00:00Vous l'avez peut-être écouté, c'était long, trois heures d'échange, mais de très très grande tenue.
00:05Hier, les sept principaux candidats ont répondu au patron du MEDEF.
00:09Bonjour Julie Neuville, vous êtes la présidente de Materu, c'est une entreprise de béton.
00:15Vous avez 20 salariés et vous faites partie de ces chefs d'entreprise qui ont interrogé directement les sept candidats.
00:22Qu'en avez-vous retenu ?
00:25C'est un début, c'est un lancement de campagne.
00:30Ce qu'on attendait en tant que chef d'entreprise et particulièrement pour ma part, c'était des chiffres concrets,
00:38des propositions de réformes, de lois, de simplification, de règlements très pragmatiques.
00:43Vous en attendiez ça, l'avez-vous eu ?
00:46Alors très peu, très peu, de façon assez inégale.
00:52Moi c'est vrai que je dirige une entreprise qui produit du ciment bas carbone, c'est très concret,
00:58c'est une usine dans l'industrie lourde, on est nativement bas carbone,
01:05donc on est dans la décarbonation et j'attendais des réponses très précises sur ces sujets.
01:09Sur industrie, écologie, respect ?
01:12Exactement, sur compétitivité.
01:15Aujourd'hui, quand on produit comme nous un produit qui est totalement substituable et au même prix,
01:21qu'est-ce qui se passe pour nous dans l'industrie française ?
01:23Comment on fait pour implanter des usines ? Aujourd'hui, on déploie 10 usines en France et en Europe.
01:28Pour moi, la question, c'était pourquoi je ne l'implante pas dans un autre pays européen plutôt qu'en
01:33France ?
01:33Et je n'ai pas eu de réponse claire.
01:34Là-dessus, vous n'avez pas eu de réponse ?
01:37Il y a quand même des clivages qui sont apparus, moi je trouve, de façon assez forte.
01:43On a eu les clivages sur les retraites, par exemple.
01:47Clivages sur les droits de succession, c'est-à-dire entre ceux qui disent il faut plus, il faut moins.
01:50Et puis alors, j'ai été surpris de voir même des clivages, par exemple, sur la simplification.
01:54C'est-à-dire qu'il y a quelques candidats...
01:56Ça veut dire que tout le monde n'est pas pour la simplification ?
01:57Il y a des candidats comme Jean-Luc Mélenchon qui ont dit, attendez, les normes c'est indispensable.
02:01Il y a Edouard Philippe qui a dit, attendez, les normes, au départ, il y a quand même des gens
02:04qui les réclament.
02:05Donc, voilà.
02:06Et donc, finalement, moi j'ai trouvé...
02:08Et puis, il y a Bruno Retailleau, écoutez ce qu'il disait justement sur les normes.
02:11Pas de surtransposition européenne et j'assume de modifier la constitution pour supprimer le principe de précaution.
02:17Je veux qu'on soit dans une société qui entreprenne, qui prenne des initiatives.
02:22Est-ce que ce point-là vous a convaincu ?
02:25Oui et non.
02:26Je pense que de parler de façon très générale à l'ensemble des chefs d'entreprise sur l'ensemble de
02:32l'économie
02:33ne répond pas aux enjeux pragmatiques et concrets que nous avons dans nos filières.
02:38Sur la question de l'Europe aussi, il y a eu cette déclaration de Jean-Luc Mélenchon qui dit
02:44nous désobéirons à l'Union européenne lorsque ça va à l'encontre de ce qu'ont décidé ou choisi les
02:51Français.
02:52Du point de vue démocratique, pour le coup, ça s'entend ?
02:54Oui, ce n'est pas une mauvaise idée.
02:56Bon, après, ce qu'oublie un peu Jean-Luc Mélenchon, c'est que l'Union européenne permet aussi à la
02:58France de gagner énormément d'argent.
03:00Donc là aussi, il y a une part de déni du réel.
03:02Mais moi, je voulais parler avec vous d'un moment qui m'a beaucoup frappé et je trouvais que ça
03:05planait sur les débats.
03:06C'est donc quand Jean-Luc Mélenchon a proposé d'augmenter les salaires.
03:09En l'occurrence, il parlait du SMIC, mais les salaires en général.
03:11Et il y a eu spontanément une explosion de rire dans la salle.
03:14Vous savez quoi ? On va l'écouter justement, Jean-Luc Mélenchon face au patron.
03:16Les salaires, très très bien, il faut les augmenter.
03:19Il faut augmenter le SMIC.
03:21Il faut augmenter le SMIC.
03:22Si vous n'augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps parce que vous aurez la récession.
03:28Alors vous rirez jaune si vous ne partagez pas davantage.
03:32On a l'impression que c'est un one-man show.
03:34Alors pourquoi est-ce que c'est si drôle ?
03:36Je comprends très bien que les patrons aient beaucoup de mal à augmenter les salaires et qu'ils n'aient
03:39pas l'argent pour le faire.
03:40Ça, on sait qu'il y a des charges lourdes sur les salaires, je le conçois.
03:42Mais il faut aussi voir que les salariés en France sont très mal payés et ça s'est relevé dans
03:47toute l'Europe.
03:48Comment est-ce que ces deux mondes, celui des patrons et celui des salariés, peuvent encore se parler
03:52alors que les deux apparemment ont des intérêts contradictoires, mais en même temps qui pourraient converger ?
03:57Vous n'avez pas un peu honte de ce moment-là, en vrai ?
03:59Si on est tout à fait honnête, vous en tant que patron.
04:03Je ne sais pas quoi en penser.
04:04C'est encore très à chaud.
04:05C'était hier soir, on était dedans et pas extérieur.
04:08Que spontanément, quand un homme politique vous dit qu'il faut augmenter les salaires, la salle des patrons ricane.
04:15Honnêtement, est-ce que vous trouvez que ça a l'auteur ?
04:16Augmenter les salaires, qu'est-ce que ça veut dire ? Quel est le niveau de charge qu'il y
04:19a derrière ?
04:19Et aujourd'hui, en tout cas, ce que moi, je peux vous retranscrire comme message, c'est qu'en tant
04:26que chef d'entreprise,
04:27je ne suis pas contre mes salariés, contre mes collaborateurs.
04:30Mais c'est un peu le sentiment que ça donne.
04:31Bien au contraire.
04:32Ce moment-là, ce moment-là, il n'est pas à votre honneur, pardon.
04:36Alors, voilà, je ne peux pas parler pour l'ensemble des patrons, mais ça vient stigmatiser.
04:41Oui, rire, j'ai plus de mal.
04:42Oui, en tout cas, ce que je pense profondément, c'est qu'il ne faut pas caricaturer de la même
04:46façon que transition écologique ne s'oppose pas à industrie, ne s'oppose pas à compétitivité.
04:52Nous, c'est ce qu'on fait au quotidien, notre routine.
04:54Ce que je veux dire, c'est qu'hier, les patrons se sont caricaturés eux-mêmes.
04:58C'est-à-dire que quand on leur dit qu'il faut augmenter les salaires et que vous en riez...
05:00Marine Tondelier, elle a dit le SMIC à 2000 euros, personne n'a rigolé.
05:04Mais alors, c'est d'autant plus étonnant.
05:05Oui, mais c'est parce que, si vous voulez, en fait, c'est plus quand quelqu'un vous sert un
05:12petit peu ce que vous attendiez quand vous venez au spectacle pour voir quelque chose.
05:16Et que Jean-Luc Mélenchon joue son meilleur tube.
05:19Et que voilà, parce que tout le monde sait très bien que c'est totalement déraisonnable.
05:26Marine Le Pen était très attendue par les patrons sur la clarification de son programme économique,
05:31notamment sur la question des retraites et sur ce grand plan qu'elle a annoncé.
05:37Grand plan d'économie, 125 milliards d'euros pour l'État.
05:41Et elle veut aussi supprimer les impôts de production.
05:43Écoutez.
05:44La réindustrialisation, elle passera aussi par d'autres leviers essentiels.
05:48D'abord, un choc de compétitivité.
05:51Le choc de compétitivité, il va être fiscal.
05:54C'est-à-dire qu'il faut supprimer les impôts de production.
05:57Et on vous voit justement à l'image, quand on regarde les images de ce moment-là.
06:02Julie Neuville, est-ce que, de ce point de vue-là, vous accueillez ce plan d'économie favorablement ?
06:10Quand il sera chiffré, daté, je crois qu'un des éléments importants, c'est de la visibilité sur les prochaines
06:19années.
06:20Parce que d'annoncer des réformes, les effets d'annonce, on les connaît.
06:23On en a déjà eu beaucoup sur tous les sujets, pas que sur l'économie d'ailleurs.
06:28Et six mois après, finalement, on revient dessus.
06:31Ou ça change à nouveau.
06:33On a besoin de visibilité sur cinq ans, dix ans.
06:35Et quand on parle d'industrie, quand on parle de transition écologique,
06:38on est sur un pas de temps qui n'est pas le pas de temps de l'élection politique,
06:42qui est un pas de temps de dix-vingt ans.
06:42C'est la difficulté, pour vous, on le sent.
06:44La difficulté à se projeter, la difficulté des patrons à prendre des décisions d'investissement ou non,
06:51sans savoir exactement à quelle sauce ils vont être mangés.
06:53Il y a cette question notamment de la visibilité aussi sur la dette.
06:56Il y a eu un échange assez marquant entre Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon autour de la dette.
07:02Écoutez.
07:03Vous expliquez qu'on va brûler la dette et vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire.
07:08Je ne veux pas de ça.
07:10Et Jean-Luc Mélenchon qui lui a dit
07:12« Mais vous n'avez pas compris exactement ce que je disais, je ne parlais que d'une partie de
07:16la dette ».
07:17Mais effectivement, la dette, elle était aussi au cœur des réflexions.
07:20La dette est au cœur des réflexions de chacun.
07:24Patron et tous les autres.
07:26C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de macroéconomie en fait hier.
07:28Tout à fait.
07:29Et vous, vous n'avez sans doute pas eu dans votre quotidien
07:32les réponses que vous attendiez sans doute sur votre vie, ce qui environne votre vie.
07:38On avait cinq questions très précises, volontairement très précises, très pragmatiques.
07:44Et les réponses n'ont pas été précises.
07:46Exactement.
07:47Et aujourd'hui, dans nos entreprises au quotidien, on ne fait pas de la politique.
07:51On produit, on fait du service, on accompagne, on doit...
07:57Vous produisez, Julie Neuville, et justement une dernière question.
08:00Vous qui êtes à la tête d'une entreprise dans les Landes de béton et ciment décarbonés,
08:04à 7h40, tout à l'heure, l'invité du vendredi, ce sera le ministre de l'Industrie.
08:09Qu'est-ce que vous avez à lui dire au ministre de l'Industrie ?
08:13Comment aujourd'hui, quand on souhaite, comme nous, ouvrir dix usines en France et en Europe,
08:20comment on reste encore en France quand les délais...
08:23Comment et pourquoi on restera encore en France, en quelque sorte ?
08:24Voilà. Et pourquoi on ne va pas dans les autres pays ?
08:27Donc c'est savoir quelle est la bonne raison pour rester en France,
08:29si ce n'est d'être convaincu d'avoir une technologie française,
08:33de vouloir rester en France.
08:35Quels sont aujourd'hui les quelques maigres arguments ?
08:39Vous n'avez pas envie de faire juste pour faire plaisir, effectivement, à la France.
08:41Voilà, de façon très rationnelle, pourquoi rester en France ?
08:44Pourquoi rester en France ?
08:45Je lui poserai la question pour vous, c'est promis.
08:47Sébastien Martin, le ministre de l'Industrie, qui sera l'invité du vendredi à 7h40.
08:50Merci d'avoir été avec nous, Julie Neuville.
08:53Je rappelle que vous êtes à la tête de Materu.
08:55C'est une entreprise de ciment et béton décarbonée.