00:00 -Ecoutez, d'abord, j'ai beaucoup de compassion
00:02 pour sa maman, qui vient de parler.
00:06 Je suis catastrophé de ce que j'entends,
00:09 parce que, si vous voulez, la médecine d'urgence,
00:12 quand on a commencé à se battre il y a 20 ans,
00:14 c'était sûrement pas pour voir ce qui se passe actuellement.
00:19 On a l'impression que les malades ne sont plus entendus.
00:23 On nous a demandé de la production de soins
00:26 pour faire comme si les malades étaient indésirables.
00:29 On entend un discours même du président de la République
00:33 dans sa dernière conférence de presse,
00:35 disant qu'il y a des gens qui viennent
00:37 qui n'ont rien à y faire.
00:39 Du coup, il y a une banalisation de notre métier
00:42 au niveau des services des urgences.
00:44 On nous a imposé un service d'accès aux soins
00:47 en croyant et en faisant croire à la population et aux politiques
00:51 que de répondre au téléphone résolvait toutes les situations.
00:54 En fait, c'est faux.
00:57 Et là, on nous promet qu'en décembre,
01:00 tout sera résolu, alors que nous sommes dans un chaos total.
01:03 Il faut savoir que quand vous évoquez tous ces drames
01:07 qui se succèdent,
01:08 ça rejoint la une de dimanche dernier du Parisien.
01:12 Nous, professionnels, on voit ce qui se passe.
01:15 Nous avons des médecins qui renoncent,
01:17 qui s'en vont, parce qu'ils disent qu'on ne peut plus travailler.
01:21 On continue à fermer des lits.
01:23 On continue à avoir un discours,
01:25 même par des conseillers, des ministres,
01:27 de dire que les malades qui nous aident n'ont rien à y faire.
01:30 Mais quand vous avez une négation du pouvoir politique
01:34 sur ce que représentent les 24 millions de personnes
01:37 qui passent dans des services d'urgence, c'est très difficile.
01:41 -Ca fait un moment que vous tirez la sonnette d'alarme.
01:44 Est-ce qu'on a une idée du nombre de morts suspectes
01:47 aux urgences chaque mois ou chaque année ?
01:49 -Non.
01:50 Vous voyez, la plainte dont vous faites référence
01:55 à Cannes, elle remonte sur un drame
01:57 qui s'est passé en septembre 2022.
02:00 C'est très lent, le rythme de la justice est très lent.
02:03 Bien entendu, lorsque vous avez...
02:05 Ils ont appelé ça des événements indésirables.
02:08 Donc, si vous voulez, vous êtes censés faire...
02:11 De comprendre d'abord comment marchent les logiciels
02:14 de l'hôpital et des agences régionales de santé.
02:16 Vous faites un événement grave.
02:18 Logiquement, il doit y avoir des technocrates
02:21 qui sont en train d'analyser ça.
02:23 Mais ils sont déjà énoyés dans le problème.
02:25 Il y a une vingtaine, trentaine d'années,
02:28 les médecins se réunissaient tout de suite
02:30 pour réfléchir à ce qui se passait.
02:32 Maintenant, il y a une espèce de fuite technocratique
02:35 pour étouffer les affaires.
02:37 Donc, personne sait combien il y en a.
02:39 Ce qu'il y a de sûr, c'est que si vous voulez,
02:42 quand on a 24 millions de personnes qui viennent,
02:44 que vous avez... Parce que le fond du problème est là,
02:47 c'est que vous avez un accès aux soins qui s'est dégradé.
02:51 Un certain nombre de médecins qui font de la permanence de soins
02:54 n'ont pas été formés pour ça.
02:56 Et c'est absolument inquiétant, ce qui se passe.
02:59 Ce qui fait que là, ce qu'on dit là...
03:01 -Concrètement, alors, Patrick Peloux,
03:04 admettons que j'aille aux urgences
03:06 et que je sente que je ne suis pas prise en charge correctement,
03:10 qu'est-ce qui se passe ?
03:11 Il faut quitter les urgences et aller dans un autre hôpital ?
03:14 C'est quoi les solutions quand on est confronté
03:17 à ce genre de situation et qu'on est très mal ?
03:20 -Ma pauvre dame, allez où ?
03:22 Ils ont fermé quasiment toutes les structures.
03:25 Là, on parle de Cannes et du sud de la France,
03:28 ça a été le jeu des dominos.
03:29 Nous avons notre représentant Vincent Carré sur Toulon,
03:33 qui passe son temps à hurler sur ce qui se passe.
03:36 Des fois, vous avez Draguignon qui ferme,
03:39 vous avez Saint-Tropez,
03:40 personne n'en parle, mais c'est très symbolique pour le tourisme,
03:44 qui ferme ses portes régulièrement sur le service des urgences.
03:48 Je veux bien que vous disiez "je vais ailleurs",
03:50 mais vous n'allez nulle part, ils ont tout fermé.
03:53 Là, qu'est-ce que vous faites ?
03:55 J'ai envie de vous dire, vous prenez votre téléphone
03:58 et vous avez quelqu'un qui s'appelle l'administrateur de garde
04:01 dans tous les hôpitaux.
04:03 Vous téléphonez au standard et vous demandez à parler
04:06 au directeur et à l'administrateur de garde.
04:09 Mais je suis assez désespéré, sincèrement, de ce qui se passe.
04:12 Je suis de garde ce soir et je sais qu'on va galérer
04:15 et qu'il y a plein de gens qui vont attendre sur des brancards.
04:19 C'est pas la faute des soignants, c'est la faute d'un système