00:00Je vais vous poser une question maintenant, est-ce que vous connaissez la différence de statut entre un pompier volontaire
00:04et un pompier professionnel ?
00:05Ah bah oui, un professionnel c'est son métier, un pompier volontaire, il a un autre métier, il est boucher,
00:09il est boulanger et il part sur des missions volontaires.
00:13Oui, mais peut-être pas exactement les mêmes que les proches.
00:15Moi, avec l'actualité de cet été qu'on a couvert, moi je trouve que simplement ce sont des héros,
00:19volontaires ou pas.
00:20Oui, des héros qui en ont marre, figurez-vous, parce que leur statut, leur mission, leur santé, leur budget,
00:26les pompiers veulent tout revoir pour aller mieux.
00:30Ils se lancent à partir d'aujourd'hui dans une grève à l'appel de huit des neuf syndicats de
00:36la profession.
00:37Bonjour Peter Gourouchaga.
00:38Bonjour.
00:39Merci d'être avec nous ce matin, vous êtes sapeur pompier dans l'Oise, représentant CGT d'ESDI,
00:44Service Départementaux d'Incendie et de Secours.
00:46On l'a vu cet été et on l'a encore entendu il y a un instant, les Français vous
00:51voient comme des héros.
00:52Comment expliquez-vous ce paradoxe, d'un côté être autant aimé du public et avoir, vous, le sentiment d'aller
00:59aussi mal ?
01:01Bonjour, merci de nous donner la parole.
01:03Oui, effectivement, il y a ce paradoxe qui s'installe.
01:05Les sapeurs-pompiers, heureusement, ça nous fait du bien.
01:08Les Français aiment beaucoup les sapeurs-pompiers.
01:10Mais malheureusement, nous sommes le dernier service public à fonctionner à peu près correctement.
01:15En tout cas, on arrive au bout justement et on l'a bien vu cet été.
01:19C'est-à-dire que les sapeurs-pompiers sont la roue de secours d'un système qui s'écroule.
01:23Quand je parle de système, je parle des services publics.
01:27C'est-à-dire que tous les services publics autour de nous qui s'écroulent au fur et à mesure
01:30par manque de financement
01:33impactent directement le nombre de missions des sapeurs-pompiers.
01:35Ça veut dire qu'en gros, ce que vous dites, c'est que vous êtes le service que l'on
01:38appelle quand plus personne ne répond.
01:40Exactement.
01:41Et là, en ce moment, plus personne ne répond.
01:42Sauf que ça fait des années que ça dure.
01:44Et nous, cette fois, nous sommes au bout.
01:47Nous n'avons plus de budget.
01:48Nous sommes obligés de nous reposer exclusivement sur les sapeurs-pompiers volontaires.
01:52En tout cas, en majorité.
01:54Parce que nos employeurs utilisent le volontariat comme des professionnels parce que ça coûte moins cher.
01:59Alors, on va en parler de ça.
02:00Mais juste quand on pense aux pompiers, on pense à la lutte contre les incendies, à des opérations absolument spectaculaires.
02:06Moi, je voudrais que vous nous ouvriez un peu les portes d'une caserne ce matin et qu'on les
02:09referme ensuite
02:10et que vous nous expliquez ce que c'est qu'une journée de 24 heures de garde et le quotidien
02:14d'un sapeur-pompier.
02:16Donc, le quotidien d'un sapeur-pompier, c'est donc, comme vous le dites, c'est 24 heures de garde.
02:19Alors, pour la petite précision, 24 heures de garde, mais payée 16 heures.
02:24On arrive à la garde, on fait le sport, l'entraînement et ensuite les interventions.
02:28La problématique qu'on a, c'est que les interventions prennent tellement le dessus avec le manque d'effectifs
02:34qu'on a moins le temps de s'entraîner.
02:36Et quel type d'intervention ? Parce que votre mission au départ, c'est quoi ?
02:40C'est lutte contre l'incendie et urgence, vitale.
02:42Voilà, c'est protection des biens, des personnes et de l'environnement.
02:45Mais malheureusement, comme je vous l'expliquais, le fait que les autres services publics n'arrivent plus à fonctionner correctement
02:51élargit notre champ missionnel.
02:52Mais c'est-à-dire lequel ? Vous faites quoi ? Vous faites ambulance ?
02:55Exactement. Quand les ambulances privées ne peuvent pas aller sur des interventions qui ne sont pas notre sort,
03:00on envoie les sapeurs-pompiers.
03:02Le SAMU, qui n'a pas beaucoup d'effectifs non plus, envoie les sapeurs-pompiers sur des missions qui ne
03:07sont pas les nôtres.
03:08Quand la police dysfonctionne, on se retrouve à aller sur des missions, par exemple, sur personnes en état d'abriété
03:13sur voie publique.
03:14Ce qui génère aussi d'autres problématiques.
03:15C'est-à-dire que c'est sur ce genre d'intervention, par exemple, qu'il peut y avoir des
03:18agressions.
03:19Et ça génère aussi un problème budgétaire.
03:21Parce qu'in fine, on est obligé, nos employeurs nous achètent des gilets par lame, des caméras piétons.
03:26Vous comprenez bien qu'on est rentrés sapeurs-pompiers pour essayer d'aider les gens et de sauver les gens.
03:31Et quand il manque des effectifs, parce que vous nous parlez d'effectifs, quand il manque des effectifs dans une
03:35caserne, ça a quelle répercussion dans votre fonctionnement et dans votre quotidien ?
03:41Alors, dans notre fonctionnement, déjà, ça veut dire qu'on part avec des engins qui sont non complets.
03:44Donc, ça veut dire que pendant un moment, sur une intervention, on peut se retrouver en danger, tout simplement.
03:51Pour compléter ces effectifs manquants, il faut aller chercher dans d'autres centres de secours.
03:55Donc, c'est des délais d'intervention plus longs pour les gens qui appellent au bout.
03:58D'ailleurs, on met deux minutes de plus en dix ans pour se présenter sur les lieux d'une intervention.
04:05Avant, on mettait 12 minutes, maintenant, on en met un peu plus de 15.
04:0815 minutes, vous imaginez bien quelqu'un qui est en arrêt cardio-respiratoire.
04:11Au bout de 15 minutes, malheureusement, on pourrait repeindre presque les ambulances en noir.
04:15En Allemagne, ils ont mis en place une limite de 8 minutes basée sur des études médicales.
04:21Nous, on met le double.
04:22– Ça veut dire que vos conditions de travail aujourd'hui, vous dites, les patients, les personnes en difficulté sont
04:28en danger.
04:30Et vous aussi, votre santé ? Je lisais ce matin dans Libération, qui revenait justement sur les méga-feux de
04:36l'été,
04:37qui évoquait le matériel et les risques pour votre santé, l'exposition aux fumées toxiques, par exemple.
04:41– Oui, notre santé est impactée. Déjà, c'est un métier où on travaille de nuit, il y en a
04:45beaucoup.
04:45Donc, nous, ce qu'on demande, c'est une reconnaissance des cancers comme maladie professionnelle.
04:49Effectivement, quand vous voyez, vous avez vu cet été, les sapeurs-pompiers sur incendie,
04:53ils ont une cagoule sur la tête, c'est comme si on y allait avec un chiffon.
04:57Enfin, je veux dire, à un moment donné, c'est criminel de ne pas nous donner les moyens de nous
04:59protéger.
05:00Les journalistes qui venaient voir les collègues sur le front en Gironde
05:04étaient plus protégés que les sapeurs-pompiers eux-mêmes.
05:06– Là, vous dites que nos employeurs ont une attitude criminelle.
05:10– Exactement, ne pas prendre en compte le métier de sapeurs-pompiers
05:14et les classés cancérogènes pour l'homme depuis des années,
05:16par le Centre international de recherche, par l'OMS.
05:19Au Québec ou aux États-Unis, le cancer est reconnu comme maladie professionnelle.
05:22Il y a une dizaine de cancers qui sont reconnus comme maladie professionnelle.
05:25Et en France, on ne veut pas nous le donner,
05:27alors qu'il y a une lutte qui est acharnée depuis des années sur ce sujet-là.
05:31Donc, c'est important de comprendre.
05:33Et puis, sur le matériel, on a perdu 1 000 camions, citerne, feu de forêt depuis 2010.
05:38La problématique, c'est que les feux augmentent, les saisons sont plus longues.
05:43Depuis 1973, les 17 plus gros feux qui ont dépassé 5 000 hectares,
05:46sur ces 17 feux, il y en a 5 qui ont eu lieu depuis 2021.
05:49Et les 3 plus gros ont eu lieu aussi depuis 2021.
05:52Donc, on voit bien que ça s'intensifie, ça augmente,
05:55ça demande plus d'efforts de la part des sapeurs-pompiers pour leur santé
05:58et plus en personnel, alors qu'on en a de moins en moins.
06:01– Vous êtes, je le rappelle, représentant CGT.
06:02Cette colère professionnelle est en train de devenir un combat politique ?
06:06– Complètement, oui, c'est un combat politique,
06:07parce que c'est des choix politiques au départ.
06:09Donc, l'État et nos employeurs ont fait le choix de faire des économies
06:15en utilisant massivement le volontariat,
06:17donc en exploitant le volontariat,
06:19c'est-à-dire en les faisant travailler comme des professionnels,
06:22mais ils les utilisent, en fait, souvent sur les plateaux,
06:24ils viennent dire qu'ils aiment les volontaires.
06:26Moi, je reste persuadé que l'État et nos employeurs n'aiment pas les volontaires,
06:28ils aiment le statut,
06:29parce qu'ils les payent 4 euros de l'heure à être en centre de secours
06:32et ils ne sont pas soumis à cotisations patronales.
06:34Donc, on est en train de…
06:35– Et ils effectuent, les volontaires,
06:36les mêmes missions que les pompiers professionnels ?
06:39– Alors, dans beaucoup, beaucoup de SDIS,
06:40on les utilise ce qu'on appelle en garde postée,
06:41ça veut dire qu'ils arrivent à la garde
06:42et qu'ils font exactement la même chose que les professionnels.
06:45Et sauf qu'avant, il y avait une sorte de contrat moral,
06:47c'est-à-dire que quand on était sapeurs-pompiers volontaires,
06:49on passait le concours professionnel et on devenait professionnel.
06:52Aujourd'hui, ce contrat moral, il n'est pas tenu.
06:54Il reste encore 3 000 personnes,
06:56dont majoritairement des volontaires,
06:57sur les listes du dernier concours,
06:58qui ne sont toujours pas embauchées.
07:00Nous, on demande 21 000 sapeurs-pompiers professionnels supplémentaires.
07:03Et ça tombe bien, donc on prend le pari aujourd'hui,
07:05si l'État et nos employeurs aiment vraiment les volontaires,
07:08qu'ils les embauchent comme professionnels,
07:10comme ça, ça leur donnera un endroit pérenne
07:12et nous, ça nous fera du monde.
07:13– Et bon, on a entendu votre message ce matin.
07:14Merci beaucoup, Peter Gouroudjaga, d'avoir été avec nous.
07:17– Merci.
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