00:00 Alain Duhamel, finalement, quel homme politique a-t-il été ?
00:03 Puisqu'il a eu des responsabilités politiques en étant un ministre éminent.
00:06 Oui, et pas de n'importe qui.
00:09 Non.
00:10 C'était avec Nicolas Sarkozy, mais au fond, comme homme politique, c'était un ovni.
00:18 Il portait à la fois peut-être le nom le plus politique de France à cette époque, Mitterrand,
00:26 mais il était le contraire d'un homme politique professionnel.
00:30 Aux affaires culturelles, il est arrivé avec ses idées, qui étaient des idées d'amateurs doués,
00:40 des idées d'hommes aux curiosités multiples et aux expériences très diverses.
00:48 C'était quelqu'un qui, évidemment, avait sa propre approche de la politique.
00:56 On ne peut pas dire que c'était un socialiste, comme l'avait été son oncle.
01:01 On ne pouvait pas dire non plus que c'était quelqu'un qui s'était rallié au camp des adversaires de François Mitterrand.
01:10 C'était quelqu'un d'indépendant, qui avait le goût à la fois d'une culture assez raffinée et assez diverse,
01:23 et en même temps un grand sens du public, qui était assez rare.
01:29 Est-ce qu'il a marqué comme ministre de la Culture ? Je ne dirais pas ça.
01:35 Mais il y a été sympathique et il a su surtout rester lui-même,
01:42 ce qui n'est pas si facile quand on n'a pas fait de politique et qu'on se retrouve ministre.
01:47 – Est-ce qu'il avait une forme de recul par rapport justement à la politique
01:50 ou il a pris toutes ses responsabilités au sérieux, j'ai envie de vous dire, au premier degré en quelque sorte ?
01:55 – Alors, je ne dirais pas vraiment au premier degré.
01:58 Il avait quand même une distance.
02:01 D'abord, il avait l'expérience qu'il avait vécue avec un oncle dont il n'était pas très proche,
02:08 mais qui occupait tout son paysage familial, évidemment.
02:13 Et il avait son propre jugement, qui était souvent original.
02:19 Ce qui est intéressant, c'est qu'on a voulu qu'il ait un rôle politique parce qu'il était populaire,
02:29 et qu'en particulier ses émissions de télévision avaient été quand même des grands succès,
02:36 avec une grande audience et une approche qui était à la fois cultivée et très accessible,
02:43 plus un sens de la mise en scène et même de la théâtralisation.
02:48 Que d'ailleurs, curieusement, ce sens de la théâtralisation,
02:52 on ne l'a pas tellement retrouvé dans son action, évidemment, beaucoup plus brève, politique.
02:59 En revanche, c'est quelqu'un qui avait des curiosités très différentes,
03:04 qui avait des qualités et quelques gros défauts,
03:07 mais qui avait des talents multiples, ce qui est quand même pas banal,
03:13 parce qu'il avait sa passion du cinéma et ce que lui-même a fait pour le cinéma,
03:18 avec ses scènes, les différents cinémas dont il s'était occupé pour promouvoir des films de qualité.
03:26 Il avait son talent d'écrivain, pas d'un grand écrivain, mais d'un écrivain authentique.
03:33 – Alain Duhamel, je me permets de vous interrompre,
03:35 parce que vous venez d'évoquer quelque chose,
03:36 et en fait ce soir, on doit faire vivre quelqu'un qui vient de disparaître.
03:40 Quels sont ces quelques gros défauts que vous venez d'évoquer ?
03:42 On a envie de le savoir aussi, en tout cas de votre point de vue.
03:45 – Oui, alors il faut se rapprécialiser quand même d'abord,
03:48 le sens du grand public, beaucoup d'authenticité,
03:53 dans ses défauts même de l'authenticité.
03:56 Bon, ses défauts c'est que, à la télévision,
04:01 il avait un grand sens de la scène et du magnifique,
04:06 mais enfin c'était un petit peu boum boum,
04:10 c'était de la télévision au grand théâtre,
04:17 évidemment par rapport aux grandes émissions historiques
04:20 qu'il y avait eues dans le passé à l'ORTF,
04:23 c'était pas du tout ce genre de choses.