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  • il y a 2 mois
Écoutez le débat entre Alain Dequeker, producteur de pomme de terre dans les Hauts-de-France, Hugues Beyler, directeur agriculture et filières de la Fédération du Commerce et de la Distribution, et Nathan Bocard, journaliste économie et environnement de RTL.

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Transcription
00:00C'est sûrement la plante qui souffre le plus. Elle roussit.
00:04Ça fait mal au ventre. Mais là, c'est quand même jeune depuis maintenant bientôt deux mois.
00:07Il n'a toujours pas plu. Et on ne sait pas comment vont réagir les prairies à la pluie.
00:11Est-ce que ça repoussera ? Est-ce qu'il faudra tout ressemer ?
00:14Alors moi, j'ai 81 ans. Je n'ai jamais vu de telle chaleur.
00:17Pas du 38 degrés comme on a eu. Pour bien faire, il faudrait qu'il y ait de l'arrosage
00:21à l'avenir.
00:21Il y a déjà de la perte d'exposition. Ça ne peut pas être rattrapé.
00:24Le soleil brûle les pommes. Donc les pommes ont des coups de soleil comme nous.
00:28Les arbres souffrent. Là, on commence à se poser des questions sur qu'est-ce qu'on va récolter.
00:33Vous avez peut-être constaté que certains fruits et légumes avaient une petite mine sur les étals.
00:38Trop petits ou carrément moches et chers de surcroît.
00:41C'est la conséquence des canicules et de la sécheresse qui frappe la France.
00:45La pomme de terre pourrait même subir une crise historique.
00:48Va-t-on manquer de légumes cet automne ?
00:51C'est la question à laquelle on va tenter de répondre dans la preuve par trois, notre nouveau rendez-vous.
00:55Une question, trois interlocuteurs pour vous répondre. Spécialiste, témoin et journaliste.
01:00Bonsoir Nathan Bocard.
01:01Bonsoir.
01:01Vous êtes journaliste au service économie et transition écologique.
01:04D'abord, quels sont les légumes, les fruits qui souffrent le plus de la sécheresse ?
01:09Beaucoup d'entre eux sont durement touchés.
01:11Côté légumes, les carottes, les poireaux, les salades sont en première ligne.
01:15Entre autres, les pommes de terre ont vu leur rendement chuter de 23%, presque un quart.
01:19Les courgettes de 35% chez les maraîchers de Prince de Bretagne.
01:23Côté fruits, on peut citer les tomates, les fraises, les melons en fait.
01:27Il faut savoir que ça concerne à la fois les fruits en champ et les cultures sous serre.
01:31Donc la plupart des fruits et légumes cultivés l'été souffrent de la sécheresse.
01:35Et certains sont plus petits donc ?
01:36Oui, vous avez sûrement dû le remarquer sur les étals.
01:39Des carottes, des pommes de terre qui sont bien plus petites que d'habitude.
01:42C'est assez basique.
01:43Moins une plante à dos, moins elle peut assurer une croissance normale.
01:47Certaines salades, par exemple, perdent un tiers de leur poids sous l'effet de la sécheresse.
01:51Donc les rendements sont en chute libre, on imagine ?
01:53Ils sont en baisse parfois très forte.
01:55Parce qu'il n'y a pas que le problème de la taille.
01:56Il y a des produits qui sont endommagés, qui peuvent être brûlés par le soleil par exemple,
02:00qui sont de moins bonne qualité parce qu'asséchés.
02:03Et d'autres enfin qui ne sont pas récoltés du tout.
02:06Donc selon les produits et les zones, on a des rendements qui baissent de quelques pourcents à 100%.
02:11Il y a des récoltes qui sont totalement gâchées ?
02:14Ça peut exister localement.
02:16C'est le cas notamment dans l'Ouest, où certains maraîchers n'ont tout simplement pas l'habitude d'irriguer
02:21leur culture.
02:22En Bretagne, par exemple, des producteurs d'artichauts et de choux-fleurs ont subi des pertes de 100% sur
02:28certaines parcelles qui n'étaient pas irriguées.
02:30C'est-à-dire aucun légume à récolter.
02:32Et ça, c'est tout à fait exceptionnel ?
02:35Alors cette sécheresse, l'est, oui, le mois de juillet était le troisième mois le moins arrosé depuis 1959.
02:42Donc moins de précipitations et moins d'eau disponible pour l'irrigation.
02:46C'est aussi le mois le plus chaud jamais enregistré en France au mois d'août.
02:50Donc ce mois-ci, 77% du territoire est concerné par la sécheresse.
02:54Avec ce constat de Météo France, les sols sont plus secs qu'en 2022 qui était la dernière grande sécheresse
03:00en France.
03:01Et conséquence, on imagine que les prix ont flambé ?
03:04Alors oui, ils ont commencé à grimper en juillet.
03:07Bien sûr, l'été n'est pas fini.
03:09Par exemple, le prix des tomates, des courgettes et des aubergines a augmenté de 13% le mois dernier.
03:15Pour les salades, pour les endives, c'est plus 8%.
03:18Et tout ça en sachant que ces prix avaient, pour la plupart, déjà augmenté les mois précédents.
03:23Est-ce que la situation peut encore s'arranger pour certaines cultures ?
03:26On voit qu'il y a des pluies, même si ce sont des pluies violentes, des orages.
03:30Alors s'arranger, c'est difficile à dire puisque vous l'avez un peu sous-entendu.
03:32Ça va dépendre des conditions météo aussi des semaines à venir.
03:35Il y a encore des produits qui sont récoltés plus tard, dont on ne connaît pas encore la quantité de
03:40pertes.
03:40D'autres, par exemple le maïs, on sait que ça va être forcément compliqué à l'automne.
03:44En tout cas, l'interprofession des fruits et légumes se veut plutôt rassurante.
03:48Elle affirme qu'il n'y aura a priori pas de pénurie.
03:51En revanche, il y aura des pertes financières importantes pour les producteurs.
03:53Alors on va entendre justement un producteur de pommes de terre qui se trouve dans les Hauts-de-France.
03:58Alain De Kéquer, bonsoir.
04:00Bonsoir.
04:01Est-ce que vous pouvez nous décrire ce qu'il se passe dans vos champs ?
04:06Alors, ce qui se passe dans nos champs, c'est qu'il faut savoir que cette année,
04:10on a eu d'abord, vous venez de le dire, une pluviométrie extrêmement faible durant l'été.
04:17Et on a eu cinq épisodes caniculaires.
04:22Et donc, l'ensemble des deux fait qu'on a une production qui est en baisse cette année de 23%.
04:28Alors, ce n'est pas les rendements qui sont en baisse de 23%,
04:31mais la production qui est en baisse de 23%,
04:35avec des différences très significatives selon que les pommes de terre ont été irriguées
04:42ou que les pommes de terre n'ont pas été irriguées.
04:46Chez nous, on a des pommes de terre qui sont sur irrigation.
04:49On a 60% de la production qui n'est pas irriguée.
04:53Et là, on a des différences très significatives de rendement entre les deux.
04:59Comment on récolte les pommes de terre ?
05:03Comment on récolte les pommes de terre ?
05:04C'est la surprise, en fait, quand vous les récoltez.
05:07Elles sont petites ? Comment ça se passe ?
05:09Alors, chez nous, la récolte n'a pas encore commencé.
05:11Elle va débuter dans quelques semaines,
05:13étant donné que nous, c'est de la pomme de terre de conservation.
05:16Ce n'est pas de la pomme de terre qui est faite pour alimenter le marché directement.
05:20C'est de la pomme de terre qu'on va récolter à partir du 15 septembre à peu près
05:25et qu'on va mettre dans les stockages pour alimenter le marché
05:29et les industriels tout le long de la campagne,
05:34sachant qu'une industrie tourne 11 mois sur 12
05:37et donc a besoin des pommes de terre du mois d'août au mois de juillet
05:43ou au mois de juin l'année suivante.
05:46Est-ce qu'il peut y avoir des conséquences de cette sécheresse
05:50et de ces intempéries sur le goût des pommes de terre ?
05:55Non. Non, non, non. La pomme de terre sera toujours aussi goûteuse,
06:00toujours aussi savoureuse.
06:04La seule différence, ça sera surtout autour du calibre.
06:08On sera sur des calibres plus petits.
06:11Alors, ça veut dire que, et ça vous en avez parlé,
06:14que sur les étals, on va avoir des pommes de terre d'un calibre plus petit.
06:19Mais pour la pomme de terre destinée à l'industrie,
06:25on aura par voie de conséquence certainement des frites plus courtes
06:30mais toujours aussi savoureuses.
06:32Ça n'a pas d'effet sur la qualité à tra sec de la pomme de terre.
06:37Mais ce n'est pas plus difficile à vendre des frites plus courtes
06:40aux industriels de l'agroalimentaire ?
06:43Disons que c'est en ça qu'il faudra que sur l'ensemble de la chaîne de valeur
06:49les conditions d'acceptation soient revues
06:53parce qu'il ne faut perdre, avec une récolte qui est plus faible,
06:57il ne faut perdre aucune pomme de terre.
06:59La pomme de terre qui est plus petite devra être valorisée.
07:03C'est vrai qu'aujourd'hui, il faudra une adaptation des cahiers des charges
07:07par rapport à ça et il faudra une adaptation des cahiers des charges
07:10sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
07:13Aujourd'hui, dans les restaurants, il faudra accepter d'avoir des frites
07:17un peu plus courtes qui pour autant seront tout autant goûteuses.
07:23Il faut que tout le monde montre qu'il est compréhensif
07:25et fasse preuve d'une adaptation de sens des réalités.
07:29On va donner la parole à ceux qui vendent les légumes, les pommes de terre, les chips.
07:32Bonsoir Hugues Bélair, vous êtes directeur agriculture et filière
07:37de la Fédération du Commerce et de la Distribution.
07:40Bonsoir.
07:41Bonsoir.
07:42Vous achetez des pommes de terre trop petites aujourd'hui, des mini-carottes.
07:45Vous êtes moins regardant que d'habitude sur leur format ?
07:48Alors, pommes de terre, je ne sais pas si c'est le bon exemple.
07:50Monsieur l'a dit, on n'est pas encore en pleine campagne.
07:53Mais ce qui est vrai, c'est que ce maillon indispensable,
07:57la France, l'agriculture française, elle a vraiment été sous tension
08:00de façon incroyable depuis le mois de mai.
08:03Le prédécesseur parlait de cinq canicules.
08:06Donc là, on a eu des effets concrets sur le maraîchage.
08:09Donc, par rapport à votre question, oui, il y a eu des adaptations au niveau des enseignes.
08:13Chacune a essayé de faire le maximum pour pouvoir quand même justement valoriser les produits
08:18sur des problèmes de calibre, sur des problèmes parfois de forme
08:21ou sur des problèmes également sanitaires, sur des poireaux.
08:27On a allégé, on a été bienveillant sur la partie des cahiers des charges
08:31pour, encore une fois, pouvoir valoriser les quantités qui arrivaient à maturité
08:36et qu'il fallait pouvoir vendre à des consommateurs
08:39qui ne sont pas toujours habitués à ce type de produit.
08:41Mais ça fait partie, je pense, de l'accompagnement du changement climatique
08:45où il faut aussi que tout ce rôle-là, on l'ait au niveau de la pédagogie.
08:50Nathan Bocart le disait, il y a des prix qui augmentent.
08:52Ça va devenir plus que jamais un luxe d'acheter des légumes, ce que les clients vont suivre ?
08:58Alors, sur le prix, les fruits et les légumes, c'est un secteur où, effectivement, c'est l'offre et
09:02la demande.
09:03Nous, on tient vraiment à, encore une fois, accompagner le maillon de l'agriculture.
09:08Nous, on a des consommateurs qui demandent de l'origine France.
09:13Donc, il faut qu'on ait ces produits-là, il faut qu'on ait les producteurs
09:16qui passent ces périodes difficiles.
09:18Donc, quand l'île augmente parce qu'il y a moins de production, on accompagne.
09:23On essaye de trouver des prix qui restent en accessibilité pour le consommateur.
09:29Et donc, on joue l'origine France pour, encore une fois, passer ce cap particulièrement difficile
09:36et qui pourrait se reproduire à l'avenir.
09:38Donc, sur lequel, il faut qu'on travaille, justement, avec les différentes filières.
09:42Vous avez parlé d'Interfel. Il faut qu'on trouve des solutions pour l'avenir.
09:45Mais est-ce que vous risquez de manquer de légumes ?
09:48Est-ce qu'il faudra compenser, peut-être, en achetant ailleurs,
09:51à d'autres fournisseurs que les fournisseurs français avec lesquels vous travaillez ?
09:55On n'en est pas à ce stade-là.
09:56Ça a été dit juste avant.
09:58Je partage le fait qu'on n'est pas en pénurie.
10:00Donc, on en a moins.
10:01Ce qui fait, effectivement, les prix peuvent être plus chers.
10:03Et on n'est pas au stade où il faut substituer, justement, la production française.
10:07On a toute la gamme.
10:09Il y a des produits qui sont également apportés.
10:12De toute façon, vous avez tous les lagrumes, etc., qui sont dans nos rayons aujourd'hui.
10:16Le rayon fruits et légumes, c'est quand même extrêmement important en cette période d'été.
10:21Donc, on travaille sur ces questions-là.
10:22Mais, encore une fois, on n'est pas sur la pénurie.
10:24Et il faut qu'on soutienne la partie agricole et la production
10:28pour qu'encore une fois, on soit tous autour de la table l'année prochaine encore.
10:33Mais, hélas, les canicules qu'on a vécues aujourd'hui, on risque de les connaître de nouveau dans les prochaines
10:39années.
10:39Est-ce qu'il y a des légumes ou des fruits qui vont disparaître
10:42et d'autres qui vont faire leur apparition dans les rayons
10:44parce qu'ils résistent mieux au réchauffement ?
10:47Alors, ça, on y travaille également avec l'interprofession.
10:49Mais, je pense que ce qui a été déjà souligné à nombreuses reprises,
10:53c'est déjà d'abord retrouver une gestion de l'eau.
10:56Je crois que le projet de loi qui a été voté et mis en place par le gouvernement
11:04apporte certainement des espoirs pour avoir une gestion de l'eau.
11:07Ce ne sera pas peut-être partout et tout de suite.
11:09Mais, on a cette gestion de l'eau à avoir
11:11et ça permettra probablement de maintenir nos productions traditionnelles
11:17dans les régions qui ont été touchées de façon un peu inattendue cette année,
11:21notamment sur la partie bretonne.
11:23Nathan Bocca, est-ce qu'il y a une réflexion
11:25pour faire évoluer totalement notre production et nos cultures ?
11:29Oui, puisque, comme vient de le dire notre invité,
11:31il y aura une réflexion à avoir sur l'eau et la manière de la partager.
11:34Quoi qu'il en soit, les canicules, les sécheresses vont se multiplier.
11:36Donc, l'une des pistes de réflexion à avoir,
11:39c'est en effet peut-être de changer certaines cultures de zone.
11:43Par exemple, des plantes qui sont très gourmandes en eau
11:45devront aller dans des régions qui sont moins soumises aux sécheresses.
11:48D'autres cultures vont se développer aussi,
11:50des cultures qui sont plus adaptées à ces changements climatiques.
11:52On parle de céréales comme le sorgho,
11:55on parle de légumineuses comme les pois chiches,
11:57de chanvre, de soja.
11:58Mais tout ça, c'est une réflexion profonde et concertée
12:01parce que ça ne se fait pas du jour au lendemain.
12:03Il faut d'abord s'assurer qu'il y aura des débouchés.
12:05Il faut former les agriculteurs,
12:07il faut les accompagner dans cette transition.
12:08Et donc, il faut construire intégralement de nouvelles filières
12:11qui aujourd'hui sont presque inexistantes.
12:13Mais en attendant, si j'ai bien compris,
12:15c'est plutôt rassurant, on ne va pas manquer de légumes.
12:18Pour l'instant.
12:19Même si on risque de devoir faire des choix
12:21puisque les prix devraient augmenter.
12:23Merci beaucoup à tous les trois
12:26d'avoir répondu à la preuve par trois.

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