- il y a 1 semaine
L’audience s’ouvrira le 7 septembre devant la cour d’assises de Paris. Elle devrait durer 3 semaines. Le Priol sera jugé pour « assassinat », Bouvier pour « tentative d’assassinat », aux côtés de deux complices : la petite amie de Le Priol, Lyson Rochemir, et un ami de Bouvier, Anthony Sorrentino (qu’il a connu au GUD), soupçonnés d’avoir dissimulé des preuves et fourni une aide logistique pour leurs cavales.
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00:00Il faut préciser aux téléspectateurs qui nous regardent qu'on a reçu il y a un an dans cette même
00:03émission
00:04l'avocat des partis civils, Maître Le Bras.
00:06Donc cette fois-ci, place à la défense et nous allons nous intéresser à ces deux profils.
00:10Loïc Lepriol, donc, poursuivi pour assassinat, et Romain Bouvier que vous défendez, jugé pour tentative d'assassinat.
00:16Et pour évoquer la trajectoire de Loïc Lepriol, j'accueille aussi Alexandre Galien, écrivain.
00:21Pour le magazine Society, vous avez décidé de partir sur les traces de Loïc Lepriol,
00:25notamment ces quatre jours de cavale, on y reviendra.
00:28Précisons donc, comme dans le sujet, qu'il a été arrêté à la frontière hongroise.
00:31C'était dans la nuit du 22 au 23 mars 2022, quatre jours après la mort de Fédérico Arambour.
00:36Merci donc à tous les deux d'être avec nous.
00:38Alors, Dominique, Loïc Lepriol et Romain Bouvier encourent tous les deux la réclusion criminelle à péripétuité.
00:44Il faut bien préciser qu'il y en a un qui est jugé pour assassinat et l'autre pour tentative,
00:48mais que, dans le droit français, c'est la même peine encourue.
00:51L'intention vaut l'acte.
00:54Préparation d'un cambriolage, d'un braquage, c'est la peine encourue pour braquage.
01:00Pareil pour l'homicide.
01:03On rappelle, Loïc Lepriol, lui, c'est pour assassinat.
01:09Romain Bouvier pour tentative d'assassinat.
01:11Puis Lison, qui était la petite amie de Loïc Lepriol, pour complicité de tentative d'assassinat.
01:17Alors, première question que j'ai envie de vous poser, Maître, parce qu'on en a beaucoup parlé,
01:21notamment au moment de la mort de Quentin de Ranq à Lyon, ce militant d'extrême droite.
01:25Est-ce qu'on a reparlé de l'affaire Rambourou en disant, voilà, ça fait partie des meurtres commis par
01:32l'extrême droite ?
01:34Moi, j'ai un point de vue différent, mais vous allez en discuter beaucoup à l'audience.
01:37Moi, j'ai plutôt l'impression que c'est une affaire de type qui ont bu, tout le monde a
01:41bu.
01:42On s'embrouille et on découvre que ceux qui ont tiré sont des types d'extrême droite.
01:45Et ensuite, ça devient un meurtre commis par l'extrême droite.
01:48Alors, est-ce qu'on va juger deux meurtriers à partir de demain ?
01:52Ou est-ce qu'on va juger deux militants de l'extrême droite ?
01:54Qui est-ce qu'on va juger ? Je ne le sais pas, mais qui on doit juger, j'en
01:57suis certain.
01:57On doit juger deux meurtriers dans une affaire que je qualifierais de tristement banale.
02:02Et la connotation, notamment politique, n'a pas sa place ici.
02:06Elle a été, je pense, utilisée, voire instrumentalisée.
02:10Par ailleurs, le départ de la procédure, ce sont énormément de choses inexactes
02:13qui sont en tout cas médiatisées.
02:15Et sur cette base-là, je crois que pendant quatre ans,
02:17on a vécu avec l'idée de ce qu'on présentait à peu près
02:21comme une chasse à l'homme par des néo-nazis.
02:23On est au milieu de tout cela.
02:25Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des responsabilités à discuter.
02:27D'accord avec ça ?
02:29Vous n'avez pas forcément la même lecture.
02:31Si, j'ai à peu près la même lecture quant au fait qu'en effet,
02:35il faut juger deux meurtriers présumés,
02:37cependant, cette bascule dans la violence,
02:39elle tient au fait que sur les quatre individus appliqués,
02:42il y en a deux qui étaient armés.
02:44Et le fait que ces personnes-là soient armées
02:47et cette circulation des armes,
02:49on peut éventuellement aussi l'attribuer à des mouvances
02:52desquelles ils faisaient partie.
02:54On va y revenir.
02:54Il y a deux scènes et deux temporalités.
02:56Il y a la terrasse du Mabillon, on est boulevard Saint-Germain,
02:58et puis il y a la scène de crime un peu plus loin.
03:00Et la préméditation est au cœur des débats,
03:03sans doute au procès qui s'ouvre demain.
03:05Maître, vous, pour être bien d'accord,
03:07pour bien comprendre votre axe de défense,
03:08vous vous contestez la préméditation,
03:11mais alors vous allez plaider quoi si vous la contestez ?
03:12On conteste tout en l'état.
03:14On conteste l'intention homicide.
03:17Romain Bouillet est poursuivi pour une tentative d'homicide,
03:19on conteste l'intention homicide,
03:20et on conteste par ailleurs la moindre préméditation.
03:22La seule chose qui est reconnue,
03:24mais qui pour l'instant n'est pas poursuivie,
03:26et on demandera à ce qu'elle se soit mise dans les débats,
03:27ce sont des violences volontaires avec arme,
03:29avec une idée d'ailleurs, j'entends mon voisin dire
03:31que la bascule dans la violence, ce sont deux hommes armés.
03:34Non, la bascule dans la violence,
03:35le moment initial des violences,
03:38c'est d'abord dramatiquement Federico Martinaro Mboru,
03:42et ensuite Jean Négarty.
03:44Et ça, c'est le départ des violences.
03:46Ensuite, dans les violences qui se sont poursuivies,
03:48il y a deux hommes qui sont armés.
03:49Pour bien comprendre, ça c'est l'altercation sur la terrasse du mabillon.
03:51Oui, mais elle est essentielle.
03:53Sans ça, on ne comprend rien.
03:54C'est la scène 1 ?
03:54Bien sûr.
03:55Ok. Que dit votre client sur les faits et sur l'usage d'une arme ?
03:58Il tire combien de coups ?
03:59Ça se passe comment ?
04:00Alors, il tire 4 coups.
04:01D'ailleurs, il dit avoir pensé n'en tirer que 3.
04:04Il dit tirer des coups en voulant faire peur pour partir,
04:07parce qu'on lui a menti en réalité.
04:10La scène pour lui était terminée.
04:11On lui a dit, d'ailleurs, c'est en procédure,
04:13qu'il fallait qu'il rejoigne son ami
04:15qui était en train de se faire massacrer par les rugbymans,
04:16ce qui était faux.
04:18Et donc, il est parti avec Lison Rochemire à la recherche de son ami.
04:20Il voit les deux rugbymans, ne voit pas son ami.
04:22Il imagine que peut-être il a été roué de coups et se trouve dans quelques portes cochères.
04:26Il descend du véhicule pour demander où il peut se trouver.
04:29Et là, il voit deux hommes, dont Federico Martinarumbrou,
04:31arriver extrêmement déterminés.
04:33Dit-il en l'insultant et en le menaçant.
04:36Ça, ce sera sa parole.
04:38Et puis, pour le reste,
04:39les voyants arriver et pensant qu'il est en train d'encourir lui-même des violences graves,
04:43il va sortir son arme,
04:45ne veut toucher personne,
04:46et touchera deux fois Federico Martinarumbrou.
04:48Et je l'indique d'ailleurs, sans aucune séquelle physiologique sérieuse,
04:52personne n'avait remarqué qu'il avait été touché,
04:54même pas son ami qui était à trois mètres.
04:55Et une minute après, on voit Federico Martinarumbrou
04:58qui court en direction de Loïc Lepriol,
05:00comme si effectivement il n'avait pas été affecté par des blessures superficielles.
05:03Donc, pardon, ce sont là,
05:04là il me faut la version,
05:06si vous voulez, dans les yeux de Loïc Lepriol,
05:08parce que sur le même thème,
05:09combien de coups,
05:10et à quel moment est-ce qu'il sort son arme ?
05:12C'est ça qui est intéressant, c'est de voir le double regard.
05:14Oui, bien sûr.
05:15Alors, moi je ne suis ni avocat de Loïc Lepriol,
05:18ni avocat des partis civils,
05:20je suis écrivain.
05:20Mais vous avez le récit dans la tête.
05:22J'ai le récit dans la tête.
05:23Est-ce que vous pouvez faire cet exercice intellectuel pour moi ?
05:24Bien sûr, il n'y a aucun problème.
05:26Mais cependant, j'essaie dans mon travail
05:29de ne pas forcément commenter le procès
05:30pour ne pas troubler la sérénité des débats.
05:32D'accord, ok.
05:33Parce qu'il y a un procès en assise qui commence demain.
05:34Après, factuellement, on peut donner le nombre de tirs, etc.
05:37Je crois que Loïc Lepriol, si je me souviens bien,
05:40tire six coups et perfore des organes vitaux.
05:48Et Romain Bouvier tire quatre fois
05:50et l'autopsie dit que les quatre balles qu'il a tirées
05:52ne sont pas mortelles.
05:53Sur le système de défense, ça va être compliqué
05:56parce qu'ils sont deux dans le box.
05:57Le vôtre, Romain Bouvier, est moins impliqué
06:00dans le dossier d'instruction, on vient de le dire,
06:03puisque ses balles ne sont pas mortelles,
06:04les balles qu'il a tirées, que Loïc Lepriol.
06:07Néanmoins, ils ont cours la même chose.
06:08Absolument.
06:09À quel moment, ça va être compliqué,
06:11est-ce que pour défendre le vôtre, Bouvier,
06:14vous enfoncez Lepriol ?
06:16À quel moment vos défenses avec les avocats
06:20de Loïc Lepriol vont se rejoindre ?
06:23Et à quel moment elles vont diverger ?
06:25En réalité, moi, je considère qu'il n'y a aucune espèce
06:27de difficulté et pas de risque de conflit d'intérêts,
06:30si je puis dire, entre l'un et l'autre.
06:32La chambre de l'instruction a fait son travail,
06:35ce qu'elle devait faire depuis le départ,
06:36ce que le juge d'instruction aurait dû faire
06:37et a considéré qu'on parlait de deux scènes distinctes.
06:40Si d'ailleurs, ça avait été une scène unique,
06:42ils auraient tous les deux été renvoyés pour assassinat,
06:44ce pourquoi Romain Bouvier était initialement mis en examen.
06:47Ça n'avait aucune espèce de sens.
06:49Donc, il y a trois scènes, en fait.
06:50Il y a la terrasse, la première scène et la deuxième scène.
06:52Alors, la première scène, elle n'est pas poursuivie en tant que telle.
06:54Au reste, si on avait poursuivi les violences,
06:56on les aurait reprochés.
06:57Alors, Federico Martina Romburu, dramatiquement, il est mort.
07:00Mais on les aurait reprochés davantage au rugbyman
07:01qu'on les aurait reprochés à Romain Bouvier ou Loïc Lepriol.
07:04Romain Bouvier, il en est d'abord spectateur avant d'en être victime.
07:07Il ne réussit pas à donner un seul coup, il en reçoit.
07:09Quand il veut venir au secours de son ami,
07:11qui s'est fait violenter, sans sommation, de manière extrêmement sérieuse.
07:16Ce qui est intéressant, c'est ce que dit Loïc Lepriol
07:18pour justifier d'avoir utilisé une arme.
07:21Il dit, et c'est en procédure, la peur, c'est parce que j'ai eu peur,
07:24je me suis cru en Afrique.
07:26Est-ce que vous pouvez expliquer aux téléspectateurs
07:27le parcours de Loïc Lepriol
07:30et pourquoi est-ce qu'il fait référence aux opérations spéciales
07:33puisqu'il a servi là-bas ?
07:34Oui, bien sûr.
07:36Loïc Lepriol, c'est un ancien marin
07:38qui a intégré l'école des Mousses quand il avait 16 ans.
07:41Il est devenu le plus jeune commando marine de sa promotion à 18 ans
07:45et entre ses 19 et ses 21 ans,
07:47il a été envoyé près de 14 mois en terrain d'opérations spéciales.
07:52Opérations spéciales qui sont quand même assez souvent
07:55des terrains très dangereux
07:56et des terrains qui provoquent sans doute chez un jeune homme
07:59des réactions parfois compliquées psychologiquement
08:04en termes de post-traumatisme.
08:06Cependant, il est rentré, lui, de Djibouti, il me semble, en 2015,
08:11donc 7 ans avant les faits.
08:15Et c'est vrai que ce syndrome post-traumatique,
08:17c'est un moyen de défense qui a été utilisé par le passé,
08:23par Loïc Lepriol à plusieurs reprises.
08:27Alexandre, qu'est-ce qui s'est passé pendant ces 7 ans ?
08:30Il a quitté l'armée, donc avant la mort, le meurtre de Federico Aramburu.
08:34Qu'est-ce qui fait Loïc Lepriol pendant ces 7 années ?
08:37Oui, bien sûr.
08:38Alors, il y a eu une petite période de flou autour du ministère des Armées,
08:42parce que l'administration est parfois un peu lente.
08:45Donc, il a continué à toucher sa solde de militaire de manière partielle
08:49pendant plusieurs années.
08:51et il a rejoint un groupe qu'il fréquentait déjà au départ,
08:55qui s'appelle le groupe Union Défense,
08:56qui est un groupuscule d'extrême droite.
08:57Le GUD.
08:58Le GUD, voilà.
09:00Oui, qui est plus connu sous ce nom-là,
09:02tristement connu d'ailleurs,
09:03qui est un groupuscule d'extrême droite.
09:05Et pendant ces années-là,
09:07il va s'essayer à plein de choses différentes.
09:09Il va se faire de nouvelles amitiés,
09:11il va essayer de se remettre dans la vie civile.
09:14Il va monter une marque de tour de cou tactique.
09:18Il va travailler un petit peu avec son père,
09:21dans le garage de son père,
09:22qui loue des véhicules de collection.
09:24Véhicules qui vont d'ailleurs être impliqués dans l'affaire
09:27de manière un peu indirecte,
09:29parce que c'est avec ce véhicule qu'ils arrivent au Mabillon.
09:31Et c'est avec la Jeep que Lison Rochemir et Romain Bouvier
09:35empruntent le boulevard Saint-Germain après la bagarre.
09:40Ensuite, il monte une marque de vêtements,
09:42qui s'appelle Babtou Solit Certifié,
09:44qui a eu un petit écho médiatique.
09:46Il a été invité dans une ou deux émissions.
09:48Il a fait quelques interviews.
09:51Au bout de deux ans, cette marque,
09:52elle arrêtera de fonctionner.
09:54Il fermera cette entreprise-là.
09:55Et il rejoindra le domaine familial.
09:57Il deviendra oléiculteur.
09:59Entre-temps, il y a une série d'infractions qui est commise,
10:02notamment un accident de la voie publique
10:03et une affaire qui est un petit peu plus médiatisée,
10:07qui est un passage à tabac,
10:09pour lequel il a été condamné,
10:10dans lequel Romain Bouvier était également impliqué.
10:12L'affaire Klein.
10:13L'affaire Klein, exactement, où ils sont compris.
10:15Klein, c'est un ancien patron du GUD.
10:17Oui, c'est ça.
10:18C'est ça.
10:18Tabassage en bonne et due forme et filmé, d'ailleurs.
10:21Filmé en bonne et due forme.
10:23Une scène assez glaçante par ailleurs
10:26et pour des raisons qui sont, ma foi, assez floues.
10:30On avocke parfois la violence que Édouard Klein a pu avoir auprès de diverses compagnes.
10:38Une autre fois, on dit qu'Édouard Klein aurait parlé à la police.
10:41Les motivations de ce truc-là sont assez floues.
10:44Et Romain Bouvier, lui, sa vie, c'est quoi ?
10:46Avant la mort de Fédérico Rambourou ?
10:50C'est très différent.
10:51C'est un jeune homme qui s'inscrit dans des études de droit.
10:54Sa mère est une consœur.
10:57Une avocate très connue.
10:58Oui.
10:59Une excellente avocate.
11:00Absolument.
11:01Et il veut lui-même, je pense, devenir avocat.
11:04Et puis, peut-être que son assiduité fait un peu défaut.
11:08En tout cas, il se pose des questions.
11:09Il hésite, il se cherche un peu.
11:11Je pense qu'à un moment donné, il songe plutôt à devenir écrivain.
11:14Et donc, il est dans ses études à Assas,
11:17qui est un milieu parfois porteur.
11:20Peut-être dans des rencontres sur un plan politique
11:23plutôt connoté à droite, évidemment.
11:25C'était d'ailleurs un vivier de recrutement pour le GUD dans les années 80-80.
11:28Ça l'a été.
11:29Plus maintenant.
11:30Non, mais...
11:31Le GUD a fait l'objet d'une dissolution.
11:33Mais indépendamment de ça, en tout cas, moi, j'ai bien connu.
11:34J'ai été étudiant et opposé tout à fait au GUD.
11:36Et d'ailleurs, je le serai toujours aujourd'hui.
11:39Et vous voyez que ça ne pose aucune difficulté.
11:40C'est-à-dire qu'Hourman Bouvier, enfin,
11:42les problèmes politiques ne sont pas en jeu
11:44dans ce qui s'est passé ce soir-là, du tout.
11:46Ce qui est intéressant, c'est qu'ils sont liés dans leur parcours
11:49puisque leurs routes vont se croiser, notamment avec ce tabassal.
11:51Oui, et avec une vraie amitié.
11:53Oui, mais l'un n'exclut pas l'autre, en fait.
11:54Mais non, et je pense qu'il y a, de la part de Romain Bouvier,
11:57chez Loïc Lepriol, quelque chose que lui n'a pas.
11:59Loïc Lepriol, il est dans l'agir.
12:01D'une certaine manière, ça doit un peu fasciner ce jeune homme
12:04qui, lui, est plus un intellectuel, qui se cherche
12:07et qui doit être assez impressionné par le parcours d'un Loïc Lepriol.
12:10Et je ne dis pas qu'il y a un effet d'entraînement de l'un ou de l'autre.
12:13Ce n'est pas le propos.
12:14On ne se défaussera pas.
12:15Et encore une fois, le fait que, maintenant, il y ait deux scènes distinctes,
12:18toutes ces questions-là n'ont pas leur place.
12:19Ça facilite un peu les choses.
12:20Voilà, il n'y a plus de difficultés à cet égard.
12:22Mais il y a une vraie amitié.
12:24Et il ne s'agit pas, aujourd'hui, de la remettre en cause.
12:26Elle était sincère.
12:27C'est une lecture que vous partagez ?
12:28Oui, c'est une lecture que je partage totalement.
12:30Pour la petite anecdote, c'est vrai que Romain Bouvier
12:33avait envisagé une carrière d'écrivain.
12:35Je crois même qu'il écrit une nouvelle, dont Loïc Lepriol...
12:38Préface ?
12:39Non, il ne la préface pas, mais je crois qu'il est plus ou moins inspiré.
12:42Enfin, il inspire plus ou moins des personnages.
12:44Et je crois qu'à un moment, dans cette nouvelle,
12:46il se surnomme les Waffen-Assas.
12:49Les Waffen ?
12:50Les Waffen-Assas.
12:51Ah oui, les Waffen-Assas, c'était les...
12:53Les Waffen-Assas.
12:53Oui, c'était les groupes pour les groupes allemandes.
12:57Il y a eu une reconstitution, Maître Vigier, en novembre 2023.
13:01Qu'est-ce que ça a donné ?
13:03En général, ça peut être fécond, les reconstitutions.
13:07Est-ce qu'il y avait besoin de fixer les choses ?
13:10Est-ce que l'intention homicide a pu, vous allez me dire que non, être démontrée ?
13:16Mais qu'est-ce que ça a permis de cette reconstitution ?
13:18Peut-être qu'en amont de la reconstitution, il faudrait dire qu'il y a dans ce dossier
13:20un élément absolument essentiel, sans lequel d'ailleurs les qualifications
13:24n'auraient pas été celles-là, j'en suis certain,
13:25et on aurait continué le récit qui a été fait au départ, cette chasse à l'homme.
13:30Il y a des vidéosurveillances qui nous disent énormément de choses.
13:32Alors, elles ne disent pas tout, on n'a pas le son, on n'a pas les paroles.
13:34Il manque évidemment certains éléments, donc la reconstitution peut avoir son intérêt
13:39pour essayer de compléter ces zones d'ombre, mais il y en a somme toute assez peu.
13:43Et la vidéosurveillance a changé radicalement la présentation faite à l'origine de cette procédure.
13:49Donc la reconstitution ensuite, quel intérêt elle a eu ?
13:52C'est un peu particulier.
13:52Moi, je n'y étais pas, j'étais devant une autre cour décise.
13:55Ma collaboratrice, d'ailleurs Sophie Régascon, qui est intérienne avec moi
13:59dans la défense de Romain Bouvier, était présente toutes les deux.
14:02Et elle me dit qu'il ne veut pas sortir du fourgon parce que les médias sont très prêts
14:09et qu'évidemment, on ne peut pas assurer une confidentialité de ce qui va se dérouler
14:12et qu'il ne souhaitait pas être vu, filmé.
14:15Il avait une incarcération extrêmement difficile à la santé,
14:18à raison notamment de la médiatisation extrême, et je le dis, mensongère qu'il y avait eu.
14:22Je ne fais aucun reproche au Parti civil.
14:24Alors, conseil peut-être, pas au Parti civil.
14:26Le Parti civil, elles sont dans la douleur, elles ne connaissent pas tout le dossier.
14:29On n'a d'ailleurs jamais voulu communiquer avant...
14:32Là, ça fait une semaine qu'on communique.
14:33Avant, on ne le faisait pas.
14:34D'accord.
14:34Est-ce qu'ils sont toujours amis, copains ?
14:37Même en détention ?
14:38Romain Bouvier et Loïc Lepriol ?
14:40C'est une question un peu compliquée, en tout cas, pour y répondre.
14:42Ça fait quatre années qu'ils sont séparés, avec évidemment interdiction d'entrer en contact.
14:48On le verra au procès, c'est aussi...
14:49En tout cas, il me paraît clair qu'ils ne vont renier ni l'un ni l'autre l'amitié
14:54qu'ils ont eue.
14:55Alors, est-ce qu'elle s'est arrêtée ce jour-là ?
14:57Ça, c'est un autre problème.
14:58Chacun aura évolué.
14:58Le temps carcéral aussi fait évoluer.
15:00Et le temps carcéral avec, qu'on soit impliqué ou non,
15:03de toute façon, une implication physique dans ce drame absolu.
15:06Moi, je vois le visage de Federico Martinarumbrou.
15:09Je me le rappelle très bien.
15:10J'adore le rugby.
15:11C'était un joueur merveilleux.
15:13On ne sort pas indemne, même si, quelle que soit la personne en face,
15:16mais on ne sort pas indemne d'une histoire comme ça.
15:18Il y a une autre personne importante clé dans ce procès qui va venir,
15:22Sean Egarty, qui a vu son ami mourir dans ses bras.
15:25Il a donné une interview à nos confrères de Rugby Rama.
15:27Et que dit-il ?
15:28D'abord, on sent qu'il y a un syndrome post-traumatique très fort, là aussi,
15:31de la difficulté de se relever après une telle épreuve.
15:34Et je voudrais donner deux citations.
15:36Je n'arrivais pas à me dire que c'était possible.
15:38Le cerveau n'est pas prêt pour une telle violence.
15:40Ça, c'est pendant le déroulé des faits.
15:41Et quand on lui pose la question de comment il se sent aujourd'hui,
15:43il dit aujourd'hui, je suis là, j'ai cette chance.
15:46Mais la seule question que je me pose, c'est est-ce que Federico ne m'a pas sauvé de
15:49quelque chose ?
15:50Et ça, c'est des questions lancinantes qui vont être très dures à porter.
15:54Ce procès aussi, ça va être l'occasion.
15:55Il va y avoir, par la force des choses, une confrontation entre le survivant,
15:59celui qui a vu son ami mourir dans ses bras, et les deux co-auteurs présumés.
16:04Qu'est-ce que ça vous inspire ?
16:08Moi, ce que ça m'inspire, c'est ces quatre parcours, ces quatre destins
16:15qui se rencontrent à un endroit relativement sombre,
16:19qui est le Mabillon à 5h du matin,
16:21qui est un endroit globalement très difficilement fréquentable
16:24et de toute façon un endroit de noctambule.
16:29Pourquoi difficilement fréquentable ?
16:31Parce que globalement, je ne sais pas si vous seriez d'accord avec moi,
16:34je ne connais pas le Mabillon à 6h du matin.
16:37Mais pas ces 2h du matin, le seul débit de boisson ouvert...
16:41Ce que vous dites, c'est que c'est un rendez-vous de sa part.
16:43Oui, exactement.
16:44Je n'ai pas voulu le dire comme ça, mais c'est un peu ça.
16:48C'est là qu'on vient se finir s'alcooliser, c'est ça, non ?
16:52Je ne sais pas, je ne peux pas vous faire d'idée, c'est ça, mais bon.
16:54C'est un des points ouverts.
16:56Je crois que Chené Gartuil et Federico Martina Ambrou sont venus y manger un hamburger
17:00parce qu'ils avaient faim.
17:02Et que la soirée s'est prolongée.
17:03Voilà, et que la soirée s'est prolongée.
17:06Et c'est quatre vies qui basculent.
17:10Il y a un point de bascule absolument dramatique.
17:13Donc, en fait, c'est ça que ça m'inspire aujourd'hui.
17:15Et encore une fois, je voudrais éviter au maximum de troubler la sérénité des débats de demain
17:20et de commenter l'affaire en elle-même.
17:22Bien sûr.
17:22En revanche, le travail que j'ai fourni pour Society,
17:26ça a été de décrypter la personnalité d'un des deux auteurs.
17:29Loïc Lecriole et en l'occurrence, ça cavale.
17:31Vous pouvez quand même nous raconter ces quatre jours en pointillé ou vous ne voulez pas ?
17:35Ah si, si et non.
17:36Donc, ça démarre sur la scène de crime ?
17:39Ça démarre sur la scène de crime.
17:41Alors, il y a plusieurs taxis qui sont pris au départ.
17:44Il se rend d'abord chez Romain Bouvier, d'ailleurs,
17:45c'est qu'il cherche quelqu'un qui a des connaissances en droit, qui pourrait l'aider.
17:49Parce que lui, il déclare ne pas du tout savoir ce qui s'est passé.
17:53Lui, il déclare avoir tiré et avoir pris la fuite.
17:54Il n'a pas dit quand même « appelle un avocat » ou « l'avocat va t'appeler »
17:57?
17:57Il y a eu… Alors, d'abord, il se rend en premier chez son avocat.
18:02Alors, un samedi matin à 6h, je pense qu'il n'y a pas d'avocat qui soit assez zélé
18:05pour avoir leur bureau ouvert.
18:10Ensuite, il va à côté de chez Romain Bouvier.
18:12Il emprunte un portable.
18:14Il écrit un texto à Lison.
18:16Sa petite amie.
18:17Sa petite amie.
18:18Il n'a pas de réponse.
18:19Il prend le train vers Draguignan et vers la demeure familiale.
18:22Là-bas, il se repose un peu et quelques heures plus tard, le samedi soir,
18:28puisque ça a lieu dans la nuit du vendredi au samedi,
18:30le samedi soir, il prend la Twingo de sa sœur et il décide de rouler vers le front ukrainien.
18:34Direction l'Ukraine.
18:35Direction l'Ukraine.
18:37Donc, Draguignan, l'Ukraine.
18:38Moi, c'est un trajet que j'ai refait avec une très vieille voiture.
18:41Pour vous mettre un peu dans les pas, sur les traces.
18:43Pour essayer de comprendre.
18:44Mais bon, c'est beaucoup plus un dispositif littéraire que journalistique,
18:47parce que je suis écrivain et c'est comme ça que je travaille.
18:51Et donc, j'ai refait cette route-là.
18:55Jusqu'à d'abord le post-frontière, en gros, ukrainien.
19:00Là où il s'est fait arrêter.
19:01Là où il s'est fait arrêter.
19:03Et aussi en Ukraine, Alviv,
19:05puisqu'il y a un élément de géolocalisation dans le dossier
19:09qui dit qu'un déportable avec lequel il est trouvé,
19:12aborné en Ukraine.
19:13Lui dit ne pas être rentré.
19:16Le téléphone, lui, est rentré.
19:18Votre client, lui, il a été arrêté près d'une abbaye, c'est ça ?
19:22Oui, alors c'est un parcours, peut-être qu'il peut paraître un peu particulier,
19:24mais qui mérite au moins un mot d'explication.
19:27C'est qu'il a tiré.
19:29Il est convaincu de n'avoir pas touché.
19:30Il dit d'ailleurs ne l'avoir pas voulu.
19:32De fait, il n'a touché aucune zone vitale, on le sait.
19:34D'ailleurs, la chambre de l'instruction l'écrit en disant
19:36c'est une tentative qui n'a manqué son effet
19:38parce que vous n'avez pas touché de zone vitale.
19:40Et la victime va repartir, d'ailleurs.
19:42La victime va repartir.
19:43La victime n'est quasiment pas affectée.
19:46Elle recule parce qu'il y a des tirs et elle se met un peu à l'abri.
19:49Et Romain Bouvier part en courant,
19:50persuadé d'ailleurs qu'il doit être suivi par les deux hommes.
19:52Il ne l'est pas et une minute après,
19:55il y a le drame qui va se produire.
19:56Et lui est déjà parti derrière au moins deux blocs d'immeubles
19:59en sorte qu'il n'entend rien.
20:00Ça, on en est absolument certain.
20:01Et donc, quand il part et qu'il entend
20:04que Federico Martinarumbo est mort,
20:05il est persuadé que c'est lui qui lui a donné la mort.
20:07Il ne sait pas d'abord que Loïc Lepriol a tiré.
20:09Et quand on va dire qu'il a tiré, on raconte des choses
20:12tellement inexactes, par exemple, qu'ils étaient tous les deux
20:14dans la jeep, qu'ils ont tiré ensemble.
20:15Ah oui, donc ce que vous dites, c'est que raison pour laquelle
20:18il a pris la cavale aussi, lui aussi ?
20:19Non, il part dans ce contexte-là parce qu'il sait
20:22qu'il a tiré sur la voie publique, qu'il était en contrôle judiciaire,
20:24qu'il n'avait pas le droit de voir Romain Lepriol,
20:26qu'il n'avait pas le droit de porter d'arme.
20:27Bref, toutes choses qui font qu'on part parce qu'il aura des comptes à rendre.
20:29Mais pour lui, pour des coups de feu,
20:31qui n'ont même pas touché l'homme qui était en face de lui.
20:33Donc ça lui fera une autre procédure correctionnelle,
20:35mais il part.
20:36Et il apprend la mort de Federico Martinarumbrou,
20:39il est convaincu d'en être l'auteur,
20:41et là, il est confronté
20:44à l'idée qu'il a tué un homme.
20:46Donc il ne veut pas se rendre, donc il fuit.
20:48Non, pas du tout, je crois que...
20:49Non, précisément pas.
20:50Si vous voulez, l'abbaye de Solemme,
20:51ce n'est peut-être pas le meilleur lieu, pour le faire sérieusement.
20:53Donc je crois qu'il s'y rend avec l'idée que...
20:55Voilà, il a besoin de faire le point avec lui-même.
20:58Il vient de tuer un homme, c'est ce qu'il pense.
21:00Bon, et puis finalement, il est interpellé.
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