00:00Il y a sans doute eu rarement autant de noyades en France en un seul été.
00:05Gaëlle, bonsoir, 301 décès depuis le 19 juin, c'est 14% de plus que l'an dernier à la
00:11même période.
00:12Oui, tout à fait, 301 familles endeuillées sur malheureusement des risques chez lesquels on ne doit pas accepter la fatalité.
00:21Ces personnes déjà représentent une augmentation de 14% par rapport à l'année dernière,
00:25sachant que l'année dernière déjà, on avait 15% d'augmentation de ces noyades qui surviennent malheureusement dans des
00:32zones souvent sans surveillance.
00:33Des enfants malheureusement qui décèdent aussi dans des bassins sans surveillance ou qui ont échappé à la surveillance de leurs
00:39parents.
00:40On a des personnes qui surestiment leur capacité, qui vont être victimes de crampes, d'épuisements, qui vont se noyer.
00:47Et malheureusement aussi l'hydrocution qui peut être à l'origine.
00:50Ce n'est pas l'hydrocution en elle-même qui tue, l'hydrocution c'est un malaise et c'est
00:56cette hydrocution malheureusement qui provoque par la suite la noyade.
01:00La personne, on le rappelle, quelques centimètres suffisent de se noyer, pas que pour les enfants mais aussi pour des
01:05adultes.
01:06Pas mal de personnes âgées malheureusement font partie de ce triste bilan.
01:10On sait que la noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins
01:15de 25 ans.
01:16Axel Lamotte, vous êtes responsable au sein de la Fédération française des maîtres nageurs-sauveteurs.
01:21Merci d'être avec nous ce dimanche après-midi.
01:24On évoquait plusieurs facteurs, plusieurs facteurs de risque.
01:27Il y a d'abord et avant tout les comportements à risque ?
01:33Si vous voulez, les comportements à risque, oui je comprends bien.
01:36Mais en ce moment je suis en Allemagne pour des raisons familiales.
01:39J'entendais une émission en radio sur justement l'apprentissage de la nage.
01:43Et donc la piscine à Bochum est ouverte de 6h le matin à 22h.
01:47J'étais il n'y a pas longtemps près de Stuttgart, les piscines sont ouvertes de 7h à 22h.
01:51Donc il y a une possibilité pour la population de venir dans les rondeurs surveillés, sécurisés,
01:55du matin très tôt jusqu'au soir très tard.
01:58En France ça n'existe pas puisqu'on manque de maîtres-nageurs, on manque de surveillants-sauveteurs,
02:01on manque de personnel, ils ne sont pas payés, donc du coup les gens vont se baigner ailleurs.
02:05C'est la conséquence effectivement d'une politique publique de désaffection du métier de maîtres-nageurs-sauveteurs.
02:10En France les chômeurs sont indispensables à la société à condition qu'ils restent chômeurs.
02:16J'en prends pour exemple les formations que nous mettons en place au Centre français de formation des maîtres-nageurs
02:21-sauveteurs.
02:22Nous avons 20 candidats dont 9 qui sont à France Travail et donc ils ont 9 refus de prise en
02:28charge de formation.
02:29Donc ces gens-là au lieu d'avoir un métier d'utilité publique et de sauver des vies, ils vont
02:32rester chômeurs.
02:33Donc il y a une vraie politique publique à appliquer pour prévenir de la noyade.
02:37Nous organisons, nous, à la Fédération française des maîtres-nageurs-sauveteurs,
02:40depuis plusieurs décennies les journées nationales de prévention de la noyade,
02:43non pas après la première canicule mais dès le mois de mars et avril,
02:47dans beaucoup de piscines, dans le littoral, etc.
02:49Donc il faut une vraie politique publique.
02:51Nous sommes à la disposition des pouvoirs publics pour en discuter.
02:54J'en ai discuté lors des états généraux.
02:56On m'a gentiment envoyé promener en disant que la ministre s'occupait largement du financement des formations de maîtres
03:03-nageurs-sauveteurs.
03:04On en voit les résultats aujourd'hui.
03:06Donc il y a vraiment un dialogue à avoir pour sauver des vies.
03:10On apprenait, Axel Lamotte, cette semaine, un adolescent de 13 ans qui est mort noyé dans un plan d'eau.
03:15La ministre disait également, et on en reparlera, que chez les plus âgés,
03:19la plupart des décès ont eu lieu en bassin individuel.
03:22Vous dites que les Français ne savent pas assez bien nager, si je comprends bien,
03:26et qu'il faut travailler là-dessus.
03:29Est-ce que les nageurs présument aussi de leur capacité physique ?
03:33Et puis est-ce qu'on a beaucoup vu cet été des gens aller nager dans des zones de baignade
03:37qui n'étaient pas des zones surveillées, qui n'étaient parfois près des barrages ?
03:41Est-ce qu'il faut aussi signaler encore mieux ces zones comme étant des zones dangereuses
03:46et des zones dans lesquelles, quelles que soient nos capacités,
03:49même en étant un très bon nageur, il y a un risque important ?
03:52Vous avez parfaitement raison, il y a des zones à risque.
03:55Tout ça, ça peut s'apprendre.
03:56Pour l'apprendre, il faut effectivement fréquenter les piscines de janvier à décembre,
04:00pas seulement quand il fait chaud, il faut des maîtres nageurs.
04:03Donc tout ça, c'est ce que je vous disais à l'instant, c'est une politique publique.
04:06On n'a pas de politique publique.
04:07Je veux dire, en Allemagne, les piscines sont ouvertes de 6h le matin à 22h.
04:10Donc les gens ne vont pas aller dans les barrages,
04:11ils ne vont pas aller dans les zones qui ne sont pas surveillées,
04:13ils ne vont pas aller dans les zones dangereuses, ils vont aller à la piscine.
04:15En France, les piscines ferment de plus en plus parce qu'on manque de mettre un nageur sauveteur.
04:20Donc effectivement, on a un pays magnifique avec beaucoup de lacs, de rivières,
04:23un littoral extraordinaire, donc les gens vont se baigner.
04:26Mais effectivement, ils n'ont pas les codes de l'appropriation du milieu naturel aquatique.
04:32Donc il faut une vraie politique de démocratie aquatique,
04:36c'est-à-dire apprendre à tout le monde à gérer les risques qui sont évidents dans l'eau.
04:42Vous voyez, sur la côte Aquitaine, par exemple, il y a des grosses vagues,
04:45il n'y a pas d'enfants qui se noient, parce que les enfants, les parents voient les vagues
04:48et ils tiennent les enfants par la main.
04:50Quand on est au bord d'un lac, on voit de l'eau plate, on se dit, c'est comme
04:54à la piscine, on est tranquille.
04:55Vous voyez, on n'est pas formé, la population n'est pas formé.
04:59Et donc il faut une vraie politique de formation.
05:04Et on vous a bien entendu sur ce point.
05:06En effet, et pour terminer sur ce sujet avec vous, Gaëlle,
05:10vous évoquez une nécessité d'une meilleure prévention.
05:13C'est vrai qu'on fait avec les enfants, par exemple, la prévention routière, on fait ça à l'école.
05:16Il faudrait peut-être imaginer la même chose pour les risques liés à ces baignettes.
05:22Je voudrais quand même revenir sur ce point.
05:23Vous parliez de l'hydrocution tout à l'heure,
05:25et donc de ce chiffre chez les plus âgés des décès en bassin individuel.
05:30Oui, l'hydrocution, c'est un phénomène, c'est un malaise que l'on va faire quand on va être
05:34très chaud.
05:35On voit la carte là, pardon, des températures.
05:37Des températures, évidemment, plus l'eau est fraîche, en fait, l'hydrocution, c'est un choc thermique.
05:41Vous avez chaud, vous avez envie de vous rafraîchir, et vous allez plonger ou rentrer subitement dans l'eau.
05:47Et c'est là que survient ce malaise.
05:48Vous allez avoir vos vaisseaux qui vont se contracter et provoquer un malaise.
05:53Et comme vous êtes inconscient, vous vous noyez.
05:56Et donc effectivement, sur ces phénomènes-là, il faut évidemment avoir de bonnes pratiques,
06:02comme le disait M. Lamotte, rentrer progressivement dans l'eau.
06:04Mais ça, ça s'apprend effectivement avec des maîtres nageurs.
06:08On met au crédit d'ailleurs des collectivités qui ont ouvert des lieux publics ou des canaux avec des maîtres
06:14nageurs.
06:14Mais là, il faut des maîtres nageurs, ça permet d'éviter des drames.