- il y a 4 semaines
Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce jeudi, Pascal Praud reçoit Astrid Roucher à l'occasion de la sortie de son livre "La Plume et le prince".
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00:00Pascal Proulx.
00:01Astrid Rouchet est avec nous, La Plumée et le Prince.
00:03C'est effectivement un roman à clé, un récit à clé dans un monde imaginaire,
00:09mais vous avez été au contact d'Emmanuel Macron et vous étiez,
00:12vous nous avez raconté votre parcours et comment vous avez écrit pour lui
00:15et puis pourquoi vous nous direz que ça s'est arrêté.
00:20Mais vous avez une question à poser.
00:21Oui, j'ai lu ce matin l'interview que vous avez donnée à Eugénie Bastier dans Le Figaro,
00:25tout à fait intéressante, mais vous dites ceci,
00:28« J'ai eu la chance d'écrire pour de grands moments de l'histoire de France ».
00:31Est-ce que vous pourriez quand même éclairer ma l'antenne ?
00:33Parce que les grands moments de l'histoire de France avec Emmanuel Macron,
00:37je ne les vois pas tellement.
00:38Ah, je pense qu'il y a un quiproquo.
00:40Je parlais des commémorations, c'est-à-dire que tous les moments de l'histoire de France,
00:43ce que j'ai pu commémorer, c'était les 75 ans, les 80 ans,
00:47de moments nombreux et très riches, du débarquement, de la libération de Paris,
00:51du plateau des Glières, beaucoup de pages de la Résistance.
00:54Et c'est en ça que je me suis imprégnée et j'ai beaucoup lu sur l'histoire de France.
00:58Mais finalement, ça en dit beaucoup.
01:01Vous, qui avez travaillé avec Emmanuel Macron, j'ai envie de dire, vous savez.
01:05Nous, on ne sait pas.
01:06Vous, vous savez qui il est, comment il est, vous avez travaillé avec lui.
01:09Et la manière dont il garde vos textes et les mots que vous avez écrits ont dit beaucoup sur lui.
01:16C'est-à-dire que quand vous lui soumettez un texte, à l'arrivée, combien reste-t-il de votre
01:23texte ?
01:25Alors, c'est difficile à quantifier.
01:27Ça dépend beaucoup des circonstances.
01:29C'est-à-dire que quand c'est des discours en petit format où il y a peu d'enjeux,
01:33il va assez peu reprendre.
01:35Mais pour les grands discours, avec un auditoire très vaste,
01:39il va beaucoup plus les retravailler.
01:40Il peut y avoir un dialogue aussi, par exemple.
01:43Donc en fait, alors il faut se représenter.
01:46Peut-être le processus, pour replacer un peu, le processus d'écriture d'un discours.
01:49La base de mon travail, c'était un agenda qui était flouctiant, qui était mobile,
01:53qui était d'ailleurs, c'est pour ça que je parle de tapisserie de Pénélope,
01:56puisque le vent politique tournant, les humeurs internes des Français,
02:00et l'actualité dictant un tempo qui n'était pas forcément celui qu'on avait anticipé.
02:05Cet agenda a changé énormément.
02:06Il m'est arrivé de nombreuses reprises de préparer des discours d'annonce
02:10qui n'ont pas été faits, ou pour des discours qui finalement ont été dits six mois plus tard.
02:15Il m'est arrivé de préparer un discours qui finalement n'a pas été dit par Emmanuel Macron,
02:19mais par un de ses ministres, qui l'a repris d'ailleurs.
02:22Vous voyez, le recyclage, c'est même au sein du gouvernement.
02:27Donc, sur la base de cet agenda, je voyais qu'il y avait, par exemple,
02:30un mois plus tard, un déplacement dans tel pays.
02:32Et à ce moment-là, je vais organiser une rapide concertation
02:37avec les différents conseillers qu'on appelle les conseillers au fond,
02:39la plume étant considérée comme un conseiller à la forme,
02:41même si ce travail de synthèse est aussi un travail d'idée.
02:44C'est qui les conseillers au fond ?
02:46Ce sont tous les conseillers qui ont un portefeuille thématique.
02:48le conseiller industrie, la conseillère G7, la conseillère TPE,
02:53le conseiller mémoire, que vous connaissez bien.
02:56Par exemple, Bruno Roger Petit, il est conseillé au fond.
02:59Il est mémoire.
02:59Oui.
03:00Il n'écrit pas du tout.
03:01Je pensais qu'il écrivait de temps en temps, Bruno Roger Petit.
03:03Il donne des éléments, il donne des éléments d'ambiance.
03:05Il retravaillait parfois nos discours.
03:07Il avait des idées de formules pour les discours historiques.
03:10Et donc, ces conseillers vont me proposer soit des idées,
03:13soit des indications, soit parfois des éléments de langage,
03:16les fameuses EDL.
03:18Ah oui, ça vous en parlez, la neuf langue.
03:21Qui sont souvent nourrées par les ministères.
03:23Et sur la trame de ces éléments de langage,
03:25je vais faire monter la mayonnaise et essayer de proposer un discours.
03:28Il y a une navette rapide entre les conseillers.
03:30Je leur envoie, ils me renvoient, ils me disent s'il y a des idées factuelles.
03:33Souvent, ils rallongeaient, je raccourcissais.
03:35Ils rallongeaient, je raccourcissais.
03:37Quand j'étais arrivée à quelque chose qui me paraissait indissible
03:40et à un point de maturité suffisant,
03:42j'envoie au président, c'est-à-dire que j'envoie à son secrétariat particulier,
03:46qui l'imprime et lui soumet.
03:48Lui, il retravaille.
03:50Soit il raie des mots, il propose des formules,
03:52soit il dit, voilà, trop court, l'angle n'est pas le bon.
03:54Revoir ça, telle proposition.
03:56Et les corrections sont toujours bonnes ou vous n'êtes pas d'accord ?
03:58Est-ce que vous avez un regard sur les corrections
04:00ou est-ce que vous appliquez ?
04:02Alors quand c'est des formules précises,
04:04il me raie, il me met dire ça, j'exécute.
04:07Parfois c'est des corrections un peu plus larges,
04:08en me disant creuser telle idée,
04:12avez-vous mentionné telle chose,
04:13contactez tel historien qui saura vous aider,
04:15vérifiez avec telle famille de victimes
04:17qui a une opinion intéressante sur le sujet.
04:20Et voilà, donc j'avais encore cette phase 2,
04:23je lui renvoie,
04:24et les navettes peuvent parfois être multiples.
04:26Je me souviens du discours dans le Trame de Paris,
04:28où j'ai eu la lecture assez tard du président,
04:31et toute la journée du samedi avant le discours,
04:33j'ai passé la journée,
04:35derrière mon ordinateur,
04:36à recevoir, renvoyer, recevoir, renvoyer
04:38des ajustements à ce discours qui lui tenait à cœur.
04:40Mais c'est lui dans ces cas-là ?
04:42C'est lui qui le fait ?
04:43C'est lui qui vous envoie les réajustements ?
04:45Oui.
04:46En direct ?
04:47Alors en direct, c'est-à-dire que l'escrit,
04:49il a ce fameux feutre bleu mapède,
04:51donc si vous voulez, le stylo du président,
04:52ça n'est pas du tout un mont blanc doré sur tranche,
04:54c'est vraiment le feutre bleu des colliers,
04:56qui a l'avantage de trancher sur le document.
05:00Sa secrétaire, le Roscan, me le renvoie,
05:02je réintègre les corrections sur le document,
05:04je le renvoie, voilà, il y a ce jeu de...
05:05Bon, la journée des types,
05:06allez, vous arrivez à quelle heure le matin ?
05:08En général, les réunions et les rendus
05:10commencent à arriver à 9h, ce qui est plutôt tard,
05:12mais il faut comprendre que nous,
05:13on est en bout de course dans la chaîne de l'État,
05:15des informations qui viennent du terrain,
05:18qui remontent par le préfet ou par la région,
05:19par le ministère et qui nous arrivent.
05:21Donc les journées commencent plutôt tard
05:23par rapport à d'autres institutions
05:24comme les préfets ou les élus locaux.
05:27En revanche, c'est assez dense.
05:30Moi, j'essayais toujours d'avoir une pause déjeuner
05:31avec des gens de l'extérieur,
05:33justement pour garder cette fraîcheur d'esprit
05:35qui est nécessaire,
05:36et avoir des gens qui n'étaient pas du tout politiques
05:37et qui pouvaient m'apporter une vision de terrain,
05:40des directeurs de l'association,
05:41des professeurs.
05:42C'est ma pause.
05:43Et ensuite, les journées finissaient tard,
05:46vers 20h, 21h.
05:48Et vous le voyez, le président ?
05:4923h.
05:50Vous le voyez ?
05:50Parce qu'il faut un contact, j'imagine, personnel.
05:52Quand même, il y a une intimité.
05:54Vous dites que vous n'êtes que deux à écrire.
05:56Donc j'imagine qu'il y a quelque chose
05:59entre vous et lui qui existe,
06:00de l'ordre de l'estime,
06:03forcément réciproque.
06:04Alors, c'est très paradoxal,
06:06puisque effectivement,
06:07les mots, c'est très intime.
06:08La première fois que j'ai vu une formule
06:10que j'avais pensée la veille
06:12dans la bouche du président,
06:13je me souviens,
06:14je le regardais,
06:15c'était à Strasbourg,
06:15donc je n'étais pas là,
06:16et je regardais cette phrase
06:18qui était passée de mon papier,
06:19que je connaissais,
06:20que j'avais griffonné sur un bloc-notes
06:22au cas de couleur,
06:22et que je voyais dans sa bouche.
06:23J'ai une espèce d'effet de vertige total.
06:25C'était pour l'inauguration d'un théâtre,
06:27je me souviens.
06:28Et donc, en cela,
06:29il y a quelque chose de très proche.
06:30Mais en réalité,
06:31la relation,
06:32c'est une relation professionnelle,
06:33c'est une relation de travail,
06:34qui est une relation dématérialisée
06:36par le prisme
06:37de ces échanges de papiers.
06:40C'est une relation qui est fonctionnelle.
06:43Oui, mais ça n'empêche pas les sentiments.
06:45Alors, dans mon cas...
06:46L'estime, c'est un sentiment.
06:47Alors, il faut un minimum...
06:48Ou d'admiration, même.
06:49Je pense qu'il avait pour ses plumes
06:51une confiance,
06:52c'est-à-dire qu'il savait
06:53que si on lui avançait un chiffre,
06:55il savait que c'était un chiffre
06:56que j'avais vérifié
06:56auprès de trois historiens et cinq livres.
06:58Je vous assure que
06:59quand j'ai dû faire des additions
07:00de parachutistes
07:01pour la commémoration
07:01du débarquement du 6 juin 1944,
07:03je l'ai refait cinq fois.
07:04J'ai demandé à trois historiens.
07:06Il savait que, voilà,
07:07s'il me disait,
07:07mais je crois que c'est 50 000,
07:09voilà, s'il lui disait non,
07:09c'est 60 000,
07:10j'étais sûre de mon fait.
07:12Et lui, donc, fait confiance,
07:13mais pas seulement à ses plumes,
07:14à tout le processus de conseil
07:16qui a précédé.
07:17Donc, c'est une relation décide,
07:19mais c'est une relation
07:19qui est fonctionnelle
07:20et qui est, en fait,
07:21relativement apartisane
07:23puisque, voilà,
07:24on travaille pour plus grand que nous
07:26et c'est une relation
07:27qui est collective.
07:28C'est-à-dire que les réunions de travail
07:29que j'avais avec le président,
07:30c'était des réunions à 7 ou 8
07:32dans le salon vert
07:33qui est à côté de son bureau
07:35où, voilà,
07:36cette dimension collégiale
07:37permet d'avoir un discours
07:38qui soit le plus grand.
07:39Alors, je vais dire
07:39quelques passages.
07:41Alors, la de Vlanc du Palais,
07:42elle n'avait jamais rencontré
07:43ce type de texte auparavant
07:45sur son île de Bruyères
07:47où murmurait le vent et les livres.
07:48La plupart des ministères
07:49ne disaient pas
07:50nous allons donner de l'argent
07:51à la mairie
07:51pour construire une bibliothèque.
07:53Ils disaient
07:53un schéma d'investissement
07:55pluriannuel sera envisagé
07:56collectivement au plan local
07:58en lien avec tous les acteurs concernés
08:00pour développer des espaces
08:02métaculturels polymorphes
08:03visant à constituer
08:04un pôle d'attractivité sociétale
08:06via une diversité
08:07de dispositifs pluriels
08:08de mise en accès
08:09du médium écrit.
08:10Bon, vous en faites un peu beaucoup, là.
08:12Ce n'est pas tout à fait ça, quand même.
08:14C'est que ça n'est à peine exagéré.
08:15Vous n'imaginez pas
08:16les éléments de langage de ministère
08:18sur ce qu'il y a de plus diffus
08:20et de plus verbeux.
08:20C'est terrible.
08:22Alors, quand la langue
08:23sert à masquer l'incompétence,
08:25masquer votre incompétence,
08:26votre indécision
08:27ou votre embarras
08:27dans des circonvolutions,
08:30dans des circonlocutions,
08:32faire croire que l'autre
08:33ne comprend pas.
08:34Ça, j'adore ça.
08:35Ne laissez jamais penser
08:36que vous n'êtes pas
08:37assez compétent
08:38pour savoir,
08:39mais conduisez l'autre
08:40à penser
08:41qu'il n'est pas assez compétent
08:42pour comprendre.
08:43Alors, je précise,
08:44pour lever les malentendus,
08:45que ça n'est pas du tout
08:47les principes d'écriture
08:48d'un discours.
08:48Ça, c'est une espèce de grammaire
08:50que j'ai constatée
08:51chez ces éléments de langage
08:52dont on m'abbrevait.
08:53Et au contraire,
08:54si vous voulez écrire
08:54un bon discours,
08:55il faut faire l'inverse de ça.
08:56Il faut justement
08:57prendre ces anticonseils
08:58que j'ai essayé de lister,
08:59à la fois parce que j'avais
09:00un besoin cathartique,
09:02j'avais besoin
09:02de me lâcher
09:03et de résumer
09:05cette grammaire
09:05qui me répilait.
09:07Mais si vous voulez écrire
09:07un bon discours,
09:08il faut faire l'inverse de ça.
09:09Il faut clarifier.
09:10Bien sûr.
09:10Il faut donner des angles,
09:11il faut donner de la structure.
09:12Bon, la plume se rappela
09:13cet aphorisme
09:14qu'elle avait entendu
09:15de la bouche du prince.
09:16Nous vivons dans un pays merveilleux
09:18où l'administration
09:19invente des règles
09:20pour que les habitants
09:21aient la joie
09:21de les contourner.
09:23Authentique.
09:23Mais oui, mais j'entends bien,
09:24mais ce que je lui reproche,
09:26parce qu'on est très sévère
09:27sur Emmanuel Macron,
09:28non pas d'ailleurs sur le verbe,
09:30non pas sur sa séduction,
09:31elle est étincelante,
09:33sur son intelligence,
09:35elle existe,
09:36mais sur cette incapacité
09:38à agir.
09:39Et d'ailleurs, vous,
09:40quand vous parlez
09:41de la brouillère,
09:42de Pascal,
09:44vous parlez d'un âge d'or
09:45et vous dites
09:46c'est bien écrire,
09:47bien penser
09:47et ça arrive à bien agir.
09:50Bien écrire,
09:51bien penser,
09:51bien agir.
09:52Et effectivement,
09:53le souci d'Emmanuel Macron,
09:55on en est là.
09:56C'est-à-dire l'action.
09:58Pourquoi ?
09:59Et c'est un mystère.
10:00On parlait hier
10:01de l'éducation nationale.
10:02C'est un mystère pour moi
10:04de partir
10:06de Blanquer
10:07et d'arriver
10:08à Papendiaï.
10:09Je ne comprends pas.
10:11Donc, si vous avez la clé,
10:13donnez-la nous.
10:13Alors, si j'avais la clé,
10:14je pense que je serais
10:15des hautes fonctions politiques
10:16et tout le monde
10:17me remercierait.
10:18Je pense que je n'ai pas
10:19plus la clé que vous.
10:21On est dans un...
10:22Ce président est resté,
10:23je pense,
10:24y compris pour ses proches,
10:25un mystère.
10:26C'est un mystère pour vous ?
10:28Oui, je pense.
10:29J'ai une connaissance
10:31de certains tropismes
10:33intellectuels,
10:34esthétiques,
10:35philosophiques,
10:35littéraires chez lui.
10:36Ça n'explique pas tout.
10:38Ça n'explique pas
10:39l'intégralité
10:40de son action.
10:41Moi, je pense
10:42que j'ai essayé
10:44d'endosser ma part
10:45de service de la France
10:48à travers ce prisme
10:49de l'écriture de discours.
10:50J'étais dans ce rôle
10:52de conseil,
10:54des conseils
10:54dont il a fait
10:55ce qu'il voulait.
10:56Il était entouré
10:57de nombreux conseillers.
10:58On est 52 conseillers,
10:5954 conseillers à l'Élysée.
11:00Et donc,
11:01mon rôle,
11:02c'était celui de la parole.
11:03C'est la cour.
11:03D'ailleurs,
11:03vous en parlez.
11:04C'est la cour.
11:04Mais bon,
11:04ça,
11:05c'est inhérent,
11:06forcément,
11:07à ces systèmes-là.
11:08C'est Saint-Simon,
11:09raconter ça,
11:10la brouillère.
11:11Bon,
11:11vous créez des archétypes,
11:13d'ailleurs,
11:13mais par définition.
11:15Alors,
11:16c'est important,
11:16d'ailleurs.
11:17vous faites une différence
11:18entre des gens
11:19qui peuvent être libres,
11:20qui sont là
11:20parce qu'ils ne l'ont pas demandé,
11:22et des gens
11:22qui ont fait
11:23des tonnes de choses
11:25pour arriver à être là.
11:26Alors,
11:26ces gens-là,
11:27évidemment,
11:27ils sont liés,
11:28ils sont prisonniers,
11:29ils n'osent rien dire.
11:30Oui,
11:31j'ai remarqué
11:31qu'il y avait vraiment
11:31ceux qui étaient là pour servir
11:33et ceux qui étaient là
11:33pour se servir.
11:34Vous avez des noms ?
11:36J'ai justement écrit
11:37un livre à clé
11:38pour que chacun fasse
11:39son examen de conscience personnelle
11:40et ne pas avoir
11:41à clouer des gens.
11:42Il y a plus de gens
11:43qui sont là pour servir
11:44ou plus de gens
11:44qui sont là pour se servir.
11:46Alors,
11:47heureusement,
11:48dans les fonctions de l'ombre
11:48que sont les fonctions de conseil
11:50où finalement,
11:50vous avez assez peu de visibilité,
11:53ça permet,
11:54je pense,
11:54des gens
11:55qui sont authentiquement là
11:56pour servir
11:57d'exister.
11:58Et j'ai rencontré
11:59autour de moi
11:59parmi les conseillers
12:00d'Emmanuel Macron
12:01beaucoup de gens
12:01qui ne venaient absolument pas
12:02de ce milieu,
12:03qui étaient des gens
12:04qui venaient du terrain,
12:05qui étaient par exemple
12:05des professeurs,
12:06qui étaient des gens
12:08qui travaillaient dans l'associatif,
12:10des gens qui venaient du privé
12:11et qui,
12:12en fait,
12:12ont beaucoup sacrifié,
12:13paradoxalement,
12:14pour aller à l'Élysée.
12:15Ils ont perdu
12:16en harmonie familiale,
12:17ils ont perdu financièrement.
12:19Alors,
12:19vous me direz peut-être
12:20qu'ensuite,
12:20ils y gagnent
12:21sur leur carrière future.
12:22Peut-être.
12:23Mais j'ai aussi vu des gens
12:25qui étaient là
12:25pour laborieusement,
12:26dans l'ombre,
12:28faire de leur mieux
12:28et servir une certaine idée
12:30de la France.
12:30La plume qui,
12:31spontanément envoyait ses textes
12:32à travers les lunettes roses
12:33de la conviction,
12:34prit l'habitude
12:34de passer son discours
12:35fraîchement écrit
12:36au crible de trois
12:37lectures critiques.
12:38D'abord,
12:39elle chaussait
12:39les lunettes de Myope
12:41du parfait néophyte,
12:42ignorant du sujet.
12:44Les lunettes sombres
12:45de l'auditeur hostile
12:46et enfin,
12:47les œillères
12:48et la grande paire de ciseaux
12:49de l'auditeur roteur,
12:51habile à tronquer
12:52des morceaux de discours
12:53pour leur faire signifier
12:54l'inverse de leur intention,
12:56les tailler en pointe
12:57et les retourner en arme.
12:58C'est formidable.
12:59Je trouve que ce livre,
13:00vraiment,
13:01d'abord,
13:01il y a un plaisir de lecture.
13:03Vous pensez à votre lecteur
13:04et c'est drôle,
13:06c'est intelligent,
13:07c'est informatif,
13:08c'est accléré.
13:08moi,
13:08je ne connais pas
13:09tous les conseillers,
13:10donc j'en connais un ou deux
13:11dont on parle régulièrement
13:13dans cette maison.
13:16Vous l'avez parcouru ?
13:17Vous l'avez lu ?
13:18Je pensais au discours
13:19du plateau des Glières,
13:20il se trouve que j'y étais
13:21et ma question,
13:22c'était dans quelle mesure
13:23il y a de la politique
13:24dans vos discours ?
13:25C'est-à-dire qu'on comprend
13:26que ce sont des commémorations
13:26et est-ce que le président
13:27vous demande
13:28d'y mettre des références
13:30de l'actualité politique,
13:32envoyer des signaux,
13:33des messages ?
13:34Dans quelle mesure
13:34il vous demande ça ?
13:36Alors,
13:36ça dépend comment
13:37vous entendez politique.
13:38Ma conception de la politique,
13:39c'était au sens vraiment
13:40étymologique de police,
13:41la cité,
13:42c'est-à-dire ce qui unit
13:44les citoyens entre eux
13:45et leur donne l'idée
13:46et l'envie
13:47de fédérer leurs énergies
13:49autour d'un projet national.
13:50En ce sens-là,
13:51toute prise de parole présidentielle
13:52est éminemment politique,
13:54mais qu'il s'agisse
13:55du salon de l'agriculture
13:56ou des industries quantiques
13:58ou de la commémoration
13:59d'un des chapitres
14:01de la Seconde Guerre mondiale.
14:03Donc,
14:03en ce sens-là,
14:04aller sur le plateau des Glières,
14:05commémorer la Résistance,
14:07commémorer un moment
14:08de division de la France.
14:09Les plateaux des Glières,
14:10c'est terrible,
14:11les miliciens français
14:12ont joué une part
14:13dans la mort
14:14de ces résistants français.
14:16Donc,
14:16en ce sens-là,
14:17c'est une séquence politique.
14:20Il y a des échos
14:21avec l'actualité
14:22qui sont toujours nombreux
14:25et l'histoire
14:26est une métaphore vive.
14:27C'est pour ça
14:27qu'elle est si intéressante
14:28et je dis à un moment
14:29dans le livre
14:29qu'on peut être
14:30analphabète de l'histoire
14:31comme on l'est des mots.
14:33Je pense que c'est
14:33un drame aujourd'hui.
14:34Il y a une mémoire
14:35très courte
14:35et aussi,
14:36je parlais de myopie,
14:36il y a une myopie historique.
14:38On l'a vu avec Marine Tondelier
14:39mais est-ce qu'il est content
14:40à votre avis
14:41du président de votre livre ?
14:43Est-ce que vous lui avez envoyé ?
14:44Oui, je lui ai envoyé.
14:45Il vous a répondu ?
14:46Oui, il m'a répondu.
14:47Il m'a envoyé une lettre
14:47assez aimable
14:48où il me remerciait.
14:49Assez aimable,
14:50vous le dites avec...
14:51Ah si, si,
14:52vraiment aimable.
14:53Assez aimable,
14:53vous dites comme ça
14:54comme s'il y avait
14:54un peu de désavocure.
14:54Le président est toujours aimable.
14:56C'est une nécessité
14:56de représentation.
14:57Moi, je suis même étonné
14:58parce qu'on n'est pas toujours
15:00à peine avec lui
15:01et il est toujours très gentil
15:02quand on le croise.
15:03Je suis d'accord.
15:04Sur le plan personnel,
15:05c'est quelque chose
15:05vraiment qui frappe
15:06les gens qu'il rencontre.
15:07Oui, il y a autant
15:07que je ne l'ai pas croisé
15:08en même temps.
15:08Je ne sais pas
15:08s'il serait toujours
15:09aussi aimable.
15:11Donc, vous lui aviez
15:12mis une petite déligasse,
15:13j'imagine.
15:13Est-ce que vous lui avez
15:14demandé l'autorisation
15:15d'écrire avant ?
15:15Non, je ne l'ai pas
15:16demandé l'autorisation.
15:17Vous ne trouvez pas
15:17que quand même
15:18vous êtes là,
15:19il y a quelque chose...
15:20Vous êtes lié quand même.
15:21Il y a une sorte
15:22de secret quand même.
15:25Oui, je pense que
15:26le système du récit allégorique
15:27et du conte philosophique
15:28crée une distance suffisante
15:30pour respecter un équilibre.
15:33Et je pense que
15:33ce que je dis
15:34s'applique à ce que j'ai vu.
15:37Il y a une démaillée de Macron.
15:39Mais je pense que
15:40en tout cas,
15:41j'ai essayé de chercher
15:42aussi un intemporel politique
15:43et des phénomènes de cours
15:46qui ne sont pas nouveaux
15:47et qui seront encore vrais.
15:48Oui, mais ça, c'est comme ça.
15:49Alors, vous avez
15:49une petite dédicace,
15:50j'imagine,
15:51qui était neutre
15:52ou elle était...
15:53Celle que je lui ai écrite,
15:55qu'est-ce que je lui ai dit ?
15:56Si, je me souviens.
15:57Au prince,
15:58une plume consciente
16:00de la difficulté
16:01de gouverner l'archipel.
16:02Oui, c'est neutre.
16:04C'est pas...
16:05Bon, c'est neutre.
16:06Moi, je pourrais dire
16:06la même chose à la fin
16:07quand il terminera,
16:08au prince.
16:09C'est pas facile
16:10de gouverner la France,
16:11monsieur le président.
16:12Bon.