Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 jours
Michel Fayad, analyste politique et géopolitique, évoque l'Arabie saoudite. «Le changement d'image de l'Arabie saoudite est spectaculaire», souligne-t-il.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Elle vend surtout des canons et elle espère ne jamais avoir à choisir entre ces canons et ces principes, ces
00:05contrats et ces principes.
00:06Depuis des années, l'Arabie Saoudite est l'un des meilleurs clients du complexe militaire industriel français.
00:11Donc il y a eu des canons César, des missiles, des systèmes électroniques, des navires de guerre.
00:16Entre 2015 et 2022, figurez-vous, la France a livré pour plus de 21 milliards d'euros de matériel de
00:21guerre à l'Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis,
00:24dans une région où ces équipements ont été utilisés, notamment lors de la guerre au Yémen.
00:27Et d'ailleurs, à chaque signature de contrat qu'on faisait, on demandait à nos dirigeants, est-ce que ces
00:36armes vont partir pour ce conflit ?
00:38Et puis il y a eu les fameux Yémen Papers qui ont été publiés par le média Disclose,
00:43dans lesquels on a prouvé que le matériel français a été utilisé lors de cette guerre au Yémen.
00:49Vous savez, c'est le plus grand, avec le Soudan, c'est le pire cas de famine au monde.
00:54La pire crise humanitaire selon l'ONU.
00:57Et la réponse de l'État, elle, ne varie pas.
00:59Secrets défenses, conduite de la politique étrangère, on peut entendre la logique, mais savourez le grand écart.
01:05Nous expliquons au monde que la politique étrangère doit respecter nos valeurs.
01:09Et puis, dès qu'un gros contrat pointe, nous expliquons que cette même politique étrangère nous interdit de regarder les
01:16détails.
01:16C'est très commode.
01:17Puis maintenant, il y a le Rafale.
01:19Un éventuel contrat saoudien serait une excellente nouvelle pour Dassault et les sous-traitants.
01:24N'ayons pas peur de le dire.
01:27Mais il ne faut pas se raconter non plus des histoires sur la générosité du prince,
01:32puisque l'Arabie saoudite ne fait pas de cadeau.
01:35Elle met toutes les grandes puissances en rivalité, en compétition.
01:38Donc les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Turquie même.
01:41Et puis, elle choisit celui qui est le mieux pour son intérêt.
01:45Et donc, on ne peut pas parler d'une France naïve avec un prince saoudien cynique.
01:49Je pense qu'on peut dire que les deux pays ont leurs propres intérêts.
01:52Mais toute la question est de savoir jusqu'où chacun ira.
01:55Donc, il y a plus profond que les Rafales, car l'Arabie saoudite n'a pas seulement exporté du pétrole.
02:00Elle a aussi exporté une certaine vision du monde.
02:02Et là, vous faites référence, Michel, au wahhabisme.
02:05MBS, Mohamed Ben Salman assure justement avoir tourné la page.
02:08Mais qu'est-ce qui reste alors de l'ancien modèle saoudien ?
02:12Il reste l'héritage.
02:13Et vous savez, un héritage ne disparaît pas parce qu'on repeint la façade.
02:18Pendant des décennies, la puissance financière de Riyad a diffusé à travers le monde une lecture rigoriste de l'islam.
02:25Conservateur, des mosquées, des centres culturels, des ouvrages, des bourses, même en France, d'étudiants, des institutions.
02:31Et en France, on a eu donc, par exemple, la Grande Mosquée de Lyon, celle d'Evry et plusieurs centres
02:36culturels islamiques.
02:37L'argent et l'influence venue du Golfe ont contribué à structurer une partie de l'islam de France.
02:42Mais restons honnêtes, cependant, il ne faut pas se raconter de fables.
02:46Tout musulman pratiquant n'est évidemment pas un wahhabite, loin s'en faut.
02:50Et tout ce qui s'est développé ici ne vient pas de Riyad.
02:53Mais nier l'empreinte saoudienne de ces décennies serait tout aussi malhonnête.
02:57On a longtemps financé un écosystème religieux en France et culturel.
03:01Et l'empreinte saoudienne est bien réelle.
03:04MBS, lui, a compris ou considéré que le vieux pacte entre le pouvoir en place en Arabie saoudite et le
03:10pouvoir religieux
03:11était aussi devenu une contrainte pour le pouvoir saoudien lui-même, donc pour lui personnellement.
03:16Alors, il a repris la main du religieux.
03:18Il a mis l'éclair au pas.
03:20Il a ouvert les salles de cinéma.
03:22Il a autorisé les femmes à conduire.
03:24Et puis, il a essayé de transformer le royaume d'Arabie saoudite en un grand royaume de divertissement,
03:31puisqu'il y a un Dragon Ball qui va s'ouvrir aussi en Arabie.
03:35Donc, ce n'est plus l'Arabie qui veut imposer sa doctrine, c'est l'Arabie qui veut imposer son
03:39image.
03:40Et regardez Paris.
03:41Hier, MBS rimait avec Khashoggi.
03:44Aujourd'hui, c'est avec l'e-sport, c'est l'intelligence artificielle, c'est Dragon Ball.
03:49Donc, le changement d'image est vraiment spectaculaire.
03:52Sauf qu'une image n'est pas une constitution.
03:54Comme on l'a dit, le royaume demeure une monarchie absolue adossée au Coran et à la Sunna.
03:59Et MBS a modernisé ce décor.
04:02Mais reste à savoir ce qu'il compte faire de la maison.
04:04Parce que lui, comme Emmanuel Macron, par exemple, soutient le nouveau pouvoir syrien,
04:09qui est dirigé par un terroriste islamiste, Joulani,
04:11qui est un proxy-turc et qui a un véritable danger, tant pour Israël que pour le Liban.
04:16Et c'est là que les dernières semaines deviennent particulièrement intéressantes.
04:19Parce que, puisqu'il est reçu à Paris, l'Arabie saoudite est en train de redessiner ses alliances.
04:25Et là, on en arrive.
Commentaires

Recommandations