00:00L'écran, l'impact des écrans. Alors sur le sommeil, bon je rappelle votre livre,
00:03Écran total parce qu'on est inquiet. Les écrans ont mauvaise presse pour les enfants.
00:07Par exemple, vous qui êtes pédopsychiatre, à partir de quel âge, selon vous, un enfant
00:11doit être face à un écran sur lequel il peut être libre d'agir, si j'ose dire ?
00:19Alors ce qui est sûr, c'est qu'avant 6 ans, ça ne sert à rien de mettre un enfant
00:24devant des écrans.
00:25Il a besoin de contact physique, d'interaction vocale.
00:28On a même montré qu'apprendre une langue, il fallait être à côté, regarder les lèvres,
00:34sentir le corps bouger et que ça n'était pas que...
00:37Mais est-ce que ça peut créer des dommages définitifs ?
00:40Parce que moi, je vois des enfants, on est tous sortis de vacances et au petit déjeuner,
00:43les parents, ils mettent boum le truc et le petit gosse est en train de manger sa blédine ou je
00:48ne sais pas quoi.
00:50Chez les petits, la réponse est oui. Statistiquement, c'est dommageable.
00:55C'est un facteur de risque, de déficit de l'attention, de difficulté d'apprentissage du langage, etc.
01:01Alors après, est-ce que c'est direct pour tous les enfants ?
01:04Est-ce que c'est irréversible ? Irréversible, non, bien entendu.
01:07Il faut quand même être un peu mesuré.
01:08Il vaut mieux d'abord arrêter les violences intrafamiliales et sexuelles pour que les enfants aillent bien.
01:13Répétons-le.
01:14D'accord. Bon, l'impact des écrans sur le sommeil ?
01:17Ah oui, alors là, ça c'est clair, net et précis.
01:19Les écrans nuisent au sommeil et les écrans conduisent à un phénomène de déplacement,
01:24c'est-à-dire que quand vous êtes sur les écrans, vous ne faites pas du sport.
01:26Quand vous ne faites pas de sport, vous n'avez pas l'activité physique et ce n'est pas bon
01:29pour la santé.
01:30Ça, c'est clairement démontré, mais ce n'est pas les écrans eux-mêmes qui sont mauvais,
01:34c'est le temps que vous passez aux écrans que vous ne passez plus à faire autre chose.
01:37Une étude australienne a établi que la durée moyenne d'exposition aux écrans des jeunes âgés de 6 mois et
01:44de 1h15,
01:46avec de fortes différences entre les bébés puisque certains y sont exposés à plus de 3 heures.
01:51À 24 mois, la durée moyenne s'élève à 2h30.
01:56Pour les tout-petits, c'est un problème. Je suis d'accord avec vous.
01:59D'ailleurs, c'est pour ça que la Société française de psychiatrie d'enfants et de l'adolescent
02:02avait proposé l'interdiction des écrans avant 6 ans.
02:06Alors, c'est un peu massif, ça peut se discuter,
02:09parce que faire un zoom avec maman et papa quand ils sont en déplacement, c'est bien.
02:13Le co-visionnage, c'est-à-dire le soir, on regarde un écran avec l'enfant et on en discute.
02:18Ça, on montre que c'est bien.
02:20Donc, vous voyez, ce n'est pas les écrans en eux-mêmes qui sont mauvais,
02:23c'est la façon de s'en servir.
02:24Je vais lire un livre avec son gosse, en effet, co-visionnage, ça me paraît pas...
02:28Non mais moi, écoutez, si vous écoutez, ce discours lénifiant,
02:32c'est une arme de destruction massive, les écrans.
02:36D'ailleurs, il y a une corrélation avec l'effondrement de la lecture.
02:38Quand vous dites qu'on est seul avec un livre, c'était votre entrée en matière,
02:42moi, ça me terrifie comme phrase.
02:44Vous n'êtes pas seul avec un livre.
02:45Vous êtes d'abord avec un auteur, vous êtes avec un certain usage de la langue française.
02:49Quand vous avez une bibliothèque, vous êtes entouré par les esprits de tous ces auteurs
02:52et vous me dites qu'on est plus en relation avec quelqu'un,
02:56peut-être qu'on n'a jamais vu parce qu'on correspond avec lui par écran interposé,
02:59qu'avec un livre.
03:00Moi, c'est un modèle de vie et un modèle de civilisation que je trouve terrifiant.
03:05Et puis, vous êtes dans la litote pour tout.
03:07Les gamins, maintenant, sont complètement esclaves des écrans.
03:10Ils ne peuvent plus s'en passer à tout âge.
03:13Et si vous dites, non, mais peut-être, il y a peut-être un problème.
03:15Si vous les interrogez, ils vont vous dire, ça, c'est un discours de boomer,
03:17il n'y a pas compris grand-chose.
03:19Oui, bien sûr.
03:20Mais c'est un peu court.
03:21Non, mais sur tous les sujets, ils diront ça.
03:23Non, non, non, non.
03:25Non, parce que vous dites, bien sûr, être seul avec un livre, c'est bien.
03:27Mais bien sûr, moi, j'adore ça.
03:29Il n'empêche que quand vous construisez votre identité, que vous êtes adolescent,
03:33lire la chartreuse de Parme, bien connue,
03:35ce n'est pas ça qui va vous aider à vous construire.
03:37Je suis désolé, c'est un fait clinique.
03:39Mais pourquoi pas ?
03:40Je suis désolé, monsieur.
03:41Moi, je me suis construit avec la bibliothèque universelle.
03:44Mais vous, bien sûr, mais vous...
03:46Et j'en connais d'autres.
03:47Éric, c'est pareil.
03:48Mais oui, mais...
03:49Non, mais arrêtez, là, on ne va pas raconter de ça.
03:51Là, il a raison.
03:52Je veux dire, quand j'avais 16 ans, je ne lisais pas la chartreuse de Parme toute la journée.
03:57Je jouais au foot, j'essayais de sortir, je regardais les filles, voilà.
04:03Et je ne passais pas mon temps à lire la chartreuse de Parme, évidemment, quand on a 15-16 ans.
04:07Et j'aimais bien.
04:09Pascal, on n'a pas dit qu'on passait notre temps dans les livres.
04:11Oui, mais il ne faut pas...
04:12On dit qu'on se construit avec la bibliothèque, pas avec des écrans.
04:16Excusez-moi, le message, vous êtes seul avec un...
04:18Vous avez bien fait venir, hein, M. Falissard.
04:19Ils vont vous engueuler, en plus.
04:20Il n'a rien fait, M. Falissard, ils vont engueuler.
04:23Si, il défend un modèle que je conteste.
04:24Il est pédopsychiatre, il est...
04:26Quand vous êtes avec un livre, vous êtes seul.
04:27On dirait vraiment que c'est une activité pour personne solitaire.
04:30C'est un fait.
04:30Il ne peut pas socialiser.
04:31Quand vous lisez un livre, vous êtes seul.
04:34C'est pas vrai.
04:35Vous êtes en contact avec la langue, bien commun.
04:37Quand vous êtes sur un écran, vous êtes seul aussi.
04:39C'est vrai.
04:40Écoutez, arrêtez.
04:41Dans la vie, on est seul toujours.
04:43C'est ça.
04:45Mais est-ce que vous êtes plus seul sur Instagram qu'avec un livre ?
04:47Un peu plus jour.
04:48Un peu plus tard.
04:50On est seul.
04:51Oui, on est toujours seul, amis.
04:52On est seul face à la mort.
04:53C'est notre vie d'être seul.
04:55Vous êtes...
04:56Voilà.
04:57C'est la vie.
04:58Et vous particulièrement.
05:00Vous êtes de plus en plus seul.
05:03Je vous dis que c'est ce décrochage de la lecture.
05:06Il y a une solution à ça.
05:08Les gens d'une dimension.
05:08Je suis d'accord avec vous, mais M. Falissard, je voulais parler avec lui.
05:11Alors que les tentatives de suicide diminuent en France, écrivez-vous, depuis le début des années 2000,
05:15elles repartent à la hausse depuis 2017.
05:17Ça, c'est...
05:17Oui.
05:18Et c'est grave.
05:18Oui.
05:19Chez les jeunes de 15 à 25 ans, et en particulier chez les filles.
05:22Certains franchissent alors le pas et accusent les écrans, tout spécialement les réseaux sociaux,
05:25d'être la cause de cette évolution inquiétante de la suicidalité chez nos jeunes.
05:31Vrai ou faux ?
05:33Oui.
05:34C'est un des éléments, effectivement, le harcèlement en ligne, les comparaisons ascendantes.
05:39Bien sûr.
05:39C'est-à-dire, avec TikTok, aujourd'hui, on se photographie, on met un filtre,
05:44et on se rend compte qu'on n'est pas comme ça dans la vie,
05:46et donc il y a une baisse de l'estime de soi qui est un facteur de risque de suicide.
05:49Donc, oui, il y a des problèmes massifs avec les écrans,
05:51mais là, ce n'est pas les écrans, c'est les algorithmes qui sont utilisés dans les écrans,
05:55qui font que ça sélectionne des informations qui sont mauvaises,
05:59alors que par ailleurs, ça aide, et c'est ça que vous ne voulez pas voir,
06:03ça aide certains jeunes d'être sur WhatsApp.
06:06Quand vous vous êtes fâché avec vos parents, je vais utiliser un autre mot,
06:09avec votre frère ou votre sœur, vous êtes tout seul,
06:12vous pouvez communiquer avec vos camarades de classe,
06:14ça vous remonte le moral, c'est du support social,
06:17ça protège de la psychopathologie et du suicide.
06:19C'est un fait aussi que certains ne veulent pas voir.
06:22Mais c'est pour ça qu'il faut vous écouter.
06:24L'impact des médias violents sur l'agressivité ?
06:26Oui, ça aussi, c'est démontré.
06:29Vous voyez, c'est quelque chose que j'ai appris en écrivant ce livre.
06:32Je suis amateur de jeux vidéo et ça défoule.
06:35Ah bon ?
06:35Oui, ça ne ressemble pas, mais je suis amateur de jeux vidéo.
06:40Quand on est pédopsychiatre, vous savez, on aime les jeunes,
06:45on les comprend peut-être mieux que des personnes plus âgées
06:48qui ne les côtoient pas au quotidien.
06:50Et donc, je pensais que se défouler, en fait,
06:53ça permettait de dégager son agressivité.
06:56Beaucoup de gens pensent ça.
06:57Eh bien, c'est faux.
06:58C'est faux, oui, ça soulage,
07:00mais ça conditionne à avoir des comportements agressifs.
07:03Alors, c'est statistique,
07:05tous les jeunes qui font ça ne deviennent pas délinquants, bien entendu.
07:08Bon, en tout cas, jamais les écrans n'ont été aussi présents.
07:11Moi, je trouve que c'est toujours intéressant d'attaquer parfois les idées reçues.
07:14C'est le cas avec le professeur Bruno Falissard,
07:16où il exposition aux écrans durant les premières années de vie
07:19doit nous inciter à nous interroger sur nos représentations
07:21du contexte optimal de développement d'un enfant, écrivez-vous.
07:25Mais non, il ne s'agit pas d'une priorité de santé publique
07:27au même titre que la prévention des abus sexuels
07:29ou des violences intrafamiliales, dites-vous.
07:32Donc, vous n'avez pas convaincu les uns et les autres,
07:35mais il est 10h52 et notre émission va à son terme.