00:00Prince, ça nous intéresse parce qu'Astrid Rouchet est avec nous et elle a écrit pour Emmanuel Macron.
00:06Combien de personnes écrivent pour le président de la République ?
00:09Alors depuis 2017, on a progressivement sur un système à deux plumes.
00:13Généralement, c'est un homme et une femme qui peuvent, suivant leur goût et leur volonté de transmettre et travailler
00:18à plusieurs,
00:20recruter un chalet de mission et un stagiaire.
00:22Il y a combien de discours par semaine ou par jour ?
00:25C'est difficile à dénombrer puisqu'on a à la fois des grands discours solennels qui vont être télévisés,
00:31qui sont la partie émergée de l'iceberg, et toute une partie immergée de discours dans des formats plus intimes,
00:37plus réduits,
00:37des remises des légions d'honneur où la presse va être absente par exemple.
00:40Beaucoup de discours écrits, donc plutôt des préparations d'interviews, des éléments de langage,
00:46des choses qui vont être non pas prononcées telles qu'elles, mais qui vont servir à nourrir le président et
00:51dont il va faire sa propre version.
00:53Voilà, ça peut aller jusqu'au tweet, jusqu'au toast, jusqu'au petit mot pour un livre d'or que
00:59le président va écrire dans le livre d'or d'Auschwitz
01:01ou du lieu où il est allé quand même ouvrir un événement.
01:03Donc c'est difficile à dénombrer, mais voilà, je dirais 4 ou 5 peut-être par semaine,
01:09ce qui est assez intensif, surtout si on pense aux grandes décorations collectives.
01:15Certaines périodes de l'année où le président décore 7 ou 8 personnes par semaine, parfois,
01:20il a toujours été très attaché à remettre lui-même ses décorations, ce à quoi il n'est pas tenu.
01:25On peut se faire remettre une légion d'honneur par exemple par quelqu'un de sa famille, par un maire,
01:30par quelqu'un qui a compté pour nous dans une carrière, et lui était très attaché à cet exercice.
01:34Comment vous avez été recrutée ?
01:36J'ai envie de dire par un accident de parcours.
01:40C'est à peine exagéré, puisque moi, depuis le début, alors je sais que je veux servir le bien commun
01:46plutôt dans la sphère publique.
01:49J'avais toujours voulu travailler soit dans une institution, quelque part dans l'État,
01:52mais je m'orientais depuis mes études plutôt vers le monde des musées, le monde du patrimoine.
01:59J'avais fait du droit, de l'histoire de l'art, des sciences politiques,
02:02et tout cela mélangé, ça me menait plutôt vers les musées, où finalement je suis aujourd'hui,
02:06et un peu par un concours de circonstances.
02:08Et par hasard, il se trouve que la plume de l'époque, qui était Sophie Vallon,
02:12qui était à l'époque en duo avec Jonathan Guémas,
02:14était débordée par un grand nombre de discours mémoriels et historiques,
02:17et a voulu du coup avoir un soutien, une adjointe qu'elle allait chercher du côté de Normale Sup,
02:23parce que c'était une école d'où elle venait,
02:25et elle savait que c'était une école compatible avec l'écriture intensive,
02:29et puis le fait de se nourrir de sujets variés,
02:32et donc tous les Norméens n'aiment pas cet exercice de rapidité et de synthèse d'idées.
02:37Il y en a qui préfèrent le travail universitaire et les thèses de temps long.
02:41Il se trouve que moi j'ai découvert cet exercice,
02:43et j'y ai pris du plaisir, j'y ai pris goût,
02:45et voilà, comme un comment d'une expérience inattendue pour moi,
02:50je me suis retrouvée cinq ans à l'Elysée.
02:52Et vous étiez très jeune, vous aviez 24 ans lorsque vous êtes recrutée.
02:56Exactement.
02:56Et là, il n'y a plus de vie.
02:59Alors, ça dépend, certains arrêtent de vivre,
03:02moi j'ai toujours considéré que c'était nécessaire.
03:04En réalité, quand vous êtes plume dans un monde comme l'Elysée,
03:07que je décris comme une île,
03:08puisque dans ce livre, pour essayer de trouver une métaphore de ce monde politique et de la France,
03:13je prends la métaphore de l'archipel et des îles.
03:15Mon aspiration de départ, c'était le petit prince.
03:17J'aimais bien le côté décalé que permettait le petit prince qui va de planète en planète,
03:22et transposé dans cet archipel français.
03:24J'ai préféré parler d'une petite plume qui va d'île en île,
03:27et l'une de ces îles, qui a son propre fonctionnement, c'est l'Elysée.
03:31Et je pense qu'une plume, structurellement, c'est une marginale,
03:34ou c'est une littoral dans un système,
03:36parce que son métier, c'est aussi de faire venir des idées qui viennent de l'extérieur,
03:39de faire communiquer les îles entre elles,
03:41pour nouer un lien qui est un lien de parole, qui est un lien d'idée,
03:43qui est un lien de confiance entre les îles.
03:45Donc moi, j'ai essayé toujours de conserver une vie, au contraire,
03:48et de garder un pied, de garder les deux pieds même parfois,
03:51dans ce monde beaucoup plus culturel, beaucoup plus universitaire,
03:53beaucoup plus de temps long, qui était le mien.
03:56Et donc, plume, c'est un métier à haute intensité,
03:58c'est aussi un métier à haute élasticité.
04:01Vous pouvez écrire un peu partout.
04:02Moi, j'ai écrit dans des gares, j'ai écrit à la plage,
04:05parfois, parce que pendant l'été, même pendant mes vacances,
04:07je partais avec mon ordinateur, au cas où il y avait une urgence,
04:10un décès, un communiqué à faire.
04:12Donc voilà, il y avait du sable dans mon clavier.
04:15Et ce qui reflète, je pense,
04:18à la fois, vous ramenez votre vie,
04:20vous ramenez vos idées, vous ramenez toutes vos lectures personnelles
04:22dans les discours, et en même temps,
04:23vos discours vous accompagnent aussi dans votre vie personnelle.
04:25On va marquer une pause, la plume et le prince.
04:29Astrid Roucher est avec nous.
04:30Le travail de beaucoup de...