00:00Des événements graves viennent de se produire.
00:07La priorité, c'est de retrouver l'ordre, le calme et la sérénité.
00:16Avec la crise que traverse la Nouvelle-Calédonie aujourd'hui, c'est le souvenir douloureux
00:21d'une époque extrêmement violente qui est ravivée dans l'archipel.
00:24On appelle cette période les événements, c'était il y a 40 ans, on vous raconte.
00:28En Nouvelle-Calédonie, les revendications indépendantistes prennent véritablement
00:36leurs racines dans les années 1960 et 1970, dans une société qui est de fait divisée.
00:42D'un côté les Kanaks, populations autochtones originaires de l'archipel qui deviennent
00:47de plus en plus minoritaires sur leur propre sol, et de l'autre les Calédoniens d'origine
00:51européenne et descendants de colons français qu'on appelle les Kaldosh.
00:55Deux fronts s'opposent.
00:56D'un côté le front indépendantiste qui deviendra ensuite le FLNKS, incarné par Jean-Marie
01:02Chibaou, et de l'autre le camp loyaliste, incarné par le RPCR de Jacques Lafleur.
01:08Au départ, la décennie 80 est pour les indépendantistes synonyme d'espoir, mais ces espoirs seront
01:14vite douchés.
01:15D'abord en 1981, avec l'élection de François Mitterrand, un candidat socialiste sensible
01:21à leurs revendications, mais qui ne sera finalement pas l'aurait tant attendu.
01:24Ensuite, avec la création en 1984 d'un nouveau statut pour la Nouvelle-Calédonie, le statut
01:30le moine, voté par l'Assemblée Nationale à Paris et rejeté autant par les loyalistes
01:35que par les indépendantistes en Nouvelle-Calédonie.
01:37Les loyalistes parce que ce statut ouvre la voie à une possible indépendance, et les
01:41indépendantistes parce que le texte prévoit bien la tenue d'un référendum d'autodétermination
01:46mais incluant l'ensemble de la population de Nouvelle-Calédonie alors que eux réclament
01:51un corps électoral restreint.
01:53Débute alors un cercle de violence que l'état français tente d'enrayer, mais il est trop tard.
01:58La fronde s'organise, le FLNKS qui fédère tous les partis pro-indépendance de Nouvelle-Calédonie
02:03est créé et demande le boycott des élections territoriales de 1984.
02:07Un moment de grande tension, illustré par une photo qui furent à date, on y voit l'indépendantiste
02:13Éloi Machoro fracasser une urne avec une hache.
02:17Mais c'est avec le massacre de Yengen, le 5 décembre 1984, que débutent 4 années meurtrières.
02:23Ce jour-là, 10 militants indépendantistes kanaks sont tués dans un guet-apens tendu
02:28par des loyalistes.
02:29S'en suivent des années d'affrontements, de pillages et d'assassinats, dont celui
02:33de l'indépendantiste Éloi Machoro en 1985 par le GIGN.
02:46En 1987, pour tenter de calmer le jeu, le gouvernement de Jacques Chirac organise un
02:55référendum d'autodétermination avec pour la première fois une restriction du corps
02:59électoral qui ne satisfait pas les indépendantistes.
03:02Il faut être résident calédonien depuis au moins 3 ans pour se prononcer sur l'indépendance
03:06de la Nouvelle-Calédonie, les indépendantistes appellent au boycott.
03:10Résultat, 59,10% des inscrits votent et l'indépendance est rejetée à 98,3% des voix.
03:19Bref, entre indépendantistes et loyalistes, le dialogue de sourds continue.
03:23L'apogée de ce cycle de violence a lieu en 1988 avec la prise d'otages sanglantes
03:29de la grotte d'Ouvéa.
03:30Deux jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril, des militants
03:35indépendantistes kanaks détiennent 23 personnes, en majorité des gendarmes.
03:39Deux semaines plus tard, le 5 mai, l'armée donne l'assaut, 25 personnes sont tuées,
03:45dont 19 kanaks.
03:46Ce bain de sang a l'effet d'un coup de tonnerre.
03:48Pour tout le monde, il est temps de trouver une issue à la crise.
03:51Les deux opposants de toujours, Jacques Lafleur et Jean-Marie Thibault, se rencontrent à
03:56Paris et échangent une poignée de mains.
03:58C'est un moment historique.
04:01Le 26 juin 1988, les accords de Matignon signent la réconciliation, mais ce sont surtout 10
04:07ans plus tard les accords de Nouméa qui vont véritablement peser.
04:10Il prévoit un statut unique et une autonomie progressive pour la Nouvelle-Calédonie et
04:15des corps électoraux plus restreints.
04:16Pour autant, presque 40 ans après et 3 référendums plus tard, la question du corps électoral
04:21est toujours brûlante, les stigmates des événements sont encore profonds, la crise
04:26actuelle en est l'illustration.
04:37de la Nouvelle-Calédonie.