Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 mois
Après sa condamnation en appel, Marine Le Pen a annoncé son intention de se pourvoir en cassation. Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, assure, jeudi, que tout sera fait pour rendre une décision avant le premier tour de la présidentielle, dimanche 18 avril 2027. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-09-juillet-2026-9476620

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'invité est donc le procureur général près de la cour de cassation, Rémi Etz, bonjour.
00:04Bonjour.
00:04La cour de cassation qui indique qu'elle pourrait se prononcer au plus tard, début avril 2027,
00:10sur le pourvoi de Marine Le Pen contre sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics.
00:15Fin avril, début avril 2027, c'est-à-dire deux semaines avant le premier tour des présidentielles.
00:20Comment vous êtes-vous décidé sur cette date ? Sur quels critères ?
00:25Eh bien, tout d'abord, il faut peut-être rappeler ce qu'est un pourvoi en cassation.
00:30Et rappeler quelques éléments de procédure.
00:34Devant la cour de cassation, on ne rejuge pas complètement l'affaire.
00:37Alors qu'elle a été complètement rejugée par la cour d'appel.
00:40La cour de cassation, elle est le juge du droit.
00:43Sur le respect du droit.
00:44Elle va se prononcer sur l'application de la loi.
00:48Alors, sur la question du délai qui est dans le débat aujourd'hui,
00:51moi je dis les choses très clairement, nous avons collectivement pris un certain nombre d'engagements.
00:56La cour d'appel, et je tiens d'ailleurs à saluer le travail qui a été fait
01:00et la façon dont le procès a été conduit, sans me prononcer sur le fond,
01:03la cour d'appel a rendu la décision dans le délai attendu.
01:07Nous, nous avons toujours dit, le premier président de la cour de cassation et moi-même,
01:11que la décision serait rendue avant le scrutin présidentiel.
01:14« Nous sommes toujours sur cet objectif ».
01:17Vous vous y tiendrez ?
01:19Mais écoutez...
01:19Vous employez le conditionnel dans ce que vous niquez ?
01:21Oui, j'emploie un peu le conditionnel parce que c'est un objectif
01:25à la réalisation duquel, pour la réalisation duquel, nous ne sommes pas totalement seuls
01:29puisque la procédure est aussi à la main des partis.
01:34Notamment les avocats de Marine Le Pen qui peuvent déposer des pièces au dossier,
01:38des mémoires, éventuellement des questions prioritaires de constitutionnalité.
01:41L'avocat de Marine Le Pen, Maître Bosselut, hier, ici même à votre place,
01:45cachait à peine sa volonté de jouer la montre pour retarder la décision après le scrutin.
01:51Est-ce que vous redoutez ces manœuvres dilatoires ?
01:54Déjà, nous sommes vraiment à un stade peu avancé
01:58puisque nous sommes toujours dans le délai de dix jours.
02:01Nous ne savons pas déjà combien il y aura...
02:04Nous savons qu'il y a déjà de pourvois,
02:06mais nous ne savons pas encore combien il y aura de pourvois.
02:08Nous ne savons pas quels seront les moyens au soutien de ces pourvois,
02:12quels seront les arguments qui seront développés par les partis,
02:16quel sera le niveau de complexité du dossier.
02:20Et puis, encore une fois, la procédure est aussi à la main des partis.
02:23En effet, elles peuvent faire valoir un certain nombre de droits.
02:26Tout cela, c'est le fonctionnement normal des institutions et de la justice.
02:29Donc il y a un vrai risque que vous ne soyez pas en mesure de rendre cette décision avant l
02:33'élection présidentielle.
02:34Ce qui est important, c'est que nous, nous sommes en ordre de marche
02:38pour rendre cette décision avant le scrutin présidentiel.
02:41Et nous ferons tout, nous, en ce qui nous concerne,
02:44pour tenir cet objectif parce que nous, nous y sommes engagés.
02:48Et encore une fois, nous sommes dans un fonctionnement qui est un fonctionnement normal.
02:52Quand j'entends dire que la procédure...
02:53Une stratégie dont le but serait de retarder votre décision ?
02:57Je n'ai pas à moi à me prononcer là-dessus.
02:59Vous savez, parfois, on est obligé de rappeler des évidences,
03:03mais il est vrai que nos décisions et nos choix peuvent avoir des conséquences politiques.
03:08Mais nous, nous ne prenons pas des décisions en fonction de critères politiques.
03:13Nous sommes dans un objectif et dans une attitude de neutralité, d'impartialité.
03:18Nous avons annoncé un calendrier.
03:21Encore une fois, la Cour d'appel a mis tout en œuvre pour le respecter.
03:26Nous ferons de même pour être donc au rendez-vous de ce calendrier.
03:29Question toute simple, Emillette.
03:30À l'heure où l'on parle, Marine Le Pen est présumée innocente.
03:33Alors, là aussi, il faut bien dire les choses très clairement.
03:38Le pourvoi en cassation suspend l'exécution de l'arrêt.
03:43Alors, je tiens aussi à apporter cette précision parce que certains disent,
03:46mais puisque l'arrêt, en quelque sorte, est suspendu,
03:49ce serait le jugement de première instance qui revivrait, notamment sur l'exécution provisoire.
03:52Donc, l'exécution provisoire, 5 ans d'inélégibilité.
03:54Elle ne redevient pas inégible pour 5 ans.
03:56Non, non, ça, ce n'est pas un raisonnement, je dirais, fondé.
04:00Vous êtes clair là-dessus ?
04:01Je suis très clair là-dessus.
04:03Le pourvoi suspend l'exécution de l'arrêt.
04:08Mais Marine Le Pen reste condamnée en appel pour détournement de fonds publics.
04:12Elle est, en effet, condamnée par la Cour d'appel, mais en raison de ce pourvoi,
04:17eh bien, elle n'est pas condamnée définitivement,
04:20et donc, elle est toujours présumée innocente, tant que la décision n'est pas définitive.
04:26Mais ce qui est suspendu, c'est l'exécution, aujourd'hui,
04:30de la décision prononcée par la Cour d'appel de Paris de 7 juillet dernier.
04:34Il y a deux hypothèses, donc, sur ce pourvoi en cassation.
04:37Soit le pourvoi de Mme Le Pen est rejeté par la Cour de cassation,
04:41dans ce cas, elle est définitivement condamnée,
04:43et devra porter un bracelet électronique en pleine campagne.
04:45C'est l'arrêt de la Cour d'appel qui produit son...
04:47Voilà.
04:48Si tant est que le juge d'application des peines la convoque avant le premier tour,
04:52soit le jugement de la Cour d'appel est cassé,
04:55et là, c'est le jugement de première instance qui s'applique en attente d'un nouveau procès, c'est
04:58cela ?
04:58Non, s'il y a soit, donc, un rejet du pourvoi,
05:03et dans ce cas-là, c'est l'arrêt qui trouve à s'exécuter,
05:06il doit être exécuté, soit, alors, il peut y avoir d'autres scénarios,
05:10il peut y avoir, en effet, une cassation avec un renvoi,
05:13et là, l'affaire serait rejugée par la Cour d'appel,
05:15ou de la Cour d'appel autrement composée, par une autre Cour d'appel.
05:18Ça, ce sont des scénarios.
05:19Il est trop tôt pour, je dirais, aller vers de telles projections.
05:25Moi, ce que, encore une fois, ce que je vois,
05:27c'est que nous devons quand même statuer sur cette affaire
05:31dans le délai que nous avons fixé.
05:33Et ça, on l'a bien compris, vous voulez vous y tenir
05:35avant le premier tour de l'élection présidentielle.
05:38Mais on a potentiellement soit une candidate,
05:40potentielle, future présidente de la République,
05:43condamnée définitivement à de la prison ferme,
05:45soit une candidate en attente d'un nouveau procès, éventuellement,
05:49et donc peut-être inéligible.
05:53Encore une fois, il est beaucoup trop tôt pour faire ce type de projections.
05:57Attendons.
05:58La justice, jusqu'à maintenant, a fait son travail.
06:02Je pense pouvoir dire qu'elle l'a fait dans des conditions de sérénité
06:05qui peuvent être saluées,
06:07parce que le procès en appel s'est très bien déroulé.
06:11Moi, je souhaite que la procédure en cassation
06:13puisse être menée à son terme,
06:15dans les meilleures conditions possibles aussi,
06:17et nous y veillerons.
06:18Vous ne redoutez pas la pression énorme
06:20qui pèsera sur la Cour de cassation dans ce contexte ?
06:24Le premier tour est prévu le 18 avril.
06:27La Cour de cassation,
06:28elle est habituée à traiter des affaires complexes, sensibles,
06:32puisque toutes les affaires importantes,
06:34que ce soit les affaires politico-financières ou autres,
06:37toutes les affaires importantes trouvent souvent leur solution
06:40à la Cour de cassation.
06:41Rarement, une affaire n'aura eu autant de conséquences
06:46sur la vie démocratique du pays.
06:47Les magistrats de la Cour de cassation,
06:48ils sont habitués à traiter des affaires sensibles,
06:51ils traiteront celles-ci,
06:52et puis, je tiens à le souligner,
06:53ils le traiteront dans un cadre institutionnel
06:57et sur la base quand même de nos principes généraux,
07:00et notamment, la décision sera rendue par une collégialité.
07:04Et à la Cour de cassation,
07:05cette collégialité est importante
07:07parce que la section de la Chambre criminelle
07:09qui sera amenée à statuer,
07:10elle est composée quand même de dix magistrats.
07:13Donc, vous voyez, je pense que les choses
07:16peuvent très bien se passer.
07:18Un tout dernier mot, Rémi Hetz,
07:19Patrick Cohen en parlait.
07:21Est-ce qu'il faut revoir les règles de l'inéligibilité ?
07:24La première instance avait prononcé cinq ans en appel,
07:28c'est quinze mois fermes.
07:31Est-ce qu'il faut clarifier ces règles-là ?
07:34Ça revient au législateur.
07:36Moi, ce que je vois, c'est qu'une voie de recours
07:39avait été exercée,
07:40il y a eu deux décisions
07:42qui ne sont pas allées forcément dans le même sens.
07:44C'est le jeu normal des institutions,
07:47du mécanisme des voies de recours.
07:49C'est le jeu et le fonctionnement judiciaire,
07:52je dirais, habituel.
07:54Et c'est vraiment tout à fait,
07:56je dirais, tout à fait normal.
07:58Et heureusement, d'ailleurs,
07:59que finalement,
08:02chacun puisse faire valoir
08:03ses droits
08:05et puisse utiliser le voie de recours
08:07comme on doit pouvoir le faire
08:08dans un grand pays démocratique comme le nom.
08:09On retient en tout cas, Rémi Hetz,
08:11votre volonté ferme
08:12de rendre votre décision
08:13sur ce pourvoi de Marine Le Pen
08:15avant l'élection présidentielle.
08:17Merci d'être venu nous le dire ce matin
08:19sur France Inter.
08:20Vous êtes procureur général,
08:21je le rappelle,
08:22près de la Cour de cassation.
08:23Merci d'avoir regardé cette vidéo !

Recommandations