00:02Europe 1, le meilleur de Pascal Praud et vous.
00:06Revivez les moments marquants de la saison passée avec à présent le comédien Philippe Lelouch.
00:11Il était l'invité de Pascal Praud le 17 juin dernier pour répondre à cette question.
00:16Aujourd'hui, peut-on encore rire de tout ?
00:19Vous avez beaucoup de talent et vous savez faire beaucoup de choses.
00:22Et vous avez commencé par le journalisme, ce que les uns et les autres ne savent peut-être pas.
00:26À TF1 même, à l'époque où Gérard Carrero était un bureau tout en cuir et tout ça, tout là
00:30-haut.
00:32Vous vous souvenez du numéro de carte de presse que vous aviez ?
00:34Non, je ne me souviens pas du numéro de carte de presse, ça fait longtemps que je ne l'ai
00:37plus.
00:37J'aurais dû essayer de la garder, mais bon, je ne l'ai pas.
00:40Vous entrez à France Inter, vous animez une émission humoristique, après des études de journalisme,
00:44vous devenez reporter d'investigation, vous travaillez un temps sur TF1 avant de rejoindre l'équipe d'envoyés spéciales.
00:49Et puis en 1997, vous étiez repéré par Marion Sarrault qui vous avait offert un rôle dans une série télévision
00:55« Une femme d'honneur », et là vous avez changé de métier.
00:58C'est drôle.
00:59Bon, vous êtes là, alors en ce moment vous avez joué jusqu'à ces derniers jours Nuit d'Ivresse que
01:04j'avais vu,
01:05dans lesquels vous étiez excellent.
01:07J'avais trouvé que vous étiez très juste, vous n'en faisiez pas trop, vous étiez juste.
01:11Parce qu'il y a plein de versions qu'on a pu voir de Nuit d'Ivresse,
01:14et ce qui est intéressant dans votre jeu, c'est qu'il y a une forme de sobriété, de précision,
01:19j'allais dire d'intelligence, de jeu, et la pièce reprendra peut-être ?
01:25Elle va probablement reprendre, possiblement sur une captation aussi pour la télévision,
01:30et puis moi maintenant je pars sur le One Man Show.
01:34Ah oui ?
01:34L'année prochaine par exemple, vous n'animerez pas la matinale de RFM ?
01:37Bien sûr, j'aime trop faire ça, j'ai découvert ça, j'avais commencé par la radio,
01:43et j'adore ce média, je m'éclate, et puis vous connaissez Caroline, on s'amuse beaucoup le matin.
01:48Elle est formidable, elle apporte une énergie, une présence formidable,
01:53elle a des bonnes zones comme on dit.
01:54Absolument.
01:55Parce que lorsqu'on fait rire les gens, le récepteur est plus important que l'émetteur.
02:00Ah ça c'est sûr.
02:02C'est les gens qui nous permettent d'être drôles.
02:04Ah mais c'est l'acteur qu'il manque, systématiquement, toujours.
02:07Il y a d'ailleurs, parfois, Guitry avait une phrase magnifique pour ça,
02:11il disait parfois le public n'a pas de talent.
02:13Ce que je trouve extraordinaire, parce que c'est vrai.
02:15Il y a des publics qui vous portent, et qui vous font aller encore mieux,
02:17et puis c'est eux qui impriment le rythme.
02:19C'est les rires, c'est leurs applaudissements, c'est eux qui impriment le rythme.
02:21Donc c'est vraiment, c'est les vrais maîtres d'orchestre dans un spectacle d'humour, c'est le public.
02:24Bon, là vous êtes là pourquoi ?
02:26Parce que c'est les 40 ans cette semaine de la mort de Coluche, c'était le 19 juin 1986.
02:30Coluche pourrait-il encore aujourd'hui faire tous ses sketchs ?
02:32C'est ça finalement notre question.
02:34J'ai quand même l'impression que sur scène, il y a une liberté,
02:37c'est le dernier endroit où il y a une liberté,
02:40plus encore qu'à la télévision, qu'à la radio, ou même qu'au cinéma,
02:44que là on peut quasiment tout dire.
02:46Est-ce que je me trompe ou pas ?
02:47Écoutez cet archive de Coluche, lorsque est annoncé sur l'antenne d'Europe 1,
02:53sa mort, c'était il y a 40 ans.
02:55Non, non, je ne crois pas.
02:56Non, non, non.
02:56Non, je ne crois pas.
02:57Non, non, je ne pense pas, non.
02:58C'est une blague, c'est une mauvaise blague.
03:00Non, ce n'est pas vrai.
03:01Vous êtes au courant de la formation de la soirée ?
03:03Non, pas du tout.
03:04Coluche est mort.
03:05Non, ce n'est pas vrai, non.
03:08Certainement pas.
03:09Coluche ?
03:09Non, je ne crois pas, pas du tout.
03:11Bon, c'est tellement amusant que non, pas possible.
03:14C'est vrai ?
03:16Sans blaguer.
03:17Oui, ça m'étonnerait.
03:18Il n'était pas si vieux que ça.
03:20Il est drôle et il est gentil.
03:22Je viens de l'apprendre, oui.
03:24Ça vous fait ta question ?
03:24Oui, parce que c'était un chouette d'enfoiré.
03:27C'est vrai que ça avait été un traumatisme pour les Français.
03:28On se souvient tous d'où on était quand on a appris la mort de Coluche.
03:32Oui, c'est marrant.
03:32Bon, est-ce qu'aujourd'hui, alors ces sketchs, forcément, ils seraient réécrits,
03:37ils seraient différents, bien sûr, mais est-ce qu'un état d'esprit aussi provocateur
03:41peut toujours exister sur scène ?
03:43Alors, sur scène, oui, à condition qu'il ait accès à la scène.
03:45Parce qu'il y a maintenant des villes qui vous refusent en fonction de ce qu'ils pensent de vous.
03:48C'est-à-dire que moi, par exemple, il y a des villes où je n'ai pas le droit
03:51d'aller.
03:51Où on m'a refusé.
03:53Parce que je suis pro-génocidaire, paraît-il.
03:55Parce que j'ai défendu la position des Juifs en France.
03:58Voilà, donc si on a accès à la scène, oui, bien sûr.
04:00Mais je me suis rendu compte, l'année passée, que j'allais en tourner sur des dates où j'avais
04:05la police devant la salle.
04:06Parce que le spectacle avait été menacé par des associations qui disaient
04:09« C'est honteux de recevoir un complice de Netanyahou ».
04:12Je ne savais pas que j'avais autant d'importance.
04:14Mais qui, dans ces cas-là, vous empêche d'être...
04:17C'est le préfet, c'est la mairie, c'est...
04:19Le maire, en fonction de sa croyance politique et sa vertu, décide que non.
04:25Vous n'êtes pas dans la ligne de ce qu'il a envie d'avoir dans sa ville.
04:28Ça arrive.
04:29Dieu merci, ce n'est pas tout le temps.
04:30Mais ça arrive.
04:31Bon, vous êtes là pour parler de Coluche.
04:33Qu'est-ce qui aujourd'hui, 40 ans plus tard, moi j'ai le sentiment qu'il y a de
04:39l'autocensure, par exemple.
04:40Alors qu'elle n'existait pas il y a 40 ans.
04:42Est-ce que c'est vrai ?
04:42Alors, supposément, moi je trouve que c'est pas...
04:46On a le devoir de ne pas s'autocensurer quand on est humoriste.
04:50On n'a qu'un devoir, c'est d'être drôle.
04:51Voilà.
04:52Il y a une petite mode, beaucoup chez les humoristes, dits de gauche, de faire la morale.
04:58Voilà.
04:58Or, il y a une phrase de Molière que j'aime beaucoup, qui disait « Au théâtre, toute morale directe
05:01est à prescrire. »
05:03Voilà.
05:03Et effectivement, si on veut faire passer des messages, il vaut mieux être drôle que d'être moralisateur, ça c
05:07'est chiant.
05:07On ne vient pas à un spectacle pour se prendre une leçon de bien-séance ou de bien-pensance.
05:11En revanche, il y a des types qui vont sur des sujets extrêmement tordus, mais qui s'en sortent très
05:15très bien, parce que c'est drôle.
05:16Quand c'est drôle, il n'y a rien à dire.
05:18C'est... Voilà.
05:19Il m'a fait rire.
05:20Je reconnais le talent.
05:21Je n'aime pas le rire qu'il déclenche chez moi, mais je reconnais qu'il est bon.
05:24Bon, Coluche avait ça.
05:25Mais Coluche, des fois, s'interrogeait lui-même.
05:26Il faisait un sketch qui s'appelait le CRS arabe, où il disait « Je doute parfois de la qualité
05:31des rires dans la salle. »
05:32Bon, mais ça, c'est du génie.
05:33Parce que lui, évidemment, on ne peut pas imaginer que Coluche ait des sentiments...
05:38C'est-à-dire qu'à cette époque-là, et c'est vrai aussi pour Guido, ce qu'on va
05:41entendre dans une seconde,
05:42le second degré n'était pas pris pour du premier degré.
05:46Exactement.
05:46Donc, si vous prenez le second degré pour le premier degré, c'est mort.
05:49C'est-à-dire que l'effet est par terre.
05:51Mais il y avait une plus grande tolérance entre humoristes eux-mêmes et dans les médias.
05:55La preuve, c'est que le Luron-Coluche, qui avait le même producteur, les Dermannes,
05:58l'un était sacrément ancré à droite, l'autre ancré à gauche.
06:01Ça ne les a pas empêchés de se marier et de rire ensemble.
06:03C'est-à-dire qu'ils faisaient une différenciation entre leurs idées politiques et leur métier et leur envie naturelle.
06:10Aujourd'hui, on est comme partout, ce n'est pas à vous que je vais apprendre ça, Pascal, on est
06:13catalogués.
06:14Et à partir du moment où on est catalogués, tout ce qu'on va dire va être retenu contre vous.
06:18Ça, c'est un peu dommage.
06:20Comment vous définissez le travail que vous produisez sur scène ?
06:24C'est compliqué parce qu'en réalité, on doit...
06:28Comme je vous dis, ce qui est très compliqué, c'est l'absolue nécessité d'être drôle.
06:32Donc, quand on teste, quand on est en rodage, vous savez comment ça se passe maintenant.
06:35Ça, c'est une façon de travailler que moi j'ai apprise en découvrant le One Man Show.
06:39Une pièce de théâtre, on la répète pendant un mois, deux mois dans un théâtre avec les acteurs.
06:42Puis quand elle est prête, on la livre au public.
06:43Le One Man Show, quand on a fini d'écrire, on va tester.
06:46Donc, on est face à un public qui a payé un ticket réduit d'une toute petite salle et qui
06:50vient vous écouter.
06:51S'il ne rit pas, ça vous oblige à corriger.
06:54C'est horrible.
06:55Et puis, en plus, il faut attendre deux fois.
06:56Mais j'imagine, quand vous êtes sur scène et que ça ne répond pas, l'inquiétude et le moment de
07:03solitude...
07:04On se calme au premier rire.
07:05C'est-à-dire que le track de l'humoriste, il s'arrête au premier rire.
07:08Dès que ça rit, on se dit...
07:09Mais, en plus, la vanne, il faut la tenter deux fois.
07:12Parce que la première fois, on peut se dire, ou je l'ai mal faite, ou le public n'était
07:14pas réceptif.
07:16Si elle marche une deuxième fois, on se dit ouf.
07:17Si elle ne marche pas, on l'élimine définitivement.
07:19Donc, il faut au moins se prendre deux fours avec la même blague.
07:20Alors, il y a deux types, évidemment, de one-man show.
07:23Il y a le one-man show, moi, que j'aime bien, parce qu'il est de plus en plus
07:26rare, à la Valérie Lemercier.
07:28C'est-à-dire que ce sont des personnages différents qui viennent sur scène.
07:32Oui, des sketchs.
07:34Et des personnages qui sont interprétés.
07:35Et puis, il y a le stand-up, qui est donc un fil continu.
07:38Gad El-Mahler est le maître du stand-up.
07:42Franck Dubosque.
07:43Franck Dubosque, etc.
07:44Alors, Gad, c'est un mélange de société, parfois un peu de politique aussi, à sa manière.
07:49Très peu, bien sûr.
07:49Il évite les sujets qui fâchent, Gad, avec beaucoup de talent.
07:52Mais avec beaucoup de finesse.
07:53Il y a des messages qu'il fait passer, mais qui ne sont pas démonstratifs.
07:56Non, c'est vrai.
07:56Qui sont, bon.
07:57Et c'était ça ma question.
07:58Comment vous définissez, vous, votre particularité ?
08:01Vous diriez que vous êtes un humoriste politique, que c'est du stand-up sociétal ?
08:08Oui, parce que moi, comme j'atteins un grand âge maintenant, j'ai beaucoup accès à ce spectacle-là,
08:13en tout cas sur les années 70-80, et avec le parallèle du monde d'aujourd'hui.
08:18C'est le multiverse, c'est-à-dire qu'il n'y a plus rien en commun avec le monde
08:22qu'on connaît aujourd'hui.
08:23Donc, je reparle des slots.
08:25Je dis, par exemple, que si j'étais féministe, j'ai rentré le slot obligatoire,
08:28parce qu'un mec qui dansait le slot, il savait ce que le nom voulait dire.
08:31Un mec qui a connu le slot, non, il sait ce que ça veut dire.
08:34Donc déjà, si j'étais féministe, je ferais ça.
08:37C'est pas mal.
08:39Plutôt que de...
08:39Alors, ça me permet d'attaquer un peu les féministes,
08:42en disant, par exemple, c'est là où c'est sociétal,
08:44que c'est plus facile de s'en prendre à Harry habitant qu'à la branche armée du Hamas.
08:48Puisque j'ai été saisi par le silence étourdissant des féministes,
08:52après le 7 octobre, ou là récemment, par l'Iran.
08:54Donc je me dis, elle devrait s'occuper de ça, plutôt que d'humoriste innocent,
08:57puisque c'est le cas d'Harry, et d'autres présumés innocents.
09:01Voilà, donc ça permet de dénoncer...
09:04One Man Show, parce qu'il sera à La Cigale le 29 octobre.
09:08Il est...
09:08Alors, est-ce que vous avez fait cette tournée, déjà, dont vous parliez ?
09:12De rodage ?
09:12Ces tests ?
09:13Oui, je l'ai fait.
09:14Et c'est des salles de combien de personnes ?
09:16Alors, souvent, on démarre...
09:17Mais on fait tous la même chose, par des petites salles, qui vont de 50 à 200 places maximum.
09:22Où les gens viennent, mais c'est génial, parce que les gens jouent le jeu, ils savent, hein ?
09:25C'est écrit souvent, en rodage.
09:26Donc les gens viennent, et ils savent qu'ils participent à l'élaboration du spectacle.
09:29Et moi, il m'est arrivé un truc super drôle.
09:31J'ai été... Ma première date de rodage, c'était à Nantes.
09:34Et je défense Hidalgo sur scène, et je ne sais pas que Johanna Roland,
09:38parce que j'ai bien retenu le nom, hein, qui est la maire de Nantes,
09:41c'était la chef de campagne de...
09:43Évidemment.
09:43Voilà, donc inutile de vous dire que j'ai vécu un grand moment de solitude.
09:46Tout le spectacle s'est bien passé, mais quand je suis arrivé à ce moment-là sur Anne Hidalgo...
09:50Parce que ce jour-là, ils étaient...
09:51Elle avait réservé la salle avec ses adjoints.
09:54Donc, c'est-à-dire qu'il ne pouvait pas m'arriver bien.
09:55Elle était dans la salle avec tous ses adjoints.
09:58Et vous étiez chez Mathilde Moreau, dans le théâtre de Mac ?
10:01Exactement.
10:01Mais je connais ce théâtre.
10:03Voilà.
10:03Et donc là, ce jour-là, comment vous dire, en température ressentie,
10:07il faisait moins 45 sur scène.
10:08Elle n'est pas très drôle, de toute façon, Jean-Denis Roland.
10:10Et puis, la ville a quand même été beaucoup souffert.
10:12Voilà, donc il arrive des accidents comme ça très drôles.
10:15Europe 1, le meilleur de Pascal Praud et vous.
10:18Tout l'été, de 16h à 18h sur Europe 1, le meilleur de Pascal Praud et vous.
10:23Suite F1, dans un instant, avec toujours le comédien Philippe Lelouch.
Commentaires