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  • il y a 4 semaines
« L'IA boit une bouteille d'eau par requête » ? C'est faux. Voici d'où sort ce chiffre parfois transformé en « 1L d'eau », les vrais ordres de grandeur... et les vrais problèmes.

LES SOURCES

Le chiffre viral et sa généalogie

Making AI Less « Thirsty » : Uncovering and Addressing the Secret Water Footprint of AI Models (Li, Yang, Islam, Ren – UC Riverside / UT Arlington, 2023) : https://arxiv.org/pdf/2304.03271.pdf
A bottle of water per email : the hidden environmental costs of using AI chatbots (Washington Post, 18 septembre 2024) : https://www.washingtonpost.com/technology/2024/09/18/energy-ai-use-electricity-water-data-centers/
Sam Altman : ChatGPT queries consume 0.34 watt-hours of electricity and 0.000085 gallons of water (DataCenterDynamics, juin 2025) : https://www.datacenterdynamics.com/en/news/sam-altman-chatgpt-queries-consume-034-watt-hours-of-electricity-and-0000085-gallons-of-water/
Measuring the environmental impact of delivering AI at Google Scale (Elsworth et al., Google, août 2025) : https://arxiv.org/abs/2508.15734

Le datacenter D4 d'Infomaniak

Infomaniak inaugure un data center révolutionnaire qui revalorise 100 % de son énergie pour chauffer des bâtiments (Infomaniak) : https://news.infomaniak.com/infomaniak-inaugure-un-data-center-revolutionnaire-qui-revalorise-100-de-son-energie-pour-chauffer-des-batiments/
Un data center construit sous des habitations revalorise 100 % de son énergie : visite guidée (Clubic) : https://www.clubic.com/actualite-528513-un-data-center-construit-sous-des-habitations-revalorise-100-de-son-energie-visite-guidee-d-une-installation-hors-norme.html

L'eau indirecte et le refroidissement Nvidia

Nvidia wants to cut data center water use, but that's not the same as fixing AI's water problem (TechCrunch, 22 juin 2026) : https://techcrunch.com/2026/06/22/nvidia-wants-to-cut-data-center-water-use-but-thats-not-the-same-as-fixing-ais-water-problem/

Les ordres de grandeur

The Data Center Water Panic Has a Better Answer : Water Markets (Manhattan Institute) : https://manhattan.institute/article/the-data-center-water-panic-has-a-better-answer-water-markets
Enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », édition 2026, données 2024 (Arcep) : https://www.arcep.fr/fileadmin/user_upload/observatoire/enquete-pns/edition-2026/enquete-annuelle-pour-un-numerique-soutenable_edition2026_mai2026.pdf
Consommation des datacenters en France : +38 % sur l'électricité et +16 % sur l'eau en trois ans (Next.ink) : https://next.ink/238656/consommation-des-datacenters-en-france-38-sur-lelectricite-et-16-sur-leau-en-trois-ans/
AlphaFold : five years of impact (Google DeepMind) : https://deepmind.google/blog/alphafold-five-years-of-impact/

Les cas extrêmes aux États-Unis

Georgia data center used 29 million gallons of water through unauthorized hookups (Tom's Hardware) : https://www.tomshardware.com/tech-industry/georgia-data-center-used-29-million-gallons-of-water
Data center water wars : Georgia, Arizona, The Dalles (For
Transcription
00:01Pour 5 recherches sur TchadZPT, vous posez 5 questions.
00:06Il faut un demi-litre d'eau pour refroidir les machines.
00:09Pour environ 10 à 50 recatillas, vous allez consommer un demi-litre d'eau.
00:13C'est de l'eau l'eau.
00:14Faire une simple demande à l'intelligence artificielle, c'est comme consommer 50 cl d'eau potable.
00:23Dans 20-30 ans, il n'y en aura plus.
00:26Vous avez forcément vu passer le chiffre sur X, sur Insta, dans un reportage télé,
00:30à la radio publique ou dans la bouche d'un pote un peu inquiet.
00:33Ouais, à chaque fois que tu poses une question à chaque JPT, ça consomme une bouteille d'eau.
00:36Alors parfois, c'est un litre par requête.
00:38Parfois, c'est carrément l'IA va assécher la planète.
00:40Alors je vais être honnête avec vous dès la première minute.
00:43C'est faux.
00:44Fin de la vidéo.
00:47Non, je déconne.
00:47On n'est pas dans le nuancé, ni dans le ça dépend, mais factuellement, arithmétiquement, dans le faux.
00:53Je suis prêt à parier que vos potes ont l'image d'un grand ordinateur qui avale des lits d
00:57'eau pour fonctionner.
00:58Évidemment, ce n'est pas la réalité.
01:00Alors attention, je vous vois venir, je ne suis pas là non plus pour vous faire un t'inquiète lié
01:02à ces écolo consommés.
01:04Je ne suis pas un fanboy de Claude, et parce qu'il y a vraiment des problèmes derrière cette histoire
01:07d'eau.
01:07Des villes américaines qui se sont fait siphonner leur nappe, ça existe.
01:10Des branchements illégaux, il y en a.
01:12Une électricité qui est parfois dégueulasse et qui fait énormément monter l'utilisation d'eau, c'est vrai aussi.
01:17Mais les problèmes sont connus, et comme souvent, science et technique cherchent à avancer, pas à reculer.
01:22On va vers du mieux.
01:24Bref, le sujet de l'eau dans l'IA, il est réel, il est juste presque toujours raconté n'importe
01:28comment par des gens pour qui la vérité technologique ne compte pas.
01:31Alors aujourd'hui, on ne va pas y aller avec le dos de la cuillère, d'où sort ce chiffre
01:33?
01:33Pourquoi un datacenter a besoin d'eau ?
01:35Pourquoi consommer de l'eau ne veut pas dire ce que vous croyez ?
01:38Est-ce que ça pèse comparé à un terrain de golf ou à votre piscine ?
01:40Et où sont évidemment les vrais dossiers ?
01:42C'est ça que je vous propose, et je vous promets qu'à la fin de cette vidéo,
01:45le lit par requête, vous ne pourrez plus jamais le reposter sans avoir un peu honte.
01:52Pour tuer un mythe, il faut savoir où il est né.
01:55Et celui-là, il a un acte de naissance très précis.
01:57En 2023, quatre chercheurs des universités de Californie à Riverside et du Texas à Arlington
02:03publient une étude intitulée « Making AI Less Thirsty »
02:06ou dans la langue de Footix, « Rendre l'IA moins assoiffé ».
02:08Je vous mettrai l'étude dans la description,
02:10mais ce qu'il faut retenir, c'est que c'est un travail sérieux
02:12et le premier à essayer de chiffrer l'empreinte eau de l'IA.
02:15Alors ils prennent GPT-3 comme cobaye, voilà l'ancêtre,
02:17et ils estiment que l'entraîné dans les datacenters américains de Microsoft
02:20a évaporé sur site environ 700 000 litres d'eau douce.
02:24Et pour l'usage courant de la plèbe, vous et moi, ils sortent une phrase choc.
02:28GPT-3 boit l'équivalent d'une bouteille de 500 millilitres
02:31pour à peu près 10 à 50 réponses de longueur moyenne.
02:34Alors déjà, un truc devrait vous choquer.
02:35Même l'étude de base, elle dit « une bouteille » pour 10 à 50 réponses.
02:40On n'est pas « une bouteille par réponse »,
02:42on est déjà dans le papier fondateur,
02:43à un ou deux ordres de grandeur en dessous de ce qu'on vous raconte.
02:47En 2024, le Washington Post reprend la méthode d'eau de ses chercheurs
02:50et l'applique à un cas très précis.
02:51Écrire un email de 100 mots avec GPT-4.
02:54Résultat, environ 519 millilitres.
02:56Une bouteille.
02:57Et là, le chiffre décolle, il fait le tour du monde,
02:59il devient la punchline des anti-IA.
03:01Sauf que ce 519 millilitres, il cache trois nuances
03:04que personne ne mentionne jamais et qui sont de vrais entourloupes.
03:07Piège numéro 1.
03:08Ce n'est pas l'eau du refroidissement des serveurs.
03:11C'est le cycle de vie complet.
03:12On y ajoute par exemple toute l'eau de la production d'électricité.
03:15On y reviendra, mais retenez que le refroidissement pur dans le papier d'origine,
03:18c'est de l'ordre de 2 millilitres par requête en moyenne aux Etats-Unis.
03:21Pas 500.
03:22Le piège numéro 2, c'est ce qu'on appelle un « pire cas géographique ».
03:24La même méthode donne 235 millilitres au Texas
03:27et 1408 millilitres dans l'état de Washington pour le même email.
03:31Parce que ça dépend entièrement du climat et de la centrale électrique du coin.
03:34Donc prendre le chiffre le plus effrayant et le présenter comme « le chiffre »,
03:37c'est déjà de la triche.
03:38En France, avec notre électricité massivement décarbonée et notre climat,
03:41on aurait un tout autre chiffre, bien moins inquiétant.
03:43Le piège numéro 3, et je pense que c'est le plus fort,
03:45c'est que même en gardant ce 519 millilitres maximaliste,
03:49ça reste une demi-bouteille.
03:50C'est pas un litre.
03:51Le 1 litre par requête qui circule, c'est donc une déformation d'une déformation.
03:54Mensonge au carré, quoi.
03:55Et pour enfoncer le clou, prenons les deux chiffres officiels sortis depuis.
03:59En juin 2025, Sam Altman, le patron d'OpenAI, avance dans un billet de bloc
04:02qu'une requête chez GPT moyenne consomme environ 0,000085 gallons d'eau.
04:08En clair, pour les 99% des gens qui ont adopté le 100 système métrique, 0,32 millilitres,
04:12soit un quinzième de cuillère à café.
04:13Soit exactement ça.
04:17Ouais, j'en ai trop mis.
04:18Ouais, j'en ai déjà trop mis.
04:19Voilà.
04:20Bref.
04:20Google, de son côté, publie en août 2025
04:23un rapport technique basé sur ces données de production.
04:26Une requête texte médiane sur Gemini,
04:28c'est environ 0,26 millilitres, soit 5 gouttes.
04:31Alors oui, comme toujours, il faut garder de la méfiance.
04:33Altman ne publie aucune méthodologie
04:35et Google ne compte que sur le refroidissement sur site.
04:38Et ses boîtes ont tout intérêt à minimiser les chiffres.
04:40Ce sont des planchers.
04:41Le vrai enseignement, pour moi, il est là.
04:43Si deux chiffres sur l'eau d'une requête diffèrent d'un facteur 1000,
04:46ce n'est pas que l'un ment et l'autre dit vrai.
04:48C'est qu'ils ne comptent pas la même chose
04:49et ne prennent pas du tout en compte les mêmes usages.
04:51Et celui qui va vous balancer un chiffre unique et péremptoire
04:54vous cache toujours la méthodologie qu'il a tracée pour l'obtenir.
04:59Pour comprendre tout ça,
05:00il faut quand même revenir à la base
05:01parce que beaucoup de gens,
05:02peut-être vous, derrière votre écran,
05:04imaginent que les serveurs boivent de l'eau
05:06comme un moteur boit de l'essence.
05:07C'est faux, faux et faux.
05:09Un datacenter, physiquement,
05:10c'est une machine à transformer de l'électricité en chaleur.
05:13Point.
05:13Quasiment 100% de l'électricité qui rentre
05:16ressort sous la forme de chaleur
05:17et entre-temps, elle a fait des calculs
05:18pour générer votre tronche en jouet sous un blister.
05:20Je suis hyper content.
05:22Et cette chaleur, il faut l'évacuer,
05:23sinon les puces cuisent.
05:24Tout le problème eau de l'IA vient de là,
05:27de la façon dont on sort la chaleur du bâtiment.
05:29Historiquement, la méthode la plus répandue,
05:31c'est la tour aéro-réfrigérante.
05:32On fait circuler de l'eau,
05:33on en laisse une partie s'évaporer
05:35et l'évaporation emporte la chaleur.
05:36C'est exactement comme la transpiration vous refroidit.
05:39C'est efficace, c'est pas cher,
05:40mais ça évapore de l'eau en continu.
05:42Selon le climat, on parle de 1 à 9 litres évaporés
05:44par kWh de calcul,
05:46avec une moyenne admise de 1,8 litres par kWh,
05:49les meilleurs datacenters descendent sous 0,7
05:51voire à 0,19 litres par kWh
05:53à WS ou 0,30 chez Microsoft.
05:56Et il faut de l'eau propre, souvent potable,
05:58sinon les canalisations s'entartent
05:59et les bactéries prolifèrent.
06:01En fait, c'est ça l'eau directe d'un datacenter.
06:03Notez que l'eau évaporée, elle n'est pas perdue.
06:05Si vous vous souvenez de vos cours au collège,
06:06vous avez normalement étudié le cycle de l'eau
06:08et pour celles et ceux qui ont séché la SVT,
06:09on fait un petit topo un peu plus loin dans la vidéo.
06:11Mais le refroidissement par eau évaporée,
06:13ça n'est pas une fatalité.
06:14Il existe d'autres façons de faire.
06:15On a le refroidissement à air, ou le free cooling.
06:18Quand l'air extérieur est assez frais,
06:19on s'en sert directement sans évaporer une goutte.
06:21On a le refroidissement liquide en boucle fermée
06:23que vous connaissez dans vos ordinateurs.
06:25C'est un liquide caloporteur qui circule au contact des puces.
06:27Alors on remplit une fois,
06:28il tourne en circuit fermé et il ne s'évapore pas.
06:31On a aussi les dry coolers,
06:32des radiateurs géants qui ne consomment aucune eau à l'année.
06:35Et là, il faut être honnête,
06:35sur le revers de la médaille,
06:36sinon on refait la même erreur que ceux d'en face.
06:38Supprimer l'eau coûte souvent de l'énergie.
06:40Un dry coolers consomme zéro eau sur site,
06:42mais il tourne plus,
06:43donc il consomme plus d'électricité,
06:44et donc plus d'eau ailleurs, à la centrale.
06:46Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'y a pas de repas gratuit.
06:48On déplace le curseur entre eau, énergie, carbone,
06:50foncier et utilité pour l'humanité.
06:52On y reviendra aussi parce que c'est le vrai sujet.
06:54L'eau comme l'électricité,
06:55c'est pas sale de s'en servir,
06:57mais il faut bien s'en servir.
06:58Mais avant ça, je vais prendre un peu de temps
06:59pour vous raconter un truc que j'ai vu en vrai,
07:00parce qu'en fait, ça vaut tous les discours,
07:02c'est de l'expérience de première main.
07:03Il y a quelques années, je suis allé en Suisse
07:04visiter le dernier datacenter d'Infomaniac,
07:06et vous trouverez la vidéo complète ici,
07:08si le sujet vous intéresse.
07:09Pour résumer, il s'appelle le D4,
07:10et il est l'exact inverse de l'image d'épinal
07:12du datacenter qui pompe une rivière.
07:14Déjà, il est enterré sous un éco-quartier résidentiel,
07:17sous une coopérative d'habitants.
07:18Zéro impact visuel,
07:19pas de hangar moche au milieu d'un champ,
07:21et ensuite, il n'y a pas de climatisation traditionnelle,
07:23d'ailleurs, Infomaniac refroidit ses datacenters
07:25à l'air et sans clim depuis 2013,
07:27et surtout, pas une goutte d'eau consommée
07:29pour le refroidissement.
07:29Le principe est très élégant.
07:31L'air ressort des 10 000 serveurs
07:33à 45 degrés Celsius.
07:35Il passe dans un échangeur air-eau,
07:37puis dans des pompes à chaleur
07:38qui le refroidissent à 28 degrés,
07:39et cet air tiède repart ensuite refroidir
07:41les serveurs en boucle fermée.
07:43On n'a aucune évaporation.
07:44Le plus beau, à mon sens,
07:45c'est ce qu'ils font de la chaleur.
07:46Au lieu de la balancer dans l'atmosphère
07:47comme le fait l'écrasante majorité
07:49des datacenters de la planète,
07:53donc à pleine charge, ça fait 1,7 MW envoyé au réseau,
07:57soit de quoi chauffer environ 6 000 logements à l'année.
07:59Donc on a un datacenter qui littéralement
08:01chauffe des appartements
08:02pendant qu'il fait tourner vos promptes.
08:03Alors oui, le D4, c'est petit.
08:051,25 MW de puissance pour les calculs,
08:07à comparer avec les méga clusters d'entraînement de l'IA
08:09qui se comptent en centaines de MW, voire en GW.
08:12Et 100% de l'énergie revalorisée,
08:14ça veut pas dire rendement magique,
08:15ça veut dire qu'on capte la chaleur fatale
08:17au lieu de la gâcher,
08:18et les pompes à chaleur, elles,
08:19consomment un peu d'électricité en plus.
08:20Ce modèle ne marche que si vous êtes à côté d'un réseau de chaleur
08:23et dans un climat tempéré.
08:24Mais pour moi, c'est exactement le point.
08:25Le D4, il prouve qu'un datacenter à l'impact minimal en eau,
08:28ce n'est pas de la science-fiction.
08:29C'est une question de conception et d'implantation,
08:31et l'électricité utilisée provient, dans ce cas,
08:33d'un mix barrage et renouvelable.
08:35Infomaniac est en plus sympa,
08:37tout le dossier est en open source,
08:38documenté par l'EPFL, l'IMD et l'Université de Lausanne,
08:41pour que d'autres le copient.
08:42Donc en bref, la consommation d'eau d'un datacenter,
08:44c'est un choix d'ingénierie.
08:51La transition est parfaite,
08:53parce qu'on arrive au cœur conceptuel du problème,
08:55et c'est là qu'il faut être précis,
08:56parce que c'est là que 90% des débats déraillent.
08:59Quand on dit qu'un datacenter consomme de l'eau,
09:01l'image mentale, c'est un liquide qui disparaît,
09:03qui est détruit, comme on brûle du pétrole.
09:05Mais l'eau, ça ne se détruit pas.
09:07Une molécule d'eau, évaporée par une tour de refroidissement,
09:10elle ne quitte pas la planète.
09:12Elle monte, elle forme un nuage, elle retombe en pluie.
09:14C'est le cycle de l'eau, celui qu'on apprend en CM1,
09:16et à l'échelle du globe et de l'humanité,
09:18la quantité d'eau est à peu près stable.
09:20Vous savez comment on perd vraiment de l'eau à l'échelle planétaire ?
09:23Pour le dire vite, c'est quand elle s'en va dans l'espace.
09:25Donc sur des échelles de temps absurdes,
09:27par des phénomènes d'échappement atmosphérique,
09:29et autant vous dire que votre quai de chat de GPT,
09:30elle n'est pas en train de vider les océans vers l'espace intersidéral.
09:33Donc techniquement, les deux mots qu'il faut distinguer,
09:36ce sont prélèvement et consommation.
09:38Le prélèvement, c'est l'eau que vous puisez dans une rivière ou dans une nappe.
09:42Vous pouvez la rendre juste après,
09:43une centrale nucléaire au bord d'un fleuve en prélève des quantités astronomiques
09:47et en restitue la quasi-totalité,
09:49un peu plus chaude, quelques centaines de mètres plus long.
09:51La consommation, au sens technique,
09:53c'est la part que vous ne rendez pas immédiatement au même endroit.
09:56Celle qui s'évapore, par exemple.
09:58Elle n'est pas détruite, évidemment,
09:59mais elle a quitté le bassin versant local.
10:00Elle va retomber peut-être en pluie,
10:02mais à 300 km sur un autre bassin dans deux semaines.
10:04Et c'est ça la nuance honnête qu'il faut toujours rappeler.
10:07Le problème de l'eau des datacenters, quand il existe,
10:09c'est jamais un problème planétaire de
10:12« on va manquer d'eau sur Terre »,
10:13c'est un problème local et temporel.
10:16Évaporer 100 mètres cubes d'eau par jour,
10:18ça n'a aucune importance à côté d'un fleuve breton en hiver,
10:20mais ça peut être un scandale au-dessus d'une nappe surexploitée de l'Arizona
10:23au mois de juillet.
10:24L'eau n'est pas rare sur la planète,
10:26elle est mal répartie dans l'espace et dans le temps.
10:28Et celui qui vous dit « l'IA assèche le monde »,
10:30il se trompe.
10:30Celui qui vous dit « l'eau, c'est un cycle, donc zéro problème »,
10:33il se trompe aussi.
10:34La vérité, c'est que ça dépend d'où et quand
10:36vous plantez votre datacenter
10:37et comment vous le refroidissez.
10:40Maintenant qu'on a tous en tête la distinction
10:42entre prélèvement et consommation,
10:43on peut désamorcer le plus gros piège de tous les pièges.
10:46Parce que quand un datacenter consomme de l'eau,
10:48l'essentiel ne se passe pas dans le datacenter.
10:50Si vous reprenez le fameux 519 millilitres de l'email
10:52qu'on a détaillé au tout début de la vidéo,
10:54dans ce chiffre, l'eau du refroidissement des serveurs,
10:56c'est la toute petite part.
10:57Le gros, c'est l'eau de la centrale qui produit l'électricité.
11:00Parce qu'une centrale thermique classique,
11:02ça refroidit aussi cette turbine à l'eau,
11:03souvent par évaporation.
11:04Les chiffres sont éloquents.
11:05Une centrale à gaz consomme environ 1,17 litres d'eau par kWh produit,
11:09une centrale à charbon, c'est 2,2 litres,
11:11un barrage hydroélectrique à cause de l'évaporation de sa retenue,
11:14on est jusqu'à 6,8 litres par kWh,
11:16et à l'inverse, le solaire, c'est 0,03 litres.
11:18L'écart peut varier d'un facteur 100 selon la source d'électricité.
11:22Donc si je traduis tout ça,
11:23je dirais que la couleur de votre électricité
11:24pèse plus lourd que votre tour de refroidissement.
11:26Et un datacenter alimenté au charbon dans un désert,
11:29c'est une catastrophe hydrique.
11:30Le même datacenter qui produit la même chose,
11:33alimenté au solaire dans un climat frais,
11:35c'est presque neutre.
11:36Aux Etats-Unis, où les énergies fossiles
11:38fournissent encore environ la moitié de l'électricité des datacenters,
11:40cette eau indirecte,
11:41elle peut doubler ou tripler l'empreinte totale.
11:43Et c'est ici que la France a une carte maîtresse à jouer
11:46sur l'IA du futur,
11:47et la décarbonation de tout le secteur.
11:49Notre électricité est majoritairement nucléaire,
11:51hydraulique et renouvelable.
11:53Elle est donc très peu carbonée.
11:57Sur le carbone, un datacenter français
11:59part avec une longueur d'avance énorme.
12:01Sur l'eau, c'est plus subtil,
12:02le nucléaire prélève énormément d'eau de refroidissement,
12:05mais en restitue la plus grande partie au fleuve,
12:07mais c'est quand même super.
12:08Le sujet de l'eau indirecte,
12:10il dépend entièrement du mix électrique du pays.
12:12Et le mix français n'a rien à voir avec le mix texan.
12:14Finalement, on a presque un devoir moral
12:16d'installer des datacenters chez nous
12:17pour proposer des calculs
12:18les plus écologiquement neutres possibles.
12:20Et on serait les champions de la planète si on faisait ça.
12:22Bon, maintenant qu'on a dit ça,
12:24on va faire un peu mal
12:24en passant aux ordres de grandeur.
12:27Parce qu'un chiffre tout seul, ça veut rien dire.
12:29575 000 mètres cubes.
12:30C'est beaucoup ou c'est peu ?
12:31La réponse, c'est que ça dépend à côté de quoi vous le posez.
12:33Et au fond, quiconque paye son électricité ou son eau,
12:37datacenter ou particulier,
12:38achète le droit de l'utiliser.
12:40Mettre dans la balance ce qu'on fait de l'eau et de l'électricité,
12:42c'est un sujet politique.
12:43C'est un engagement de la société
12:45pour telle ou telle activité.
12:46Et vous allez voir que quand on prend ce prisme en compte,
12:48c'est pas l'IA qui va changer quoi que ce soit à la planète.
12:50Commençons par les Etats-Unis,
12:51parce que c'est là où la panique est la plus forte.
12:53Selon les estimations reprises
12:54jusqu'à des think tanks pro-industrie
12:56comme le Manhattan Institute,
12:57l'ensemble des datacenters américains
13:00représentent environ 0,2%
13:02de la consommation d'eau douce du pays.
13:05Et la majeure partie, encore une fois,
13:07vient indirectement via l'électricité.
13:09En Arizona, l'état le plus tendu,
13:11les datacenters de Google, Microsoft et Meta
13:14ont consommé environ 905 millions de galons d'eau en 2025.
13:18Encore une fois, pays dégénéré qui mesure en galons, mais passons.
13:20La même année,
13:21les terrains de golf de la seule région de Phoenix
13:23en ont bu environ 29 milliards de galons d'eau,
13:26soit à peu près 32 fois plus.
13:29Et l'agriculture, elle,
13:31elle écrase tout le monde.
13:32La luzerne en Californie,
13:34à elle seule,
13:35c'est des centaines de milliards de galons d'eau.
13:37Vous voulez un chiffre encore plus hallucinant ?
13:39Amazon est allé encore plus loin
13:40et a même chiffré que ces datacenters
13:42consomment l'équivalent de 0,075% de l'eau
13:45que les américains utilisent pour
13:47arroser leurs pelouses
13:48et leurs jardins.
13:51Voilà.
13:52Alors oui,
13:52tous les datacenters américains
13:54qui font tourner la tech mondiale
13:55versus l'agriculture
13:56qui nourrit des humains ou des animaux,
13:57ça se discute.
13:58Mais des golfs ou des pelouses ?
14:00Alors franchement,
14:00j'ai un peu plus de mal.
14:04Et qu'est-ce que ça signifie en France ?
14:06Je vous le dis tout de suite,
14:06la comparaison devient gênante
14:08pour nos alarmistes.
14:09D'après la dernière enquête de l'ARCEP,
14:11les datacenters recensés en France
14:13ont consommé en 2024
14:142,7 TWh d'électricité
14:17et prélevé directement 575 000 m3 d'eau
14:21côté refroidissement.
14:22Petite précision pour rester honnête,
14:23l'étude ne couvre qu'environ la moitié
14:24des datacenters de colocation
14:26et exclut les infrastructures internes des géants.
14:28Donc c'est un plancher utile,
14:29mais c'est pas la totalité.
14:30Pour vous donner une comparaison quand même,
14:32Google à lui tout seul
14:33a consommé 30,8 TWh d'électricité
14:35la même année.
14:36Plus de 10 fois tous les datacenters français
14:38réunis dans l'étude de l'ARCEP.
14:39Maintenant, passons à l'eau
14:40puisque c'est notre sujet.
14:41575 000 m3 pour tous ces datacenters.
14:44Devinez combien les golfs français
14:46ont utilisé sur la même période ?
14:47Environ 29 millions de m3 par an
14:50selon un rapport du ministère de l'écologie
14:52et de la Fédération Française de Golf.
14:53Un golf 18 trous,
14:54c'est en moyenne 50 000 m3 par an.
14:56Je vous laisse faire le calcul avec moi.
14:57L'ensemble des datacenters recensés par l'ARCEP
14:59en France représentent en eau direct prélevée
15:02autant d'eau qu'environ 11 ou 12 terrains de golf.
15:05La France compte plus de 700 terrains de golf
15:07et franchement, j'ai rien contre les golfeurs
15:09mais leur sport à base de pelouse à arroser
15:11c'est pratique pour faire des comparaisons.
15:12Et si on était vraiment alarmiste ?
15:13Compte tripler le chiffre de l'ARCEP,
15:15on arriverait toujours à 36 golfs
15:17pour refroidir tous les datacenters français.
15:19Encore plus alarmiste,
15:20on va tirer le trait,
15:21on va ajouter l'eau indirecte
15:23liée à la production électrique
15:24estimée par l'ARCEP aussi.
15:25On va arriver à un total eau indirecte
15:27plus eau directe de 6,5 millions de m3.
15:30Là, on n'est plus à 12 golfs.
15:31On est à 130 golfs.
15:33Ça reste encore plus de 4 fois moins
15:34que les 29 millions de m3 des golfs français.
15:37Autrement dit,
15:37tout le numérique lourd du pays
15:39tel qu'on l'a mesuré
15:40pèse en eau comme une poignée de golf.
15:41Et je ne vous parle même pas des piscines privées.
15:43On en compte plus de 3 millions dans le pays,
15:45ni des canons à neige,
15:46ni de l'arrosage urbain.
15:47Et je vais le redire pour être clair,
15:48ça ne veut pas dire
15:49que la consommation des datacenters
15:50est négligeable dans l'absolu,
15:52ni qu'elle n'augmente pas.
15:53D'ailleurs, elle a augmenté,
15:53elle a grimpé de 16% en 3 ans en France.
15:55Mais ça veut dire qu'à l'échelle nationale,
15:57en ordre de grandeur,
15:58on parle d'un usage très modeste
15:59qu'on présente comme une apocalypse
16:01pendant qu'on arrose les greens
16:02sans que personne ne pose de thread
16:03indigné à 2h du matin.
16:06Et il y a un dernier truc
16:07qu'on ne met jamais dans la balance,
16:08ce que cette eau permet de faire.
16:10Parce qu'on adore demander
16:11ouais, combien d'eau
16:12pour une requête chat GPT, etc.
16:13Mais personne ne demande jamais
16:15combien d'eau pour un trou de golf.
16:16Et surtout, pourquoi faire ?
16:18Franchement, le golf, c'est super,
16:19ça fait un beau gazon.
16:20Une piscine privée, c'est chouette,
16:21ça rafraîchit une famille l'été,
16:22c'est très bien.
16:23Mais un datacenter,
16:24qu'est-ce qu'il fait de son eau ?
16:25Prenez AlphaFold.
16:31C'est Enya qui a prédit la structure
16:33de plus de 200 millions de protéines,
16:35à peu près toutes celles
16:36que connaît la science.
16:37C'est un travail qui aurait pris
16:38à la paillasse
16:38des centaines de millions d'années.
16:40C'est libre, gratuit,
16:41utilisé par 2 à 3 millions de chercheurs
16:43dans plus de 190 pays,
16:44dont plus d'un million
16:45dans des pays qu'on dirait volontiers pauvres.
16:46Un tiers de ces travaux
16:47portent sur des maladies,
16:49ça a valu le prix Nobel de chimie en 2024,
16:51et tout ça, ça tourne
16:52dans des datacenters refroidis
16:54avec l'eau qu'on est en train de compter
16:55goutte à goutte.
17:04Alors là, oui,
17:04je vous ai pris un best case,
17:06et non, toutes vos requêtes
17:07ne soignent pas le cancer,
17:08on est d'accord.
17:08Il y a des mèmes,
17:09il y a des devoirs bâclés,
17:10il y a des images de chat en armure,
17:11mais juger l'eau de l'IA
17:12à ses usages les plus débiles
17:14en épargnant par habitude
17:15des tas d'autres usages
17:16infiniment moins utiles,
17:17c'est de la malhonnêteté intellectuelle.
17:19La vraie question
17:20que devrait se poser le politique,
17:22ce n'est pas combien d'eau,
17:23c'est combien d'eau pour quoi faire.
17:25Et là, franchement,
17:26l'infrastructure qui permet à un chercheur de Nairobi
17:28de plier une protéine en un week-end,
17:30franchement, elle tient plutôt bien la comparaison
17:32avec votre bassin de nage de 8 mètres sur 3.
17:34Et si je me focalise simplement sur la France,
17:36c'est pas rien non plus.
17:37Les data centers,
17:38c'est environ 2% de l'électricité française,
17:41c'est plusieurs milliards d'euros d'investissement annoncés,
17:43c'est des recettes fiscales,
17:44c'est des emplois,
17:44c'est une économie complète
17:45et une question de souveraineté.
17:46À l'heure où on préfère éviter que toutes nos données
17:48et tous nos calculs vivent sur des serveurs américains ou chinois,
17:51ça a de l'importance.
17:52Aujourd'hui, une bonne partie de l'humanité
17:53qui travaille dans le tertiaire,
17:54elle vit grâce aux data centers.
17:56Et demain, elle vivra grâce aux data centers IA,
17:58qui seront aussi l'un des pieds de la robotique.
18:00Bref,
18:01en clair,
18:01on utilise un peu d'eau,
18:03mais pour des usages que je trouve parfaitement légitimes.
18:07Alors Julien,
18:08est-ce que tout va bien dans le meilleur des mondes ?
18:10Non.
18:11Si je m'arrêtais là,
18:11franchement,
18:12je serais aussi malhonnête que ceux que je critique.
18:14Il y a eu des vrais scandales.
18:15Il faut en parler,
18:16et très précisément,
18:17parce que ce qu'il raconte est très très instructif.
18:19Le cas documenté le plus violent,
18:21il date de 2026,
18:23dans le comté de Fayette,
18:24en Géorgie.
18:24Un data center géant,
18:26exploité par l'entreprise QTS,
18:27nom de code Projet Excalibur,
18:29580 000 m2,
18:31voilà le décor.
18:31Une enquête découvre que le site a pompé
18:33environ 29 millions de gallons d'eau,
18:36l'équivalent de 44 piscines olympiques,
18:38via deux branchements industriels non déclarés.
18:40L'un installé sans que le service des eaux du comté soit au courant,
18:42l'autre jamais relié à un compte de facturation.
18:44Bilan,
18:45de l'eau tirée,
18:46sans être ni comptée,
18:47ni payée.
18:48Alors l'entreprise,
18:48elle a expliqué que c'était de l'eau de chantier,
18:50pour le béton,
18:50l'antipoussière.
18:51Le comté,
18:52il a facturé après coup,
18:53mais il n'a infligé aucune amende,
18:54ce qui a scandalisé les experts.
18:56Dans la foulée,
18:57la ville de Fayetteville,
18:58elle a tout bonnement interdit les nouveaux data centers,
19:00voilà les conséquences,
19:01elle rejoint au moins 50 villes américaines
19:03qui ont voté des moratoires pour interdire ces structures.
19:05La nuance importante dans cette affaire,
19:07pour moi,
19:07c'est la suivante,
19:08non déclarée.
19:09Le scandale,
19:10c'est pas un data center qui a besoin d'eau,
19:11le scandale,
19:12c'est un défaut de contrôle et de gouvernance.
19:14Deuxième exemple,
19:14plus ancien et plus subtil.
19:16Cette fois,
19:16on est à The Dales,
19:17dans l'Oregon.
19:18Le data center de Google,
19:19il y a consommé environ 355 millions de gallons en 2021,
19:23soit près d'un quart de l'eau de cette petite ville de 16 000 habitants.
19:25Et le vrai scandale,
19:26là encore,
19:27il est ailleurs.
19:27C'est pas que Google utilise de l'eau,
19:29ils en ont le droit.
19:30C'est parce que Google a financé le procès de la ville
19:32contre le journal local
19:33qui voulait,
19:34par une demande d'accès aux documents publics,
19:35connaître les chiffres.
19:36L'entreprise,
19:37elle,
19:37elle a plaidé le secret des affaires.
19:39Le résultat mesurable,
19:40c'est qu'on a des années de méfiance des riverains.
19:42On a installé un climat détestable.
19:44En bref,
19:45c'est pas une histoire de robinet,
19:46c'est une histoire de transparence.
19:48Alors je vais pas vous faire une liste complète,
19:49mais on peut en aligner d'autres.
19:50Il y a un data center meta dans le comté de Newton,
19:52en Géorgie,
19:53qui a été accusé d'avoir perturbé les puits privés de riverains,
19:55ou un promoteur dans l'impérial vallée
19:57qui attaque en justice
19:58pour obtenir 260 millions de gallons par an,
20:00tiré du Colorado,
20:01un fleuve qui est déjà en détresse.
20:03Le fil rouge de tous ces cas,
20:04c'est que le problème,
20:05c'est jamais l'IA en général.
20:06C'est où on implante ces machines,
20:08des régions arides,
20:09des nappes déjà surexploitées,
20:10et comment on les contrôle.
20:11Un data center au-dessus d'un aquifère
20:13à sec de l'Ouest américain en été,
20:15c'est un problème réel.
20:16Le même à Genève,
20:17en circuit fermé,
20:18c'est un chauffage urbain,
20:19et personne s'en plaint.
20:19A mon sens,
20:20c'est ça l'arbitrage qu'il faut faire.
20:21Et la bonne nouvelle,
20:22c'est qu'on peut être malin sur l'implantation.
20:25L'idée qui revient de plus en plus,
20:26c'est qu'au lieu de bétonner des champs,
20:27on réutilise ce qu'on a déjà sous les pieds.
20:29Et à Paris,
20:29on a sous les pieds un drouillère.
20:31On a des anciennes carrières,
20:32des abris anti-aériens,
20:33des bunkers de la seconde guerre mondiale,
20:34bref, il y a des trous.
20:35C'est exactement la proposition
20:37qu'a apporté Paul Hatt,
20:38qui est conseiller de Paris
20:39du 17ème arrondissement.
20:41Et c'était en plein conseil de Paris
20:42en avril 2025,
20:43on s'en souvient très bien,
20:44il voulait installer des datacenters
20:45dans les quelques 250 bunkers désaffectés.
20:47Nous pouvons les mettre
20:48dans les 250 bunkers
20:52qui sont aujourd'hui désaffectés,
20:54qui ne sont plus exploitables pour l'humain.
20:56Récupérer leur chaleur
20:57pour chauffer les bâtiments municipaux.
20:58L'avantage, il est clair,
20:59c'est enterré,
21:00donc naturellement c'est plus frais.
21:01C'est déjà là,
21:01donc pas besoin d'artificialiser un hectare.
21:03Le problème,
21:04qui n'est pas des moindres,
21:05on va pas se le mentir,
21:06c'est que personne ne sait
21:07où ils sont ces bunkers
21:07et combien il y en a.
21:08Donc il faudrait commencer par les cartographier,
21:09et c'est peut-être là
21:10où Paul Hatt est allé un peu vite.
21:11La proposition,
21:12elle s'est faite salée en séance.
21:14Il y a un élu écologiste
21:14qui a rétorqué
21:15que ça reviendrait à réchauffer la ville,
21:16la mairie a boté en touche
21:17en jugeant l'idée
21:18pas sérieuse pour le moment,
21:19les sous-sols sont saturés,
21:20les bunkers appartiennent à la SNCF,
21:22à la préfecture,
21:23il y a du bruit, etc.
21:24Bon, le débat, il est légitime,
21:25notamment sur l'été
21:26quand il n'y a pas de chauffage à alimenter,
21:27mais sur le principe,
21:28l'argument de Hatt, il tient.
21:29L'électricité qui fait tourner un serveur
21:30n'est pas perdue,
21:31et si sa chaleur,
21:32elle chauffe un immeuble,
21:33la même énergie,
21:34elle sert deux fois.
21:34Et surtout, ce qu'il propose,
21:35c'est que c'est pas de la théorie,
21:36Paris le fait déjà.
21:37La ville, elle a son propre datacenter,
21:39porte de la chapelle depuis 2019,
21:41dont la chaleur alimente
21:41une boucle d'eau chaude de quartier,
21:43et même des serres agricoles sur le toit.
21:45La piscine de la Butokai,
21:46elle est chauffée depuis 2017
21:47par des serveurs installés dans son sous-sol,
21:49ça couvre 10 à 20% des besoins.
21:51Et dans le 15ème,
21:52on a un ancien abri anti-atomique
21:54qui a été reconverti en datacenter
21:55par Iliade,
21:56la maison mère de Free,
21:57les 150 habitants de l'immeuble au-dessus,
21:59ils économisent environ 500 euros de charge par an,
22:01donc c'est quand même pas rien.
22:02En plus, depuis 2026,
22:03la loi française oblige les datacenters
22:04de plus de 1 mégawatt
22:05à réutiliser leur chaleur
22:06avec un seuil de 20%.
22:07Le vrai gâchis français,
22:08il est donc pas dans l'eau,
22:10il est dans cette chaleur
22:10qu'on continue trop souvent
22:11de balancer par les toits.
22:12Et contrairement à ce qu'on entend tout le temps,
22:14face à la pression,
22:15l'industrie,
22:15elle ne se tourne pas les pouces.
22:17Elle a sorti des solutions.
22:18La grosse annonce qu'il faut retenir,
22:20c'est Nvidia mi-2026
22:22qui a présenté un système
22:23de refroidissement liquide
22:24à eau chaude.
22:25Pour comprendre ça,
22:26il faut imaginer que le fluide
22:26il entre dans les racks à 45 degrés,
22:28il ressort à 55 degrés,
22:30en circuit fermé,
22:31rempli une fois,
22:32recirculé pour la vie de l'installation.
22:33Ce qui est bien,
22:33c'est qu'à cette température,
22:34l'air extérieur suffit
22:35à évacuer la chaleur
22:36dans la plupart des climats
22:37sans évaporation.
22:38Ça rappelle qu'un GPU
22:39ou le processeur de votre ordi
22:40il tourne très bien dans cette température
22:41et il n'a pas besoin
22:42d'être refroidi à 2 degrés.
22:43Le résultat annoncé par Nvidia,
22:44c'est jusqu'à 100%
22:45de réduction de l'eau sur site.
22:46Le directeur du développement durable de Nvidia
22:48a même déclaré
22:48que le problème de l'eau
22:49des datacenters
22:50était en grande partie résolu.
22:52Alors oui, évidemment,
22:52Nvidia trace une ligne
22:53autour du bâtiment,
22:54tout ce qui est dedans est compté,
22:55tout ce qui est dehors c'est ignoré,
22:56comme l'électricité,
22:57la fabrication des puces, etc.
22:58Mais on a vu,
22:58ça représente parfois
22:59les deux tiers,
23:00voire les trois quarts
23:00de l'empreinte totale.
23:01Mais bon,
23:02on ne va pas demander non plus
23:02à Nvidia d'être un champion de l'électricité,
23:04c'est une autre industrie
23:04qui doit se remettre en question
23:06et qui doit aussi faire les bons choix.
23:07Et d'autres acteurs sont sur le coup.
23:09Google, par exemple,
23:10promet de restituer
23:11120% de l'eau douce
23:12qu'il consomme d'ici 2030,
23:13soit 20% de plus qu'il n'en prend,
23:15via notamment
23:15des projets de reconstitution de bassins.
23:18C'est louable,
23:19mais évidemment un peu de méfiance,
23:20restituer de l'eau au Brésil,
23:22ça ne compense pas
23:23une nappe vidée en Arizona.
23:25L'eau, encore une fois,
23:26c'est un problème local.
23:27Ça, le pacte européen
23:28des datacenters l'a bien compris,
23:29le Climate Natural Data Center Pact
23:31fixe une cible d'efficience en eau,
23:33le WUE,
23:34de 0,4L par kWh
23:36pour les nouveaux sites.
23:37Et puis, il y a des vraies solutions structurelles,
23:39celles qu'on a vues avec le D4,
23:40le free cooling,
23:40le circuit fermé,
23:41la réutilisation de la chaleur fatale,
23:43le fait de choisir intelligemment
23:44où et quand on fait tourner les machines.
23:46Bref, c'est des solutions qui marchent.
23:47Et souvent,
23:48un des arbitrages à faire
23:48est malheureusement le plus contre-intuitif.
23:50Parce que pour réduire le carbone,
23:51il faut suivre le soleil,
23:53calculer quand le solaire est abondant.
23:54Mais pour réduire l'eau,
23:55il faut fuir le soleil,
23:56donc éviter les heures les plus chaudes
23:57où l'évaporation explose.
23:58Donc, quand on optimise l'un,
24:00on peut parfois dégrader l'autre.
24:01Sauf que ce dilemme,
24:02soleil contre eau,
24:03la France a une façon assez unique
24:04de le contourner,
24:05le nucléaire.
24:06Notre réseau tourne à l'énergie décarbonée
24:08en continu,
24:09jour et nuit,
24:10qu'il fasse soleil ou pas.
24:11Donc, pas besoin de suivre le soleil
24:12pour être propre,
24:13pas besoin de cramer du gaz
24:14quand il se couche.
24:14Un data center branché
24:15sur le mix français,
24:16c'est du calcul bas carbone,
24:1824h sur 24,
24:19sans le pétard mouillé
24:20des centrales fossiles
24:20qui, elles,
24:21boivent vraiment votre eau.
24:22Le parc français prélève
24:23des quantités énormes d'eau,
24:25évidemment,
24:25environ la moitié
24:26de tous les prélèvements du pays,
24:27mais il en restitue
24:28à peu près 98%.
24:29Ce qui est réellement consommé,
24:31évaporé par les tours aéroréfrigérantes
24:32des centrales
24:33au bord des rivières,
24:34c'est de l'ordre de 2% du prélèvement,
24:36à peu près un demi-milliard
24:37de mètres cubes par an.
24:38Alors, c'est pas zéro,
24:39et lors des canicules
24:39de 2018 et 2022,
24:41certains réacteurs sur le Rhône
24:42ont dû baisser de régime
24:43parce que l'eau rejetée
24:44aurait été trop chaude
24:45pour la rivière,
24:46mais c'est pas énorme non plus.
24:47Le sujet de l'eau en France,
24:48bien sûr qu'il existe,
24:49mais si vous mettez ça
24:50en face d'un réseau
24:51au charbon ou au gaz,
24:52le match, il est même pas serré.
24:53Côté carbone, on les écrase.
24:55Côté eau indirecte,
24:56on est bien mieux placé
24:57que la plupart des concurrents.
24:58En clair, la France,
24:59on a vraiment pas à choisir
25:00en décarboner
25:01et économiser de l'eau.
25:02On peut gagner
25:03sur les deux tableaux.
25:04Et ça, pour une fois,
25:04je l'ai déjà dit,
25:05mais je le répète,
25:06c'est un vrai argument
25:06pour dire que les datacenters d'IA,
25:08autant les construire chez nous.
25:13Alors, on va récapituler
25:14et planter le clou
25:15une bonne fois pour toutes.
25:17Eau, carbone, énergie, foncier, bruit,
25:19il n'y a pas de bouton magique
25:20pour avoir tous les curseurs
25:21à 100%
25:22et faire quelque chose de parfait
25:23dans tous les domaines.
25:24Il n'y a que des compromis.
25:25Mais quand on connaît
25:26ces curseurs
25:26et qu'on connaît
25:27les ordres de grandeur,
25:28on arrête de paniquer
25:29et on commence à optimiser.
25:30C'est ce que fait l'industrie
25:31depuis toujours.
25:33Votre litre d'eau par requête,
25:34c'est un mensonge.
25:35Le vrai chiffre du refroidissement
25:36d'un datacenter,
25:37c'est quelques millilitres,
25:38parfois une fraction de millilitres.
25:40Et même le chiffre
25:41le plus alarmiste qui existe,
25:42la fameuse bouteille du Washington Post,
25:44déjà c'est une demi-bouteille
25:45en comptant toute la chaîne électrique
25:47et dans un pire cas géographique.
25:49Je n'ai trouvé le litre
25:50par requête nulle part,
25:51dans aucune étude,
25:52avec aucune méthodologie.
25:54C'est un chiffre
25:54qui s'est fabriqué tout seul,
25:55par exagération successive
25:56et parce qu'il fait
25:57un super post sur Instagram.
25:59Et même là,
25:59l'eau n'est pas détruite.
26:01Elle est évaporée
26:02et le vrai enjeu,
26:03il n'est jamais planétaire.
26:04Il est local et temporel.
26:06A l'échelle d'un pays
26:06comme la France,
26:07tous les datacenters recensés
26:08pèsent en eau direct
26:09comme une douzaine de golf.
26:10On l'a vu.
26:10Et pendant qu'on culpabilise
26:11sur une question à ChadGPT,
26:13on arrose des grines,
26:14on remplit 3 millions de piscines
26:15et on érique des pelouses
26:16sans que ça n'émeuve personne.
26:18Mais oui aussi,
26:19il y a des vrais problèmes localisés.
26:20Des datacenters plantés au mauvais endroit,
26:22au-dessus de nappes à secs,
26:23des branchements illégaux,
26:24des régulateurs complaisants,
26:26une électricité fossile
26:26qui consomme beaucoup.
26:27Tout ça est vrai.
26:29Donc la bonne question,
26:29ce n'est pas
26:30est-ce que l'IA va assécher la planète ?
26:32C'est où,
26:33quand,
26:33avec quelle électricité
26:34et sous quel contrôle
26:35on construit les machines
26:36qui font tourner l'IA ?
26:37Ça, pour moi,
26:38c'est un vrai débat d'adultes.
26:40Le lead par requête,
26:41c'est juste un mème.
26:42Et maintenant,
26:43vous savez pourquoi.
27:05Merci.

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