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  • il y a 5 semaines
Sous les racines du monde, il existe une tour que la lumière a oubliée.

Dans ses profondeurs, un campagnol, un blaireau, un ver immortel et une armée de fourmis découvrent les souvenirs que la forêt a gardés en silence.

À travers les fenêtres de pierre, une ancienne histoire se réveille : celle des Hommes, de leurs villes trop hautes, de leur désir de tout posséder, et du silence qu’ils ont laissé derrière eux.

Ce conte parle de mémoire, de nature, d’orgueil et de traces invisibles.

Il rappelle qu’un monde ne se possède pas.
Qu’une terre que l’on oublie finit toujours par se souvenir.
Et que les plus petites créatures portent parfois les plus grandes vérités.

Histoire : Gallas et Théo
Voix : Théo
Musique Suno
musique 1 https://suno.com/s/qr3ag33gDjkKalYd
musique 2 https://suno.com/s/xJc88WPfVqEpaZkh
musique 3 https://suno.com/s/pA9aN5lS5I3D7QiC

Les images, le son et les composants de cette vidéo sont la propriété de la forêt de Théo

Catégorie

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Amusant
Transcription
00:00Dans les profondeurs d'une tour souterraine, un groupe d'animaux descend un escalier interminable.
00:04Nul ne savait qui avait bâti cette tour.
00:06Elle était plus ancienne que les terriers, plus ancienne que les nids,
00:10plus ancienne peut-être que les premières racines de la forêt.
00:12Ces escaliers tournaient sans fin, comme s'ils cherchaient le centre de la terre.
00:16Les pierres étaient froides, mais elles semblaient vivantes.
00:19A chaque pas, elles murmuraient des choses que personne ne comprenait tout à fait.
00:23Le campagnol avançait près du blaireau.
00:25Les fourmis marchaient en rang serré, si nombreuses,
00:28que leur armée ressemblait à un petit fleuve noir, coulant sur les marches.
00:31Quant au vert immortel, il avançait devant eux, lentement,
00:34comme quelqu'un qui connaît déjà le chemin.
00:37Puis soudain, il s'arrêta.
00:38Sur les murs de la tour, de grandes fenêtres de pierres commencèrent à s'allumer.
00:42Elles ne donnaient pas sur le dehors.
00:44Elles ne montraient ni le ciel, ni la lune, ni la forêt.
00:47Elles montraient des souvenirs.
00:48Le vert immortel leva la tête.
00:50Son visage n'avait plus rien de malicieux.
00:52Il dit simplement, regardez bien, voici l'histoire de ceux qui vivaient avant nous.
00:56La première fenêtre s'ouvrit, et les animaux virent un monde gris,
01:00un monde autour haute comme des falaises,
01:02un monde de routes noires qui coupaient la terre en longues cicatrices,
01:04un monde de vitres, de métal, de fumée, et de lumière qui ne s'éteignait jamais.
01:09Là vivaient les hommes.
01:10Ils étaient debout sur deux jambes.
01:12Ils avaient les mains habiles, des petits yeux curieux,
01:15et dans leur poitrine brûlait une flamme étrange.
01:17Cette flamme pouvait créer des merveilles.
01:19Avec elle, ils avaient inventé des maisons, des chansons, des outils, des livres et des ponts.
01:23Ils savaient soigner, bâtir, transmettre et se souvenir.
01:27Mais cette flamme pouvait aussi devenir fin.
01:29Une fin de posséder, une fin d'aller plus loin, une fin de tenir le monde dans ses mains.
01:34Le campagnol regardait les immenses villes du souvenir.
01:37Mais où sont les arbres, demanda-t-il.
01:39Personne ne répondit.
01:41Car dans ce souvenir, les arbres étaient déjà loin.
01:44La deuxième fenêtre s'alluma.
01:45On y vit une forêt ancienne.
01:47Les oiseaux chantaient dans les branches,
01:49les renards glissaient dans les fougères,
01:50et des blaireaux creusés sous les racines.
01:53Puis les machines arrivèrent.
01:54Elles n'avaient pas d'yeux.
01:56Elles n'avaient pas de cœur.
01:57Et pourtant elles avançaient, lourdes et patientes,
01:59comme si rien ne pouvait les arrêter.
02:01Les arbres tombèrent.
02:02Un an, plus par dizaines, plus par centaines.
02:05Les nids se brisèrent.
02:06Les terriers s'effondrèrent.
02:07Les traces disparurent sous la poussière.
02:09Les animaux fuirent.
02:11Certains trouvèrent un abri, d'autres non.
02:13Le blaireau sert à ses griffes.
02:15Les fouries d'habitude si rapides à parler entre elles,
02:17restèrent silencieuses.
02:19Même les plus petites comprirent
02:20que certaines douleurs sont trop grandes pour être commentées.
02:23La troisième fenêtre apparut.
02:25La ville grandissait, encore et encore.
02:27Là où poussaient les herbes,
02:28il y avait des routes.
02:29Là où passaient les cerfs,
02:31il y avait des murs.
02:32Là où les grenouilles chantaient,
02:33il y avait des pierres sèches.
02:35Les hommes voulaient plus de place,
02:36plus de pierres, plus de métal,
02:38plus de bruit,
02:39et plus de vitesse.
02:40Ils avaient appris à mesurer la terre,
02:42mais ils oubliaient de l'écouter.
02:43Ils savaient compter les arbres battus,
02:45mais ils ne savaient plus entendre la forêt qui se taisait.
02:48Le campagnol murmura.
02:49Il ne voyait pas les animaux ?
02:51Le vert immortel répondit.
02:53Peut-être qu'il les voyait,
02:54mais voir ne suffit pas toujours.
02:56Il arrive qu'un être regarde une chose vivante
02:58et n'y voit qu'un obstacle.
03:00Le campagnol ne répondit pas.
03:02Il regardait ses petites pattes
03:03et la tour sembla descendre encore plus profondément.
03:06La quatrième fenêtre s'ouvrit.
03:08Cette fois, le ciel était blanc.
03:10Non pas blanc comme la neige,
03:11mais blanc comme de la fatigue.
03:13La terre était craquelée.
03:14Les feuilles pendaient
03:15aux branches comme des ailes blessées.
03:17Les ruisseaux devenaient minces.
03:19Les mares s'effaçaient peu à peu.
03:21Dans la forêt,
03:21les animaux cherchaient l'ombre.
03:23Les oiseaux ouvraient le bec s'enchanté.
03:25Les lapins restaient cachés sous la pierre.
03:27Et les renards marchaient plus lentement.
03:30Ce n'était pas une guerre.
03:31Ce n'était pas un monstre.
03:32C'était pire.
03:33C'était le monde lui-même
03:34qui était devenu difficile à habiter.
03:36Et les hommes, eux aussi,
03:38souffraient de cette chaleur.
03:39Mais beaucoup continuaient de courir,
03:41de creuser, de brûler,
03:42de construire.
03:43Comme si le monde pouvait toujours attendre.
03:45Le vert immortel parla d'une voix basse.
03:47La sagesse commence souvent par une chose simple.
03:49Comprendre qu'une maison n'est pas infinie.
03:52Le campagnol leva les yeux.
03:53Leur maison, c'était la terre ?
03:55Oui, répondit le vert.
03:57Mais beaucoup l'avaient prise pour un coffre.
03:59Alors la fenêtre s'assombrit.
04:01La suivante s'alluma presque aussitôt.
04:03On y vit une ville vide.
04:05Il n'y eut ni explosion,
04:06ni grand cri,
04:07ni ciel déchiré.
04:08Seulement des rues sans pas,
04:09des portes ouvertes,
04:10des machines mobiles,
04:12des chaises abandonnées près des tables.
04:13Le vent passa, doucement.
04:16Il souleva un peu de poussière.
04:17Une balançoire bougea tout seul dans une cour.
04:20Un panneau grinça.
04:21Et personne ne répondit.
04:22Le grand silence était arrivé.
04:25Il n'était pas venu comme une tempête.
04:26Il n'était pas venu comme une bataille.
04:28Il était venu comme une absence.
04:30Un matin,
04:31les hommes n'étaient plus là.
04:32Et le monde continua.
04:33Mais autrement.
04:34Les fourmis se rapprochèrent les unes des autres effrayées.
04:37Une autre fenêtre s'ouvrit.
04:39Elle montra une ferme.
04:40Au début, tout semblait paisible.
04:42Une barrière, une grange,
04:43un sobre inversé,
04:44de la paille sèche,
04:46puis les animaux apparurent.
04:47Une poule attendait devant l'entrée du poulailler.
04:49Une vache appelait dans une étable vide.
04:52Un cheval tournait lentement dans son enclos.
04:55Quatre chiens regardaient le chemin
04:56comme s'ils attendaient encore des pas familiers.
04:58Les hommes avaient disparu.
05:00Mais les animaux de la ferme, eux, étaient restés.
05:03Ils ne savaient pas ouvrir les verrous.
05:05Ils ne savaient pas remplir les seaux.
05:06Et ils ne savaient pas pourquoi les mains
05:07qui les nourrissaient ne revenaient plus.
05:09Certains animaux sauvages continuèrent d'abord
05:11à vivre presque normalement.
05:13Mais pour les animaux de la ferme,
05:15le grand silence fut terrible.
05:16Car ils avaient vécu près des hommes.
05:18Ils avaient reçu leur nourriture,
05:19leur abri, parfois leur affection.
05:21Et peu à peu,
05:22ils avaient oublié comment vivre sans eux.
05:25Le campagnol demanda.
05:26Alors les hommes étaient mouvés ?
05:28Le verre immortel resta longtemps silencieux.
05:30Puis il répondit.
05:32Aucun être n'est seulement qu'une chose.
05:34Les hommes portaient en eux la douceur et la destruction.
05:36Certains plantaient des arbres,
05:38d'autres les arrachaient.
05:39Certains sauvaient les bêtes,
05:40d'autres les enfermés.
05:42Certains écoutaient le monde,
05:44d'autres ne s'écoutaient qu'eux-mêmes.
05:46Ils regardaient à la fenêtre.
05:47Leur malheur fut peut-être
05:49de croire que l'intelligence suffisait à devenir sage.
05:51La fenêtre s'éteignit.
05:53Mais une dernière lumière apparut.
05:55On y vit la forêt longtemps après.
05:56Elle avait repoussé par endroits.
05:58Des arbres sortaient des fissures des routes.
06:00Des racines soulevaient les pierres.
06:02Des oiseaux nichés dans les ruines.
06:03Des mousses recouvraient les mûres.
06:05Des fleurs poussées là où autrefois passaient les roues.
06:07Mais tout n'était pas guéri.
06:09Certaines routes coupaient encore les bois.
06:11Certaines eaux restaient troubles.
06:13Certains sols demeuraient trop secs.
06:14Les hommes avaient disparu.
06:16Mais leurs gestes étaient restés.
06:17La forêt avait survécu.
06:19Mais elle n'avait pas oublié.
06:20Alors la dernière fenêtre se referma.
06:22La tour redevint sombre.
06:24Pendant un long moment, personne ne parla.
06:26Devant eux, les escaliers continuaient de descendre.
06:28Plus bas.
06:29Toujours plus bas.
06:30Là où d'autres se fait attendre.
06:32Le campagnol regarda le verre immortel.
06:35Pourquoi nous montrer cela ?
06:36Pourquoi garder une histoire si triste ?
06:38Le verre posa son corps contre la pierre froide.
06:41Parce qu'une douleur oubliée peut recommencer sous un autre nom.
06:44Le blaireau releva la tête.
06:46Cette tour garde l'histoire des hommes ?
06:47Le verre immortel secoua lentement la tête.
06:50Non.
06:50Elle garde l'histoire de notre forêt ?
06:52Les hommes n'en sont qu'un chapitre.
06:54Un chapitre immense.
06:55Terrible.
06:56Parfois lumineux.
06:57Mais un chapitre seulement.
06:59Il tourna son regard vers les marches.
07:01La forêt n'a pas gardé cette mémoire pour haïr.
07:03Elle l'a gardé pour comprendre.
07:05Le campagnol serra un peu sa cape rouge.
07:07Et qu'est-ce qu'il faut comprendre ?
07:09Le verre répondit.
07:11Qu'un monde ne se possède pas.
07:12Une terre ne se domine pas longtemps.
07:14Sans se venger en silence.
07:15Que les plus grands peuvent tomber ses oubliés plus petits.
07:18Et que celui qui coupe toutes ses racines
07:20finit toujours par ne plus avoir opposé ses pas.
07:22Les fourmis ne bougèrent plus.
07:24Alors tout en bas de la tour,
07:26quelque chose se mit à battre.
07:28Lentement.
07:29Profondément.
07:29Comme un cœur ancien.

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