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  • il y a 6 semaines
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Télématin reçoit Gaëtan Bruel, président du CNC (Centre National du Cinéma).

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Transcription
00:00Est-ce que vous êtes allé au cinéma cet été ?
00:02Oui.
00:03Visiblement, vous n'étiez.
00:04Jamais autant que cet été.
00:05Vous n'étiez pas le seul.
00:06Samuel, près de 20 millions d'entrées au mois d'août.
00:10C'est tout simplement un record depuis l'année 1980.
00:14Bonjour Gaëtan Bruel.
00:15Bonjour.
00:15Vous êtes le président du CNC, le Centre National du Cinéma.
00:18On est à quelques jours du premier sommet Lumière.
00:22Rendez-vous international sur l'avenir du cinéma, des séries et des jeux vidéo.
00:26Les salles, je viens de le dire, font deux fois plus d'entrées cet été comparé à l'été dernier.
00:31C'est l'effet canicule ou c'est enfin le grand retour des Français dans les salles ?
00:35Vous savez, on est le peuple le plus cinéphile au monde.
00:38Ça veut dire que canicule ou pas, les Français sont ceux qui vont le plus au cinéma.
00:43Chaque année, deux Français sur trois y vont.
00:45Ils y vont en moyenne quatre fois dans l'année.
00:47D'ailleurs, à 40%, ils vont voir des films français.
00:49On peut se demander pourquoi cette passion française pour le cinéma.
00:52Il y a plein de raisons, mais trois surtout s'imposent.
00:54D'abord, on a la chance d'avoir des salles de cinéma absolument partout, y compris dans nos campagnes.
01:00En France, le cinéma, c'est aussi un enjeu d'aménagement du territoire.
01:04D'ailleurs, avec le CNC, en ce moment-même, on rouvre des salles dans nos campagnes.
01:08Deuxièmement, en France, on produit nos propres œuvres pour tous les goûts et le public le plébiscite.
01:14Et puis enfin, en France, on donne le goût du cinéma dès le plus jeune âge avec ma classe de
01:18cinéma à l'école.
01:18Vous avez cité le succès du cinéma français, c'est vrai, mais il y a aussi deux gros succès américains.
01:25Je pense à Spider-Man et à l'Odyssée, les films américains qui représentent plus de la moitié des entrées
01:30en salle.
01:30Est-ce qu'il est difficile pour notre cinéma d'exister sans l'aide des Américains ?
01:35En réalité, on est l'un des seuls pays au monde où on a un parfait équilibre entre le succès
01:40des films français et le succès des films américains.
01:42Depuis dix ans, la part de marché de notre cinéma en France, c'est 40%.
01:46La part de marché pour les Américains en France, c'est un tout petit peu plus, 43-44%.
01:51Dans beaucoup d'autres pays, cinéma égale cinéma américain.
01:54Et donc, aujourd'hui, il faut voir cet équilibre comme une chance.
01:57Il y a une forme de résistance culturelle française du cinéma.
02:00C'est plus qu'une résistance et il faut ajouter, puisqu'on est ici sur France Télévisions,
02:04que ce qui vaut pour le cinéma va aussi pour la création audiovisuelle.
02:06L'an passé, 100% des meilleures audiences de fiction en prime time étaient pour des œuvres françaises.
02:12Avec un succès assez inattendu, je me permets de le dire, cet été.
02:16Je pense à De Gaulle, deux cartons, plus de 5 millions d'entrées, alors que le début était un peu
02:22poussif.
02:24Ça dit quoi de notre appétence pour ce genre de film ?
02:27Alors, ça dit que les Français ont adoré ce film, comme moi et comme je crois chacun de vous ici,
02:32si vous l'avez vu.
02:33Mais ça dit surtout que faire des œuvres, des films, des séries, c'est extraordinairement complexe.
02:39Une œuvre, c'est à la fois un objet culturel et industriel.
02:43Faire un si grand soleil, très peu de pays savent le faire aujourd'hui.
02:47Et je crois que c'est aussi pour ça qu'on peut être fiers de notre visuel public et du
02:50modèle français de produire ces œuvres.
02:52J'aimerais qu'on dise un mot du cinéma d'animation, parce que c'est aussi le succès de la
02:59France.
02:59Et on sait peut-être un peu moins, 17 longs métrages présentés au Festival d'Annecy cette année,
03:03avec des succès mondiaux.
03:05Je pense à Arco, Flo, Miraculous.
03:07Pourquoi nous ?
03:08Pourquoi cette touche française devant le monde entier ?
03:14La France, c'est le troisième pays au monde pour l'animation, après les États-Unis et le Japon.
03:18Ça veut dire très concrètement que vous êtes parent, vous avez des enfants.
03:21On est l'un des rares pays où on peut montrer à nos enfants des œuvres qui sont françaises.
03:25Donc des références, des imaginaires des valeurs qui sont les nôtres et pas celles des autres.
03:30Et qui est souvent intéressant aussi pour les parents.
03:32C'est-à-dire qu'on ne s'ennuie pas forcément avec un dessin animé qui n'est pas que
03:35pour les enfants.
03:36C'est vrai, on s'en vécu.
03:37Une chose, par exemple, que les Américains ne savent pas très bien faire,
03:40c'est de l'animation pour adolescents adultes.
03:43Parce qu'ils se sont focalisés sur l'animation pour enfants.
03:47D'ailleurs, ils la font...
03:48Ou les Walt Disney et tout ça, à l'époque en tout cas.
03:49Et Universal, les Minions, moi moche et méchant.
03:52Vous savez où c'est fait ? Dans un hangar du 15e arrondissement.
03:54Les Américains travaillent avec des Français pour faire leurs œuvres.
03:57Question très concrète, justement, on parle de l'animation.
03:59Ça peut fonctionner sur l'animation, mais aussi sur les films.
04:01On parle de plus en plus de l'IA, de l'intelligence artificielle.
04:05Finalement, pour le cinéma, est-ce que c'est un plus ?
04:08Ça va aider les artistes à imaginer toujours plus, ouvrir les horizons ?
04:12Ou est-ce que ça va finir par les remplacer, ces artistes ?
04:15C'est les deux à la fois.
04:17C'est-à-dire que c'est...
04:19Le cinéma, depuis 130 ans qu'il existe, qu'il a été inventé en France,
04:21c'était une suite de ruptures technologiques.
04:24Donc le cinéma ne craint pas, en soi, l'intelligence artificielle.
04:27Et comme dans d'autres pans de la société, l'IA est en train d'arriver.
04:31Pour autant, ça pose des questions de principes qui rémunèrent les auteurs,
04:36qui nous permettent demain d'avoir une diversité d'œuvres.
04:38Il faut rappeler que l'IA, ce n'est pas que l'IA qui sert à produire de manière automatique
04:42des vidéos,
04:42c'est aussi les compagnons d'IA qui font que peut-être demain,
04:45on demandera à notre app dans notre poche, qu'est-ce que je regarde ?
04:48Et là, il y aura un enjeu de découvrabilité des œuvres.
04:51Est-ce qu'il faut signaler au public quand une image est créée par l'IA au cinéma ?
04:55Je pense qu'il y a un enjeu de transparence, mais il faut surtout rappeler qu'aller au cinéma,
04:59mais aussi voir un film, un documentaire sur France.tv,
05:02c'est aujourd'hui une démarche d'hygiène culturelle.
05:05Vous dites que la grande menace pour le cinéma, ce n'est pas seulement Netflix,
05:09comme on le disait à une époque, mais ce sont aussi les vidéos gratuites sur les réseaux sociaux.
05:13TikTok, YouTube, des vidéos parfois de 30 secondes.
05:16On dit les shorts, c'est les jeunes, il paraît.
05:18Pourquoi c'est un danger ?
05:20Effectivement, ce n'est plus Netflix qui concurrence la salle de cinéma,
05:22parce qu'en réalité, si je peux dire, film et séries sont dans le même bateau.
05:26On n'a jamais passé autant de temps sur nos écrans,
05:29mais jamais aussi peu à voir les œuvres qui s'y trouvent.
05:31Le problème, ce n'est pas les écrans, c'est l'usage qu'on en fait.
05:34Et quand aujourd'hui, vous voyez le problème de santé mentale que ça constitue pour nos jeunes,
05:39le problème de productivité économique,
05:41quand on passe 35 heures par semaine sur son écran personnel,
05:44on voit les conséquences que ça a sur son travail, sur son loisir.
05:47Et donc, derrière tous ces enjeux, il faut rappeler une évidence,
05:50c'est qu'avec le cinéma, avec la télévision, les images nous ont ouvert au monde.
05:55Mais aujourd'hui, dans la boucle des réseaux sociaux,
05:57sur des plateformes comme celles que vous avez citées,
06:00elles sont plutôt, souvent, des facteurs d'enfermement, de manipulation.
06:03Il faut agir pour cela.
06:04Mais comment ? Très rapidement, juste comment on agit pour cela ?
06:06L'éducation aux images.
06:09Le XIXe siècle nous a appris à lire et à écrire.
06:12On a fait des apprentissages fondamentaux pour tout le monde.
06:16Il faut qu'aujourd'hui, on fasse de l'éducation aux images un apprentissage aussi fondamental.
06:21Et le cinéma peut y aider.
06:22J'ai un point sur la Corée du Sud qui va co-présider avec la France ce premier sommet des
06:27Lumières.
06:27Pourquoi avoir choisi la Corée du Sud ?
06:29La Corée du Sud, c'est un autre grand pays, à la fois de cinéma,
06:33avec une tradition nationale vibrante et, en même temps, une ambition audiovisuelle globale.
06:37Mais c'est surtout un pays qui, comme nous, a compris que les sujets dont on parle là
06:42sont des enjeux de souveraineté.
06:44Garder cette capacité à avoir des salles de cinéma dans nos villes et nos villages.
06:49Garder cette capacité à produire nos propres œuvres, c'est-à-dire nos imaginaires,
06:52à attirer le monde entier pour venir tourner chez nous
06:54et que ça rapporte de l'argent dans l'économie locale.
06:57Faire des œuvres d'animation, comme on l'a dit, tout ça, peu de pays savent le faire.
07:00Et je crois que c'est aussi la force de sommet voulu par le Président de la République
07:04que de réunir les grands décideurs de cette industrie
07:07pour réfléchir à notre civilisation des images
07:10et essayer de la réparer un petit peu grâce à la création.
07:12Un sommet Lumière, premier sommet international qui se tient lundi
07:17et ce sera à Saint-Paul-de-Vence, dans le Sud.
07:20Merci beaucoup Gaëtan Brouel.
07:21Je rappelle que vous êtes président du CNC.
07:24Merci beaucoup.

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