00:0011h04 sur CNews, merci d'être avec nous, vous le savez, j'ai voulu consacrer une grande partie de cette émission à des témoignages,
00:07les témoignages des Français face à la violence, cette violence quotidienne, cette violence ordinaire dont on parle peu.
00:13Le 27 novembre dernier, dans cette émission, il y avait Rémi, Rémi qui a témoigné avec des amis, le jeune homme a été victime à Nîmes d'une agression
00:21en sortant d'un barguet, ils ont été frappés, il y a eu des propos homophobes, un des agresseurs a sorti un couteau,
00:27ils ont reçu, certains de ses amis, des coups de couteau, lui a eu les ligaments touchés, il était complètement sonné,
00:32avant de la voir en direct pour savoir comment les choses ont avancé, je vous propose de réécouter parce que vous allez comprendre
00:37à quel point cette agression était violente, on va réécouter un extrait de ce qu'il nous disait le 27 novembre dernier en direct.
00:44C'est compliqué, j'ai toutes les images qui me reviennent tout le temps, donc c'est assez compliqué.
00:55– Ce sont les images de l'agression que vous revoyez, qui vous touchent à ce point-là ?
00:59– Oui, tout le temps, tout le temps, je ne dors pas de la nuit, en fait je ne vis pas là, là ce n'est pas une vie.
01:10– Rémi est en direct avec nous, bonjour Rémi, merci d'être avec nous, on voulait prendre d'une part de vos nouvelles,
01:16et puis d'autre part savoir comment l'enquête avançait, parce que quand on s'est parlé, c'était, je l'ai dit, le 27 novembre,
01:22vous deviez avoir dans les jours qui viennent au maximum une semaine plus tard des nouvelles,
01:26donc aujourd'hui on est le 20 décembre, donc ça fait quasiment un mois, comment les choses ont avancé ?
01:32– Ah mais les choses n'ont pas avancé, donc bonjour, mais les choses n'ont absolument pas avancé,
01:36on nous avait dit par un communiqué de madame la procureure qu'on aurait une réponse sous une semaine,
01:42aujourd'hui on arrive à trois semaines, on n'a aucune réponse, notre avocat n'a aucune réponse de la procureure,
01:49donc nous on aimerait vraiment que ça soit classé, que les propos homophobes soient classés,
01:53parce que pour nous c'est important.
01:55– La question qui était posée à la procureure, c'était de savoir si c'était une agression homophobe ou pas,
01:59et la procureure avait dit dans un délai d'une semaine, on vous répondra si c'est requalifié en agression homophobe,
02:03puisque vous avez traité de sales pédés et d'autres choses de ce type, donc voilà, ça fait assez peu de doute a priori,
02:09mais on vous avait promis une réponse sous une semaine, il n'y a aucune réponse là ?
02:13– Non, ils ont appelé nos témoins pour savoir ce qu'on avait des témoins, donc ils ont appelé les témoins,
02:17moi aujourd'hui je n'arrive pas à comprendre comment quand il y a des propos,
02:21parce que le propos de base a été on va casser du pédé ce soir,
02:23je ne comprends pas comment aujourd'hui on ne peut pas classer ces propos directement,
02:27c'est hallucinant, nous déjà ce n'est pas une vie qu'on est en train de mener,
02:31moi physiquement c'est les ligaments, donc je suis encore touché un peu, ça va mieux mais bon, ce n'est pas le top.
02:37– Vos amis à côté, sur les photos à côté, c'est les amis qui étaient avec vous ce soir-là ?
02:41– Oui, mais ils ont encore des cicatrices, alors forcément ça va un peu mieux,
02:45il a eu des points, ça va mieux mais il y a des cicatrices, et il y a des cicatrices au niveau mental,
02:49on est encore suivi au niveau thérapie parce qu'on en a besoin, parce qu'on a toujours peur,
02:53nos agresseurs sont en liberté, ce n'est pas normal, donc on a même, pour vous dire,
02:58on a même lancé une pétition pour que les propos homophobes soient enfin retenus
03:03à chaque fois que maintenant il y a une agression.
03:05– Mais Rémi, la dernière fois qu'on s'est parlé, je me souviens bien,
03:07vous m'aviez dit je ne crois plus en la justice, ce qui se passe en ce moment ça ne doit pas vous aider ?
03:12– Ah non, ça ne l'aide absolument pas, absolument pas, je ne comprends pas,
03:17en fait on n'a pas les mots, on a entendu un communiqué de Mme la procureure
03:21disant que c'était une bataille, mais ce n'est pas une bataille, c'est une agression,
03:25c'est quand même des personnes qui étaient avec des couteaux,
03:28c'est quand même grave ce qui s'est passé, simplement on a essayé de se défendre,
03:34je dis bien essayer de se défendre, mais ce n'est pas une bataille, c'est une agression homophobe.
03:40– Vous allez comment vous Rémi ?
03:44– Physiquement je fais avec, ce n'est pas forcément facile, je fais avec,
03:48moralement c'est compliqué.
03:50– Toujours ?
03:51– Voilà, c'est compliqué parce que je pense toujours aux images,
03:54alors je vais mieux, oui, parce que je suis une thérapie,
03:57mais les images elles restent dans la tête et ça reste quand même très compliqué.
04:03– Merci Rémi d'avoir été en direct, on va continuer à suivre
04:07parce que c'est intéressant de voir comment les affaires évoluent
04:09parce qu'on vous a eu très vite après cette agression,
04:12là on est quasiment un mois après l'agression et on voit que c'est compliqué
04:15d'avoir des réponses de la justice Jean-Christophe Gagnon,
04:17c'est aussi peut-être pour ça que les Français ont du mal à croire,
04:20enfin quand on se retrouve avec des gens qui disent on va casser du PD,
04:23qui les attaquent avec un couteau et qui leur disent sale PD
04:26et qu'on se dit on va voir si c'est une agression homophobe,
04:29au bout de trois semaines on se dit on devrait avoir une idée quand même.
04:32– C'est vrai qu'on a quelque chose qui est assez clair dans l'intention,
04:35on est assez clair dans l'idée aussi que c'est ce rapport de force
04:38entre des gens qui veulent imposer, ça a été dit, une manière de se comporter,
04:42une manière de voir la société, une manière d'imaginer
04:46comment on doit être ensemble ou pas ensemble,
04:48c'est-à-dire que pour le coup on ne découvre rien,
04:50cette déshumanisation, ce sauvagement que vous avez décrit Laurent,
04:53c'est aussi ça, mais pourquoi c'est ça ?
04:55Parce que oui, on est faible individuellement parce que face à ces difficultés,
04:58chacun d'entre nous au quotidien on les vit, on les vit et on dérive,
05:02la plupart du temps on dit aux enfants ne vous en occupez pas,
05:05on dit aux gens tournez la tête.
05:07– On est faible collectivement aussi, on est surtout faible collectivement.
05:10– Mais quand collectivement on est faible, c'est parce qu'on est très faible individuellement
05:13et en plus ça renforce dans l'autre sens, si si c'est un cercle vicieux
05:16qui fait que quand on est faible collectivement,
05:18et bien individuellement on va essayer de s'en sortir tout seul.
05:20Donc en réalité l'état faible, c'est ensemble qui est très faible,
05:23mais pas simplement sur l'idée qu'en ce moment on est faible
05:25parce qu'on n'a pas de gouvernement et ainsi de suite,
05:27mais on est faible parce que il n'y a pas un repère,
05:29ce sur quoi on est construit, sur nos fondations on les a abîmées,
05:34on les a laissées partir, on les a laissées se défaire
05:38à la faveur d'agressions permanentes d'un certain nombre de minorités actives
05:42dans tous les secteurs quels qu'ils soient,
05:44c'est-à-dire qu'en gros c'est aujourd'hui un système
05:46qui est au bout de souffle en termes de comportement
05:48parce qu'il ne sait plus où il va, il ne sait plus d'où il vient
05:51et donc aujourd'hui c'est très compliqué.
05:52Donc chacun d'entre nous, nous vivons donc en direct cette décomposition,
05:56ce délitement. Pourquoi trois garçons vont taper un monsieur
06:00qui est en difficulté comme ça ? Pourquoi ils le font ?
06:02Alors on parle de range mécanique, oui, la fiction est déjà...
06:04Vous parlez du premier cas, vous parlez du premier.
06:06Pourquoi ? Parce qu'on est homosexuel, encore aujourd'hui,
06:08on peut se faire lapider, couper en morceaux, ainsi de suite,
06:10attaquer, voire parfois...
06:12C'est le premier monsieur dont on parlait qui était menuisier
06:15et qui s'est fait taper dessus.
06:16Vous vous rendez compte de la régression ?
06:18Là on parle de roman d'anticipation, range mécanique,
06:20c'est quelque chose qui portait vers quelque chose de plus loin,
06:22mais là c'est une régression absolue.
06:24Cette régression absolue, nous en sommes collectivement responsables,
06:27mais aussi individuellement.
06:29Alors Elisabeth Pannier n'est pas tout à fait d'accord avec vous.
06:31Non, mais je voudrais nuancer, y compris ce que j'ai dit tout à l'heure,
06:34parce que je crois qu'il y a réellement cet effet de choc culturel,
06:38mais comme le disait, je me rappelle une phrase de Philippe Muray
06:41dans un livre qui s'appelle « Chers djihadistes ».
06:43Il disait que les occidentaux qui disent aux djihadistes
06:45qu'ils voulaient nous détruire ressemblent à des propriétaires
06:48d'un magasin de porcelaine, si vous voulez, qui ont déjà tout saccagé
06:52et qui s'énervent contre les éléphants, en quelque sorte.
06:55Et c'est un peu ça.
06:59C'est-à-dire que bien avant, il y a aussi quelque chose.
07:03D'abord, c'est que par presque ADN, les démocraties libérales,
07:09les sociétés libérales ont quelque chose de molle,
07:12puisque la tolérance fait partie de...
07:14La tolérance à l'altérité, la reconnaissance de l'altérité
07:18fait partie de leur ADN.
07:20Donc on est déjà face à un dilemme presque constitutif,
07:23je pense, pour nos sociétés.
07:25La deuxième chose, c'est que tout dans cette société,
07:28par ailleurs, je prends un exemple, le discours médiatique
07:31qui entretient les enfants de l'immigration au lieu de leur dire
07:34« Vous êtes des citoyens comme les autres, donc basgarez-vous
07:38comme les autres et arrêtez de pleurnicher,
07:40parce que ça ne vous emmènera nulle part. »
07:42On leur dit toute la journée « Vous êtes des victimes,
07:44on est des salauds, on est des racistes, on est des colonialistes,
07:46on est des sexistes. »
07:48Ça, ça ne vous gêne pas.
07:50Bref, toute la journée, on leur dit ça.
07:53Et qu'est-ce qu'on dit aux mômes à l'école ?
07:55En général, à tous les mômes, on leur dit
07:57« Mon petit chéri, on ne va pas te mettre de notes,
07:59parce que ça, c'est vraiment très mal.
08:01La compétition, ce n'est pas bien.
08:03L'important, ce n'est pas qu'il y ait des bons,
08:05ce n'est pas que les gens apprennent,
08:07ce n'est pas qu'on leur apprenne les grandes œuvres du passé,
08:09parce que ça, c'est très ennuyeux,
08:11on ne va quand même pas les enquiquiner avec ça.
08:13L'important, c'est que tout le monde soit au même niveau.
08:15Pour que tout le monde soit au même niveau, il est où, le niveau ?
08:17Laurent, ça y est, ensuite, on va écouter un autre témoignage,
08:20cette fois, justement, d'une prof dans une école
08:22qui s'est fait frapper parce qu'elle a demandé à une élève d'enlever son voile.
08:24Moi, je ne suis pas du tout d'accord avec Jean-Christophe Gallienne.
08:26Je ne suis pas personnellement individuellement responsable.
08:28C'est trop facile de dire que les gens sont individuellement responsables.
08:31Il y a plein de personnes qui élèvent correctement leurs enfants,
08:34qui s'engagent pour la société,
08:36parce que dans ces cas-là, ça y est, on trouve la faute à quelqu'un d'autre.
08:38Mais ces personnes qui sont, si vous voulez,
08:41qui font preuve d'une telle violence,
08:43elles ont déjà en elles, si vous voulez,
08:45quelque chose, quand même, qui n'est pas dans la norme.
08:48N'allez pas me dire que tout le monde est capable de cette violence
08:51à partir du moment où il n'est pas dans un bon milieu et bien élevé.
08:54Il faut faire très attention à ça.
08:55Si vous êtes bien élevé, si vous avez l'éducation,
08:57si vous avez les barrières, non.
08:59Il y a l'inné et l'acquis.
09:00Mais on ne va pas excuser...
09:01Il y a une absence sur moi, quand même.
09:03Il y a l'inné et l'acquis.
09:04On ne va pas excuser à tous ces sauvages
09:06en disant qu'on porte tous quelque part une petite responsabilité.
09:09On a été laxistes.
09:10On a été laxistes et on l'a tous été.
09:12Excusez-moi, je pense que c'est ce que veut dire Jean-Christophe.
09:15C'est qu'on a tous été laxistes pendant des années.
09:17On a tous dit « Oh, les pauvres, ils sont violents,
09:19mais c'est parce qu'ils ont des problèmes.
09:21C'est parce qu'ils sont dans des foyers défavorisés.
09:23C'est parce que c'est une mère célibataire qui les élève. »
09:28On a tous eu cette mentalité pendant des années.
09:30C'est une mentalité plutôt de gauche, on va dire les choses.
09:33Mais pas tous, Jean-Pierre.
09:34Nous, on a élu les dirigeants qui sont...
09:36L'État.
09:37Mais arrêtez-moi de vous dire.
09:39Non, mais ce que je veux dire par là,
09:40c'est que moi, je n'aime pas le système de l'excuse.
09:43Non, mais je ne parle pas d'excuse, Laurence.
09:44Bien sûr que...
09:45J'étais en train de dire l'excuse, j'étais en train de dire l'explication.
09:47Je vais finir si vous me permettez.
09:49Bien sûr qu'effectivement, il y a eu une forme de laxisme
09:53et justement d'excuses de tout.
09:54« Oh, les pauvres, ils sont ci, ils sont ça, etc. »
09:56Non, mais je ne suis pas d'accord.
09:57À partir du moment si vous...
09:58Oui, mais ça a été le cas, Laurence.
10:00Vous avez fréquenté des gouvernements, par exemple,
10:02pour parler de Nicolas Sarkozy de tout à l'heure ou d'autres,
10:03qui ont accepté aussi tous ces discours.
10:05Ce n'est même plus de droite ou de gauche aujourd'hui.
10:07Ça a été une espèce de fond général, un mouvement incroyable.
10:10Non, Laurence, c'est-à-dire...
10:11Si, parce que vous vous assénez quelque chose
10:13et vous ne voulez pas écouter ma réponse.
10:14Si, bien sûr que si.
10:15Ce que je veux dire par là, c'est que c'est trop facile de dire
10:17que c'est seulement la société, etc.
10:19Non, je n'ai pas dit ça, au contraire.
10:20D'accord ? L'éducation, ça commence par des enfants,
10:22par des parents qui s'occupent de leurs enfants
10:24et qui n'attendent pas tout l'État.
10:26Je vous donne la parole dans un instant.
10:27On va écouter un autre témoignage.
10:28Je voudrais vous faire écouter un autre témoignage parce que...