00:00La rubrique Éco en partenariat avec La Semaine.
00:11Mon job et moi, la rubrique de l'économie sur Moselle TV en partenariat avec La Semaine comme invité aujourd'hui.
00:18Thierry Ledriche, bonsoir.
00:19Bonsoir Jérôme.
00:20Vous êtes le président de la Fédération des travaux publics de Lorraine et vous avez fait parvenir en rédaction
00:24un communiqué qui s'intitule « À ce rythme, on ne va plus vous ennuyer longtemps ».
00:29Pour quelles raisons ? Vous êtes très inquiet ?
00:32On est particulièrement inquiet dans la profession avec des chiffres qui ne sont absolument pas rassurants,
00:37une baisse des carnets de commandes, des appels d'offres qui représentent deux tiers du chiffre d'affaires des entreprises de la profession
00:44et d'autres indicateurs comme la baisse des effectifs et autres avec un environnement économique qu'on connaît aujourd'hui particulièrement préoccupant.
00:52Si on se compare, c'est-à-dire que ça baisse énormément, que ce soit les carnets de commandes, les appels d'offres, les effectifs
00:58par rapport à l'année dernière ou l'année précédente ?
01:01Sur la période cumulée de janvier à juillet, par rapport à l'année dernière, on est à peu près à 8% de moins,
01:06je dirais, en termes de cas de commande.
01:09Et si on raisonne même sur la moyenne des dix dernières années, on est à moins 20%.
01:12En termes d'effectifs, l'ajustement se fait toujours à travers les intérimaires dans un premier temps.
01:18On est déjà aussi à moins 4%, moins 5% par rapport à l'année dernière, à la même période encumulée sur le début de l'année.
01:24Les effectifs permanents n'ayant pour l'instant réduit que 1%, mais qui sont aussi la continuité d'un mouvement plus général
01:29où sur les quatre dernières années, on a perdu environ 4-5% des effectifs.
01:34Vous êtes un observateur particulièrement privilégié. Quels sont les facteurs, selon vous, qui expliquent cette baisse ?
01:41Il y a trois facteurs essentiels de l'analyse qu'on peut en faire. Le premier, c'est systémique.
01:46C'est en fait les élections municipales qui arrivent tous les 6 ans.
01:49Donc là, vous n'êtes pas surpris ?
01:50Là, on n'est pas surpris. Et c'est le cumul de ces trois effets qui, par contre, est très préoccupant.
01:55Premier élément, on a généralement 10% de perte de chiffre d'affaires, qui, les bonnes années,
02:00est simplement compensée par une hausse des commandes des autres collectivités locales.
02:06Le bloc municipal dont les élections se tiennent l'année prochaine, c'est environ un tiers de notre chiffre d'affaires.
02:10On arrive à le compenser. On le connaît. On sait l'appréhender.
02:14Là-dessus se rajoute la situation économique générale de la France, la géopolitique, l'inquiétude, la colère,
02:22qui masque une vraie vérité. C'est les difficultés économiques dans lesquelles est le pays.
02:25Et aujourd'hui, on a ces éléments, je dirais, de start and stop, de ne plus savoir où on va,
02:31de ne pas savoir si on est dans la bonne direction, qui a un effet donc beaucoup plus conjoncturel,
02:35qui se cumule avec un troisième effet plus idéologique, qui est un petit peu ce manque de stratégie.
02:42Aujourd'hui, si je dois faire une comparaison un petit peu avec la compétition qu'il y a eu quelque temps,
02:48la Gordon Bennett de Montgolfière, en fait, on part d'un endroit où on a une certaine quantité de gaz et de l'est,
02:54et en fonction du changement des vents, on perd, on monte, on descend,
02:57et puis à un moment donné, on n'a plus rien, il faut s'arrêter, il faut se poser.
02:59On est exactement dans la même situation, et les entreprises de TP plaident pour qu'on ait une vraie visibilité,
03:05que les décisions soient sanctuarisées, pour qu'on sache où on peut aller.
03:08On peut travailler, nous ne sommes que des simples exécutants, nous n'avons pas la main sur la décision.
03:12Par contre, il faut nous donner une voie claire.
03:14Vous insistez dans votre communiqué sur le fait que les collectivités n'ont pas véritablement de stratégie,
03:21qu'elles ont plutôt une stratégie de dépense, qu'elles regardent à la dépense,
03:25et non pas à l'investissement, en fait, quand elles lisent une ligne pour faire un investissement,
03:30c'est combien ça va me coûter, et non pas qu'est-ce que je peux en retirer.
03:33Oui, c'est par rapport, je dirais, à un individu qui va faire un calcul lorsqu'il remplace sa chaudière,
03:38lorsqu'il va faire une isolation pour dire, ben voilà, je rembourserai au bout de 5-6 ans.
03:44Cette approche, je dirais, de rentabilité est peu usitée, je dirais, par les collectivités,
03:51avec la notion d'amortissement et tout, c'est quelque chose qu'on a du mal à voir.
03:54Alors que, si je prends un exemple, celui de l'éclairage public,
03:58aujourd'hui, la facture d'électricité, lorsqu'on passe un éclairage public en LED,
04:03est en gros divisé par 4.
04:05L'investissement est remboursé en environ 7 ans.
04:07Donc ça veut dire qu'au bout de 7 ans, après avoir fait l'emprunt,
04:10je dirais, en gardant un même niveau de remboursement,
04:12on a une baisse très significative de l'éclairage public,
04:15et pourtant, il n'y a environ que 50% de l'éclairage public qui, à ce jour, a été rénové.
04:18Et on peut faire la même réflexion sur l'eau, par exemple.
04:2420% de l'eau part dans le sol.
04:27Il faut bien comprendre qu'il y a un taux de fuite énorme.
04:29Dans certaines communes, ça monte à 50%.
04:31Ça veut bien dire que, quelque part, quand quelqu'un reçoit un mètre cube,
04:34il en paye pratiquement deux, le coût.
04:36Et donc, aujourd'hui, des fois, on focalise sur des sujets,
04:40mais là, on a un milliard de mètres cubes d'eau
04:42qui n'attendent qu'à une rénovation,
04:44et on ne voit pas cette rénovation.
04:46Parce que, quand on regarde la cadence des travaux
04:48en matière d'assainissement, en matière d'adduction d'eau potable,
04:51il faut environ, au rythme actuel, 200-300 ans pour renouveler un réseau,
04:56dont la durée de vie des matériaux est limitée à 50 ans.
04:59Alors, je rappelle, Thierry Ledriche,
05:00que vous êtes le président de la Fédération des travaux publics de Lorraine.
05:02Vous militez pourquoi ce communiqué de presse un peu alarmiste ?
05:07C'est destiné à quoi ?
05:08À faire prendre conscience de celles et ceux qui nous gouvernent
05:11à tous les niveaux, à toutes les strates ?
05:13Alors, c'était à la fois un petit côté humoristique pour désacraliser,
05:16en disant que bientôt, on n'allait pas nous voir,
05:18non pas parce que, je dirais, on le décidait,
05:21mais parce qu'on n'avait plus d'activité,
05:22et parce que souvent, les gens se plaignent,
05:24ils nous voient comme un empêcheur de tourner en rond,
05:27alors qu'on est essentiel dans le quotidien.
05:28Vous parlez des travaux, généralement, en été.
05:30Des travaux, en été, et tout ça.
05:31Alors qu'on est essentiel.
05:32Je veux dire, chaque fois qu'on ouvre un robinet,
05:33chaque fois qu'on allume une lampe,
05:35ce sont les travaux publics derrière.
05:37On est essentiel.
05:38On sert à toutes les activités, à tous les secteurs.
05:41Et aujourd'hui, on ne sait plus comment investir.
05:44Et on a cette peur qui est chez les Français,
05:47qui, aujourd'hui, ont peur...
05:49Enfin, placent énormément d'argent,
05:50ils ne savent pas où ils vont.
05:52De la même manière, les collectivités, aujourd'hui,
05:55alors qu'elles ont des ratios qui ne sont pas très inquiétants,
05:57ne savent plus trop dans quelle direction aller également.
05:59Et de ce fait, les entreprises sont dans la même situation.
06:03Elles ne veulent plus investir.
06:04On est en retard d'investissement.
06:06Et donc, tout ça, qu'est-ce que part ?
06:07C'est du retard de prix.
06:09C'est un peu comme une humoragiste qui est perdue et perdue.
06:11On ne reviendra plus dessus.
06:13Et c'est un manque de valeur dont tout le monde va pâtir.
06:16Est-ce qu'il y a des inquiétudes particulières
06:18pour les entreprises de TP Lorraine ?
06:19En Lorraine, oui.
06:21Et l'inquiétude, c'est vraiment...
06:22On va avoir une négociation, dans peu de temps,
06:24de ce qu'on appelle les DETR,
06:25c'est-à-dire la partie qui va être versée,
06:28je dirais, aux différentes communes
06:30pour réaliser des travaux et par le département.
06:32On a peur qu'il y ait des coupes budgétaires.
06:34De la même manière, on entend un peu partout
06:36que budgétaires, rétrécissement.
06:37Et là-dessus, en plus, il y a les changements,
06:40je dirais, de législation.
06:42On a parlé, ce n'est pas dans la région,
06:43mais l'autoroute à 69,
06:45où les travaux ont été arrêtés,
06:46recommencés, ça coûte de l'argent.
06:48Chez nous, on voit un petit peu à 31 bis,
06:50dont on attend des essaisants de savoir
06:52quand est-ce qu'elle va être, enfin, lancée, cette autoroute.
06:54Justement, je vous pose la question,
06:55puisque vous êtes quand même aux premières loges.
06:57Quand on entend travaux publics,
06:59évidemment, autoroutes et travaux publics,
07:00normalement, ça fait bon ménage.
07:02Où en est-on de cette autoroute à 31 bis ?
07:04Alors, cette autoroute, dont le débat a été relancé
07:06il y a plus de 10 ans maintenant, en 2015,
07:08on est dans la phase d'attente
07:11d'une déclaration d'utilité publique,
07:12qui nécessite une enquête d'utilité publique.
07:15Avec la proximité des élections et tout,
07:17malheureusement, je pense qu'elle ne sera pas lancée
07:19avant l'été prochain.
07:21Et donc, on pourrait espérer avoir enfin
07:22un document courant en 2027
07:25qui permettrait de lancer ensuite
07:28appel d'offres et tout ça.
07:29Mais c'est vrai qu'on regardera en finale,
07:31on verra qu'on aura mis environ 15 ans
07:33pour régler le problème administratif.
07:36Et nous, entreprise,
07:37on construira en moins de 5 ans.
07:39Merci, Thierry Ledriche.
07:41Vous êtes, je le rappelle,
07:42le président de la Fédération des TEP,
07:44et travaux publics de Lorraine.
07:46Merci d'être passé dans mon job et moi.
07:48L'information continue sur Moselle TV.
07:50La rubrique éco en partenariat avec la semaine.