00:00 [Musique]
00:11 Mes chers compatriotes,
00:14 Après consultation du Premier ministre, du Président du Sénat, du Président de l'Assemblée Nationale,
00:21 j'ai décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale.
00:26 Le décret de dissolution et le décret fixant les dates des élections législatives au 25 mai et au 1er juin
00:35 seront publiés demain matin.
00:38 Pourquoi, au risque de vous surprendre,
00:42 me suis-je résolu à user maintenant du pouvoir que me confère l'article 12 de la Constitution
00:49 pour abréger le mandat d'une assemblée que j'ai tenu à conserver en 1995,
00:56 dont la majorité a soutenu loyalement le gouvernement,
01:01 une assemblée qui a contribué à définir les lignes de force d'une France moderne et compétitive
01:09 et à laquelle je tiens à rendre hommage.
01:13 Aujourd'hui, je considère en conscience
01:18 que l'intérêt du pays commande d'anticiper les élections.
01:23 J'ai acquis la conviction qu'il faut redonner la parole à notre peuple
01:29 afin qu'il se prononce clairement sur l'ampleur et sur le rythme des changements à conduire pendant les cinq prochaines années.
01:38 Pour aborder cette nouvelle étape,
01:42 nous avons besoin d'une majorité ressourcée et disposant du temps nécessaire à l'action.
01:50 Nous avons engagé ensemble un effort considérable.
01:55 Des réformes de fonds sont en cours,
01:59 la protection sociale, les armées et le service national,
02:03 l'enseignement supérieur, la fiscalité, le secteur public.
02:08 Après un long laissé-aller, dont nous payons toujours le prix,
02:14 l'assainissement de nos finances a été entrepris grâce à chacun d'entre vous.
02:21 Nous avons ainsi recréé les conditions de la croissance.
02:27 Cette politique commence à donner des résultats, mais ils ne sont pas suffisants.
02:35 Ce n'est donc pas le moment de marquer une pause.
02:38 Notre économie, nos entreprises, l'emploi ne peuvent attendre.
02:43 Il faut au contraire, dès maintenant, aller plus loin sur le chemin des changements.
02:51 Il faut que l'action politique monte en puissance pendant les cinq années qui viennent.
02:57 Pour réussir, la France a besoin d'un nouvel élan.
03:02 Cet élan ne peut être donné que par l'adhésion clairement exprimée du peuple français.
03:08 Mes chers compatriotes, le moment est venu de vous prononcer.
03:14 Ensemble, nous devons réformer en profondeur l'État,
03:20 afin de permettre une baisse de la dépense publique.
03:24 Seule façon d'alléger les impôts et les charges qui pèsent trop lourdement sur vous
03:31 et qui trop souvent vous démotivent.
03:34 La baisse des impôts, c'est un choix exigeant,
03:38 mais c'est un choix majeur, que je fais parce que c'est le choix de l'avenir.
03:44 Ensemble, nous devons encourager plus fortement qu'on ne le fait
03:50 les créations d'entreprises et les initiatives locales qui font notre richesse.
03:56 Nous devons faire évoluer les comportements qui font obstacle à l'emploi.
04:01 Il faut partout développer le dialogue et la concertation
04:07 pour trouver de nouvelles réponses au chômage.
04:11 Ensemble, nous devons prendre toutes les mesures qui s'imposent
04:15 afin que notre système éducatif s'adapte aux exigences de l'entrée des jeunes dans la vie active.
04:23 Nous devons poursuivre la nécessaire adaptation de notre protection sociale
04:30 dont je suis et dont je resterai le garant.
04:34 Nous devons réformer notre justice et la rendre plus indépendante,
04:39 mais aussi plus rapide et plus proche.
04:42 Vous le voyez, il s'agit de choix déterminants pour chacun d'entre vous.
04:50 Et ces choix requièrent, exigent votre adhésion.
04:55 Et puis, il y a l'Europe.
05:00 Elle impose parfois des contraintes, c'est vrai, mais ne l'oublions jamais.
05:05 Depuis un demi-siècle, pour nos vieilles nations qui se sont tant combattues,
05:11 l'Europe, c'est la paix.
05:16 Aujourd'hui, dans un monde qui s'organise et se transforme toujours plus vite,
05:21 l'Europe nous apportera un supplément de prospérité et de sécurité.
05:26 Tout simplement parce que l'Europe, c'est l'Union, et que l'Union fait la force.
05:33 Or, d'importantes décisions seront prises au cours des tout prochains mois.
05:43 Le passage à la monnaie unique, indispensable si nous voulons nous affirmer
05:48 comme une grande puissance économique et politique,
05:51 avec un euro à l'égal du dollar et du yène.
05:56 La réforme des institutions européennes, que nous voulons plus démocratique,
06:02 plus équilibrée, plus efficace.
06:04 L'élargissement de l'Union aux jeunes démocraties qui appartiennent à la famille européenne
06:12 et qui formeront avec nous la grande Europe.
06:16 La réforme de l'Alliance Atlantique, qui doit permettre aux Européens
06:21 de mieux assumer la responsabilité de leur sécurité
06:25 dans un nouveau partage avec les Américains.
06:29 Et surtout, et surtout, ce qui me tient le plus à cœur,
06:36 une Union européenne au service des hommes.
06:41 Un modèle social vivant.
06:44 Un front commun contre les fléaux qui menacent nos sociétés.
06:50 Le chômage et l'exclusion, bien sûr,
06:54 mais aussi l'exploitation des enfants, la drogue, l'argent sale, le terrorisme.
07:02 Tout cela va donner lieu à des négociations difficiles
07:09 pour aborder ces échéances en position de force.
07:12 Pour construire une Europe respectueuse du génie des nations qui la composent
07:18 et capable de rivaliser avec les grands ensembles mondiaux,
07:22 votre adhésion et votre soutien sont essentiels.
07:28 Enfin, mes chers compatriotes, nous partageons des valeurs
07:35 qui fondent notre communauté nationale et qui donnent à la France son destin singulier.
07:41 Or, les esprits sont troublés.
07:46 Des principes essentiels ont été mis en cause.
07:49 Le respect dû à chaque homme, la tolérance, la solidarité la plus élémentaire.
07:55 Des appels à la haine ont été lancés et des boucs émissaires désignés.
08:03 Ensemble, nous devons réaffirmer nos valeurs
08:07 et les repères civiques et moraux qui sont les nôtres.
08:11 Ensemble, nous devons dire clairement dans quelle société nous voulons vivre.
08:18 Les réponses aux grandes questions qui se posent aujourd'hui
08:23 ne se trouvent ni dans le repli sur nous-mêmes
08:27 ni dans l'exploitation des peurs et des ignorances.
08:33 Les réponses ne se trouvent pas non plus dans un laisser-faire, laisser-aller
08:39 contraire à notre culture et à nos traditions sociales.
08:43 Les réponses ne se trouvent pas davantage dans des solutions archaïques
08:49 fondées sur le toujours plus d'État, le toujours plus de dépenses, le toujours plus d'impôts.
08:58 C'est un autre chemin que je vous propose de suivre.
09:02 Ce que je vous propose, c'est l'idéal de notre République.
09:08 Des droits farouchement défendus et d'abord le droit à la dignité et à la protection
09:14 pour chaque homme, chaque femme, chaque enfant.
09:18 Des devoirs et des responsabilités assumées qui correspondent à ces droits.
09:25 Une cohésion sociale renforcée.
09:28 C'est la défense de l'ordre républicain.
09:31 C'est une société apaisée, décrispée, qui anticipe mieux les problèmes
09:38 et qui les surmonte par le dialogue et la concertation.
09:42 C'est une morale politique retrouvée, avec des dirigeants qui donnent l'exemple.
09:48 C'est une vie politique modernisée, donnant toute leur place aux femmes
09:54 et où les élus se consacrent pleinement à leur fonction.
09:57 C'est une France laïque, respectueuse des croyances de chacun.
10:03 Voilà pourquoi, mes chers compatriotes, je vous demande de donner à la France
10:08 une majorité qui aura la force et la durée nécessaires pour relever les défis d'aujourd'hui.
10:16 Rien n'est facile.
10:21 Mais nous devons choisir la bonne voie, celle qui concilie la justice, la solidarité et la modernité.
10:29 Nous sommes à moins de mille jours de l'an 2000.
10:36 Je veux que nous exprimions sans tarder notre volonté commune
10:42 d'entrer dans le troisième millénaire avec confiance et avec enthousiasme.
10:49 Mes chers compatriotes, je vous remercie.
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