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Béthune : un pompier mis en joue lors d’une intervention, l’affaire classée sans suite

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00:00On commence d'ailleurs avec cette affaire qui suscite l'incompréhension et la colère chez les pompiers du Pas-de
00:05-Calais
00:05puisqu'un pompier mis en joue lors d'une intervention à Béthune a appris que sa plainte, entre-temps, avait
00:11été classée sans suite.
00:14Avant d'avoir le témoignage de ce pompier en direct, bonjour Amor et Bucco, vous allez nous rappeler les faits.
00:20Que s'est-il passé au juste ce jour-là ?
00:22Alors les faits remontent au 6 janvier dernier, on est à Béthune dans le Nord.
00:25Alors, une personne appelle les pompiers, elle est inquiète, elle n'a pas de nouvelles d'un de ses proches.
00:30Il s'agit d'un médecin retraité à près de 70 ans.
00:33Et donc les pompiers se rendent chez cette personne pour faire ce qu'on appelle une levée de doute, c
00:37'est-à-dire vérifier que cette personne va bien.
00:38Il sonne chez cette personne âgée, pas de réponse à de multiples reprises.
00:43Et donc il décide de passer par l'extérieur, par une fenêtre de l'extérieur puisque cette personne habite au
00:48premier étage.
00:48Il déploie une échelle, monte en premier de corté Jean-Charles D, qui est donc pompier, qui va rentrer dans
00:56l'appartement, briser la fenêtre et qui va appeler à plusieurs reprises.
00:58Il va dire voilà, c'est les pompiers, c'est les pompiers, manifestez-vous.
01:01Et là débarque l'habitant des lieux avec un fusil de chasse et qui commence à insulter en espagnol le
01:06pompier et à s'approcher de lui.
01:07Donc le pompier paniqué évidemment, lâche prise, dégringole de l'échelle, se blesse.
01:11Son syndicat dit qu'il a trois jours d'ITT et une de ses collègues, huit jours d'ITT pour
01:16le choc psychologique.
01:17Finalement la police intervient, interpelle l'habitant des lieux, le place en garde à vue, mais effectivement le relâche sans
01:23aucune poursuite.
01:25Eh bien écoutez, on poursuit tout à l'heure, mais on a Jean-Charles en direct avec nous.
01:29C'est le pompier qui a bien cru que ça allait mal finir pour lui ce jour-là.
01:34Bonjour, merci de nous partager votre témoignage.
01:36J'imagine votre colère, on va y revenir.
01:38Mais d'abord, j'imagine que vous avez eu surtout la peur de votre vie.
01:40Quand vous voyez quelqu'un comme ça qui s'avance avec un fusil, vous n'avez pas compris.
01:44Ça aurait pu être très très grave en fait.
01:47Oui, on avoue que quand on est confronté à ce genre de situation, c'est assez compliqué.
01:53On voit sa vie défier en quelques secondes.
01:56Donc même avec 30 ans d'expérience, oui effectivement ça choque.
02:01Heureusement qu'on est aguerris.
02:03Peut-être une jeune recrue, ça ne serait pas passé de la même manière.
02:06Parce qu'il serait peut-être jeté de l'échelle.
02:09Moi, je me suis laissé glisser violemment.
02:10Et ma collègue m'a tiré sous le balcon en protection.
02:14Et ce monsieur est revenu avec son arme au balcon.
02:17Et il nous a insulté, comme a dit M. Le Coeur en triambule,
02:23des insultes en espagnol.
02:24Et il nous cherchait.
02:25Oui, alors vous avez pourtant dit à plusieurs reprises,
02:28ça on l'a bien compris, et vous avez sans doute nous le confirmé.
02:31Vous avez dit pompier, pompier plusieurs fois.
02:34Oui, alors ça a été déjà annoncé et on s'est déjà présenté avec une ambulance.
02:39Enfin, ma collègue avec une ambulance ont tapé plusieurs fois la porte.
02:43Et oui, effectivement, on place l'échelle.
02:45On est au premier étage.
02:47Donc on crie, on dit c'est les pompiers.
02:49On y va avec précaution.
02:51Au bout d'un certain temps, on est obligé, c'est ce qu'on appelle,
02:54de faire une levée de doute.
02:55Donc on ouvre la fenêtre.
02:57Et puis je me retourne, mon collègue dit, attends, j'arrive.
03:00Et quand je place mon regard dans l'appartement,
03:05ce monsieur se tient à 4 mètres, allez, 4 mètres devant moi avec une arme.
03:09Je lui dis, c'est les pompiers.
03:11En plus, il y a la lueur du gyrophare bleu, il faisait nuit.
03:14Donc devant la fenêtre, c'était fait exprès pour qu'on puisse nous identifier plus facilement.
03:19Et ce monsieur lève le fusil, me met en joue et me dit, hiro députa.
03:24Et donc là, je crie, arme à feu, je me jette.
03:28Et puis après, il revient.
03:29Il était forcément irrespectueux et ça saisit.
03:33On voit sa vie défiler devant nous.
03:36Alors c'est quand même incroyable parce qu'évidemment, c'est classé sans suite.
03:39Vous, vous êtes en colère parce que vous avez été blessé ce jour-là.
03:41Peut-être que même que vous avez vu, vous le dites, vos dernières heures arriver,
03:44vos dernières minutes arriver parce que vous avez vu toute votre vie défiler.
03:48Vous répondiez, qui plus est, à un appel d'urgence.
03:51On sait que ce genre de scénario se produit trop souvent.
03:54L'homme qui vous a pointé avec un fusil n'a rien comme sanction.
03:57Et en plus, son système de défense était complètement loufoque.
04:00Qu'est-ce qu'il a raconté en fait aux enquêteurs pour s'en sortir comme ça ?
04:04Je ne sais pas.
04:06Peut-être...
04:08Deux sources, on a su que ce monsieur aurait été victime d'un pisson de cambriage à trois semaines.
04:15Je n'ai pas les infos si c'est avéré ou pas.
04:19Bon, néanmoins, je ne suis pas un cambrioleur.
04:22J'ai mon casque de pompier.
04:23Il y a les gyrophares, ça va être en pleine nuit.
04:25Un accès avec une échelle au premier étage dans une résidence sécurisée.
04:29Il faut un pass pour pouvoir rentrer à l'arrière du parking.
04:36Ce sont toutes des choses qui font que ça m'étonnerait qu'un cambriolage se fait en tenue de pompier
04:46au premier étage.
04:48Enfin voilà, je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête.
04:50Ce monsieur, s'il avait baissé son arme tout de suite, désolé, on en restait là.
04:55Ce monsieur, il m'a mis en gelou.
04:56Il m'a insulté, il est venu à la fenêtre avec son arme et il a continué.
05:00Donc j'ai du mal à croire ce monsieur.
05:04Jean-Charles, vous êtes encore traumatisé aujourd'hui ?
05:08Oui, alors on est pompier, on n'avoue pas forcément nos craintes pour montrer à ces équipages.
05:15Alors ce n'est pas des craintes, c'est des appréhensions.
05:16Oui, effectivement, dès lors que je vais faire une ouverture de porte, j'ai une crainte.
05:21Oui, on peut avoir la peur, on a la peur de retomber sur ce genre de personnes, d'individus et
05:28que ça tourne mal.
05:29Moi, on peut me dire qu'il a été chargé ou pas chargé.
05:31Ça reste sa parole d'une personne qui m'a mis en gelou et qui a eu largement le temps,
05:36le temps que la BAC, et je remercie l'effort de police, la rapidité d'action, de se présenter sur
05:43les lieux et d'intervention.
05:45Mais il avait tout loisir de désarmer ce fusil.
05:49Vous êtes en colère aujourd'hui qu'il n'y ait pas de sanctions parce que franchement, il n'y
05:54a pas du tout de sanctions.
05:54Il est ressorti libre.
05:57Oui, en colère, incompréhension déjà.
06:00Pour moins que ça, certaines personnes, parfois juste, alors je dis juste non, parfois des insultes, il y a quelque
06:08chose.
06:08Là, c'est quand même une menace avec arme à feu, il n'a rien.
06:11Donc oui, incompréhension, injustice, ça veut dire qu'on peut, demain j'ai quelqu'un chez moi, un huissier de
06:19justice qui vient chez moi,
06:20je sors mon arme, je ne voulais pas, mais je sors mon arme et je le repose.
06:25Il ne va rien m'arriver.
06:27Restez avec nous quelques instants parce qu'on va poursuivre sur l'enquête avec vous.
06:30Amaury, vous avez pu échanger avec le parquet.
06:32Comment est-ce qu'il justifie ce classement aussi rapide pour des faits d'une telle gravité ?
06:37Effectivement, j'ai pu échanger avec le procureur de la République de Béthune, qui s'appelle Étienne Thieffry,
06:41et il faut le saluer, qui m'a parlé directement pour se justifier.
06:44D'ailleurs, il avait communiqué au moment de ce classement.
06:48Alors, il explique déjà que c'était un homme, effectivement, âgé, alcoolisé au moment des faits,
06:52et qui, du coup, c'était en pleine nuit, qu'il a été réveillé brusquement,
06:56et donc qu'il n'était pas dans son état normal, et qu'il n'a pas compris qu'il
06:59s'agissait de pompiers.
07:00Par ailleurs, effectivement, le procureur explique que cet homme fait état de précédentes tentatives de cambriolage,
07:05donc qu'il pensait avoir affaire à des cambrioleurs et non à des pompiers.
07:09On indique aussi que son fusil n'était pas approvisionné, donc c'était vraiment une arme dissuasive.
07:14Et, par ailleurs, autre élément, c'est que cet homme aurait appelé lui-même la police,
07:19ce qui peut attester, d'une certaine manière, de sa bonne foi.
07:21Bref, pour toutes ces raisons, si vous voulez, il était dans son esprit, dans un état de légitime défense,
07:25face à une tentative d'intrusion chez lui, et donc le parquet a estimé
07:29qu'il n'y avait pas d'infraction, que l'infraction n'était pas caractérisée.
07:32– Attendez, Jean-Charles, ça vous fait une belle jambe que le fusil n'ait pas été armé sur le
07:36moment où vous avez cru qu'il l'était ?
07:37C'est ça l'important, en fait ?
07:40– Totalement, et dans l'histoire des faits, et c'est vrai que c'est couché sur papier,
07:44mais on n'a pas été… enfin, on a été auditionné, mais c'est juste…
07:47il n'y a pas le ressenti quand on met quelque chose sur papier plutôt que de visu.
07:52Moi, je vais vous dire une chose, oui, effectivement, il était en ligne avec le 17, effectivement,
07:58mais pendant un bon 10 à 15 minutes, on lui disait, vous êtes en ligne avec la police,
08:04exécutez ce qu'ils vous disent, posez votre arme, allez ouvrir la porte, les mains en l'air,
08:09et nous, on était à la fois encore sous le balcon parce qu'on ne voulait pas risquer notre vie,
08:15et puis la police était dans le couloir pour essayer de faire en sorte que cet individu sorte.
08:21– C'est incroyable cette histoire, enfin, je veux dire, on met en jeu, normalement,
08:26même une arme dissimulée ou qui n'est pas armée, s'il y a une menace physique, ça secoue la
08:33loi.
08:33– Quand bien même l'arme serait factice, les poursuites seraient possibles.
08:36En réalité, je peux entendre, ce n'est pas le cas en l'espèce,
08:40mais je peux entendre que parfois les gens aient des doutes parce qu'il est arrivé
08:44que des individus malveillants se déguisent, policiers, pompiers, voilà,
08:48mais ce n'est pas du tout le cas, j'ai écouté monsieur attentivement,
08:51il y a une procédure qui manifestement a été respectée et elle a duré dans le temps.
08:56Ils se sont annoncés, il y a eu les gyrophares, la grande échelle,
09:00quand bien même on veut tromper, on arrive rarement avec les camions et la grande échelle,
09:05on décline sa qualité, on la répète.
09:09Objectivement, je pense qu'à minima, une instruction aura été utile,
09:13pourquoi ? Parce qu'il faut s'assurer de plein de choses,
09:17et notamment, est-ce que cette arme était détenue de manière légale, déjà, pour commencer ?
09:21– Alors, elle a été confisquée, elle a été confisquée par l'institution.
09:24– Et juste un mot quand même, parce qu'il n'a pas obtenu réparation,
09:27donc il y a un sentiment d'injustice, mais surtout, il vit tous les soirs avec ses cauchemars, Gilles-Marie.
09:31– Tout à fait, c'est-à-dire que ça illustre vraiment cette situation paradoxale
09:34qu'une décision de justice n'a rien à voir avec la réalité traumatique d'une certaine situation.
09:39Il se trouve que vous vous présentez, monsieur le pompier, comme expérimenté,
09:44il n'empêche que c'est une situation dans laquelle n'importe qui vit ce qu'on appelle
09:48la sensation de danger vital imminent, et qu'elle a donc une potentialité traumatique,
09:55puisqu'effectivement, pendant une fraction de seconde, il y a ce sentiment, effectivement,
09:58que notre vie s'arrête, on la voit défiler, avec tout ce que ça va mobiliser
10:04sur le plan neurocognitif, c'est-à-dire qu'effectivement, il y a une vraie agitation neurocognitive
10:08qui peut avoir des effets secondaires, et notamment, favoriser ce qu'on appelle
10:11un syndrome post-traumatique. Alors, ce n'est pas systématiquement le cas,
10:14du fait de l'expérience, du fait d'un certain nombre de facteurs, mais ça peut être le cas,
10:18et si vous dites que vous avez des cauchemars, que si vous vous sentez plus hyper vigilante
10:22dans les situations que vous vivez maintenant, alors que vous avez de l'expérience,
10:25tout ça vient quand même illustrer ce qu'on appelle un effet, un syndrome post-traumatique.
10:30– Bon, vous êtes suivi, j'imagine, et j'espère que vous l'êtes bien.
10:34En tout cas, nous, on vous amène et nous apporte tout notre soutien
10:37dans cette injustice à laquelle vous faites face aujourd'hui.
10:39Merci, Jean-Charles.
10:40– Oui, merci, effectivement. Merci, j'ai la chance d'être soutenu.
10:43À la fois, j'ai eu un message de…
10:45J'ai été contacté par le préfet du département,
10:49qui, justement, a témoigné de son soutien,
10:52et aussi le contrôleur, mon contrôleur général,
10:55qui, justement, m'a téléphoné plusieurs fois pour savoir comment j'allais.
11:00Donc, on se sent soutenu, heureusement. Merci.
11:03– Vous avez le nôtre aussi.
11:05On vous souhaite beaucoup de courage, bien sûr,
11:06dans cette reconstruction personnelle, avec cette épreuve qui vous est à…

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