00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04D'ailleurs, on peut peut-être rebondir les Etats-Unis parce que Donald Trump, il y a un an, était
00:08très fier de lancer les droits de douane
00:09et puis un an après, on a un déficit commercial américain qui se retrouve là au mois de juillet sur
00:13un plus bas d'un an.
00:15Gilles Mouek est avec nous, chef économiste du groupe AXA. Bonjour Gilles.
00:18Oui, avant de parler d'abord de la France, bien sûr, qui a émis des dettes ce matin sur le
00:22marché obligataire,
00:23vous nous direz comment ça s'est passé.
00:24Ce déficit commercial américain qui se dégrade à son plus haut niveau déficit en un an.
00:30Oui, les mesures protectionnistes ne réduisent pas les déficits commerciaux.
00:33Qui l'aurait cru ? Qui l'aurait deviné ?
00:37Ce qui est intéressant dans ce qui est train de se passer, c'est la source de la dégradation supplémentaire
00:43du déficit commercial.
00:45Il y a énormément d'importations qui sont liées à la révolution en PIA.
00:50Ça devient vraiment de plus en plus, quel que soit l'indicateur qu'on le regarde,
00:53ce qui définit en fait la conjoncture américaine sur l'investissement en particulier, c'est le cas,
00:58mais aussi sur la balance commerciale parce que le contenu en importation de la révolution IA est absolument massif.
01:05Et même quand on essaye de regarder les choses de manière un peu plus globale
01:09et de compenser ces importations massives d'ordinateurs ou de composants électroniques
01:16par ce qui fait la force du commerce accessoire américain,
01:19à savoir des exportations de logiciels, des exportations de services informatiques qui sont extrêmement élevés,
01:25et bien de plus en plus en fait on trouve des chiffres négatifs.
01:28C'est-à-dire qu'aujourd'hui, aux États-Unis, en dépit de la position dominante des grandes entreprises de
01:33la tech
01:33sur le marché mondial, le solde technologique total, vente de services, importation de composants,
01:41est négatif de plus en plus souvent.
01:43L'IA, ça peut aussi être de la dépendance matérielle effectivement,
01:46et donc ce déficit commercial américain qui se creuse à nouveau en juillet au plus haut d'un an.
01:50Nous, Français, nous avons ce matin émis de la dette. L'agence Front Trésor a fait son travail.
01:55Elle a plutôt réussi cette adjudication. Elle voulait lever entre 11,5 milliards et 13,5 milliards.
01:59Finalement, elle a levé dans le haut de la fourchette. 13,5 milliards, Gilles ?
02:0213,5 milliards, on est dans la même fourchette que ce qui avait été levé au mois de juillet.
02:07On était à 14 milliards sur des souches assez similaires.
02:11Et ce qu'on regarde habituellement, c'est le fameux taux de couverture,
02:14c'est-à-dire la quantité d'obligations qui avaient été demandées par les investisseurs.
02:22Et on est sur des taux de couverture qui, sur certaines souches, sont meilleurs en fait qu'en 20 juillet.
02:27C'est le cas sur la souche, la maturité à 20 ans.
02:30On a un taux de couverture supérieur à 3, on était plutôt à 2,5 au mois de juillet.
02:36Donc voilà, c'est une bonne adjudication.
02:37Mais voilà, comme on l'a dit mille fois à cette antenne,
02:42quand les adjudications se passent mal, c'est qu'on est vraiment très très très loin dans la crise.
02:47Ce n'est pas un indicateur agencé de quoi que ce soit, une adjudication qui se passe bien.
02:51C'est rassurant bien sûr, mais on reste en situation compliquée sur le marché obligataire.
02:57Est-ce que, Gilles, bonjour, est-ce qu'il y a une prime de risque politique
03:01qui est en train de tranquillement s'installer sur les cours des obligations ?
03:06Pour l'instant, ce qui me frappe, c'est qu'on ne sort pas vraiment,
03:10ou pas beaucoup en tout cas, du tube dans lequel le spread français fonctionne
03:17depuis la dissolution de 2024.
03:19C'est-à-dire qu'en gros, depuis la dissolution,
03:21quand on a plutôt de mauvaises nouvelles conjoncturelles aux politiques françaises
03:27dans un contexte de troubles obligataires mondial,
03:31on va aller sur des spreads de l'ordre de 85 BP,
03:36et lorsque les choses vont mieux, on est sur des spreads qui reviennent vers du 60-70.
03:41On ne sort pas vraiment du tube,
03:44même si, pour l'instant, on est plutôt sur la fourchette haute.
03:49Je pense que c'est lié au fait que, finalement, la situation politique
03:52que l'on connaît depuis 2024, elle ne change pas beaucoup.
03:55On a un peu toujours les mêmes difficultés lorsqu'on aborde, par exemple,
03:59la question d'un nouveau projet de loi de finances à voter.
04:03Donc, c'est le même risque, entre guillemets, qu'on retrouve dans notre spread.
04:08C'est un risque politique, mais c'est, au-delà d'un risque politique,
04:11c'est presque un risque institutionnel, en fait, de fonctionnement de nos finances publiques,
04:17la capacité à mettre en place un projet de loi de finances.
04:20C'est ça qu'on paye depuis 2024.
04:22Mais là, en ce moment, j'ai plutôt l'impression que cette fourchette haute du spread,
04:27elle est extraordinairement déterminée par les mauvaises nouvelles
04:30qui nous viennent du marché obligataire américain.
04:32Quand le marché obligataire américain va mal,
04:35ce sont toujours les signatures les moins robustes,
04:37quelles que soient les régions qui souffrent.
04:40Et c'est vrai qu'on a une remontée des taux obligataires américaines aussi,
04:44des taux obligataires de beaucoup de pays.
04:46D'ailleurs, à cette échelle mondiale, la remontée des taux, les tensions obligataires,
04:49s'il devait y avoir un facteur déterminant pour les expliquer, ce serait lequel ?
04:53Est-ce que c'est la croissance, parce qu'il y a de la croissance quand même dans le monde
04:55et aux États-Unis, qui fait monter les taux ?
04:57Est-ce que c'est l'inflation ou l'aggravation des déficits publics ?
05:01S'il devait y avoir un facteur déterminant, un seul, d'après Bougie ?
05:05C'est compliqué.
05:07J'ai l'impression que, pour moi, j'en citerais deux fondamentalement.
05:10Un, c'est le budgétaire.
05:12Je crois que là, il y a vraiment un intérêt sur la question budgétaire
05:15qui n'existait pas avant.
05:16Et aux États-Unis, pour l'instant, on ne sait pas comment on sort de l'équation.
05:19Et puis ça, c'est un point que je trouve de plus en plus important.
05:21C'est le fait qu'on a des besoins de financement extrêmement importants
05:24dans le secteur privé liés à la tech, en particulier aux États-Unis.
05:27Et c'est la première grande révolution technologique de l'économie moderne
05:31qui se produit alors même que les besoins de financement des États
05:34sont extrêmement élevés, en particulier aux États-Unis.
05:37Je rappelle une fois de plus que la dette publique américaine,
05:40si on la mesure comme on le fait en Europe,
05:41elle est de 40 points de PIB supérieurs à celles de la moyenne de la zone euro.
05:45Oui, et les précédentes révolutions technologiques avaient lieu
05:48dans des moments où les États n'étaient pas autant endettés.
05:50C'est-à-dire que c'est la première fois qu'on va avoir cette concurrence
05:53entre les besoins de financement technologique,
05:55il y a une révolution industrielle, et les besoins de survie financière des États.
05:59Oui, parce que si vous prenez la révolution, par exemple,
06:02du ferroviaire au XIXe siècle, à l'époque,
06:05il y avait une orthodoxie budgétaire très très forte aux États-Unis comme en Europe.
06:10Les déficits étaient quasiment inconnus.
06:12C'est la même chose lors de la révolution technologique des années 1920,
06:15qui était la généralisation de l'électrification.
06:17Et on a été sortis des difficultés de financement liées à la Première Guerre mondiale.
06:22Il n'y avait pas énormément de besoins de financement public.
06:24Ils sont venus bien plus tard.
06:26Et là, on a cette concomitance, très rare encore une fois économiquement,
06:31de besoins de financement massifs dans le secteur privé,
06:34avec des États qui ont des vrais besoins de financement,
06:37qui excèdent en fait à eux-mêmes leurs besoins de financement habituels,
06:41parce qu'on a les nouveaux défis qui s'ajoutent à leurs défis habituels.
06:44On a la question démographique, on a la question du changement climatique,
06:47et puis on a aussi la question des dépenses militaires.
06:49Et ça, c'est un problème européen en particulier.
06:51Bon, heureusement, la Fed est de retour.
06:53Non, mais Kevin Warth, sur la tête de la Fed, finalement,
06:55c'est plus crédible qu'on aurait imaginé avant son arrivée.
06:58Il tient un discours relativement ferme, quand même, face au taux et à l'inflation ?
07:02Il a tenu un discours ferme au mois d'août, c'était un peu moins ferme au mois de juillet.
07:08Moi, ce qui me frappe, et c'est quand même intéressant,
07:10c'est qu'aujourd'hui, le marché militaire américain se détend,
07:13et il se détend après une prise de parole de Christopher Waller,
07:17qui est un membre du FMC, qui était l'un des concurrents de Kevin Warth,
07:21dans la course à la présidence de la Fed.
07:24Et pour l'instant, en tout cas, le discours plutôt de Wisch de Waller
07:30a été plus efficace pour tenir les taux longs
07:33que le discours au quiche de Walsh d'il y a quelques jours,
07:39et que son discours de Wisch du mois de juillet.
07:42Donc pour l'instant, c'est assez intéressant,
07:44c'est quelque chose qu'il va falloir regarder.
07:46Waller, à ce stade, me semble avoir un peu plus d'impact de marché que Walsh.
07:51– Et le Japon, il nous reste moins d'une minute, Gilles,
07:53c'est un peu difficile d'évacuer le Japon en moins d'une minute,
07:55mais enfin, il faut qu'on en parle malgré tout.
07:57Le Yen continue de remonter.
07:58C'est une clé importante des remontées de taux aux États-Unis,
08:01mais aussi en Europe, ce qui est en train de se passer au Japon ?
08:04– Non, c'est vraiment une clé importante.
08:05Il faut absolument éviter un mouvement massif de rapatriation,
08:09en fait, de l'épargne japonais, en particulier du marché américain,
08:13mais aussi d'autres marchés que le marché français.
08:15Et la nouvelle posture, qui est quand même beaucoup plus au quiche
08:19de la part de la Banque du Japon,
08:21elle est rassurante et se traduit par une émélioration du Yen.
08:25Vraiment, ce discours plus dur, plus ferme de la BEJ,
08:28on l'attendait depuis longtemps, il m'a l'air de prendre forme.
08:30Maintenant, il faut que les actes suivent.
08:32Mais le discours a changé vraiment dans le bon sens.
08:34– Gilles Mouègue, chef économiste du groupe AXA.
08:35Merci beaucoup, Gilles, de nous avoir accompagnés aujourd'hui.
08:37– Sous-titrage Société Radio-Canada –
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