00:00Les femmes sans-abri sont moins visibles dans l'espace public.
00:02En état de veille permanent, elles se cachent de la violence des hommes.
00:05On a subi des traumatismes, il y a des choses qu'on ne peut pas raconter.
00:09Dans un rapport du Sénat daté de 2024, on lit qu'au bout d'un an passé à la rue,
00:14100% des femmes ont subi un viol.
00:16Dans le 11e arrondissement de Paris, une antenne du SAMU social accueille celles qui n'ont pas de toit.
00:20Marie-Claire a poussé les portes de ce lieu bien nommé, l'Oasis.
00:24On accueille les dames qui n'ont pas de solution d'hébergement,
00:27qui ne savent pas où aller la journée, veulent se sentir en sécurité, entendues.
00:31Nadia a passé la majeure partie de sa vie en kabylie algérienne.
00:34Malade d'un cancer du sang, elle étouffe sous le poids des traditions familiales qui l'empêchent d'en parler.
00:39Un jour, elle quitte tout pour l'Europe.
00:41Sans papier, elle se retrouve à la rue.
00:42Moi, je suis venue en 2025.
00:44Quand on vient ici à Oasis, on sent, dans l'accueil que les professionnels nous accordent,
00:51une atmosphère de familiarité, de chaleur, de sérénité, de sécurité.
00:56Il manque juste le travail pour pouvoir gagner le peu d'argent qu'on peut gagner.
01:01La grosse majorité des dames qui sont orientées ici, c'est entre elles, du bouche à oreille.
01:06Elles disent, viens à l'Oasis, viens à l'Oasis.
01:08C'est elles qui font l'Oasis aussi, donc l'entraide qu'elles ont, les liens d'amitié, ça, ça
01:13joue énormément.
01:14On sait tricoter, on sait crocheter, on sait faire la couture, on sait faire la cuisine, on sait tout, tout,
01:20tout faire.
01:20Même le bricolage, on le fait encore.
01:23C'est comme si on rendait un minimum de service pour cette France qui nous a tendu les mains.
01:29Des mains tendues, Nadia en a saisi deux, ou plutôt quatre, un soir de décembre.
01:33Alors qu'elle vient d'être mise à la porte en état d'urgence cardiaque,
01:36elle est victime d'une tentative de viol collectif.
01:39Il y avait deux vieilles, je n'oublierai jamais ces vieilles.
01:42C'était elles qui m'en souvient.
01:44C'était deux vieilles, mais elles étaient vraiment couruaces, de véritables françaises.
01:49Et après, elles sont parties, je suis restée avec elles jusqu'au matin.
01:52Et là, j'ai commencé à écrire.
01:54Allô, allô, écoutez-moi s'il vous plaît.
01:57Allô, please, ne me laissez pas tomber.
02:00On a clairement besoin de moyens de l'État,
02:03parce qu'ici, on n'est que financé par les dons, soit de mécènes, de particuliers, du SAMU.
02:08Là, on aimerait être financé en termes par l'Adril ou l'Amérique Paris.
02:12C'est un petit chez-soi qui nous rend heureuses, qui nous remonte le moral.
02:18Et entre femmes, quand on reste comme ça à discuter et tout, on oublie un peu nos soucis.