00:00Mais Chloé Morin, quand je parle d'épaisseur, Jean-Luc Mélenchon il convoque un imaginaire.
00:06D'ailleurs il assume lui une bataille culturelle, il veut l'hégémonie culturelle pour sa nouvelle France.
00:12Est-ce qu'il a tout compris, une manière de faire de la politique quoi qu'on en pense,
00:15c'est-à-dire conquérir les imaginaires et les représentations ?
00:19Oui, il utilise pour ça les outils qui sont ceux du combat politique aujourd'hui,
00:23qui sont essentiellement les réseaux sociaux.
00:24Il a parfaitement compris la logique des réseaux sociaux,
00:26qui est une logique émotionnelle, qui est une logique de la mise en scène de soi,
00:30y compris dans des scènes qui peuvent paraître anecdotiques.
00:34Et de ce point de vue-là, Marine Le Pen, alors c'est plutôt Jordan Bardella qui fait ça,
00:38mais au RN on sait faire ça aussi.
00:40Et la logique des réseaux sociaux est une logique de polarisation,
00:43et une logique qui ne favorise pas les candidats de la nuance, de la complexité,
00:48les candidats qui viennent vous expliquer que c'est assez compliqué de gouverner
00:52et qu'on ne peut pas raser gratis.
00:54Donc finalement, l'un et l'autre sont servis par le paysage médiatique tel qu'il existe aujourd'hui.
01:00Et moi ce qui me frappe, c'est que c'est la prime au caractère,
01:03mais c'est aussi la prime au hors-système.
01:05C'est tout ça, c'est, enfin, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen,
01:09ce sont deux voies de la colère contre les élites.
01:12Encore la colère ?
01:13Oui, bien sûr, contre les élites,
01:15contre la manière dont le pays a été gouverné depuis 40-50 ans,
01:19enfin on peut remonter jusqu'où vous voulez,
01:21mais pour moi c'est essentiellement ça.
01:23Ça ne veut pas dire que cette colère,
01:25il n'y a pas derrière une adhésion à des propositions.
01:27Il y a des valeurs très différentes dans les deux électorats.
01:31Il y a d'un côté une demande de justice,
01:33notamment fiscale, sociale.
01:35De l'autre côté, il y a une demande de régulation très très drastique de l'immigration.
01:39Donc les électorats sont très différents.
01:40Mais derrière, il y a la colère.
01:41Il y a la volonté de retrouver, de redonner à la politique
01:43la capacité à changer les choses.