qui sont contents aussi, je les comprends.
19:04 Parce qu'il y en a qui sont en mode, on ne condamne jamais la police.
19:06 On en a au moins reçu un des condamnés.
19:08 Et d'autres qui sont en mode, oui, mais ce n'est pas assez.
19:10 Mais c'est un monde compliqué.
19:13 On ne pourra jamais satisfaire tout le monde, de toute façon.
19:15 Même s'ils avaient pris 30 ans, ils n'en seraient pas contents.
19:17 S'ils avaient pris 20 minutes, ils n'en seraient pas contents.
19:20 Donc voilà, c'est ce que c'est. Il faut y rire avec.
19:22 -Et on voit ce sens de la nuance qui est frappant.
19:27 Mais quand certains utilisent ce procès
19:29 pour faire le procès de la police, dans l'absolu, ils se trompent ?
19:33 -Bah oui, qu'ils se trompent, pour moi.
19:36 Parce qu'il y a des policiers qui se sont vus me voir,
19:38 qui m'ont dit que ce n'étaient pas mes collègues.
19:39 On ne les connaît pas. Eux, c'est des mecs bizarres.
19:41 Ce n'est pas des policiers.
19:42 Donc ça veut dire que les policiers ont quand même une partie humaine.
19:47 Parce qu'à la base, un policier, c'est un humain avant tout.
19:49 Et qu'ils savent faire la différence des choses.
19:51 -Une question encore sur ce policier.
19:54 Marc-Antoine Sey, le policier responsable du coup de matraque,
19:57 il ne pourra ni exercer sur la voie publique, ni porter une arme.
20:01 Il risque désormais d'être radié de la police nationale.
20:04 Est-ce que vous souhaitez qu'il ne soit plus jamais policier ?
20:07 Ou est-ce qu'au fond, vous considérez qu'il a droit à une deuxième chance ?
20:10 -Non, non, non. Alléluia.
20:12 Qu'il ne soit plus policier, c'est mieux pour tout le monde.
20:14 Parce que tous les cinémas qu'il a faits pendant 10 jours,
20:17 croyez-moi, ce n'est pas sa nature.
20:19 Qu'il ne soit plus policier, c'est mieux pour tout le monde.
20:21 Franchement.
20:23 -Donc vous souhaitez qu'il soit radié de la police nationale.
20:26 -Très mieux.
20:27 -Théolo Aka, dans la salle d'audience, était notamment présent
20:31 Michel Zecler, producteur de musique,
20:33 violemment interpellé par des policiers dans les locaux de son studio.
20:35 La mère de Naël, aussi, ce jeune garçon
20:38 dont la mort à Nanterre en juin dernier, tué par un policier,
20:41 avait abouti à plusieurs jours d'émeutes.
20:44 Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?
20:45 Est-ce que vous avez eu des échanges avec eux ?
20:47 -Oui. Ils m'ont apporté leur soutien, en premier lieu.
20:51 Ils m'ont apporté leur soutien et ils m'ont dit de rester fort.
20:55 Pour apporter un résultat, il faut rester digne.
20:57 On essaie de faire des choses.
20:59 Si ils venaient voir comment ça peut se passer pour eux,
21:03 parce qu'on est à peu près sur le même canal,
21:07 j'espère pour eux qu'ils voient le résultat,
21:10 parce que c'est pas évident.
21:12 C'est long, c'est dur.
21:14 Il faut être patient.
21:16 C'est pas tous les moments du monde que ça se passe comme ça.
21:20 J'espère qu'ils vont obtenir justice
21:22 et qu'ils pourront aller mieux dans leur vie.
21:25 C'est compliqué.
21:26 -Vous avez parlé de ce rêve que vous aviez d'être footballeur.
21:30 Vous avez aujourd'hui 29 ans.
21:32 Vous dites, 29 ans, quand on veut être footballeur, c'est vieux.
21:35 Même si c'est pas vieux, 29 ans, c'est jeune, même.
21:38 De quoi sera fait demain pour vous ?
21:42 Comment voyez-vous les jours, les mois ?
21:46 Les années à venir ?
21:48 Est-ce que vous avez des envies ?
21:50 Vous vous dites, "J'ai envie de travailler dans tel ou tel secteur,
21:54 "j'ai des projets."
21:56 Est-ce que vous commencez à avoir ces idées-là ?
21:59 -Non.
22:00 Moi, je suis...
22:03 C'est du foot ou rien.
22:05 Après, devenir avocat, c'est compliqué.
22:08 Trop de livres à lire.
22:09 Mes avocats généraux, j'en ai pas encore moins.
22:12 Je préfère faire ma chambre pour l'instant.
22:15 Je regrette des manques.
22:16 Je l'ai fini ce matin, mais je veux en recommencer.
22:19 Deux cas à faire pour l'instant.
22:22 -Il y a peut-être cette possibilité que les choses,
22:25 sinon ça pèse, du moins que cette parenthèse judiciaire
22:29 vous permette de prendre un nouvel élan ?
22:32 -Je vais attendre que les 10 jours y passent.
22:34 Ici, il faut appeler le 9e jour.
22:36 Et voilà.
22:38 Après ça, on verra.
22:40 -Il y a un enjeu qui se présente, c'est celui de la réparation.
22:44 Il faut comprendre qu'une victime en France
22:46 va devoir mener un 2e combat, c'est celui de la réparation.
22:50 Il y a des institutions, la civille à saisir.
22:53 Un procès va se dérouler pour avoir cette réparation.
22:56 C'est pas neutre,
22:57 parce que vous êtes privé de toute possibilité de vivre
23:00 pendant un long moment.
23:02 Vous parlez de la chose sous l'angle humain et psychologique,
23:05 mais il y a un enjeu travail.
23:07 Théo, c'était quelqu'un qui aspira à bien gagner sa vie.
23:11 Il avait un contrat de footballeur.
23:13 On va rentrer dans une phase
23:15 pour comprendre comment on indemnise les victimes en France
23:19 quand ils sont victimes de pareil fait.
23:22 -Aujourd'hui, comment est-ce que vous vivez ?
23:25 Vous vivez chez vos parents ? Vous n'avez pas de revenus ?
23:28 -Si, je suis MDPH, reconnaissance capable, 80 %.
23:32 Mais c'est pas ça qui était prévu.
23:34 Quand mon père et ma mère m'ont dit "Va jouer au foot",
23:38 c'est "Va jouer au foot".
23:40 C'est pas pour gagner 900 euros.
23:42 Quand mes frères et mes sœurs m'ont accompagné dans ce processus,
23:46 "Va jouer au foot",
23:47 mon beau-frère qui était avec moi, qui me suivait de près,
23:50 "Va jouer au foot".
23:52 J'étais en mission, en vrai.
23:54 Je suis une famille.
23:56 Et c'est cette chose-là qui me travaille tous les jours aussi.
24:01 C'est que de, un, t'as pas réussi au foot,
24:04 il y a ce qui t'est arrivé,
24:05 et en plus, t'as ramené beaucoup de malheur,
24:08 beaucoup de tristesse dans la famille.
24:10 Et comment tu vas réparer ça ?
24:12 Parce que c'est pas...
24:13 Le jugement, il est passé.
24:15 Le jugement, il passe demain, normalement, c'est fini, le jugement.
24:18 Mais Théo, il est là.
24:19 Et ce comportement, c'est comme moi.
24:21 Il aura 30 ans bientôt, 31 ans.
24:24 Et plus les années vont passer, plus le foot, c'est foutu.
24:27 C'est comme ça.
24:28 La mission, elle a déjà échoué, en fait.
24:30 Je me suis déçu de toute ma famille.
24:32 Parce qu'eux tous, ils misaient sur moi.
24:34 Je suis le dernier de la famille.
24:36 Derrière, il reste pas, on a tout mis sur lui.
24:38 Et l'homme sur qui on a tout mis,
24:42 il a un handicapé à vie, à 22 ans.
24:44 -Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour la suite ?
24:49 -Moi-même, je me souhaite rien.
24:51 Pas vraiment d'avouer de me souhaiter quelque chose.
24:54 Je voudrais vivre la vie de tous les jours
24:56 et si un jour, on ira mieux, on sait pas.
24:59 On attend la fin du film.
25:01 -Merci beaucoup, Théo Louaka, d'avoir pu échanger,
25:06 d'avoir réservé votre première réaction à BFM TV.
25:10 Merci également à votre avocat, Antoine Veil.
25:12 Merci beaucoup à tous les deux. -De rien. Pas de souci.
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