- il y a 6 semaines
Dans son édito du 29/08/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]
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00:00Le premier élément qu'on doit noter, je crois, c'est la charge passionnelle immense qui entoure la présidentielle.
00:06Il y a une attente, je le dirais ainsi, c'est mon sentiment, il y a une attente de radicalité
00:11et de rupture dans le débat public.
00:14Une volonté de tourner la page macronienne, ce qui fait, soit dit en passant,
00:20qu'Emmanuel Macron ne trouve pas d'héritier déclaré, d'héritier évident dans la présente séquence au sein du Bloc
00:28central.
00:29Ça cause d'ailleurs un éclatement du Bloc central, j'en parlais, je vous dis à face à l'info.
00:33Donc la multiplication des candidats jusqu'à l'absurde, il se multiplie.
00:38Tu sais quoi la formule en ce moment? C'est « je n'exclus rien ».
00:40« Je n'exclus rien », donc sachez, je n'exclus rien non plus, vous n'excluz rien, et Arthur,
00:44mon plus, n'excluz pas de devenir roi.
00:46Donc on est dans cette espèce de logique un peu étrange du « je n'exclus rien ».
00:50Chacun veut faire savoir qu'il peut s'imaginer président pour envoyer le signal qu'il appartient justement à la
00:57caste dominante.
00:58Parce que si vous vous autoprésidentialisez, vous dites « regardez, je joue dans les grandes ligues ».
01:03Deuxième élément qui me semble assez fascinant dans le cadre du Bloc central,
01:07c'est que sa désorganisation politique, parce qu'il y a absence d'héritier,
01:13ne fait pas nécessairement revenir, comme on l'aurait cru, les anciennes familles politiques.
01:18Donc oui, il y a à gauche François Hollande, oui, il y a aussi Raphaël Glucksmann qui espère occuper ce
01:24terrain,
01:24oui, il y a à droite Bruno Retailleau qui, lui, veut faire renaître la famille des LR classiques,
01:30il y a Xavier Bertrand aussi, mais globalement, il n'y a pas d'évidence
01:33quelles sont les frontières de ce Bloc central qui veut à tout prix sauver.
01:39Je note, encore une fois, François Hollande dit « il faut pour cette élection présidentielle une union sacrée des démocrates
01:46».
01:46Une union sacrée des démocrates.
01:47Donc on comprend qu'on doit réassembler tous les démocrates,
01:50mais que sont les autres s'ils ne sont pas démocrates ?
01:53S'ils ne sont pas démocrates, il est donc permis soit de les déchoir de leurs droits,
01:57soit de les traiter comme des pestiférés,
01:59soit de leur dire « vous n'êtes pas les bienvenus dans cette présidentielle »,
02:02soit il sera peut-être légitime, je reviendrai dans un instant,
02:04de dire « il sera légitime de désobéir si vous l'emportez »,
02:09car vous n'êtes pas des démocrates.
02:10Nous revivons dans le discours du Bloc central en ce moment,
02:14ce que j'appelle la mythologie de Weimar.
02:16C'est cette impression que la démocratie conduit demain à l'autoritarisme
02:21et demain au totalitarisme.
02:22Donc pour sauver la démocratie, faudrait-il suspendre les mécanismes de la démocratie
02:28lorsqu'ils servent les adversaires du Bloc central.
02:32Autre élément, pourquoi sont-ils si nombreux à se dire « je peux y aller, je peux l'emporter »
02:37?
02:37Je pense qu'il y a quelque chose là-dedans, un résidu, j'appelle ça de mythologie napoléonienne
02:41dans la vie politique française, ou bonapartiste.
02:44Donc c'est l'idée que chacun se dit « la chance pourrait me favoriser,
02:48l'histoire pourrait me mordre la nuque », comme disait Trotsky.
02:51Il est possible, en quelque sorte, vu l'état de désorganisation du Bloc central,
02:55« si les médias s'emparent de la candidature, si je réussis à faire un grand coup médiatique,
03:02je peux d'un coup chauffer l'opinion et me retrouver au premier rang. »
03:06Ce qui fait que plusieurs se disent, selon la formule classique,
03:08« sur un malentendu, je pourrais y parvenir. »
03:12Et la question qui se pose, c'est que défendent-ils ?
03:14Alors, il y avait aujourd'hui le laboratoire de la République de Jean-Michel Blanquer.
03:18J'en note la qualité, soit dit en passant.
03:20Blanquer, quoi qu'on pense du Bloc central, a fait un travail honorable aujourd'hui
03:24en cherchant à construire quelque chose comme un espace de débat fécond
03:28à partir de participants qui l'étaient peut-être un peu moins.
03:32Donc Blanquer a réussi à donner quelque chose comme une certaine allure
03:36à un Bloc central plus généralement désorganisé.
03:39Mais si on laisse de côté le laboratoire des idées,
03:41et on cherche à voir quelle est globalement la doctrine de ce Bloc central aujourd'hui,
03:45ce sont les derniers restes de l'idéologie post-1989,
03:49donc l'idéologie gestionnaire, diversitaire et mondialiste.
03:52Donc globalement, la célébration de la diversité.
03:55C'est un slogan aussi usé que de chanter la gloire du marxisme en 1988 en Union soviétique,
04:01mais le fait est qu'on y tient à tout prix.
04:03Célébration de la diversité.
04:05Célébration de la souveraineté post-nationale, avec cette formule,
04:07toujours l'Europe, l'Europe, l'Europe, pensée en européen,
04:10comme il fallait autrefois, pensée non pas en laiton ou en géorgien ou en russe,
04:17mais pensée en soviétique.
04:19Politique de contrôle social qui devient une fin en soi.
04:21Moi, ça me fascine en ce moment.
04:22La question des réseaux sociaux est prétexte.
04:25Je ne dis pas que ce n'est pas une vraie question,
04:26mais on veut multiplier les possibilités, les modalités du contrôle social aujourd'hui
04:30comme si une forme de logique technocratique ne tolérait plus
04:34qu'il y ait le moindre brin d'herbe qui pousse de manière sauvage dans la société
04:37sans qu'il ne soit encadré par une règle, une norme, une loi.
04:40Et une logique de gros appareils technocratiques
04:43qui est la forme contemporaine de l'intuition socialiste du 20e siècle.
04:49Mais au-delà de l'idéologie technocratique, socialisante, diversitaire, mondialiste,
04:53il y a surtout dans ce bloc une défense exceptionnelle des privilèges.
04:57Défense des privilèges des postes, défense d'une caste,
05:00défense des voitures, défense des dachas,
05:03défense des privilèges, défense des postes ministériels,
05:05défense des nombreuses hautes autorités.
05:08On peut recaser les copains jusqu'à la fin des temps.
05:10Il y a, de ce point de vue, une caste qui se défend,
05:13et ça, au-delà de toute idéologie.
05:15Donc, voyant cela, je reviens à mon point Hollande.
05:20S'il faut une union sacrée des démocrates pour défendre le bloc central,
05:23qui serait l'autre nom du parti de la démocratie contre les extrêmes,
05:27comment traiter dès lors les oppositions?
05:29Inversement, Mathieu Bocoté, les partis d'opposition, justement,
05:32semblent structurés et être prêts à la bataille.
05:36Pourquoi?
05:36Oui, parce qu'autant le bloc central contrôle les institutions,
05:39il n'est plus connecté aux courants populaires les plus vigoureux,
05:43ceux qui ont une forme de puissance, d'énergie politique.
05:47Et il y en a deux.
05:47Il y a deux grands partis d'opposition, le camp national et la gauche radicale.
05:52Et quoi qu'on en pense, il y a une vraie énergie des deux côtés.
05:55On a vu la rentrée du RN, qui a été capable pour l'instant
05:58de surmonter la tentation de la fracture.
06:02Donc, Marine Le Pen est très claire dans son discours au MEDEF.
06:05Elle dit « Je suis la candidate, nous le savions ».
06:07Elle cherche à donner une petite inflexion libérale à son discours,
06:11mais elle représente la ligne plus étatiste, sociale-étatiste du RN.
06:15Et le surlendemain, le surlendemain,
06:19Jordan Bardella fait à sa manière sa rentrée.
06:21Et on comprend qu'il y a désormais, ou était-ce déjà le cas,
06:25deux lignes au RN et qu'elles sont, en ce moment,
06:28on est dans la tentation, et on le voit, on le verra peut-être davantage,
06:31y a-t-il une tentation de la purge dans ce parti en ce moment?
06:34C'est-à-dire, est-ce que les deux courants peuvent cohabiter
06:37avec leurs deux grandes figures,
06:39l'un s'étant imaginé président pendant plusieurs mois,
06:41l'autre reprenant son titre après y avoir renoncé mentalement?
06:44Est-ce qu'il y a une tentation de la purge au RN en ce moment?
06:46C'est une question qu'on va devoir se poser,
06:48mais ce qui est certain, c'est que le parti,
06:50est pour l'instant quand même structuré autour d'une candidature
06:52forte et identifiée.
06:54Marine Le Pen sera candidate, et dans les circonstances,
06:58la question prochaine qu'elle doit se poser,
06:59ce n'est pas l'identification du candidat,
07:02c'est, est-ce que le RN a été capable,
07:03ces dernières années, de générer sa propre élite?
07:06Est-ce que le RN arrive avec une élite
07:08de remplacement au pouvoir?
07:09Est-ce que le RN arrive avec des gens qui appartiennent
07:12à l'opposition et qui, demain, prendraient en charge le pays?
07:14Et est-ce qu'il est capable de marier cette élite
07:16avec, évidemment,
07:17la part de l'élite légitimiste,
07:19des gens qui sont déjà au pouvoir,
07:20qui se raccrocheraient au RN en disant,
07:21bien, c'est eux qui ont le pouvoir désormais,
07:23on travaille ensemble.
07:24Est-ce que le RN,
07:25et ça, je pense que c'est la question qu'on doit se poser,
07:27est-ce qu'il est prêt à poser,
07:28de passer de la rhétorique de rupture
07:29à la politique de rupture?
07:31Est-ce que les textes nécessaires sont prêts?
07:33Est-ce que la réforme constitutionnelle est prête?
07:35Est-ce que la liste des nominations importantes est prête?
07:38Est-ce que le RN est capable, autrement dit,
07:41de proposer autre chose
07:42qu'une forme d'alternance interne
07:44au grand consensus officiel,
07:46est-ce qu'il peut marquer une rupture crédible,
07:48mais significative?
07:49Certains disent radical.
07:50À gauche, c'est autre chose.
07:52Le candidat naturel, c'est Jean-Luc Mélenchon.
07:54Quoi qu'on en dise,
07:54c'est Jean-Luc Mélenchon, le candidat naturel.
07:56Marine Tondelier et Sandrine Rousseau
07:59et d'autres finiront par l'embrasser politiquement
08:01sans le moindre doute.
08:02Et à gauche, ce qui se prépare en ce moment,
08:04c'est une contestation,
08:05plusieurs mois à l'avance,
08:06des résultats électoraux.
08:08La gauche dit, si le RN l'emporte,
08:10si le camp national l'emporte,
08:11ce sera une victoire illégitime
08:12parce que non républicaine.
08:14Donc, il sera légitime d'entrer,
08:17on pourrait dire en dissidence,
08:18il sera légitime de marquer
08:20une forme de désobéissance
08:22devant ce nouveau pouvoir.
08:25Donc, préparation mentale
08:26à la désobéissance aux résultats électoraux.
08:28De quelle manière?
08:30Première possibilité,
08:30les manifestations de masse,
08:32c'est une tradition à gauche,
08:33chercher à bloquer le nouveau pouvoir.
08:35Deuxièmement, la désobéissance civile,
08:37non seulement dans l'appareil d'État.
08:38En 2024, la question s'est posée.
08:40Lorsque ça se disait,
08:41dans l'appareil d'État,
08:41vous avez le droit
08:42de ne pas obéir
08:43à ce pouvoir illégitime.
08:44Ou encore,
08:45dans les villes contrôlées
08:45par la gauche,
08:46est-ce qu'on va se retrouver
08:46avec des villes
08:47qui vont dire,
08:48à Saint-Denis ou ailleurs,
08:49nous ne sommes pas soumis
08:50au pouvoir nouveau
08:50qui est un pouvoir illégitime?
08:52La mobilisation des banlieues,
08:53s'ils en sont capables,
08:54parce que ça,
08:55c'est autre chose,
08:56mais est-ce qu'ils seront capables
08:56de mobiliser ça?
08:57Et la mobilisation
08:58des milices antifa
08:59avec cette idée
09:00d'une contestation violente
09:01qui pousserait la société
09:02aux extrêmes.
09:03Donc, voilà, me semble-t-il,
09:04le paysage actuel.
09:05À quel genre
09:06d'élection présidentielle
09:07devons-nous nous attendre
09:09avec ce paysage
09:10que vous venez de dresser,
09:11Mathieu Bocoté?
09:12Je crois que ce sera
09:12une élection,
09:13alors je dis,
09:14violente sans la violence.
09:15C'est-à-dire,
09:15j'entends par là que,
09:17je pense,
09:17on n'est pas dans un moment
09:18de l'histoire
09:19où il y a des milices
09:19qui s'affrontent
09:20dans les rues
09:20les unes des autres,
09:21mais la rhétorique
09:22est une rhétorique aujourd'hui
09:24où chacun se chasse
09:26mutuellement
09:26du champ de la légitimité.
09:28Donc,
09:28qu'est-ce que je veux dire par là?
09:29C'est qu'il y avait
09:30un consensus fondamental
09:31dans nos sociétés,
09:32ce qui faisait en sorte
09:33que quand la gauche gagnait,
09:34la droite disait,
09:35OK, on a perdu,
09:36mais on peut gagner
09:36la fois suivante
09:37et ainsi de suite.
09:38Donc,
09:38il y avait une forme
09:38de consensus
09:39sur le modèle de société,
09:41puis ensuite,
09:41on gouvernait.
09:42Il y avait toujours
09:42un 10-15 % à l'extérieur
09:44de gens qui ne sont pas d'accord
09:45avec le consensus social,
09:47mais toute société
09:47peut vivre
09:48avec un certain désaccord
09:49à sa marge.
09:50Là,
09:50c'est autre chose
09:51ce qu'on voit en ce moment.
09:52Si vous avez
09:52un consensus institutionnel,
09:54médiatique,
09:55mais qui est rejeté
09:56par une majorité
09:57de la population,
09:57donc qu'est-ce qui se passe
09:58quand les institutions
09:59sont en désaccord
10:00avec la population?
10:01La tentation répressive apparaît.
10:04La question que je me pose
10:04avec inquiétude,
10:06c'est est-ce que les conditions
10:07de base de la démocratie
10:08sont encore réunies?
10:09Est-ce qu'on est encore capable
10:10d'avoir un langage commun,
10:12des idéaux partagés,
10:13la possibilité d'un bien commun
10:14quand l'existence même
10:16du commun est contestée?
10:18Et est-ce qu'on ne risque pas,
10:18et j'en parlerai
10:19en deuxième édito,
10:20est-ce qu'on ne risque pas
10:20d'entrer dans une séquence
10:21qui sera véritablement
10:23la politique
10:23de la manipulation
10:24des récits,
10:25la manipulation des peurs,
10:26la manipulation
10:27à grande échelle
10:29des sentiments populaires?
10:30Je pense qu'on revient
10:31à Pareto,
10:31on revient à cette sociologie politique
10:33qui disait que la politique,
10:34finalement,
10:34c'est un conflit
10:35entre différentes élites
10:36pour contrôler des institutions.
10:39Et comme si on était
10:40très loin, en fait,
10:41de la mystique démocratique,
10:43chose certaine,
10:43on est dans un moment
10:44où il y aura des tensions,
10:45à tout le moins,
10:45c'est annoncé par LFI,
10:46entre la légalité
10:47et la légitimité.
10:48On le verra aussi peut-être
10:49autour de la question
10:50référendaire et constitutionnelle.
10:51Nous entrons dans une séquence
10:53qui risque d'être turbulente.
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