- il y a 4 mois
Clélie Mathias, accompagnée de la rédaction d’Europe 1, propose à la mi-journée un point complet sur l’actualité suivi de débats entre invités et auditeurs.
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00:00Alors évidemment, on est à 24h de la décision de la Cour d'appel de Paris concernant Marine Le Pen,
00:06il va beaucoup en être question, mais avant cela quand même, on va parler de l'affaire Jubilard,
00:11de ses aveux de Cédric Jubilard.
00:13Écoutez Christophe Bordet qui résume ce que l'on apprend de cette lettre de Cédric Jubilard à son avocat.
00:18C'était ce matin dans sa revue de presse au micro d'Alexandre Lemaire sur Europe 1.
00:22C'est la une de la dépêche du midi avec ce titre,
00:25Cédric Jubilard passe aux aveux, véritable coup de théâtre dans une lettre remise à son avocat
00:31et que le journal s'est procuré.
00:33Il reconnaît sa responsabilité dans la disparition de sa femme Delphine.
00:38Jubilard reconnaît une énième dispute violente le soir de la disparition de Delphine.
00:44Il se dit à la disposition des enquêteurs pour donner les informations sur la localisation du corps de la victime,
00:50mais aucune info sur la façon dont Delphine a perdu la vie.
00:55Attention tout de même, rappelle la dépêche, dans cette affaire Jubilard n'a cessé d'affirmer tout et son contraire,
01:01d'aller de soi-disant confidence en démenti.
01:05Maître Garbarini, ça faisait plus de 5 ans qu'il niait, qu'il refusait toute implication dans la disparition de
01:11sa femme.
01:11On est à deux mois de son procès en appel. Est-ce qu'il n'avait pas le choix ?
01:14Est-ce qu'il fallait qu'il change de stratégie ?
01:17Je ne sais pas s'il fallait qu'il change de stratégie.
01:22Moi, je ne connais pas le dossier.
01:24Je n'essaie pas de me réfugier en disant que je ne connais pas le dossier.
01:27C'est peut-être une stratégie de défense, mais c'est peut-être également la vérité.
01:32Les deux sont peut-être liés d'ailleurs.
01:33Les deux sont peut-être liés, absolument.
01:35Ce qui est un peu curieux, c'est qu'en général, les aveux, on privilégie la juridiction de jugement.
01:46Parce que c'est beaucoup plus fort.
01:49Et puis la manifestation de la vérité, pardonnez-moi,
01:53elle doit d'abord se faire dans l'enceinte où justement on attend la vérité et où on la juge.
01:59Oui, donc pas à la presse.
02:00Vous ne dites pas à son avocat et pas à la presse.
02:02Si je comprends entre les lignes ce que vous dites.
02:04Entre les lignes, c'est que l'avocat est tenu par le secret professionnel,
02:07mais je suppose que bien évidemment, il avait indiqué à son avocat qu'il l'autorisait,
02:11parce qu'il n'a pas le droit.
02:13C'est le secret professionnel qui est la clé de voûte quand même de la défense.
02:17Donc il avait certainement autorisé son avocat à le diffuser à la presse.
02:22Son avocat a souhaité également le faire,
02:24parce qu'il aurait pu également s'y opposer en disant
02:26« Moi je préfère qu'on soit dans une stratégie de défense plus orthodoxe ».
02:32Bon, ce n'est pas le cas.
02:33Il y a une conférence de presse qui est annoncée.
02:36Nous verrons bien ce qui est dit.
02:39Alors ensuite, j'entends, et c'est tout à fait légitime en disant
02:43« Vous-même, vous l'avez dit, c'est peut-être une stratégie judiciaire, etc. »
02:47Bon, si la stratégie judiciaire, c'est la vérité.
02:50Bon, j'ai envie de vous dire, tant mieux pour la famille.
02:53Ensuite, on va voir ce qui est à mon avis très important,
02:56c'est les indications qu'il va donner pour qu'on retrouve le corps.
02:59– Oui, il l'a promis, il l'a dit.
03:00– Bon, donc on verra.
03:03Ensuite, si vous voulez, il est certain que...
03:08Pourquoi je parlais du dossier auparavant ?
03:11Parce que s'il a nié les faits pendant cinq ans,
03:15y compris devant la première juridiction d'Assise, le premier degré.
03:19Si, dans ce dossier-là, il y avait d'ores et déjà des éléments saillants
03:26de sa culpabilité.
03:28Bon, j'ai envie de vous dire, la stratégie de négation,
03:32elle était voie à l'échec depuis le départ.
03:35– La preuve, il a été condamné quand même.
03:36– La preuve, il a été condamné.
03:37Voilà.
03:38Alors ensuite, il a fait appel.
03:39Donc on pensait que justement, il relevait appel
03:41parce qu'il était innocent.
03:44Donc, c'est, on va dire, c'est une stratégie...
03:51Alors, il y a toujours un gain dans la stratégie, dans l'aveu.
03:55Et c'est normal.
03:56– Un gain, c'est-à-dire ?
03:57– C'est-à-dire que, je ne me souviens plus en première instance,
04:01mais il avait pris réclusion criminelle à perpétuité.
04:03C'est ça avec une période de sûreté de 18 ou 22 ans.
04:06Pardonnez-moi, je ne m'en souviens plus.
04:07– Alors attendez, je vais vous retrouver exactement.
04:09– Très élevé, je pense qu'il est 22, mais...
04:11– Il a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle.
04:15Voilà.
04:1530 ans de réclusion criminelle, c'était en octobre 2025,
04:19pour la cour d'assises du Tarn.
04:20– Alors, 30 ans de réclusion criminelle,
04:21pour que tout le monde soit clair,
04:23c'est qu'il y a deux tiers de sûreté.
04:25C'est-à-dire qu'il fait au minimum 20 ans.
04:27Donc là, il espère, je pense,
04:30parce qu'il manifeste la vérité
04:33et qu'il reconnaît les faits,
04:34il y a toujours une prime à l'aveu.
04:35Alors, moi, ça ne me choque pas, c'est normal.
04:39– C'est comme ça, c'est le système.
04:40– C'est le système, il avoue.
04:41Donc, la manifestation de vérité, c'est ce qui compte.
04:44Il n'y a rien de personnel contre cet homme.
04:46Voilà, donc, il y aura...
04:48– Faut avouer de m'y pardonner, en gros, on est là-dedans.
04:50Même pour un crime.
04:53– C'est la conception judéo-chrétienne,
04:54après les magistrats et les jurés peuvent ne pas suivre.
04:57Mais peut-être qu'il a fait ce calcul-là en disant,
04:59eh bien, peut-être que j'aurai 25 ans,
05:01c'est important, 5 ans de moins.
05:03Peut-être pas.
05:04– Sébastien Ligné ?
05:05– Évidemment, on va douter de l'honnêteté de sa démarche jusqu'au bout.
05:12Après, c'est son droit, évidemment.
05:13J'ai du mal, comme on l'expliquait tout à l'heure,
05:16à m'enlever de la tête cette idée qu'il le fait aussi pour qu'on parle de lui.
05:20Quand on relit les comptes rendus de la première instance,
05:23on voit bien que c'est un homme qui est poussé par un narcissisme très inquiétant.
05:29C'est un homme qui, à plusieurs reprises, a discuté, notamment en cellule,
05:33puisqu'il n'est pas arrivé en cellule juste après,
05:35parce qu'il était en détention provisoire.
05:36Apparemment, il disait à tous ses détenus
05:38que c'était évidemment lui qui l'avait tué, etc.
05:41Et puis, quand il arrivait au procès, il ne disait plus rien.
05:44Et il adorait qu'il y ait toujours des suspicions
05:48et qu'il y ait plusieurs sons de cloche.
05:50Donc, on n'en sait rien.
05:50Et puis, il sait que cette affaire capte l'attention des Français aussi.
05:53C'est ça qui est terrible.
05:56Évidemment, tant mieux si la vérité ressurgit.
05:59Mais cette espèce de mise en scène de ses aveux
06:02me gêne un petit peu à titre humain.
06:04Mettez-vous la place de la famille de Daphine.
06:06C'est-à-dire qu'apprendre que M. Jubilard
06:10nous sort une lettre du jour au lendemain
06:12à l'approche d'un procès qui dit
06:14« Non, je vous promets, je vais vous expliquer où est le corps. »
06:16On apprend à l'instant qu'apparemment, il aurait dit
06:18que le corps se situerait à proximité de la maison.
06:21Donc, ça rajoute encore un détail.
06:22On a toujours cette impression qu'il égrène
06:24au fur et à mesure les détails
06:26pour monter le suspense autour de l'emplacement du corps.
06:29C'est humainement détestable, si vous voulez.
06:32Mais vu qu'on parle d'un homme qui a, a priori, tué sa femme,
06:36ça ne m'étonne guère.
06:37Je trouve qu'il y a une mise en scène qui est un petit peu macabre.
06:40C'est ce que je disais.
06:41C'est ce que je disais, où je vous rejoins totalement,
06:46c'est qu'en général, les aveux, ils se font devant un juge.
06:51Point.
06:52Voilà, c'est tout.
06:52Pas à la presse.
06:53Pas à la presse et pas dans le cadre d'une lettre
06:55que l'on envoie à son avocat pour dire,
06:58surtout, lorsqu'il y a une audience qui est fixée.
07:00Si vous voulez.
07:02Encore une fois, je ne vais pas me citer en exemple,
07:06mais j'ai plaidé aux assises dernièrement
07:08où je défendais quelqu'un qui niait les faits également.
07:12Et j'étais tout à fait en opposition avec lui,
07:15en disant, il faut absolument que vous avouiez,
07:17parce que le dossier établit votre culpabilité.
07:21Et il a avoué à l'audience.
07:22Point.
07:23À l'audience.
07:24Voilà.
07:24Mais il y a le rôle de l'avocat quand même,
07:26parce que c'est un, il faut le préciser,
07:27c'est un maître de buisson,
07:28qui a repris le dossier.
07:29Ce ne sont pas ses premiers avocats.
07:32Et il a repris le dossier en vue de la préparation du procès en appel.
07:36Et il a, en gros, je ne sais pas comment on peut dire,
07:40mais il a conditionné sa participation à ce procès en appel,
07:42à la reprise du dossier,
07:44en échange d'amélioration du régime de détention,
07:48qu'il jugeait défavorable pour son client.
07:50Est-ce que...
07:51Écoutez, d'abord, ce qu'il faut bien comprendre,
07:54c'est qu'un avocat, ce n'est pas un béni oui-oui.
07:57C'est-à-dire que ce n'est pas le chien qu'on met sur la plage arrière de la
08:01voiture
08:01et qu'il fait comme ça avec la tête.
08:02Ce n'est pas ce que nous disions.
08:03Non, mais je sais.
08:05Je vous dis ça parce qu'un avocat,
08:07il a son jugement également sur le dossier.
08:10Et il ne lui appartient pas de répéter bêtement ce que lui dit son client.
08:14Si mon confrère de Buisson,
08:16que par ailleurs je connais,
08:17et qui est un excellent confrère,
08:19il a peut-être également,
08:22dans le secret professionnel qui est le sien,
08:24en disant,
08:24« Monsieur, moi, vous me dites votre vérité,
08:28votre vérité, elle ne coïncide pas aux éléments de la procédure.
08:31Et donc, moi, je considère, monsieur,
08:33que vous allez me donner un mandat,
08:35et moi, mon mandat, je ne vais pas l'accepter
08:38parce que je ne plaiderai pas l'innocence dans un dossier de culpabilité.
08:42Il y a peut-être ça, ça.
08:43Nous ne le saurons jamais,
08:44ou peut-être qu'un jour,
08:46mon confrère se départira de son secret professionnel.
08:50Mais il y a peut-être cet élément-là,
08:51en disant, moi, je veux bien accepter votre défense,
08:53mais en revanche,
08:54on ne va pas plaider l'innocence,
08:56parce que l'innocence, elle n'est pas établie.
08:58Donc, je ne plaiderai pas n'importe quoi devant la Cour.
09:02Martine, qui nous appelle de Lyon,
09:04est en ligne avec nous,
09:05et nous a appelé au 01-80-20-39-21.
09:08Bonjour Martine,
09:08on est très heureux de vous entendre.
09:11Bonjour à tous.
09:13On vous écoute.
09:14Alors, voilà, moi, je voudrais poser une question.
09:20Quels que soient les dires de ce monsieur,
09:26qu'est-ce que ça change pour la victime ?
09:29Elle est au cimetière.
09:31Qu'est-ce que ça change pour la famille proche ou plus lointaine
09:37qui a perdu cette personne ?
09:41Qu'il avoue pas, ça ne change rien.
09:45Et je suis, comme d'habitude, surprise
09:50qu'on ne mette pas et qu'on ne parle pratiquement pas des victimes.
09:56Cette dame fait partie des nombreux féminicides
10:00qui ont lieu en France.
10:04Bon, une personne qui revient sur ses aveux,
10:09qui a fait perdre du temps à des enquêteurs.
10:13Pendant ce temps-là, ces enquêteurs,
10:15ils auraient peut-être pu agir efficacement
10:19dans le dossier des enfants
10:25auxquels on fait subir des tas de choses.
10:31Voilà.
10:32Ce monsieur est en prison.
10:35La société paye pour sa nourriture,
10:40pour son entretien.
10:41Il faudrait peut-être le rappeler.
10:47Et une autre question que je voudrais poser.
10:50Quelle responsabilité
10:52au fait qu'on voit régulièrement
10:57et vraiment pratiquement quotidiennement le soir
11:02des films sur les meurtres,
11:06les enquêtes,
11:07les jeux vidéo extrêmement violents.
11:12Il y a un problème
11:14respect de la vie humaine
11:16et puis le traitement
11:19qu'on fait subir
11:21aux plus faibles,
11:23aux enfants,
11:24aux jeunes adolescents
11:26et même plus âgés
11:27et aux femmes.
11:28Je comprends, Martine,
11:30ce que vous dites,
11:30notamment sur le fait
11:31qu'on ne parle pas assez de la victime.
11:34On va le rappeler,
11:34Delphine, qui avait 33 ans,
11:36qui était infirmière
11:37et donc qui a disparu
11:38dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.
11:42Et là, vous avez raison,
11:43c'est que même s'il y a aveu,
11:46peut-être que Delphine
11:47ne sera jamais retrouvée vivante.
11:49Ça, c'est sûr.
11:51Mais au moins,
11:51ça aidera la famille
11:53à avoir un peu
11:55une part de vérité.
11:56Non mais je comprends tout à fait...
11:58Je comprends tout à fait
12:01madame l'auditrice.
12:03C'est que,
12:04en revanche,
12:05il y a une procédure judiciaire.
12:08Donc, dans le cadre
12:09de la procédure judiciaire,
12:10vous savez,
12:11dans la vie judiciaire,
12:13il y a des personnes
12:14en droit français,
12:16elles ont le droit de mentir.
12:18Elles ont le droit de mentir.
12:19Aux Etats-Unis,
12:20ce n'est pas le cas
12:20parce que c'est un parjure
12:22et qui est parfois
12:24réprimé plus sévèrement
12:25que l'acte lui-même.
12:27Mais en droit français,
12:28on a le droit de mentir
12:29et on a le droit
12:30de garder le silence.
12:32C'est prévu
12:32par les droits de la défense.
12:34Mais ça n'empêche pas
12:35que la personne,
12:35elle ait été condamnée
12:36lors de la première juridiction
12:40de Cour d'Assise
12:40qui a statué.
12:42Donc, ensuite,
12:43il y a une quête
12:43de la vérité
12:44parce que ça fait partie
12:46du système judiciaire français.
12:48On veut connaître la vérité.
12:50Et pendant très longtemps,
12:52la reine de la preuve,
12:53c'était l'aveu.
12:54Donc là,
12:55la famille,
12:56je peux vous assurer
12:57que quand bien même
12:59il y a une condamnation,
13:00il y a toujours le doute
13:01si la personne,
13:02elle n'avoue pas.
13:03Même s'il est très léger.
13:04On retrouve le camp aussi.
13:05Ça permettra
13:06de faire un peu plus le deuil.
13:08Absolument.
13:08C'est une énorme avancée.
13:10C'est une énorme avancée
13:11psychologiquement
13:12pour la famille.
13:13Voilà.
13:13Parce que...
13:14Enfin, je pense.
13:15On reste ensemble.
13:16Merci beaucoup Martine
13:17pour votre appel.
13:18Je rappelle que vous pouvez,
13:19évidemment,
13:19amis auditeurs,
13:20nous appeler au 01 80 20 39 21.
13:2201.