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  • il y a 1 an
Le préfet du Val-d'Oise a porté plainte contre un élu suite à sa publication sur le réseau social X, dans laquelle il déclare : "La police tue partout". Pour lui, ce sont des propos diffamatoires et injurieux. On en parle avec : Philippe Court, préfet du Val-d'Oise. Et Anthony Lebbos, journaliste politique BFMTV.

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Transcription
00:00La police tue, ce sont une phrase très courte, quatre mots qui ont été écrits sur le réseau social Twitter par Aurélien Taché, le député.
00:11La police tue partout, dans le Val-d'Oise où je suis élu, comme dans les Deux-Sèvres où j'ai grandi.
00:17Pensez à Gabriel et à sa famille et bravo à ceux qui se battent pour sa mémoire.
00:23Bruno Retailleau a décidé de réagir lui-même, le ministre de l'Intérieur.
00:29C'est aussi le préfet de l'Oise qui va porter plainte.
00:33Bruno Retailleau a écrit « Défendre l'honneur des policiers de France, ce n'est pas faire de la politique, c'est défendre une institution essentielle, écrit Bruno Retailleau.
00:42C'est soutenir les hommes et les femmes qui font un travail formidable, parfois au péril de leur vie,
00:46et malgré les attaques irresponsables de certains élus aveuglés par la haine anti-flics et leur désir de chaos. »
00:59Après ce qui s'est passé, oui.
01:01Pourquoi ?
01:02Parce que je pense que dans cette affaire, il faut s'en tenir au fait, uniquement au fait d'ailleurs, et seulement au fait.
01:06Je suis le préfet d'un département d'Ile-de-France, je suis un praticien, et les faits sont les suivants.
01:11Un élu de ce département, un parlementaire du Val-d'Oise, a posté une publication sur un réseau social,
01:19c'est-à-dire qu'il a fait des déclarations qui sont publiques à grande visibilité,
01:23dans lesquelles il déclare ce que vous avez montré à l'écran.
01:27Et ce que je vais redire peut-être une fois, et que je désapprouve fondamentalement,
01:30c'est que la police tue partout dans le Val-d'Oise où il est élu, ainsi que dans un autre département.
01:34Et je le dis, ces déclarations, ces écrits, je le dis d'ailleurs de manière extrêmement sereine, extrêmement calme,
01:41ces déclarations, elles sont diffamatoires, elles sont injurieuses.
01:45La diffamation, c'est quoi ?
01:46C'est portée atteinte à l'honneur, à la considération de personnes,
01:50ou là, dans le cas d'espèce d'un service, la DIPN, qui est la direction de la police,
01:55qui est placée sous mon autorité, et c'est portée avec des allégations mensongères.
01:59Et donc j'ai fait ce qui est totalement normal, dans une démocratie, la diffamation c'est une infraction,
02:03quand un chef de service, quand le représentant de l'État a connaissance d'une infraction,
02:08il est dans un État démocratique, il porte cette information devant une juridiction,
02:13c'est ce que j'ai fait en déposant plainte.
02:14Alors on va continuer dans cette discussion, Anthony Lébos, bonsoir, du service politique de BFM TV.
02:19Essayons de comprendre ce que veut dire d'abord le député Aurélien Taché,
02:21en disant la police tue partout, que ce soit dans le Val-d'Oise ou dans les Deux-Sèvres.
02:26Oui, il mentionne ce qui s'est passé dans les Deux-Sèvres.
02:29En fait, le tweet que vous avez vu avec ces quatre mots qui ont créé cette polémique,
02:33qu'il répondait en fait à l'organisation d'une marche blanche,
02:37le 19 septembre prochain, dans la ville d'Oger, c'est dans les Deux-Sèvres,
02:40après la mort d'un homme qui a été tué par un tir de gendarme,
02:43gendarme qui s'est senti menacé, alors qu'il intervenait pour tapage nocturne.
02:48Ça s'était passé à Ogé, donc près de New York.
02:50Et c'est ce tweet qui a créé cette polémique de la part d'Aurélien Taché,
02:54qui rappelle la même formule qu'avait utilisée Jean-Luc Mélenchon il y a trois ans,
02:57la police tue, et c'est un tweet par ailleurs du député LFI Aurélien Taché
03:01qui a été aussi largement soutenu dans le reste de la journée
03:04par tout le reste de la France insoumise,
03:08de nombreux députés qui ont posté bon nombre de messages de soutien.
03:11Là, c'est justement la réponse à votre plainte.
03:15Et il dit ceci notamment, Aurélien Taché,
03:17cette tentative pour baïonner un parlementaire dans l'exercice de ses fonctions
03:22est totalement inacceptable, manifestement impulsée et coordonnée
03:24par le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau,
03:26d'autres préfets franciliens ayant exprimé leur soutien à cette plainte
03:29sur le réseau social X.
03:31Cette plainte, en parlant de la vôtre,
03:33marque le franchissement dans la volonté du ministre
03:35d'utiliser l'appareil d'État pour faire taire les opposants politiques,
03:39en particulier les élus de la France insoumise.
03:42Et là, on voit effectivement le tweet aussi de Mathilde Panot,
03:44la chef des députés.
03:45Voilà, la chef des députés à l'Assemblée nationale
03:47qui dit votre rôle est d'assurer la représentation de l'État.
03:49Là, elle parle au préfet, à Bruno Retaille aussi de manière générale,
03:51pas de faire des procès politiques à un député de la Nation.
03:53C'est un procès politique ?
03:54Écoutez, moi, je n'ai pas commenté la manière
03:56dont on veut se tirer de l'embarras
03:58dans lequel s'est placé ce parlementaire.
04:01Encore une fois, j'en reviens à des faits.
04:02Vous pensez de rester à votre place ?
04:04Non, c'est simplement des faits.
04:05Cette plainte a été déposée à double titre.
04:06D'abord, en tant que chef de service de la police dans le Val-d'Oise,
04:10puisque c'est bien de ça dont on parle,
04:11des 2000 femmes et hommes.
04:12Je suis dans le Val-d'Oise depuis trois ans et demi.
04:14Je travaille avec les policiers et les gendarmes
04:17depuis trois ans et demi.
04:18J'en connais l'engagement, la valeur.
04:19Je connais la difficulté également de leur métier.
04:22Et Aurélien Taché aussi, il les connaît.
04:23Et donc, quand il écrit que la police tue partout
04:26dans le Val-d'Oise, ça a une signification.
04:28Et quand on est parlementaire, on sait le droit des mots.
04:30Pourquoi dit-il que la police tue partout dans le Val-d'Oise ?
04:32Je l'ignore et ce n'est pas moi de l'expliquer.
04:34Donc, cette plainte, d'abord, je la dépose en tant que chef de service.
04:37Et je la dépose également en tant que préfet.
04:38Le préfet, c'est le seul agent public
04:40dont d'ailleurs la mission est précisée dans la Constitution
04:42à l'article 72.
04:43Et dans sa mission, il y a la différence des intérêts de la nation.
04:46Il y a aussi la préservation et la garantie des lois.
04:49La diffamation, c'est une infraction.
04:52Quand un agent public, quand un représentant de l'État
04:53a connaissance d'une infraction, il dépose plainte.
04:56Et dorénavant, cela va être à la juridiction.
04:57Vous ne sortez pas de votre devoir de réserve
05:01ou vous êtes typiquement dans votre rôle de préfet.
05:03C'est un peu le monde à l'envers.
05:05Parce que les victimes, là-dedans, ce sont les 2000 femmes et hommes
05:08qui composent la police et qui voient leur honneur
05:10bafoué par ces affirmations.
05:11La neutralité, ce n'est pas la passivité.
05:14Et à un moment donné, il faut dire stop.
05:15– Mais dans cette histoire, est-ce qu'on n'est pas
05:19sur la liberté d'expression quand même ?
05:21Parce que vous dites vous-même que c'est de la diffamation.
05:23Parce que ce n'est pas la liberté d'expression, d'opinion,
05:27d'un élu, de dire voilà ce que je pense,
05:30voilà ce que j'ai en tête, même si ça peut paraître,
05:32même si c'est choquant.
05:32– Non, mais on ne peut pas rechercher.
05:34– C'est le tribunal, c'est le tribunal qui le décidera.
05:35– Mais bien sûr que vous l'avez dit, ce sera la juridiction,
05:37c'est le tribunal qui va en décider.
05:39On ne peut pas rechercher le buzz absolument à tout prix.
05:41et on ne peut pas dire n'importe quoi sur les réseaux sociaux,
05:44y compris lorsqu'on est parlementaire.
05:45Et je dirais même, au-delà de cette responsabilité juridique,
05:48il y a une responsabilité qui est morale.
05:50Ces propos, ces propos, je veux vous dire,
05:52ils sont profondément indécents.
05:53D'abord, ils sont indécents pour les 118 policiers
05:55qui ont été blessés dans le Val d'Oise l'an dernier
05:57dans le cadre de la réaction.
05:58Et d'autre part, ils sont également dangereux.
06:01Ils sont dangereux parce qu'ils peuvent nourrir
06:02une forme d'animosité pour des individus
06:05à l'encontre des policiers et des gendarmes dans leur mission.
06:07La mission des policiers et des gendarmes,
06:09c'est la mission de protéger les Français.
06:10Il n'y a pas d'institution qui soit plus contrôlée que la police.
06:13Elle est contrôlée à titre hiérarchique, déontologique,
06:16par l'autorité administrative que je suis,
06:17par les magistrats, par les inspections générales.
06:19Elle a également un contrôle qui est un contrôle médiatique
06:21et journalistique parce que la plupart de la réaction
06:23se passe sur la voie publique à la vue de tout le monde.
06:25C'est une institution profondément républicaine
06:28à laquelle d'ailleurs je peux en témoigner
06:29parce que moi je rencontre tous les jours les habitants du Val d'Oise.
06:32Les habitants du Val d'Oise sont profondément attachés.
06:34C'est pour ça que ces propos sont des propos diffamants
06:37et c'est pour ça que j'ai porté cette affaire devant les juridiques.
06:38– C'est de la haine anti-flic ?
06:40– Ce n'est pas à moi de le qualifier.
06:42Je dis simplement qu'ils sont diffamants et injurieux.
06:45– Bruno Retailleau, c'est vrai, ne se prive pas non plus
06:47de réagir quand il s'agit de la France insoumise.
06:50En l'occurrence, il avait fait…
06:51– Bruno Retailleau, c'est un homme politique.
06:53Le préfet est un fonctionnaire de l'État.
06:55– Et on a vu la réaction de Bruno Retailleau
06:57qui avait aussi eu cette phrase « ne rien laisser passer »
07:00qu'il utilise à chaque fois qu'un policier est notamment attaqué.
07:02Et c'est vrai qu'il ne se prive pas là encore politiquement
07:05de réagir quand c'est un insoumis, député de la France insoumise,
07:08qui attaque la police.
07:09Il a fait de LFI son principal adversaire,
07:11notamment lors de la campagne pour la présidence des LR
07:14qu'il a remportée.
07:15Il avait érigé la France insoumise
07:17comme étant son principal opposant.
07:19Par ailleurs, Bruno Retailleau, le mois dernier,
07:20avait aussi porté plainte contre Gabriel Catala,
07:23qui est une députée de la France insoumise,
07:25qui avait affirmé à l'antenne de RMC
07:26qu'il y avait, je cite,
07:28« un racisme généralisé au sein de la police ».
07:30Donc finalement, politiquement, Bruno Retailleau
07:32s'empare aussi de ce sujet.
07:34C'est l'occasion rêvée encore pour lui de réagir
07:36quand il s'agit d'un insoumis qui attaque la police.
07:38Et c'est pour ça qu'il, au fond, dans ses déclarations,
07:42n'a eu de cesse de répéter qu'il fallait
07:44la fermeté et la tolérance zéro
07:46quand il s'agissait de policiers qui étaient attaqués,
07:48encore plus quand il s'agit d'insoumis
07:50qui ciblent la police.
07:51Et on l'a vu avec ce cas d'Espèce.
07:53Vous faites du zèle, a écrit dans son communiqué
07:55le député Aurélien Taché.
07:58Vous faites du zèle.
07:59Vous refusez même qu'on évoque des abus.
08:01C'est le contraire de votre mission.
08:03Il vous accuse doublement.
08:05C'est-à-dire, il accuse la police
08:06et il vous accuse quasiment ad hominem.
08:08Mais quel chef de service serais-je,
08:11enfin, quel représentant de l'État serais-je
08:13si j'acceptais que 2000 policiers
08:15qui passent leur vie professionnelle
08:18à défendre et à protéger les Français
08:20soient ainsi diffamés ?
08:21Non seulement c'est une possibilité que j'ai,
08:24mais c'est même mon devoir de le faire.
08:26Et c'est un devoir d'ailleurs qui est prévu par les textes.
08:28Il n'y a rien d'anormal dans tout cela.
08:30Ce qui est anormal, c'est la virulence,
08:32le caractère mensonger de ces propos.
08:34On ne peut pas écrire que la police tue partout.
08:37C'est un mensonge.
08:38La police de notre pays est profondément attachée
08:40à nos institutions républicaines.
08:41La population est profondément attachée
08:43à l'action des policiers.
08:44Et je le vois tous les jours
08:45et je peux en témoigner,
08:47non pas en tant que représentant de tel ou tel,
08:49mais en tant profondément de praticien
08:50de la chose publique.
08:51Donc la plainte est déposée ?
08:53La plainte est déposée.
08:54L'autorité judiciaire, d'abord le ministère public,
08:56va l'examiner.
08:57Et après, ce sera la juridiction qui décidera.
09:00Ça va prendre combien de temps ?
09:01Pour le coup, je l'ignore.
09:03La justice étant ce qu'elle est aujourd'hui,
09:05avec toutes les affaires qu'elle a traitées,
09:06ça risque de prendre un peu de temps.
09:08Ou comme c'est le préfet et que c'est un député,
09:10vous allez avoir un traitement de faveur
09:12et ça va être regardé assez vite ?
09:14Je ne sais pas.
09:15Je ne sais pas.
09:16Mais ce qui est également important de dire
09:17et d'affirmer, c'est que de tels propos
09:19sont inacceptables.
09:20Il faut le dire.
09:20Il faut arrêter de laisser rentrer dans le débat public
09:23des propos qui sont inadmissibles.
09:24Vous savez, c'est un nom.
09:24Ça s'appelle la fenêtre d'Overton.
09:26Overton, c'est un politologue américain
09:28qui avait théorisé cela
09:29et qui disait qu'à force de répéter des propos
09:31qui étaient des propos inadmissibles,
09:32on allait les faire rentrer dans le débat public.
09:34Il n'est pas admissible de dire dans notre pays,
09:36qui est une république, qui est une démocratie,
09:38que les policiers, que l'institution policière
09:40est commée et tue partout.
09:42Ce n'est pas vrai.
09:43Elle défend nos institutions.
09:45Elle défend les Français.
09:46Et elle est profondément,
09:47et chacun des policiers est profondément républicain.
09:49Merci, monsieur le préfet Philippe Cour,
09:51préfet du Val-d'Oise.
09:52Merci d'avoir été avec nous.

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