- il y a 5 semaines
Christine Kelly revient, de 11h à 13h, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).
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00:00En parlant justement de « on paye », deuxième fracture, l'argent, près de 90 milliards d'euros consacrés chaque
00:06année à l'école
00:07et pourtant les difficultés persistent, comme le disait Gabriel Cluzel.
00:10Alors la France manque-t-elle réellement de moyens pour son école ou un autre problème ?
00:14Est-il désormais de savoir comment, où et par qui cet argent est-il dépensé ?
00:19Michel Valadier, justement cette fracture financière à l'école, manque-t-elle vraiment d'argent ?
00:25Je ne pense pas. Je ne pense pas.
00:27Non pas qu'elles soient riches, les écoles, qu'elles soient publiques ou privées, ont des moyens et des budgets
00:33très limités.
00:34La difficulté c'est l'allocation des moyens, évidemment.
00:39Alors pour reboucler le chiffre que vous venez de donner, 90 milliards par rapport à celui d'Arthur de Vatrigan,
00:4390 milliards, 89 milliards exactement, c'est le budget de l'éducation nationale seule.
00:47Il n'y a pas le ministère de l'enseignement supérieur et les autres aspects de l'instruction et de
00:55l'enseignement en France.
00:57Il faut savoir que, par exemple, je vais vous donner trois chiffres.
01:00Aujourd'hui, un élève scolarisé dans le public coûte en gros 10 000 euros par an, à la collectivité, en
01:07moyenne, de la maternelle à la terminale.
01:09Un élève scolarisé dans une école sous contrat coûte 7 000 euros.
01:15Et un élève scolarisé dans une école hors contrat coûte 4 000 euros.
01:18Ce ne sont pas les mêmes qui payent, puisque la contribution pour un élève de l'enseignement public est de
01:259 000 euros au moins 400 euros.
01:26Les parents payent 400 euros dans le public.
01:28Dans le privé, la contribution privée sous contrat, la contribution de l'État est de 5 300 euros.
01:33Les parents versant le reste sous forme de scolarité, ce 1 700.
01:36Et dans une école hors contrat, les parents payent l'intégralité de la scolarité, éventuellement aidée par quelques dons.
01:44Donc, ça veut dire qu'aujourd'hui, une école privée réussit à faire aussi bien, sinon mieux, en coûtant 30
01:52% moins cher.
01:54Alors, on nous rétorque très souvent que l'école privée peut sélectionner ses élèves.
02:00La fuite des parents qui le peuvent vers le privé, parce qu'il faut avoir les moyens quand même pour
02:05payer 1 700 euros, 2 000 euros, 3 000 euros de scolarité.
02:08Je fais une parenthèse, Michel Valadier, directeur de la Fondation pour l'école.
02:10Il faut avoir les moyens. Je connais des parents qui se saignent, qui se sacrifient, qui n'ont pas les
02:16moyens, qui vont avoir un deuxième emploi.
02:19Je vous en parle, j'en ai des frissons.
02:21Uniquement parce qu'ils savent que l'éducation est importante, et pour mettre leurs enfants dans le privé.
02:26Je ferme la parenthèse.
02:27Vous faites bien de faire la parenthèse.
02:28Je me sens visé quand vous dites ça, puisque nous avons 8 enfants, et je me suis privé pendant des
02:33années de vacances.
02:33J'ai vécu en HLM pendant des années, et donc je vois très bien ce que vous décrivez.
02:40Le problème, pourquoi les parents fuient ?
02:42Ils fuient à cause de la baisse du niveau, et ils fuient pour des raisons de discipline, à cause de
02:45l'indiscipline.
02:46Pourquoi y a-t-il des problèmes de discipline dans le privé, dans le public ?
02:50Bien sûr, l'ensauvagement de la société, il est pour quelque chose.
02:54Mais il y a un point qu'aucun candidat pour l'instant n'a relevé, c'est qu'aujourd'hui,
03:01un professeur perd 20 minutes à 30 minutes de son temps sur une heure de cours
03:05à essayer d'obtenir un minimum de calme pour pouvoir renseigner.
03:09Dans beaucoup d'écoles, c'est comme cela.
03:12Pourquoi c'est comme cela ?
03:13Parce que le CPE, le responsable de la discipline, le directeur, dit qu'il ne faut pas de vagues, il
03:18faut gérer la question.
03:19Pourquoi ? Parce que les élèves qui posent des problèmes de discipline ne peuvent pas être renvoyés.
03:27Et les polis excluent. Les élèves qui sont renvoyés dans l'établissement public doivent être intégrés dans un autre établissement
03:33public
03:33et le directeur qui renvoie cet élève doit récupérer un élève de l'autre établissement.
03:38Vous imaginez bien que le chef d'établissement ne lui envoie pas le premier de la classe et l'élève...
03:42Et donc, il existe en France des ERS, j'en dirai peut-être un mot tout à l'heure, parce
03:46qu'il y a une solution.
03:46Alors, on en parlera dans un instant. Peut-être une réaction à Thurva Trigan, ensuite on pondera à François et
03:51Marianne.
03:52On parle beaucoup de bureaucratisation en France, à juste titre, mais on a aussi une bureaucratisation de la discipline à
03:57l'école.
03:58Parce que chaque sanction, vous regardez, ça exige un dossier, une réunion, une négociation.
04:04Ce qui veut dire que l'autorité du professeur est à chaque fois provisoire.
04:07C'est le temps de l'appel.
04:08On fait remonter hiérarchiquement.
04:10Et puis à la fin, c'est des parents qui vont, en tout cas, décider de donner, avoir leur mot
04:15à dire.
04:15Et un mot qui est assez important.
04:17Encore une fois, ça vient d'une confusion volontaire, instruite et descendante du niveau de l'éducation nationale.
04:25Je prends un exemple.
04:262013, rappelez-vous, François Hollande qui est président de la République,
04:29et Vincent Payon est le ministre de l'Éducation nationale.
04:31Qu'est-ce qui s'est passé cette année ?
04:33On a eu un tournant historique et sémantique, c'est-à-dire que pour la première fois,
04:36les textes émanant de l'éducation nationale définissaient le bien-être
04:41comme la priorité de la politique d'éducation.
04:43C'est-à-dire, ce qui est au cœur de l'éducation, c'est le bien-être et la bienveillance.
04:47Donc on demande aux professeurs le bien-être et la bienveillance.
04:50Les parents, ils ne sont pas bêtes, ils entendent ça.
04:51Mon enfant est malheureux parce qu'il a de mauvaises notes ?
04:53Le bien-être a la bienveillance.
04:55Mon enfant est sanctionné parce qu'il a parlé ?
04:56Bien-être et bienveillance.
04:57Et donc vous avez cette confusion entre le parent et le prof,
05:00qui est décidée, entretenue et préparée.
05:04Donc tant qu'on n'aura pas remis chacun à sa place,
05:06qui doit faire quoi ?
05:07On ne pourra jamais régler le problème.
05:10Europe 1. Christine Kelly et vous.
05:12La suite sur Europe 1 à 11h44 avec cette question.
05:16Lesquelles l'école peut-elle encore être relevée ?
05:19Nous posons cette question puisqu'aujourd'hui, c'est la rentrée scolaire
05:21pour 11 millions d'élèves et le débat se poursuit avec vos chroniqueurs.
05:25Gabriel Cluzel, Arthur Devatrigan, votre invité,
05:27Michel Valadier, directeur de la Fondation pour l'école et nos auditeurs.
05:30Ils sont nombreux et nombreux à réagir.
05:32Au standard Europe 1, 01, 80, 20, 30, 21, Christine.
05:35Bonjour François, vous nous appelez de Bourges
05:37et vous dites que l'école est à l'image de la politique d'aujourd'hui.
05:41On a sacrifié la performance, c'est-à-dire ?
05:44Oui, bonjour, Christine Kelly.
05:46Je suis heureux de vous entendre en direct, si je peux dire.
05:49Avec plaisir, mon cher François.
05:50Ce que je voulais dire, c'est que c'est la même idéologie
05:53qui, non pas, je ne dis pas qu'elle est à l'image de la politique,
05:57mais que l'idéologie qui permet aujourd'hui aux politiques d'accéder au pouvoir
06:02est la même idéologie qui gère l'école et son échec.
06:07C'est ça que je voulais dire.
06:08On a sacrifié, en quelque sorte, la performance sur l'autel de l'égalité.
06:14Et je trouve que c'est vrai que ça se décline.
06:17Après, avec les années, on est de moins en moins performant
06:19au niveau européen, au niveau international.
06:22Un nivellement par le bas, parce que si c'était une égalité par le haut,
06:24on se dirait que c'est merveilleux.
06:26Mais il en va de la pauvreté intellectuelle comme de la pauvreté matérielle.
06:29Vous savez, il y a une certaine idéologie de gauche
06:32qui aime tellement les pauvres qu'elle les multiplie.
06:34Et c'est vrai qu'il y a eu un nivellement par le bas
06:36que nous constatons tous.
06:37On n'a même pas besoin d'un classement PISA.
06:40Enfin, moi, les générations au-dessus,
06:41même sur les groupes WhatsApp, on voit bien qu'elles maîtrisent l'orthographe,
06:44par exemple, ce qui n'est absolument pas le cas
06:46à partir d'un certain âge.
06:47Donc, c'est gravissime.
06:49Et même des enseignants, absolument.
06:50Vous êtes d'accord avec ça, mon cher François ?
06:52Oui, j'ai même étonné que le niveau ne soit pas plus bas encore, aujourd'hui.
06:57Il est déjà tellement bas, je vous en supplie.
06:59Je vous en supplie, gardons un peu d'espoir.
07:01Il faut avoir une bonne volonté, quelque part,
07:03qui intervient sans incontrément de la part des enseignants, je pense.
07:09Oui, surtout de la part des enseignants.
07:11Moi, j'aimerais comprendre pourquoi à chaque fois on dit
07:13qu'il faut une volonté, il faut changer l'école.
07:15Et puis à chaque fois, c'est les mêmes débats.
07:17C'est vrai que...
07:18Bon, en tout cas, merci d'avoir planté le décor encore sur cette image,
07:21ce parallèle, François,
07:22qui nous appelle de bourge entre l'éducation nationale
07:26et la politique d'aujourd'hui,
07:28entre le fait qu'on ait sacrifié la performance au prix de l'égalité.
07:30Merci infiniment pour votre appel.
07:32Marianne, vous nous appelez des Landes
07:33et vous dites que vous avez été haute fonctionnaire.
07:35Quel est votre regard ?
07:37Écoutez, moi, j'avais envie d'ouvrir le débat de l'éducation
07:41dans sa globalité,
07:43en son sens où l'éducation nationale fait sa rentrée aujourd'hui.
07:47Mais je voudrais mettre l'accent
07:49que tout ce que fait l'éducation nationale,
07:52nous le retrouvons dans le monde de la formation professionnelle
07:55continue tout au long de la vie.
07:56et je voulais quand même mettre en regard
08:01tous les milliards qui sont consacrés à l'éducation nationale
08:04et les difficultés que nous rencontrons
08:07quand nous occupons de la formation professionnelle,
08:10de tous ces jeunes laissés pour compte
08:12ou tous ces salariés
08:13qui doivent émerger au Fonds social européen
08:17ou au Fonds des conseils régionaux
08:19pour avoir une formation.
08:21Donc, l'éducation nationale, c'est vrai.
08:24Aujourd'hui, c'est très intéressant d'en parler.
08:25Mais j'aurais aimé qu'on ouvre aussi,
08:28qu'on mette l'accent sur tout ce que ça induit
08:31la mauvaise éducation qui est donnée aujourd'hui
08:34et tous ces jeunes qui sont laissés pour compte
08:37à la sortie de l'éducation nationale.
08:40Je crois qu'il faut vraiment élargir le débat
08:43car sinon nous nous demeurons très restrictifs
08:45dans notre analyse
08:46et nous ne mettons pas au goût du jour
08:49les milliards qui sont dépensés à l'éducation nationale,
08:53les milliards qui sont dépassés à la formation professionnelle.
08:56Donc, c'est un vrai débat globalisé
08:58qu'il faut entamer sur ce monde
09:00de l'éducation et de la formation
09:01tout au long de la vie.
09:02Voilà quelle était un petit peu ma réaction aujourd'hui
09:06car j'ai été tellement blessée
09:09de voir des situations dramatiques autour de moi
09:13quand j'ai mis en place un certain nombre
09:15de dispositifs tant franco-français qu'européens
09:18et je dois dire qu'aujourd'hui
09:20je préfère rester sous mon arbre landais
09:24que d'apporter, je dirais, une contribution
09:29tellement je vois le système complètement fermé
09:33avec des réactions excessivement sectaires
09:36et j'espère que demain, la nouvelle élection
09:39du nouveau président ou de la nouvelle présidente
09:42donnera un nouveau débat collectif
09:44car vraiment, aujourd'hui, on a envie de pleurer
09:48quand on voit tout ça.
09:49On a envie de pleurer, absolument.
09:52Marianne, qui nous appelle des Landes.
09:54Michel Valadie, directeur de la Fondation pour l'école,
09:57elle dit qu'il faut effectivement voir
09:59les choses dans sa globalité,
10:00la formation, ces jeunes laissés pour compte
10:02à la sortie de cette formation.
10:04Oui, parfaitement.
10:06Et comme le dit cette dame,
10:07la crise démographique que nous traversons,
10:10puisqu'il va y avoir 161 000 élèves de moins,
10:14aujourd'hui, à moins d'un million
10:17dans les dix prochaines années, d'ici 2035.
10:20Mais ça sera traduit par des fermetures de classes.
10:24Seules, entre guillemets, 4 000 classes sont fermées
10:27dans le public et 800, 900 dans le privé sous contrat.
10:30Le ministre aurait pu en fermer 9 000
10:32pour correspondre aux effectifs,
10:34mais a préféré garder une certaine souplesse
10:37pour les écoles rurales et aussi pour pouvoir
10:39diviser par deux certains niveaux.
10:41Mais là, ça donne, vous avez des marges de manœuvre là,
10:44et donc,
10:47il y a des marges de manœuvre financière
10:49qui pourraient être,
10:51par exemple, employées sur la question des salaires.
10:54La question des salaires,
10:56les professeurs sont mal payés,
10:57tout le monde le sait.
10:58Par contre, s'il faudrait passer un contrat
11:00avec ces professeurs,
11:01les augmenter de 15, 20, 25% ne me choque pas.
11:04Mais en contrepartie, il faudrait que...
11:06Mais sur ces marges-là,
11:07à budget constant,
11:09on peut faire des choses.
11:12À budget constant.
11:36350 000 professeurs,
11:37350 000 non-enseignants.
11:39Il y a des marges de manœuvre là.
11:41Dans ce studio, vous avez invité Joachim Lefloquimat hier,
11:44il a sorti un livre qui vient de sortir en deuxième version.
11:47Il a dressé la liste des conseils supérieurs
11:50que l'on pourrait supprimer en faisant des économies.
11:53On peut faire des économies
11:54en arrêtant de subventionner les associations.
11:57Il y a 160 associations aujourd'hui
11:59qui donnent des conférences toute l'année
12:00à l'école sur l'écologisme,
12:02sur la lutte contre l'homophobie,
12:05contre etc.
12:0760 millions d'euros économisés.
12:09L'école se concentre sur l'école.
12:13Et ceci se traduit avec des suppressions de cours
12:15qui ne sont pas rattrapées.
12:17Parce que la conférence,
12:18à la place de son cours de maths,
12:19on va venir un conférencier qui va venir,
12:21ou une drag queen qui va parler pendant deux heures
12:23et puis le cours de maths, le cours de français sautent.
12:26Il y a plein de niches où on peut faire des économies.
12:28C'est très intéressant effectivement
12:29de savoir où on peut faire des économies
12:32à l'heure où on est en grand déficit
12:36en France,
12:36sur tous les secteurs,
12:38à tous les niveaux.