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  • il y a 2 mois
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Télématin reçoit Elsa Satilmis, responsable fruits et légumes de "C'est qui le patron".

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Transcription
00:00En cette rentrée, nos finances sont mises à rude épreuve, baisse du pouvoir d'achat, hausse des prix des fruits
00:05et légumes en raison des conditions climatiques.
00:07On va voir si on peut vraiment acheter malin et vous aider ce matin avec vous, Elsa Satilmise. Bonjour.
00:15Bonjour.
00:15Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes responsable de la filière fruits et légumes au sein de la
00:19coopérative C'est qui le patron ?
00:20C'est ça.
00:21Qui a cofondé en 2014 le fameux collectif des gueules cassées.
00:25Des gueules cassées. On en a quelques-unes ici qui reviennent en force en septembre à l'occasion de cette
00:30rentrée.
00:31Pourquoi ? Parce qu'ils sont particulièrement moches les fruits et légumes cette année ?
00:35C'est toujours dur de dire qu'ils sont moches. On va dire qu'ils sont un peu plus petits,
00:40un peu plus biscornus.
00:41Mais effectivement, on a eu un été, on en a reparlé là tout à l'heure, un été quand même
00:45particulier.
00:46Ça fait 40 ans que les agriculteurs n'avaient pas connu ça.
00:49Donc là, cette année, on s'apprête quand même à avoir des pommes beaucoup plus petites, d'autres fruits beaucoup
00:54plus petits.
00:56On en parlait tout à l'heure en loge. Effectivement, ceux qui ont eu un potager ont peut-être vu
01:00cette année leur plant donner un peu moins de fruits ou de légumes.
01:04À l'échelle des producteurs, c'est évidemment beaucoup plus grand.
01:07Ça fait 10 ans que les produits moches, alors les gueules cassées, sont vendus à des prix réduits.
01:12Ça, on va le détailler. D'abord, combien de produits ont été sauvés de la benne ?
01:16Et est-ce que vraiment, ils auraient été jetés s'ils n'avaient pas été sauvés par le dispositif ?
01:20Effectivement. Là, depuis quelques années, c'est à peu près 100 000 kilos qui ont été sauvés.
01:26Et là, c'est vraiment, on fait ça pour dépanner les producteurs quand ils ont des aléas comme ça qui
01:31arrivent.
01:32Mais cette année, on sait que là, il va y avoir des quantités beaucoup plus importantes.
01:36D'ailleurs, la grande distribution en a elle-même parlé, on a pris conscience.
01:39Et donc, cette année, on s'apprête effectivement à avoir beaucoup plus de volume.
01:43Julia les verra davantage dans les magasins en faisant ses courses.
01:47Combien de producteurs bénéficient de ce coup de pouce ?
01:49Et en quoi c'est avantageux pour nous, consommateurs, d'acheter cette tomate qui n'est peut-être pas très
01:56esthétique,
01:57mais qui, j'imagine, en termes de goût, est tout à fait classique ?
02:00Aujourd'hui, alors, sur ce repère, c'est un repère qui nous permet, nous, en rayon consommateur,
02:05de se dire que ce produit-là, il est peut-être un peu plus petit, un peu plus déformé.
02:10Mais dans tous les cas, je vais retrouver toutes les qualités nutritives d'un produit équivalent juste à côté.
02:16Juste, je vais le payer moins cher ?
02:17Je vais le payer un peu moins cher.
02:18Il y a 116 producteurs aujourd'hui qui participent à cette opération, peut-être plus à l'avenir.
02:25Effectivement, le prix, il est à peu près 20-30% inférieur à un produit standard, mais...
02:30Il s'abîme plus vite ?
02:31Il ne s'abîme pas plus vite, non.
02:33D'accord.
02:33C'est des cicatrices.
02:34De toute manière, un produit qui va être choqué, qui, lui, va être, on va dire, qui va commencer à
02:39pourrir,
02:40ça, il est écarté, il ne sera jamais commercialisé.
02:42Pourquoi on n'en trouve pas, depuis toutes ces années, à grande échelle, finalement, au milieu du tout venant, quoi,
02:46des légumes qui sont un peu moins esthétiques ?
02:49C'est un peu le problème.
02:50C'est ça.
02:50On ne sait pas.
02:51C'est des normes, des normes à l'échelle européenne, mais c'est aussi...
02:54Ah, donc, ça veut dire que c'est un problème sanitaire plus qu'au commercial ?
02:57C'est plus commercial que sanitaire.
02:59Il y a toute une réglementation qui existe, par exemple, voilà, si je prends cette poire,
03:04elle a des cicatrices, elle est tachée, et donc c'est ce qu'on va appeler une poire de catégorie
03:082.
03:09Catégorie 1, c'est qu'elle est parfaite, catégorie 2, elle commence à avoir des marques, etc.
03:13Et ça veut dire qu'on ne peut pas la vendre ?
03:15On peut la vendre, mais le producteur, il sera rémunéré bien moins, et souvent, en plus de ça,
03:20s'ajoutent les cahiers des charges de la grande distribution qui sont encore plus restrictifs.
03:24Est-ce que la grande distribution, elle a finalement créé une norme esthétique des fruits et légumes
03:29pour répondre à un besoin des consommateurs qui n'existait pas ?
03:32En tout cas, c'est sûr qu'aujourd'hui, on trouve des produits standardisés, en rayon.
03:37Et c'est un peu le problème, et nous, on n'est plus trop habitués.
03:40Justement, on parle de fruits ou légumes moches, alors qu'ils sont juste naturellement présents dans les arbres, quoi.
03:46Oui, et puis dans notre potager, ils ne sont pas calibrés comme ça.
03:49Exactement.
03:49Le consommateur, on a bien compris qu'il réalise une économie, donc 20 à 30 % de moins que sur
03:54un produit standard.
03:56Mais est-ce que le producteur de la gueule cassée, il a un intérêt aussi à aller vendre ces produits
04:00?
04:00Exactement.
04:01Et ça, c'est très important.
04:02Est-ce qu'il va être mieux rémunéré ?
04:03C'est très important.
04:04En moyenne, c'est 20-30 % moins cher pour nous, en rayon, consommateurs.
04:08En revanche, ce qui est fondamental, c'est que le producteur doit continuer de gagner sa vie.
04:12Si c'est pour qu'il brade ses fruits et légumes et que lui, il continue à ne pas être
04:17rémunéré au juste prix, ça n'a pas un intérêt.
04:19Et aujourd'hui, plus que jamais, les producteurs, ils ont terriblement besoin de notre...
04:22Oui, mais ils le disent les producteurs.
04:24Enfin, on leur tourne au bras, en l'occurrence, les distributeurs, lors des négociations commerciales.
04:27Ça veut dire que passer par l'intermédiaire de ce collectif, ça leur garantit un prix minimum.
04:31Oui, c'est ça. Nous, on est un collectif de consommateurs.
04:34Et donc, derrière, ce qui nous intéresse, c'est vraiment de retrouver le lien avec le producteur
04:39et de savoir qu'en fonction de ce qu'on achète, on a quand même la garantie que derrière le
04:43producteur, il est rémunéré au juste prix de sa production.
04:46Nicolas Chaban, qui a fondé le collectif C'est qui le patron, disait qu'il y a un mois pile,
04:50l'État doit se réveiller pour aider les producteurs.
04:54Est-ce qu'il a été entendu ? Est-ce qu'il y a eu des rendez-vous ? Est
04:57-ce qu'il y a eu des annonces, des promesses ?
04:58Ah là là, ça, c'est justement, ça a été une grosse déception pour nous parce qu'on a fait
05:03une proposition de loi
05:04qui a été intégrée justement à la loi d'orientation agricole. Malheureusement, notre proposition, notre article a été retoqué.
05:13Qui portait sur quoi ?
05:14Justement sur la transparence. Pour nous, la juste rémunération, être sûr qu'à chaque fois que quelqu'un dit qu
05:20'un producteur est rémunéré au juste prix,
05:23il le prouve et il nous montre effectivement que c'est le cas.
05:25Ça, ça a été retoqué par le Conseil constitutionnel.
05:28Ça a été, a priori, nommé comme cavalier législatif.
05:33Ça veut dire que ça n'avait rien à faire dans une loi, dans cette loi d'orientation agricole
05:38qui portait normalement, qui devait venir en aide aux producteurs.
05:44Donc pour nous, ça a été un peu la douche froide.
05:46Mais ça ne veut pas dire qu'on va lâcher, au contraire.
05:49Justement, est-ce que vous avez un message à faire passer aux futurs candidats à la présidentielle pour conclure ?
05:53Je pense qu'il est temps de se réveiller parce que sauver les producteurs, c'est sauver notre alimentation.
05:58Et demain, là aujourd'hui, il y a quand même 27 fermes qui disparaissent chaque jour en France.
06:03Donc demain, on ne sait pas où on ira chercher cette nourriture qui est aujourd'hui à côté de chez
06:07nous.
06:08Donc il faut qu'on les sauve et il faut qu'on prenne soin de notre alimentation.
06:11Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
06:14Et je rappelle donc que ces gueules cassées, ces fruits et légumes moches, mais tout à fait consommables et tout
06:19à fait bons,
06:21seront en rayon autour du 15 septembre.
06:23On va arriver dans les magasins.
06:24Merci encore.

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