00:00Il y a un côté très ludique à la recherche, c'est-à-dire d'essayer de craquer le code,
00:02d'essayer de comprendre vraiment ce qui se passe.
00:11C'est probablement l'une des choses les plus difficiles à vrai dire dans les doubles cursus,
00:16que ce soit plus jeune ou que ce soit quand on est HU, donc hospital universitaire.
00:21C'est passer de l'un à l'autre avec le fait que les temporalités des deux activités sont totalement
00:25différentes.
00:26La clinique c'est toujours du court terme, c'est toujours immédiat.
00:29Alors qu'en recherche, on doit vraiment se projeter dans le temps long, c'est en termes d'années.
00:33Donc ça suppose un peu d'adaptation et d'organisation.
00:37Alors j'ai la chance d'être plutôt protégé, on va dire, par mon pôle, par mon chef de pôle,
00:41ma chef de service pour avoir un temps dédié à la recherche.
00:47Moi, dès le début, c'est-à-dire que je me suis inscrit en médecine pour faire de la recherche.
00:51J'ai eu la chance de tomber sur la première année de l'école de l'UNISERM,
00:55où ils sont venus nous présenter le dispositif en nous disant,
00:57« Parmi vous, il y en a peut-être qui sont intéressés par faire de la médecine et de la
01:01recherche. »
01:01Mais en fait, c'est pour ça que je suis venu.
01:03Et donc j'ai fait ce double cursus.
01:08D'un côté, je co-dirige avec le professeur Philippe Domenech l'Institut de Neuromodulation,
01:13au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.
01:14Et il y a une partie qui est plus une recherche clinique, finalement,
01:17pour inventer des nouvelles techniques de neuromodulation dans les pathologies psychiatriques,
01:21et notamment dans les pathologies psychiatriques résistantes.
01:23Et puis j'ai une partie qui est plus une partie de recherche fondamentale,
01:26que je fais ici, à l'Institut du cerveau.
01:28Ma démarche de recherche, c'est une démarche de neurosciences cognitives.
01:31Donc je m'intéresse au traitement de l'information
01:33et la façon dont ce traitement de l'information est implémenté au niveau cérébral.
01:37Et ce que j'essaye de comprendre, c'est les mécanismes cognitifs
01:41qui sous-tendent les symptômes qu'on observe dans les pathologies psychiatriques.
01:44Et je vais m'intéresser à la dépression, aux troubles de l'humeur,
01:47aux troubles de la motivation, dans la dépression, dans la schizophrénie.
01:51Je vais m'intéresser aux fluctuations de l'humeur
01:53et leur impact sur la prise de décision.
01:55Troisième volet, qui est sur l'émergence des idées délirantes dans la schizophrénie,
01:58en utilisant des modèles pharmacologiques de psychose, notamment la kétamine.
02:05Ce qu'apporte la clinique à mon équilibre de recherche,
02:08la première chose, c'est des questions.
02:09Comment ça se fait qu'on observe ça en clinique ?
02:12Pourquoi ce patient nous exprime les choses de cette façon-là ?
02:14Pourquoi, dans la dépression, on rencontre ce phénomène-là ?
02:17On va partir de cette question-là et on va essayer de dérouler,
02:20d'établir des hypothèses, des théories,
02:23et de tester ces théories pour essayer de comprendre pourquoi.
02:26L'autre chose que va m'apporter la clinique, c'est une épreuve de réalité.
02:30C'est-à-dire que c'est facile en recherche de dériver,
02:31de faire des théories et de ne pas les confronter à la réalité.
02:34La clinique nous rappelle que c'est compliqué.
02:36Et que généralement, quand on essaie d'avoir une hypothèse simple
02:39qui rencontre de plein de choses,
02:40on vient se cogner à la réalité
02:43et on vient se cogner au fait que notre théorie, généralement, n'est pas suffisante.
02:46La troisième chose que va m'apporter la clinique,
02:47c'est la connaissance aussi des médicaments,
02:50notamment des psychotropes qu'on utilise,
02:51et donc de la compréhension de cette neurobiologie.
02:54Ce qu'apporte la recherche à la clinique,
02:56c'est un questionnement permanent.
02:58C'est-à-dire le fait, justement, d'être attentif à ce phénomène clinique,
03:02se poser la question de pourquoi.
03:03Ce qui est quelque chose qu'on n'a peut-être pas spontanément en médecine.
03:08Parce qu'en médecine, le but, c'est d'apporter une réponse.
03:10On nous apprend assez peu à questionner,
03:12et il y a une bonne raison à ça,
03:13c'est que quand on est en garde à 4h du matin,
03:16devant une situation d'urgence, un choc sceptique,
03:18et qu'il faut réagir,
03:19ce n'est pas le bon moment pour se poser des questions.
03:21Mais par contre, de se dire peut-être un peu plus tard,
03:23mais au fait, pourquoi c'était...
03:27Je suis intégré au sein d'une équipe.
03:29Je travaille dans l'équipe motivation, cerveau, comportement.
03:32Je suis l'un des PI,
03:33donc l'un des investigateurs principaux au sein de cette équipe.
03:37J'ai des étudiants,
03:37qui sont pour beaucoup d'entre eux,
03:39mais pas que des étudiants en médecine, des internes.
03:43On va définir la thématique de recherche,
03:45la question scientifique qu'on va poser.
03:47On définit un plan expérimental.
03:49Après, ils vont appliquer cette tâche cognitive,
03:52soit chez des volontaires sains,
03:53soit chez des patients,
03:54soit chez des volontaires sains,
03:55avec des interventions pharmacologiques,
03:57souvent avec également des techniques de neuro-imagerie.
04:01Après, il y a la longue partie qui consiste à analyser ces données.
04:07On a cette particularité en psychiatrie
04:09d'avoir des médicaments depuis longtemps.
04:10Mais souvent, ils sont insuffisants,
04:12au sens où une partie trop importante, en tout cas,
04:14des patients vont être résistants.
04:15Ça veut dire que, pour moi, le défi, c'est ça.
04:17C'est de comprendre pourquoi les médicaments
04:20vont être efficaces chez une partie des patients
04:22et pas efficaces chez une autre partie des patients.
04:25Après, il y a d'autres défis.
04:26Des défis, par exemple, qui seraient d'anticiper la rechute,
04:29parce qu'on fait face à des maladies qui sont des maladies chroniques,
04:31parce qu'on sait comment agir dessus.
04:36L'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi la psychiatrie,
04:40c'est une spécialité où je me suis dit que,
04:42quand je l'ai prise, je me suis dit
04:43que, déjà, dans 20 ans ou dans 30 ans,
04:45il y aura toujours des choses à comprendre.
04:46Et puis, il y a ce fait clinique, ce phénomène clinique
04:49qui fait qu'on est surpris au quotidien.
04:52Il y a un côté très ludique à la recherche,
04:53c'est-à-dire d'essayer de craquer le code,
04:54d'essayer de comprendre vraiment ce qui se passe.
04:56Mais je crois qu'aujourd'hui,
04:57avec des nouvelles technologies qui arrivent,
05:00des nouveaux outils,
05:01on arrive finalement à une époque, une période,
05:05où on se dit que cette recherche de compréhension
05:08des mécanismes cognitifs et de leur ancrage neurobiologique,
05:12ça va permettre de découvrir de nouvelles stratégies thérapeutiques,
05:15des nouvelles façons d'aider nos patients.
05:16Et ça, c'est quand même assez fascinant, passionnant
05:20et stimulant au quotidien de se dire
05:22que ce qu'on fait va pouvoir aider les patients de demain.
05:27Dans la vie, rien n'est à craindre,
05:28tout est à comprendre.
05:29Ce n'est pas de moi, c'est de Marie Curie,
05:31mais je pense que c'est un bon cri de guerre en recherche.
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