00:00C'est l'édito politique, Patrick Cohen, au départ de votre réflexion ce matin,
00:04une phrase de Jean-Luc Mélenchon qui a marqué dans son discours de dimanche
00:08« À la présidentielle, dit-il, ce qui compte et ce qui est important,
00:13ce n'est pas le nombre de candidatures, c'est le nombre d'électeurs ».
00:16Formule qui fonctionne comme une évidence, un raisonnement frappé au coin du bon sens,
00:20comme on dit à droite.
00:21Au premier tour, on ne compte pas les piles de bulletins, mais les voix de chaque candidat.
00:25Mélenchon enjoint les militants insoumis de faire campagne,
00:28d'aller chercher les électeurs, de chasser les abstentionnistes,
00:31et ensuite, que le meilleur gagne.
00:33Le leader de LFI parle comme celui qui pense avoir déjà plié le match,
00:37déjà en position de force à gauche, et apparemment indifférent à la pléthore de concurrents.
00:42Mais…
00:42Eh bien forcément, il y a un « mais ».
00:44Oui, sinon, il n'y aura pas de chronique.
00:45Mais, depuis 2002, depuis l'échec de Lionel Jospin lors d'une présidentielle
00:51où les voix de gauche se sont dispersées entre 5 candidats,
00:54et même 8 en comptant les 3 trotskistes,
00:56chacun sait que le nombre de candidatures et le nombre d'électeurs
00:59ne sont pas des variables indépendantes,
01:02et que le vote utile a ses limites.
01:04D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon s'en était plaint en 2022,
01:07quand au lendemain du premier tour,
01:08ses lieutenants avaient reproché au communiste Fabien Roussel
01:11de l'avoir privé des 400 000 voix qui lui auraient permis d'accéder au second tour.
01:16Manuel Bompard, le 12 avril 2022.
01:18Quand vous êtes en campagne depuis 18 mois avec l'objectif de qualifier votre candidat au deuxième tour
01:23et que vous avez l'impression que ça se joue à un cheveu
01:26et que ce cheveu, pour partie, il s'appelle Fabien Roussel,
01:29bah oui, forcément, on est déçu.
01:30Le cheveu Roussel qui aurait fait trébucher Mélenchon.
01:33Son second de l'époque, Adrien Quatennens,
01:35usé au même moment sur France Inter d'une autre métaphore,
01:38il nous a manqué un poil de fesse.
01:40Alors pourquoi Mélenchon fait-il semblant de dédramatiser
01:42ce qu'il a fait perdre la dernière fois ?
01:44Pour esquiver la question qui fâche, l'incapacité du leader insoumis à rassembler la gauche,
01:49à dépasser la peur ou la détestation qu'il inspire à une bonne partie des électeurs
01:53et qui sont facteurs de la dispersion qu'ils déplorent.
01:56Pour refermer aussi toute perspective de discussion sur le programme,
02:00ce que réclament pourtant une partie des écologistes,
02:02Jean-Luc Mélenchon leur signifie que le temps n'est pas à négocier mais à se rallier,
02:07nous renvoyons chacun à sa conscience, dit-il,
02:09en pensant très fort à la candidature de Marine Tondelier,
02:12le ralliement ou rien.
02:13En réalité, et le leader insoumis le sait parfaitement,
02:16l'offre électorale est bel et bien déterminante dans une présidentielle,
02:20dans cette configuration aussi volatile qu'incertaine,
02:23même si les intentions de vote Mélenchon de premier tour
02:26n'ont jamais été aussi hautes si loin de l'élection,
02:29l'ordre d'arrivée et la photo du second tour peuvent dépendre
02:32d'une seule candidature de trop, même marginale,
02:35même réduite à un cheveu ou à un poil, aux fesses.
02:37De fesses, voilà. Merci Patrick Cohen.